Le livre qui a changé ma vie

Quand j’ai (re)commencé le Cégep en 2008, j’étais obèse.

Je pesais, à mon souvenir, 205 livres (je fais 5’6). Je travaillais à temps plein dans un fast-food où je mangeais la moitié de mes repas, je combattais ma maudite dépression et j’avais beaucoup d’argent à dépenser facilement dans mes brosses hebdomadaires, mes sacs de chips et mes deux litres de crème soda. Je détestais le sport parce que, pour moi, le sport, c’était les cours d’éducation physique où j’étais toujours choisie en dernier pour former les équipes, où je n’avais jamais le ballon, où j’avais mes seules notes en bas de 85% sur mon bulletin.

J’habitais proche du Cégep et, pour économiser de l’essence (et parce qu’il n’y avait jamais de stationnements libres), en 2009 j’ai décidé de marcher pour y aller le matin et pour revenir après mes cours. Je viens de vérifier sur Google Maps et c’est une distance de un kilomètre. Aujourd’hui ça me prend treize minutes à marcher et c’est carrément rien. Mais dans le temps, j’arrivais à l’école avec des douleurs incroyables aux mollets et j’étais essoufflée de la côte très douce à monter jusqu’aux portes.

Ça a commencé comme ça, et ça s’est poursuivi en jogging. En mai 2010 j’ai commencé à marcher-courir des petites distances, le matin avant d’aller travailler, à peu près deux kilomètres si ma mémoire est bonne. Ça me tuait et j’avais la face rouge pendant une demi-heure mais, peu à peu, j’ai commencé à voir des résultats. Puis je suis partie vivre dans la maison de mes parents tout l’été, pendant qu’ils étaient partis dans l’Ouest, et j’ai continué mon jogging, mes marches, j’ai changé mon alimentation, j’ai arrêté d’acheter des sacs de chips trois fois par semaine. J’ai acheté une Wii avec le jeu Wii Fit et je m’amusais avec les jours de mauvais temps.

Depuis ce temps-là, donc depuis presque six ans, je prends mieux soin de moi, je ne me laisse pas trop aller, bref, j’essaye d’être en santé, et c’est bien. En janvier 2012 je me suis inscrite au gym en face de mon appartement, à Québec, et c’est là, je pense, que mes intentions ont tourné un peu au négatif.

Je voulais perdre du poids, soit. Une grosse partie de la population a ce désir. On est sédentaires, on est assis à nos bureaux ou sur nos divans tout le temps, on boit beaucoup de bière et de vin, forcément ça se termine en petite bedaine si on ne compense pas ailleurs. Mais je voulais aussi être plus belle, plus mince, plus présentable. J’étais écoeurée d’être “la grosse” du groupe, celle qui avait encore de la misère à suivre si on allait prendre une longue marche, celle qui finissait en sueur. Je me suis payé les services d’un entraîneur personnel pendant un an et ça a donné des résultats un peu plus poussés que ce que j’avais obtenu jusque-là. J’ai même consulté une nutritionniste cinq-six fois et à un certain moment j’ai commencé à essayer toutes les stratégies qu’on trouve en ligne – compter mes calories et mes macronutrients, tenir un journal alimentaire (très serré), programme par-dessus programme d’entraînement. J’en faisais toujours plus mais on dirait que je ne perdais jamais de poids. Je devenais malheureuse.

Un jour, j’étais épuisée, j’avais un rendez-vous avec mon entraîneur et je me suis mise à lui brailler dans la face. J’étais plus capable.

Cette période-là a duré vraiment longtemps. Rien ne fonctionnait. J’avais l’impression que c’était facile pour tout le monde sauf moi, et j’ai commencé à me dire que je ne perdrais plus de poids, que mon corps avait stagné à ce stade-là, que j’étais faite pour être un peu ronde, pour avoir un léger surpoids. Plusieurs personnes me complimentaient sur mon apparence et me disaient que si j’en perdais plus, ça ne serait pas joli. (Pourquoi les gens pensent que c’est de leurs criss d’affaires?)

