Féminisme: on a encore du travail à faire

Il y a quelques jours Kim K a posté un selfie d’elle-même, nue, avec deux barres de censure, sur Instagram et, comme d’habitude, tout le monde a viré fou. Je le sais parce que je lis souvent les résumé de nouvelles en haut à droite sur Facebook (histoire de me démoraliser) et que depuis qu’elle a fait ça, c’est presque toujours en première place. Kim K a fait ça, puis toutes les réactions de tout le monde, puis ses réactions à elle et toutes ces conneries-là.

J’utilise cet exemple parce que c’est ce qui m’a poussé à écrire cet article. Avant-hier, le 8 mars, c’était la journée internationale de la femme. Les compagnies et les associations que je suis sur Facebook ont donc fait leur campagne marketing habituelle – montrer qu’ils emploient des femmes, ce qu’ils font pour les femmes, etc. Il y a aussi eu la panoplie de vidéos sur les conditions des femmes dans les pays moins développés, notamment les mariages infantiles, l’excision du clitoris, les conditions hygiéniques douteuses, les viols, les meurtres d’honneur, toute la panoplie. Peu réjouissant – on a encore du travail à faire.

Le féminisme a plusieurs facettes. Des milliers de facettes, en fait. Mais, à la base, le féminisme revient à faire de la femme l’égal de l’homme. Non pas de mettre la femme devant l’homme, mais juste à côté, parce que, historiquement, elle a toujours été derrière, et qu’elle l’est encore.

Oui, oui, même ici au Canada. Je pense – et c’est mon opinion – que la condition de la femme a besoin de mesures plus urgentes dans d’autres pays; ici, j’ai beaucoup de choses qu’il est facile de prendre pour acquis et qui est refusé aux femmes ailleurs… soins de santé facilement accessibles, sécurité au travail, liberté dans ma vie familiale et dans le choix de mes relations. Le système est conçu pour me protéger et ne pas m’ignorer (l’application et l’efficacité dudit système est à revoir, mais au moins, je sais que je suis mieux nantie que les femmes vivant dans l’Inde rurale, par exemple).

Ceci est donc une facette du féminisme – la plus urgente. Il existe des panoplies d’organismes qui se dévouent à instaurer le changement; la facilité d’accès à l’information du 21e siècle facilite la tâche, étant donné qu’il est facile d’être mis au courant de telles injustices et de tenter d’y remédier en tant que collectivité.

Mais il y a plusieurs autres facettes au féminisme. J’en ai déjà parlé dans un autre article; en gros, j’ai de gros problèmes avec la sexualisation de la femme.

Je ne suis pas fan de Kim K. En fait, je ne sais pas vraiment ce qu’elle fait, outre de la téléréalité que je n’écoute pas, et le fait que les petites nouvelles en haut à droite sur Facebook parlent parfois de ce qu’elle a dit ou porté ou mangé. Elle ne m’intéresse pas, donc je ne perds pas de temps ou d’énergie à lui donner de l’attention. Ce qui suit n’est pas à propos d’elle en tant que tel – mais à propos des femmes.

Les personnalités connues qui ont attaqué Kim K sur son selfie ramenaient tous leurs arguments à un même point: Kim K serait un modèle négatif pour les jeunes femmes, elle ne serait rien d’autre qu’un corps (faux selon certains), elle utilise son corps pour la popularité, bref, l’incarnation d’un « mauvais exemple ».

Fantasmons pour une minute et imaginons que Kim K soit un homme. Appelons-le Kenny. Kenny prend un selfie nu, se mets une barre sur le pénis (parce que des seins d’homme c’est socialement acceptable, mais pas des seins de femme) et poste la photo sur Instagram en disant qu’il n’a rien à se mettre, ha ha ha. Imaginons maintenant les réactions du grand public et des autres personnalités connues. La seule chose que je peux voir arriver, c’est qu’il se fasse coller l’étiquette de vaniteux, mais ça s’arrête à peu près là. Kenny est vaniteux parce que Kenny aime montrer son corps sur Instagram. Mais Kenny n’est pas un mauvais exemple, Kenny a quand même un cerveau, et à la limite il vient de se gagner une nouvelle entrevue pour donner ses secrets pour avoir quatre mille muscles abdominaux visibles.

