Un fruit pop/folk/country

Vendredi dernier je suis allée à un pestacle (c’est comme ça que je disais spectacle quand j’étais enfant, pas original, mais quand même mignon). Un autre mot me donnait aussi ben de la misère: rectangle.

Ce spectacle-là, je l’avais eu gratuitement, et j’en étais carrément incertaine. La mère de mon chum avait deux billets mais s’en allait passer un mois et demi à Hawaii (oui, je suis jalouse, passons à autre chose) donc elle nous les a donnés.

Sur le billet on peut lire que Pear est un duo formé par Denis & Lynae Dufresne, de Calgary, couple marié; ils font du… country moderne teinté de folk. HEU…

 

Bon, je me suis dit, c’est gratuit, vas-y dont. La journée même j’ai dit avec force lols à des amis que j’allais voir un show de country. On est dans les plaines, après tout, c’est ce qui pogne ici, c’est ce qu’on aime. À Rome…

 

Première fatalité: mon chum est super malade, il décide de ne pas venir. Le truc, c’est que je me suis habillée, maquillée, coiffée, mais que je n’ai pas envie d’y aller toute seule. Trois choix: je le force à venir, ce qui serait égoïste et mettrait en danger la santé des personnes assises autour de nous; ou je n’y vais pas et je scrappe une demi-heure de travail fait sur ma tronche, des billets gratuits et une expérience qui pourrait se révéler agréable; ou j’y vais seule. Choix logique, me direz-vous. Pas pour moi.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je souffre d’anxiété, mais me pointer quelque part toute seule, en compagnie de cent autres personnes, ce n’est pas quelque chose que j’aime faire, et ce ne le sera probablement jamais.

 

J’ai appelé une gentille madame avec qui j’ai passé la semaine à peinturer des roches en carton et je lui ai demandé de me garder une place. Le village est tellement petit ici que le trois quart des habitants se pointent à tous les shows. Elle m’a dit que oui, qu’elle serait là à telle heure, etc.

 

Y a vingt minutes de route entre ici et Langenburg, et j’ai passé vingt minutes à avoir mal au ventre et à m’imaginer toutes sortes de choses. J’ai même presque espéré avoir oublié les billets chez nous et avoir à rebrousser chemin et à manquer le spectacle (même s’ils sont dans mon portefeuille depuis un mois, que mon portefeuille est toujours dans ma sacoche et que je traîne toujours ma sacoche avec moi). Je me suis imaginée rentrant dans la salle de théâtre et me plantant devant tout le monde, et ce qu’il faudrait que je fasse dans la situation. Faire comme si de rien n’était? Lâcher une blague douteuse sur le fait que je soit tombée, afin que les gens voient que je ne suis pas de la place en entendant mon accent? Adopter la position foetale et pleurer jusqu’à être escortée hors des lieux?

 

Je ne me suis pas plantée. Je suis allée retrouvée Eva, je me suis assise, j’ai jasé avec elle et son mari, le spectacle a commencé et, deux heures plus tard,  je suis partie sans m’être jamais plantée. Victoire.

 

Parlant du spectacle. WOW. Quand on s’attend à rien et qu’on reçoit ce genre de truc, ça fait du bien à l’âme. Je n’avais fait absolument aucune recherche sur le groupe, donc évidemment je m’attendais à un vieux couple quétaine dans la quarantaine, madame les cheveux platine et montés en tour comme Dolly Parton, du fard à paupière bleu jusqu’aux sourcils et une robe pailletée deux tailles trop petite; monsieur en jeans, veste de jeans, chemise de jeans et chapeau de jeans, une guitare avec une strap brune, bottes de cow-boy, l’air un peu farouche.

Au contraire c’est un couple jeune trentaine selon mon estimation vague, elle portait une belle petite robe avec des bottes à tuer (je les veux), lui l’attirail classique du musicien canadien: t-shirt blanc, veste noire, jeans; genre « je suis chic, mais relax quand même ».

Bon, les vêtements c’est pas tout (suis-je superficielle à ce point), leur musique était excellente.

J’ai particulièrement apprécié l’instrumental, surtout leur finale où ils ont joué en fiddle des Beatles et du Michael Jackson (oui, c’est possible) et je me suis même senti une petite larme quand ils ont joué du French Canadian fiddle. Ça m’a rappelé les jours de l’an chez mes grands-parents. C’était si entraînant et agréable. C’était si canadien.

Ils étaient terriblement sympathiques aussi; vin et petit morceau de pain méditéranéen à l’entracte aidant; j’ai parlé à tout le monde. J’ai été complimentée sur mon look, donc ma demi-heure de travail a valu la peine. (Wow, je me sens vraiment narcissique, ici.) Il était déjà tard à la fin (la différence d’heure de la frontière me tue) donc je suis partie tout de suite, mais je n’ai pas été capable de dormir avant deux bonnes heures tellement j’étais crinquée.

 

www.pearband.com

 

La prochaine fois que je reçois des billets gratuits, mes attentes vont être (un peu) plus élevées. J’ai envie d’acheter leur CD et de le faire jouer dans mon char l’été. C’est le genre de musique que tu fais jouer les fenêtres baissées en regardant le blé pousser. Ça me tente.

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