J’ai eu des hauts et des bas mais, depuis 2014, mon poids est à peu près stable, avec des variations de cinq livres ou moins. Toujours pas ce que je voulais, mais j’ai fini par m’y faire. J’étais écoeurée de mettre autant d’énergie et d’essayer toutes sortes de choses qui, au final, ne fonctionnaient pas. Tannée de me dépenser au gym comme une dingue pour perdre deux livres qui revenaient rapidement. Tannée d’avoir à mesurer et peser tout ce que je mangeais, estimer les calories, les rentrer dans une maudite machine et me faire dire selon des calculs mathématiques probablement erronnés que j’avais trop mangé ou pas assez. Tannée de m’empêcher de souper parce que j’avais déjà dépassé ma limite quotidienne et d’aller me coucher avec la faim au ventre et le malheur au coeur. Personne ne devrait vivre comme ça.

Quand je suis déménagée en Saskatchewan, en février 2015, j’ai à peu près arrêté de m’entraîner. Je prenais encore des marches, j’ai fait un peu de jogging le printemps venu, puis je faisais quelques exercices à la maison, mais rien d’intense. Je ne regardais pas trop-trop ce que je mangeais et, l’été venu, la crème glacée était toujours en spécial à l’épicerie et j’en étais à un bol quotidien. Évidemment j’ai repris un peu de poids, mais finalement je me suis abonnée au gym en juillet et j’ai repris le contrôle un peu. Mais je pensais encore à une chose – mon apparence, mon poids. Ma petite bedaine, mes bras mous, mes cuisses qui gigotent.

En juillet j’ai acheté un livre: Lean Habits for Lifelong Weight Loss, écrit par la diététiste Georgie Fear. Et depuis que j’ai ce livre-là, toute ma vie a changé.

Bon, c’est hyper cliché, je sais. Mais dans mon cas, c’est vrai, je ne peux pas sous-estimer l’impact que ce livre-là a eu sur ma vie. Pour résumer, LH est un assemblage de seize habitudes de vie, toutes ayant trait à l’alimentation (sauf la dernière, qui parle du sommeil), qui aident à perdre du poids, et à le garder off toute notre vie. Au début, je me disais: okay, c’est trop simple, c’est une crosse. J’étais habituée à compter mes calories, à manger six fois par jour (trois repas, trois collations), à ne jamais avoir faim, et là, elle me disait de faire tout le contraire.

Ben câlice, ça a fonctionné.

Les quatre premières habitudes sont appelées “habitudes essentielles” (core habits), et les autres viennent “supporter” ces quatre-là, les plus importantes. On commence par la première, on l’essaie deux semaines, et le seul tracking qu’on a à faire, c’est d’écrire si oui ou non on l’a réussi pour la journée, à la fin de celle-ci. Je consigne mes progrès dans une application sur mon téléphone et ça me prend dix secondes avant d’aller me coucher. C’est tout. Si la première habitude a un taux de réussite adéquat après deux semaines (elle suggère 80%), on passe à la prochaine, et ainsi de suite.

J’ai commencé en juillet et j’en suis à la cinquième habitude. Ce qui est vraiment cool, avec LH, c’est qu’on prend notre temps, et qu’on ne peut pas aller trop vite, sinon ça échoue forcément. Comme on prend les choses une par une, en ignorant ce qui s’en vient, il n’y a pas trop de changements intenses en même temps, c’est difficile d’abandonner. Quand j’ai commencé en juillet j’ai pris quelques livres, puis je les ai perdu, puis j’ai perdu plus de poids et j’ai atteint mon poids minimum record. À vie. Et c’était facile.

