Politique de cours de récré

Quand j’étais jeune ado, je suis tombée dans le même piège que la majorité des jeunes ados: la politique m’emmerdait, je l’ignorais royalement et je répétais à qui mieux-mieux que « anyway, c’est toute des crosseurs », ce grand classique québécois.

Heureusement j’avais quatorze ans et pas encore le droit de vote.

J’ai voté pour la première fois aux provinciales de 2008. Pendant plusieurs années, j’ai systématiquement voté PQ et BQ, en indépendantiste passionnée mais mal pas du tout informée. J’ai voté aux fédérales en Saskatchewan en 2015. À vingt-cinq ans, c’était la première année où je prenais vraiment la peine de faire mes recherches. Parce que je ne pouvais pas voter BQ. Non seulement ils n’avaient plus vraiment rapport, mais j’avais trois choix de candidats: libéraux, conservateurs et NPD. (Comme toujours, les conservateurs sont entrés en force à Langenburg, ma petite commune fermière de mille âmes.)

Avec le temps, mes priorités et mes valeurs ont changé. Je ne peux pas me vanter de lire l’entièreté des programmes électoraux de chaque parti, alors je mise sur ce qui m’interpelle le plus: l’environnement, les enjeux sociaux et l’art. Je suis une irréductible gauchiste, j’ai la foi.

Par contre, avec chaque élection qui passe, avec chaque année, chaque Tweet, chaque article dans Le Soleil, je me sens m’enliser doucement dans une spirale de négativisme et de défaitisme. Dans le « anyway, c’est toute des crosseurs ». Ça me fait de la peine.

Cette année ne fait pas différence. Les candidats s’insultent les uns les autres sur Facebook et Twitter. Je n’ai presque pas entendu parler des mesures de chaque parti – juste de qui a tenu les propos les plus racistes et qui s’est à moitié excusé. C’est désolant, parce que c’est comme l’huile sur l’eau: ça flotte sur le dessus et c’est juste ça qu’on voit. Je n’y échappe pas, peu importe à quel point je Unfollow tout sur Facebook, peu importe à quel point j’ignore le journal dans la cafétéria du bureau, peu importe à quel fréquence je change le poste de radio dans l’auto.

Le vote est un devoir citoyen, mais les gens n’aiment pas faire leurs devoirs. Je ne peux pas vraiment les blâmer. On me considère comme assez crinquée de prendre de mon temps personnel pour faire des recherches et décider pour qui voter au lieu de toujours aller vers le même parti sans trop me demander pourquoi. Même si au final, ça doit prendre peut-être trois ou quatre heures de mon temps, sur quoi, deux mois? Mettons que j’écoute un peu moins la télé et que je lis quelques articles de blogue en moins, c’est pas cher payé pour ce que ça donne.

Imaginez si tout le monde faisait ça. On n’aurait sûrement pas les gouvernements qu’on a présentement.

C’est dommage que ce qui soit couvert, lancé à tous vents et étendu sur la corde à linge ne soit presque jamais pertinent. C’est sûr que j’aime ça être informée quand un candidat potentiel, qui pourrait se ramasser à nous représenter officiellement, tient des propos racistes contre les autochtones. Mais ça ne devrait pas être juste ça, une campagne électorale. Okay, je ne voterai pas pour celui qui est raciste. Mais qu’en est-il des trois ou quatre autres choix? Vous me promettez quoi, à moi?

Pour le savoir, faut que j’aille creuser loin. C’est pas en lisant le Soleil ou mon fil Facebook que je vais le savoir, cette année.

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