Trois ans…

Avant-hier, j’ai fait le ménage des courriels archivés dans mon adresse gmail personnelle.

Mon compte avait été hacké et après avoir changé mon mot de passe, j’ai décidé de dresser la liste de tous les comptes que je devais mieux protéger. Une petite peur passagère. Chaque fois que j’ouvre un compte quelque part en ligne, j’archive le courriel de confirmation. Meilleure façon de ne rien oublier. Donc je les passe. Les trois cent quelques courriels.

J’imagine que mon dernier ménage datait de 2015 ou 2016, parce que l’archivage arrêtait à peu près là. Et à la toute fin de tous ces courriels, il y en avait une série envoyés par moi, avec des titres bizarres du genre « Sorry » et « Bullshit ».

Je les ai lus, c’était des courriels envoyés à mon ex au printemps 2016, juste avant qu’on emménage ensemble, vers avril ou mai. Il y a trois ans, donc. Des espèces de lettres où je fais des références que je ne comprends plus trop à des situations que j’ai oubliées.

Mais le mieux, dans tout ça, c’est que je trouve le ton de ces courriels ridicule, naïf et immature.

Ouais, ça sonne pas mal négatif. Ce qui est positif, c’est que je ne suis plus du tout cette personne. En seulement trois ans, j’ai énormément évolué sur les plans émotionnel et psychologique.

Dans ces courriels, je me plains de toutes sortes de choses. Des choses légitimes, mais je me plains pour rien: que son travail à la ferme prend trop de place, que je suis stressée du déménagement et que son père me fait chier, que les plans de leur future maison me fait capoter, comme si j’avais mon mot à dire. Toutes sortes de niaiseries banales et sans importance, sur lesquelles je n’ai aucun contrôle.

Dans ces courriels, je vois clairement les gros problèmes que j’ai eu à régler dans les dernières années: mon anxiété, mon besoin de contrôle absolu, mon manque de flexibilité. Mon égoïsme. Parce que dater un fermier, c’est ça. C’est la ferme qui passe en premier. Parce que déménager, c’est ça. C’est du stress et de l’organisation.

Dans ces courriels, je relis une Joannie à bout de souffle, à bout de ressources, qui se lance corps et âme dans une aventure qui n’est pas pour elle, sans le savoir. Essayer de devenir fermière (une tâche ardue) a été mon dernier gros projet-qui-n’est-pas-pour-moi, mon dernier saut dans le vide un peu idiot, mon dernier essai de conformisme à quelque chose que je n’étais pas, mais que je pensais vouloir être. Pressée de déménager, pressée d’habiter avec lui, financièrement incapable d’être indépendante ailleurs que dans mon petit village cheap, je continuais ma course effrénée vers le bonheur, par n’importe quel moyen, et tant pis si je devais piétiner tout ce que j’étais pour l’atteindre. Mon comportement, en quelques semaines, est devenu anti-minimaliste, anti-paix, anti-moi. Je me suis encore une fois oubliée.

Ce qui est cool, c’est que ça ne m’a pas fait mal de lire ces courriels. Il y a à peine un an encore, j’en aurais pleuré. Ça été difficile de surmonter cette rupture brutale, qui m’a empêchée de dormir et de vivre. L’an dernier, j’avais encore de la peine. Même heureuse dans mon couple, j’avais encore cette douleur au coeur qui remontait de temps en temps. Mais là, ça va.

En fait, j’aimerais envoyer dans l’univers un remerciement à mon ex, pour m’avoir laissée, pour m’avoir donné un coup de pied au cul, en quelque sorte. Il a fait mal, ce coup, mais après quatre relations amoureuses back-to-back, j’ai enfin compris pas mal de choses. Ça a pris du temps. Mais je suis contente qu’il l’ait fait là, très tôt, plutôt que très tard. De toute façon, il n’y a jamais de bon timing pour crisser quelqu’un là.

J’ai laissé les courriels là, dans mes archives. Je trouve ça quand même sympathique d’avoir retrouvé ça. Ça m’a fait un beau début de semaine, de constater mon évolution après trois ans. Parce que toutes les choses que j’ai écrites, toutes les réflexions que je faisais dans ces emails, aujourd’hui me paraissent tellement triviales et non-nécessaires. Si j’étais dans la même situation, aujourd’hui, ça ne se déroulerait pas du tout comme ça. Mais la beauté de la chose, c’est que je ne serais pas ainsi, si je n’avais pas vécu tout ça. Ça devait arriver, à un moment ou à un autre.

Et trois ans plus tard, j’en suis bien heureuse.

Ceci clôt donc le chapitre Wumpa.Net de ma vie, un blogue que j’avais remanié quand je suis déménagée en Saskatchewan en février 2015, une façon de garder contact avec ma famille et mes amis au Québec et de partager sur ma vie, ma philosophie, mes pensées. De tromper un peu ma solitude et mon mal de vivre. Plus de quatre ans d’archives de vie que je me plais à parfois retourner explorer. Mais qui se termine aujourd’hui, le premier mai 2019.

Je n’alimenterai plus le blogue, mais je le laisserai en ligne jusqu’à l’expiration du nom de domaine et je l’archiverai quelque part offline pour avoir un petit coffret de souvenirs virtuel.

Je vous souhaite à tous une excellente vie, et je vous souhaite d’être heureux.

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