Chaque chapitre correspond à une habitude, qui est d’abord expliquée (pourquoi cette habitude?), recherches à l’appui. Georgie Fear est diplômée en sciences nutritionnelles (Rutgers University et Cornell Universities), a publié maintes recherches (elle a travaillé dans le secteur de la recherche plusieurs années, avec focus sur les fonctions d’appétit et de satiété) et travaille maintenant pour sa propre compagnie de nutrition, One by One Nutrition, qui aide les gens à perdre du poids et à ne pas le reprendre. Donc, forcément, c’est pas une conne, et les habitudes proposées sont non seulement simples, elles sont expliquées scienfitiquement (un pré-requis extrêmement important pour moi) et font du sens. Comme j’adore la science nutritionnelle, j’aime beaucoup les explications qu’elle donne sur l’effet des hormones sur notre appétit et nos signaux de satiété, et sa façon très approchable de traduire les recherches sur le sujet en termes simples.

Les quatre premières habitudes (essentielles) sont les suivantes: manger trois ou quatre repas par jour sans collationner entre; “construire” sa faim trente à soixante minutes avant un repas; manger juste assez; et manger majoritairement des aliments entiers (non transformés).

La seule que je faisais déjà est la dernière. Comme j’ai dit, je mangeais six fois par jour, je n’avais jamais faim (et j’avais peur d’avoir faim; la seconde que j’en ressentais, c’était une urgence, j’avais l’impression de crever), et je mangeais toujours trop, justement par peur d’avoir faim trop vite.

Un autre côté hyper cool est le groupe Facebook Lean Habits Community. Même pas besoin d’avoir le livre pour rejoindre. Il y a plus de 1,500 membres en ce moment et c’est une communauté incroyable. Même que Georgie y fait des tours régulièrement, répond à nos questions, commente sur nos victoires et nous supporte. Gratuitement. (Je suis fan.)

Donc, depuis juillet, j’ai perdu un peu plus de poids. Sauf que j’ai gagné tellement plus qu’un corps plus mince. En fait, perdre du poids est devenu un à-côté, un effet secondaire apprécié, mais pas nécessaire. J’ai appris à apprécier mon corps et à lui faire confiance. J’ai appris à m’écouter. J’ai appris à manger parce que j’ai faim, pas parce que je n’ai rien à faire, ou que je suis triste, ou fâchée, ou heureuse, ou qu’il y a du dessert sur la table. J’ai acquis un bien-être immense face à la nourriture. Je me suis départi de mon obsession des calories, j’ai acquis une balance formidable avec les aliments. J’apprécie mieux mes repas, j’apprécie mieux mes gâteries, ma bière occasionnelle. Je me pèse une fois par mois (par curiosité de mesure; le chiffre me passe vraiment quarante pieds par-dessus la tête) au lieu de trois fois par semaine. Je n’ai pas compté une seule calorie depuis juillet, je n’ai pas tenu de journal alimentaire, et j’ai libéré mon espace mental pour consacrer mon énergie à autre chose que ce que je mange et ce que je pèse et ce dont j’ai l’air. Je me sens libre. Je mange librement et je prends mon temps pour apprécier chaque bouchée. Et je suis tellement heureuse.

Malheureusement, le livre est seulement en anglais, il n’y a pas encore de traduction disponible (c’est un projet pas encore en cours, mais dans le futur, je pense). Mais je le conseille vivement. C’est tellement difficile d’avoir une relation saine avec la nourriture en 2016. On se fait garrocher plein d’information de tous bords tous côtés, parfois bonne, parfois erronnée; on se fait dire de manger ci mais pas ça. En tant que consommateurs, nous sommes pris dans les guerres de l’industrie, OGM, biologique, pesticides, quinoa, graines de chia, viande rouge, bla bla bla… il y a toujours une nouvelle diète à suivre, un nouveau régime, un nouvel aliment à bannir de nos vies. On ne fait jamais rien de correct et on doit toujours payer et payer plus.

Bah, j’ai dépensé vingt piaces pour un livre qui m’a débarrassé de toutes ces conneries-là. Maudit que ça en valait la peine.

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