Récit du jour où je me suis planté sur le culdans la sloche boueuse devant une dizaine de personnes

Ce jour étant aujourd’hui. Ce moment était ce matin vers 8h40, au croisement des rues Sainte-Hélène et De La Couronne, dans Saint-Roch.

Je me suis levé du mauvais pied ce matin. J’ai mes règles et elles sont intenses. J’ai sauté le gym parce que je suis complètement crevée et que ce matin, le gym me tentait autant qu’un coup de pelle dans face. J’ai clanché ma douce routine matinale pour ne pas rater le dernier bus Express pour aller travailler. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner. La madame assise à côté de moi prenait vraiment beaucoup de place, et le sac messager du gars debout dans l’allée m’arrivait dans la face à chaque tournant.

Bref, je sors finalement du bus à l’arrêt Sainte-Hélène, il fait beau, genre moins quatre. Les trottoirs sont, comme d’habitude, recouverts d’une grosse sloche brune dégueulasse. Mais je porte mes belles-et-bonnes Sorel achetées l’an dernier que j’adore et qui ne m’ont jamais trahi.

Jamais avant ce matin, jamais avant huit heures quarante, heure de l’Est, le mercredi vingt décembre deux mille dix-sept.

J’étais à cet endroit précis:

(Mais en décembre et un pied de sloche, je le répète)

QUAND SOUDAINEMENT… je glisse. Tout bêtement. Le pied me part dans quatre pouces de marde et je me plante sur le cul, ma sacoche et mon sac à lunch dans la bouette.

La vulgarité prend le dessus et je me mets à sacrer comme une impie.

Osti de câlice de tabarnak!

-Joannie Morissette-Dupuis, 2017

La vérité, c’est qu’un automobiliste attendait pour traverser et que je voulais me dépêcher à traverser moi-même pour ne pas le faire attendre. Me dépêchant, je me suis planté. Cause à effet. Une simple équation.

Et pendant que je suis là, telle une truie complaisante, à me vautrer dans la gadoue, le conducteur attend encore. Je me relève, je me secoue le cul un peu (heureusement que mon manteau est long), il attend encore. J’ai envie de l’envoyer chier. Je suis méga insultée. Legit dix personnes m’ont vu me péter la gueule. Le malaise est palpable. La bouette qui me recouvre matérialise leur embarras. Une vraie oeuvre d’art. Ma sacoche est recouverte, il y en a à l’intérieur, mon sac à lunch est méconnaissable, mes pantalons sont tachés et je suis en beau criss.

Glisser sur de la glace et se péter le coccyx, c’est gênant, ça m’arrive souvent, mais ça va. Glisser dans de la fucking sloche, c’est juste cave, c’est plus que gênant, c’est outrageux. Enrageant. Crissant.

Je monte la côte en enlevant tant bien que mal tous les détritus des rues de Saint-Roch de sur mon manteau, en me disant que chaque foutu conducteur qui me croise doit le savoir, que je me suis planté dans la bouette, parce que plus j’en enlève, plus il semble en apparaître. Je partage l’ascenceur avec une fille qui me regarde de travers. Je me rends aux toilettes. Je commence à me nettoyer avec du papier brun qui, même mouillé, garde sa désagréable texture de papier sablé.

Et là, je croise une collègue, je lui raconte ma mésaventure, et je ris. Je suis tellement crampée que je me pisse presque dessus.

Je me revois me bêcher au ralentis, je m’entends vois sacrer comme un bûcheron, je m’imagine le malaise des pauvres petites personnes qui attendaient sagement le bus et j’espère qu’elles auront eu autant de plaisir que moi à repenser à ce malheureux incident d’un mercredi matin.

La morale de cette histoire, c’est qu’il faut savoir rire de soi-même, mais qu’il est permis d’être fâché dix minutes. J’aurais aimé raconter ça à Joannie ado qui perd sa jupe en plein oral d’espagnol devant vingt-cinq élèves en exposant ses bobettes « punk » roses et noires à tout le monde. Okay, c’était un petit peu pire. Mais quand même.

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