Les artisss qui parlent

Hey, les amis!

Ça fait longtemps! Désolée! Je re-surgis aujourd’hui parce que j’ai envie de réagir à quelque chose.

 

D’habitude, quand quelque chose se pointe sur mon fil Facebook et que vous me faites rire à virer le monde à l’envers parce qu’un artissss québécois a dit quelque chose d’insultant, ou qu’il s’est masturbé dans un parc, je réagis dans ma tête seulement et je me dis: oh la la, que c’est déprimant.

 

Par contre, hier, quand la blague de Jean-François Mercier a surgit (parce que des amis commentaient dessus – je ne suis pas fan), la réaction est allée plus loin, pour moi, que: oh la la, que c’est déprimant. En lisant son petit long billet s’insurgeant contre les réactions « exagérées » sur sa petite « blague », j’ai dû arrêter de lire et prendre le temps de me calmer, parce que, pour être honnête, et pardonnez mon français, mais il me mettait en tabarnak.

 

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Puis, 24 heures plus tard:

J’écris des pensées du jour qui se veulent humoristiques. Je reçois plus que mon lot de critiques à cause de ça. Évidemment, je ne suis pas rémunéré pour ça. Je le fais pour ceux que ça intéresse. Ce sont des traits d’esprit qui vont dans toutes les directions. La dernière pensée du jour que j’ai écrit a récolté un nombre record de « likes ». Un peu surpris quand même mais bon, on est toujours content de voir que nos propos font rire et divertissent alors, évidemment, je vais lire quelques commentaires. Je commence à lire et je vois surtout des commentaires extrêmement négatifs où mes propos sont déformés, interprétés et s’en suit un procès d’intention où ma personne est calomniée. Au début, je trouve ça drôle car ça n’a aucune commune mesure avec ce que j’ai écrit. J’ai l’impression d’être dans l’épisode des Beaux malaises où Martin Matte a à se justifier d’un scandale ridicule suite à un vidéo qu’il a fait avec ses enfants. Je continue à lire les commentaires et ça ne s’améliore pas mais là, pas du tout. En gros, on me reproche de faire la propagande de la culture du viol, de faire du « slut shaming » quand ce n’est pas tout simplement des accusations de racisme et bien sûr en m’insultant à tout vent. C’est juste si on ne m’accuse pas de viol ! Remarque peut-être que quelqu’un l’a fait, je n’ai pas tout lu évidemment. Je vous le dis, c’est quand même beaucoup de haine à gérer et je ne vous cacherai pas que ça joue sur le moral.

Un peu abasourdi, je vais relire ce que j’ai écrit. Je ne vois toujours pas ce que j’ai fait de mal. Je me dis que peut-être que ma sensibilité d’homme ne me permet pas de voir ce qui déclenche les passions. Je me questionne aussi à savoir pourquoi tant de personnes ont « liké » mon post s’il est si terrible ? J’imagine que mes détracteurs répondront que ce sont tous des imbéciles. Ah, si la vie était si simple !

D’ailleurs, j’ouvre une parenthèse, m’insulter, ça n’a pas pour effet d’ouvrir le dialogue. Ça a plutôt l’effet contraire. Je comprends que le but ce n’est pas d’ouvrir un dialogue. Je ne suis pas complètement con. C’est bien entendu de me faire taire, de me mettre du côté des violeurs, donc des méchants. De me démoniser bien comme il faut et une fois que c’est bien établit que je suis un monstre sans cœur et sans intelligence, là, ton exécution médiatique est tout à fait justifiée. Le monde ne peut qu’être meilleur une fois débarrassé du monstre ! Malheureusement, je suis loin d’être un monstre sans cœur et sans intelligence. Ah si la vie était si simple !

Évidemment, les femmes de mon entourage, me connaissent alors, elles savent que mon fond est bon. Résultat : les femmes à qui j’en ai parlé, trouvent elles aussi que la réaction est complètement disproportionnée. Ça a au moins ça de rassurant, les femmes qui me connaissent m’apprécient. Ce sont celles qui ne me connaissent pas qui m’haïssent.