Pourquoi est-ce que les femmes qui s’exposent ainsi reçoivent autant de commentaires négatifs? Pourquoi le corps féminin est-il sexualisé à ce point-là? Pourquoi est-ce je me fais tout le temps regarder si je porte des vêtements moulants, pourquoi est-ce que les gens se permettent tout le temps des commentaires sur mes seins, parce que j’ai une grosse poitrine? Pourquoi si je décide de me promener en bikini dans la rue, les gens m’appelleraient salope, chercheuse d’attention, exhibitionniste, mais que le gars qui se promène en shorts et en bedaine, tout le monde s’en câlice?

Pourquoi dire que Kim K n’est pas un modèle pour les jeunes femmes? N’est-ce pas aux parents, et non pas aux criss de célébrités, d’éduquer leurs enfants? Évidemment que la société et les médias vont toujours avoir une influence, à moins de vivre reclus dans la jungle amazonienne. Mais pourquoi ne pas laisser Kim K et toutes les femmes du monde faire ce qu’elles veulent avec leurs corps et m’occuper de mes propres affaires?

Si j’avais une fille en ce moment et qu’elle avait vent de cette affaire de selfie (évidemment qu’elle en aurait vent: c’est 2016), je l’aurais assise après souper au salon et je lui aurais expliqué ce qui suit:

Ton corps, c’est ton affaire. Il t’appartient, et seulement à toi. Ne laisse jamais personne te dire comment t’habiller, quoi montrer et quoi faire avec. Respecte la loi et respecte toi toi-même, c’est tout ce que je te demande. Ce que tu fais, fais-le pour toi. Si tu veux porter du maquillage parce que ça te rend heureuse, alors portes du maquillage. Si tu n’aimes pas ça, n’en porte pas. Si tu as envie de porter des mini-jupes, portes-les. Si tu n’aimes pas ça, ne les porte pas. Mais fais-le pour toi et jamais pour les autres. Ignore les commentaires, parce que si tu les tiens en compte, tu ne seras jamais toi-même, tu ne seras jamais assez bonne. On va te coller des étiquettes, on va te juger, mais laisse les étiquettes et les jugements passer quinze mille pieds au-dessus de ta tête. Ne te laisse pas traiter comme la propriété de personne d’autre – incluant moi-même et ton père.

D’ailleurs, je dis fille, mais si j’avais un fils, je lui dirais exactement la même chose. Définis-toi toi-même; ne laisse jamais les autres le faire à ta place.

Si Kim K a envie de poster un selfie nu sur Instagram, c’est son affaire. Si je laisse mon enfant être influencé négativement par un tel acte, c’est là que ça devient mon affaire. Mais elle ne sera jamais à blâmer, parce que tout ce qu’elle a fait, c’est prendre une photo d’elle-même et la mettre sur internet. Si elle avait tué quelqu’un, alors là, oui, elle serait un mauvais exemple, tout comme si elle avait écrit, avec sa photo, « je vaux mieux que tout le monde » ou « si vous n’avez pas un corps comme ceci, vous ne méritez pas d’exister ». Mais, foutu bordel de câlice, tout ce qu’elle a fait, c’est prendre une photo d’elle-même et la mettre sur internet.

Si je ne prends pas le temps d’expliquer à mon enfant ce que j’ai écrit plus haut, si je ne laisse pas à mon enfant la liberté décisionnelle qui lui revient, alors c’est moi qui suis à blâmer.

Il est temps que les femmes aient accès à de meilleurs conditions de vie et de travail, qu’elles aient le droit de vote, qu’elles soient traitées exactement de la même manière que les hommes, avec les mêmes privilèges et responsabilités, les mêmes restrictions et libertés. Il y a tant d’injustices qui ne tiennent qu’à un chromosome, et tous les degrés se valent dans l’importance (mais pas dans l’urgence, j’insiste là-dessus). Et je rêve du jour où la seule différence entre les hommes et les femmes sera d’ordre biologique et vocabulaire.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Féminisme, Société. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *