L’opinion à tout prix

Yelp. TripAdvisor. Google Maps. Facebook. Foursquare. Glassdoor. Sondages par courriel, dans la rue, dans le journal. Les opinions, partout, tout le temps. On vit dans l’âge du partage, du Tout-Dit, des plaintes publiques, de l’anonymat.

Tellement qu’on se sent obligés de constamment partager notre avis sur absolument tout.

C’est parfois nécessaire, ça lance des conversations et des débats intéressants, ça influence l’opinion publique, ça apporte des changements positifs.

Mais me semble que dans la majorité des cas, ça sert à sweet fuckall.

  • Une nouvelle mode fait son entrée, que ce soit une coiffure, un style, un vêtement, un maquillage? On doit absolument s’exprimer: j’aime, je n’aime pas.
  • Un scandale éclate? On doit absolument s’exprimer: de MON point de vue, voici pourquoi c’est un scandale, voici pourquoi ce n’en est pas un, voici qui a raison et qui a tort.
  • Quelqu’un fait un choix différent de celui qu’on aurait fait? On doit absolument s’exprimer: voici ce que j’aurais fait et pourquoi, mais je respecte ton choix, là, c’est juste que je n’aurais pas fait le même et que tu dois absolument le savoir.
  • Une personnalité connue s’affiche sur les réseaux sociaux? On doit absolument s’exprimer: je n’aime pas son look, je n’aime pas sa personnalité, je la trouve vaine et insipide, je trouve que c’est un mauvais acteur et en plus il est laid.
  • On entend une conversation dans la rue, l’autobus, les toilettes publiques? On doit absolument s’exprimer: ayoye, les flos d’aujourd’hui n’ont pas d’allure, leurs conversations sont tellement insignifiantes, les vieux boomers sont tellement dans le champ, la fille est clairement bipolaire, le gars était un macho cave.
  • Etc.

Pourquoi ressent-on le besoin de lancer à tous vents notre avis sur absolument tout ce qui ne nous concerne pas vraiment? L’habillement de la fille qui attend l’autobus ou la chanson qui passe à la radio? La grossesse d’une telle ou le voyage de l’autre? Qu’est-ce que ça nous apporte? Est-ce que ça nous fait du bien, est-ce que ça nous valide en tant qu’Humain que d’avoir une opinion sur tout?

Ça me gosse. Ça m’énerve. Parce que ce que porte la fille qui attend l’autobus, que ce soit des shorts et un crop top ou une maxi robe jaune, je m’en câlice pas mal. Qu’elle soit bien ou pas, que je la trouve belle ou pas, ça ne change absolument rien à quoi que ce soit. Je ne la connais pas, elle n’a pas besoin de mon opinion, peu importe ce qu’elle pense ou si elle veut plaire; à la fin de ma journée, si j’exprime mon avis à quelqu’un d’autre, que ce soit ladite fille qui attend l’autobus, l’amie avec qui je marche ou mon chum assis dans l’auto, personne ne s’en sort gagnant. On vient juste de gaspiller quelques-unes des mille quatre cent quarante minutes de notre journée à donner notre avis sur des shorts et un crop top.

On aurait pu jaser de notre journée, des programmes électoraux, de nos plans de vie à moyen terme, de nos projets, de joies éphémères, de joies profondes; de quelque chose de drôle ou de quelque chose de triste; on aurait pu parler de notre enfance, se vider le coeur d’une frustration personnelle, ou chanter à tue-tête, mais à la place, on a passé deux minutes à dire si, oui ou non, ce que portait la fille qui attendait l’autobus était beau, pratique, approprié selon nos critères personnels.

Quelqu’un peut m’expliquer? Parce que plus j’essaye de comprendre, moins je comprends.

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