Je me considère comme quelqu’un de féministe. Et bien oui, malgré les blagues que je fais, je me considère féministe dans le sens que je suis pour l’égalité des hommes et des femmes. Je n’ai pas de condescendance par rapport aux femmes. J’aime les femmes. J’aime les femmes de mon entourage, ma mère, ma sœur, mes nièces, les femmes de ma famille, mes amies à différents degrés. Je n’ai pas de ressentiments par rapport aux femmes en général. Oui, j’ai du désir pour les femmes comme pas mal tous les hommes mais je n’ai pas l’impression que ça soit mal. Mais c’est peut-être ça mon erreur. Parce que la blague porte juste là-dessus, le désir et l’envie. Si c’est ça qui est choquant que les hommes aient du désir pour les femmes, vous aurez beau me tirer une balle dans la tête, je crois que le problème va rester entier.

Oui, je fais des blagues et ce n’est pas tout le monde qui m’aime. C’est ben correct. Tu as le droit de me trouver poche mais mes affaires marchent bien et je suis pas mal certain que ce ne sont pas des associations de violeurs qui viennent me voir en spectacle.

Moi, je suis persuadé qu’on peut faire des blagues sexistes sans être sexiste, qu’on peut faire des blagues racistes sans être raciste, au même titre qu’on peut faire des blagues de meurtres sans être un meurtrier. Ça semble être un concept extrêmement difficile à saisir pour certain ! Je suis même persuadé qu’on peut faire des blagues et rire comme des fous de sujets très délicats et dramatiques sans s’amuser du malheur des gens et sans créer un climat propice qui banalise le malheur et qui éteint les sensibilités. Je suis persuadé de ça.

Je ne serais pas le premier humoriste emplie de bonnes intentions qui veut dénoncer un sujet et qui se fait reprocher d’être ce qu’il dénonce. On voit ça tout le temps un humoriste qui veut dénoncer l’homophobie et qui se fait traiter d’homophobe quand c’est très évident qu’il ne l’est pas. Ce n’est pas d’hier, même Yvon Deschamps se faisait traiter de sexiste ! Alors, les choses ne sont pas prêtes de changer.

Si on lit le statut que j’ai écrit. Il n’y a pas de viol, pas d’incitation au viol, pas de mépris envers les femmes. Ce sont toutes des intentions qui m’ont été prêtées. Il n’y a aucun racisme. Quand on blesse les gens sans faire exprès, évidemment, on est porté à s’excuser et à demander pardon. Mais là, je ne peux pas m’excuser de quelque chose que je n’ai pas fait. Je ne peux pas m’excuser d’avoir cassé ton bicycle si je n’ai pas cassé ton bicycle.

Oui, on est responsable de ce que l’on dit. Par contre, je ne peux pas être responsable de ce que tu comprends. Je suis assez intègre. Je vais assumer ce que je pense. Mais je ne vais pas assumer ce que tu penses que je pense. Ou encore pire, avoir à assumer ce que tu voudrais que je pense pour te justifier dans ta haine.

Pour ma part, malgré toute cette haine à mon endroit, je vais continuer d’aimer les femmes, de les traiter avec égard et respect. Mais oui, Je vais continuer de faire de l’humour aussi pour ceux que ça intéresse. Je fais des blagues sur tous ceux que j’aime. Alors, je vais continuer de faire des blagues et d’aimer mais je vais me tenir loin de Facebook pour un temps.

 

De là à dire qu’il propage la culture du viol, je ne suis pas d’accord. Sa blague poche n’a pas atteint ce niveau. Mais elle était juste une coche en dessous.

 

Qu’est-ce que la culture du viol, au juste? Les gens semblent plutôt confus à cet égard. En gros, la culture du viol, c’est enseigner aux femmes comment ne pas se faire violer plutôt que d’enseigner aux hommes à ne pas violer. (Pour des besoins de simplification et par généralisation, je vais parler en termes d’hommes/femmes, mais nous savons tous que les viols hommes/hommes, femmes/femmes et femmes/hommes peuvent se produire également. Par contre, la culture du viol semble viser à grande majorité les viols hommes/femmes.)

La culture du viol, c’est de dire à la victime que c’est de sa faute, que si elle a dit oui, c’est oui, même si elle dit non par la suite. Que si elle s’habille de façon « provocative », qu’elle danse de manière « suggestive », qu’elle ose avoir une paire de seins et un vagin, c’est de sa faute si elle se fait violer.

Par la même logique, si je frappe violemment un homme à l’entre-jambes et qu’il a mal, c’est de sa faute puisqu’il ne portait pas de coque.

