En 27 ans d’existence, j’ai accumulé 10 boîtes

C’est officiel, je déménage dans le condo de mon chum. C’est officiel depuis avril mais ça se passe pour-vrai-de-vrai samedi prochain. En tout cas, pour les meubles. Parce que le reste, on a déjà commencé à le déménager.

Je suis une grande habituée des déménagements. Depuis janvier 2008, j’ai déménagé 12 fois. Samedi prochain, ce sera 13 fois. En moyenne 1,37 fois par année, donc. (Ouch!) Changements de vie obligent, mais ce sont ces nombreux changements qui m’ont amené vers le minimalisme et la consommation responsable. Pas si pire. Il y a du bon dans tout.

Même si ça va avoir fait treize fois, je n’aime pas déménager. Personne n’aime ça. C’est inconfortable. On doit vivre dans ses boîtes pendant plusieurs semaines (et pour certains, plusieurs années). Tout change, et on se rend compte qu’on avait vraiment plus de choses qu’on le pensait. Dans mon cas, c’est les armoires de cuisine qui me font toujours capoter. Ça rentre tellement bien là-dedans, la vaisselle, mais une fois dans du carton…

Bref, j’avais demandé à mes collègues en charge de la réception de marchandises de me garder quelques boîtes. Quatre donc, et j’en ai ramassé sur le trottoir totalement par hasard, samedi. Je me disais que ça ne serait pas assez, mais que je pourrais peut-être les vider et les réutiliser pour finir le déménagement. Samedi, j’ai déménagé ma salle de bain, et j’ai ramené mes boîtes pour réutilisation.

Hier, on s’est mis à la tâche. On a rempli les boîtes. En fait, non. On a rempli quelques boîtes. Puis on a pas mal fini d’emballer ce qu’on pouvait emballer. Ça rentrait facilement dans la Civic de mon chum. Il n’y avait pas grand-chose. Et il ne me reste que de la vaisselle et quelques trucs divers à emmener.

Je dis souvent aux gens que « je n’ai rien ». C’est vrai. Je n’ai pas grand-chose. En voici la preuve.

Mon chum capotait. Il ne comprenait pas pourquoi je possédais si peu. Sa réaction vient sûrement du fait qu’il a dû me faire un peu de place dans son condo – et replonger dans ses gardes-robe pleins, dans son locker plein, dans ses boîtes pas encore défaites (mais il habite là depuis deux ans et demi). Et moi j’arrive avec mes dix boîtes de pas-grand-chose.

Il m’a lâché une remarque incrédule que j’ai trouvé particulièrement drôle: « tu es en train de me dire qu’après vingt-sept ans d’existence tu as accumulé juste… ça? »

J’ai rit. Parce qu’en vingt-sept ans d’existence j’ai accumulé bien plus que ce que j’ai mis dans mes boîtes.

Quand je suis partie de Baie-Comeau pour m’installer à Québec, en colocation avec ma soeur, j’avais à peu près dix fois plus de patentes qu’en ce moment. Outre les meubles (j’avais la grande chambre de l’appartement, et je ne voulais rien savoir d’un coin vide), j’avais un garde-robe plein à craquer de vêtements que je ne portais pas (et je continuais d’en ajouter parce que pourquoi pas), des piles d’objets de décoration que je pensais indispensables à ma vie (un hobby dispendieux), des livres que je savais ne jamais vouloir relire (mais qui donnaient un air sophistiqué à ma bibliothèque)… de la maison de mes parents jusqu’à mon premier appartement, à mon deuxième, puis à mon troisième à Québec, j’ai trimballé des choses qui n’apportaient rien à ma vie, qui ont été déballées, mises sur une étagère, puis remballées dans un cycle que j’ai fini par briser à peu près là. Je me suis mise à épurer mes possessions à chaque déménagement – me demandant si je voulais vraiment amener quelque chose avec moi dans un nouvel environnement, avant de tout mettre dans une boîte sans réfléchir. (J’ai même déjà publié des photos ici.)

Puis, je suis partie en Saskatchewan et là, il a été plus que nécessaire de faire un gros, gros tri. J’ai laissé tous mes meubles derrière, de même que beaucoup de choses que j’ai encore jugé inutiles – ou que mon ex avait déjà chez lui. Tout devait rentrer dans (et sur) ma Honda Fit pour un voyage de trois mille kilomètres.

Je n’ai plus d’auto, et je n’ai plus la moitié des choses qui ont fait le voyage vers l’ouest. Marrant.

Je comprends que le minimalisme n’est pas pour tout le monde. En fait, même le mot « minimalisme » ne veut plus dire grand-chose. Pour certains, je suis hyper minimaliste, pour d’autres, vraiment pas assez. Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est que mon déménagement ne me fasse pas chier. Ce qui est important, c’est que mon ménage ne me prenne pas six heures toutes les semaines (soulève le bibelot; enlève la poussière; repose le bibelot; rinse and repeat every week for the rest of your life). Ce qui est important, c’est que mes finances soient dans un très bel état, c’est que je n’achète que ce que je considère vraiment important/essentiel (et il y a autant de critères qu’il y a d’Hommes sur Terre), c’est que je sois heureuse. Et savoir qu’un livre supplémentaire, une chandelle décorative supplémentaire, un chandail supplémentaire ne m’ont jamais procuré ce bonheur.

Il ne reste pas grand-chose chez nous, mais, dans le fond, il n’y a jamais eu grand-chose, et c’est tant mieux comme ça.

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