Vivre et laisser vivre. Un manifestre contre l’ostracisation des femmes.

En fin de semaine dernière on est allés camper à Pointe-Taillon et c’était super cool.

Sur la route du retour, grand classique, nous nous sommes arrêtés à L’Étape. L’Étape est au Lac ce que la traverse de Tadoussac est à Baie-Comeau; le lieu d’arrêt nécessaire, mérité, overpriced, où on rencontre toujours quelqu’un qu’on connaît, et où la file d’attente pour les toilettes des femmes s’étire à l’infini.

J’avais vraiment envie de pisser, et devant moi se trouvait un groupe de jeunes femmes de peut-être seize ans, habillées à la mode, le genre joueuses de volleyball; elles étaient cinq, elles déconnaient ensemble, bref, elles avaient seize ans. Sort des cabines une autre jeune femme, peut-être un peu plus vieille, vêtue d’un petit tube top jaune, pas de brassière, avec un macaron FEQ épinglé dessus et d’un jean moulant. Une festivaleuse, quoi.

Les cinq adolescentes de la regarder passer en silence, puis se lancer des regards moqueurs et lancer leurs commentaires. « Pas de classe » est revenu souvent, mais celui qui m’a le plus choqué, c’est:

Petite pute.

Je n’ai rien dit, parce que, ben, je n’ai pas de bonne excuse, je n’ai juste rien dit. J’étais estomaquée. Et très mal à l’aise. Je n’ai rien dit. Je suis allée pisser. Entre-temps une madame, genre leur chaperon, est venue les voir, leur a jasé un peu, et j’avais le goût de lui dire: madame, saviez-vous que celle-ci a pensé d’une autre femme qu’elle était une prostituée de petite taille et de petite vertue (sous-entendue)?

Je n’ai rien dit, et je suis toujours mal à l’aise cinq jours plus tard. Petite pute. Petite pute à top jaune qui va au festival d’été. Petite pute.

Pourquoi?

Pourquoi on se juge de même? Pourquoi, en voyant cette femme-là, je n’ai absolument rien pensé d’autre que « je me demande si elle va au FEQ ou si elle en revient »? Pourquoi est-ce qu’elle n’aurait pas le droit de s’habiller de la foutue manière qu’elle veut sans recevoir de commentaires? Pourquoi? Pourquoi?

Je ne comprends pas.

Dans le même ordre d’idées, j’ai jasé avec un collègue masculin cette semaine de la foule plus jeune du FEQ. Il n’en revenait pas de la façon dont les ados étaient habillées. Seulement les filles, évidemment, parce que c’est tellement sexuel, un corps de femme. Il m’a lâché qu’il capoterait d’être père et de voir sa propre fille partir habillée de même pour aller à un festival de musique.

Je l’ai obstiné, là, j’ai osé parler, parce qu’on se connaît. Si t’avais un gars, tu penserais jamais de même, hein? Pourquoi ta fille c’est grave, mais ton gars peut se montrer comme il veut?

Sa réponse était classique – « ben, parce que c’est pas la même affaire ».

Pourquoi? Pourquoi?

Petite pute. Je l’aimais bien, moi, son top jaune, j’aimerais ça être capable de porter des tops-tube et la couleur jaune, mais je trouve pas ça beau sur moi.

Je suis chanceuse, j’ai gagné des passes VIP OR pour aller voir Lorde sur les plaines ce soir, précédée de Cyndi Lauper (holy shit).

Ce matin, je suis partie précipitamment de chez nous, je n’ai pas rasé mes aisselles depuis plusieurs jours et je suis poilue. Et je porte un vêtement assez ouvert, genre coupe chauve-souris. Au bureau, je ne lève pas vraiment les bras, mais au FEQ, je vais les lever, mes bras, et les gens vont voir mes poils, les gens vont voir que je ne me suis pas rasée.

Au secondaire, quand on avait piscine en éduc, j’apportais mon rasoir dans mon sac pour me raser une minute avant d’entrer dans la piscine, de peur qu’une racine d’un demi-milimètre puisse apparaître.

Là, je m’en câlice pas mal, ou j’essaye de m’en câlicer. À soir, tout le monde va voir mes poils. Mes jambes ne sont pas plus faites et j’ai retroussé mes jeans un peu.

Petite pute.

Malpropre? Over-the-top féministe? Qu’est-ce qu’elles vont dire, les volleyballeuses de seize ans? Lesbienne?

C’est difficile de s’en foutre quand on sent les regards, quand on voit les gens chuchoter.

Je finirai sur cette note: quand j’ai vu Deadpool 2 au cinéma et que j’ai vu que le personnage de Domino (la fille hyper chanceuse) avait les aisselles poilues, j’ai quasiment joui. J’étais tellement heureuse de voir ça au cinéma que j’en aurais pleuré. J’y pense souvent, depuis le temps. Je l’aime bien, l’année 2018.

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