 

Donc, comme la blague de Jean-François Mercier concernait les « regards » des hommes envers la femme qui s’habille sexy, à proprement parler, ce n’est pas là encourager la culture du viol. Mais ça ne veut pas dire que c’est anodin. Par sa joke poche, il encourage toutes ces conneries de sexualisation de la femme.

 

Quand j’étais en secondaire deux ou trois, mon école a instauré un code vestimentaire. En bonne rebelle de quinze ans, je ne le suivais pas, et il me fâchait. Plus tard, j’ai compris pourquoi: à l’exception d’une seule petite règle, elles concernaient exclusivement les filles. La seule chose à laquelle les gars devaient se conformer, c’est ne pas porter de vêtements à images violentes ou sexuelles. Le reste concernait les filles: pas de gilets bedaine, pas de bretelles spaghetti, pas de décolletés.

L’argument de ceux en faveur, c’est que ce n’est pas le genre d’habillement qui favorise l’apprentissage.

La vérité, c’est que c’est de la criss de bullshit. C’est de la sexualisation d’adolescentes de douze à dix-sept ans qui n’ont pas le droit de porter ce qu’elles veulent parce que « ça dérange », parce que ce n’est pas « socialement acceptable ».

Tout ce que les gars avaient à faire, c’est garder leurs t-shirts avec des guns pour la fin de semaine. Moi, je devais remonter le zipper de ma veste parce que j’avais des gros seins et que c’est difficile de ne pas avoir une craque quand on a des gros seins et que je déteste porter des cols roulés douze mois par année. Quand un gilet était considéré trop court et qu’on voyait ne serait-ce qu’un demi-milimètre de peau de bedaine, les filles étaient obligées de porter un gros chandail difforme, sale, dégueulasse, pour se couvrir, fourni par l’école, ou d’aller chez elles se changer.

 

Depuis que je suis entrée sur le marché du travail, c’est la même chose. Chaque bureau a son code vestimentaire, qui concerne toujours… les femmes, parce que nous sommes indécentes de nature, apparemment. On doit cacher nos épaules, nos dos, nos seins, nos cuisses, nos ventres. On ne doit pas apercevoir la moindre parcelle de sous-vêtement, parce que les sous-vêtements, c’est le mal. C’est la dépravation. Évidemment, si mes collègues ou mes clients voyaient un demi-pouce de craque de boules, ils mourraient probablement d’une crise cardiaque, et je brûlerais en enfer parce que je suis satanique de par mon statut d’être humain avec vagin et seins proéminents.

 

Je me suis récemment abonnée au gym, et hier, je suis allée pour la première fois. Il n’y avait que moi, et six hommes. J’étais super timide, et je suis restée loin d’eux, dans la salle cardio. Quand j’en ai parlé à mon chum, le soir, voici en gros ce qu’il m’a dit (en anglais, traduction libre):

« Je comprends, c’est poche d’être une belle femme. Mais c’est sûr que tu vas te faire regarder. Il faut juste apprendre à vivre avec. »

 

Non. Je refuse d’apprendre à vivre avec. Je refuse d’être jugée provocante parce que je m’entraîne. Je refuse d’avoir à accepter les regards, les commentaires et les attouchements peu subtils des hommes parce que je décide de m’habiller sexy et d’aller danser. Je refuse de me faire comparer à un cornet de crème glacée en Afrique, parce que la faim, la vraie faim d’estomac, elle est vraie, naturelle, indispensable à la vie. Et que la faim des hommes est juste crissement fatigante à la longue, nullement nécessaire, et qu’elle me donne parfois envie de me barricader chez nous, juste pour éviter une autre journée où je vais me faire regarder, détailler, déshabiller juste parce que j’ai le malheur d’exister quelque part au mauvais moment.

 

Jean-François Mercier, je suis désolée que tu ne comprennes pas les implications de ta pensée du jour innocente et je suis désolée que les femmes de ton entourage n’aient pas réussi à comprendre quel effet ça a véritablement fait. Je n’ai jamais vraiment été une fan, et tu t’en fous pas mal que je le sois plus ou moins; mais que ce soit toi, ou n’importe qui d’autre, qui lance des conneries de même en public, même en blague, c’est juste désolant. Tu te dis féministe, et je te dis que tu n’as pas tout à fait saisi ce que c’est. Si tu veux vraiment que les femmes soient les égales des hommes, arrête de penser qu’elles méritent de se faire regarder à cause de X ou Y, parce qu’elles sont ce qu’elles sont, des femmes.

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