Réapprendre à vivre seule

J’ai travaillé ma première semaine de job. Je me bâtis une routine, tranquillement, comme après chaque changement majeur dans ma vie (on dirait que j’en vis quatorze par année).

Soudainement je me retrouve encore dans cette situation: seule et un peu perdue. Je suis sans repère. J’habite un nouveau quartier, j’apprend un nouveau travail. je me créé de nouvelles habitudes. Et je me retrouve encore seule.

Seule dans mon appartement mais aussi un peu seule dans ma vie. J’aimerais croire que je m’y suis habituée, mais ce n’est évidemment pas le cas. Ou peut-être que je le prends mal parce que je ne l’ai pas choisi. Je me rappelle avoir adoré être seule et solitaire, il y a un an quand j’ai laissé mon chum et que je suis partie en appartement à Langenburg. Mais j’avais le contrôle. C’était ma décision.

J’alterne entre périodes de motivation intense et de productivité et périodes… périodes de mou. Périodes de rien. Périodes où je reste couchée à penser, à ruminer. Périodes où je pleure. Périodes où j’ai envie de crier, de hurler ma frustration, de m’enfuir.

Ça sonne pire que c’est. Je viens de passer deux mois en enfer, après tout. Donc je me permet de petites déprimes passagères, même si elles sont vraiment inutiles.

De toute manière, j’ai tout de même repris ma vie en main. Depuis hier, mon appartement est à peu près « terminé ». J’entends par là que mes boîtes sont défaites et remplissent le bac à recyclage du bloc. Mes cadres sont accrochés aux murs (sauf mon foutu diplôme, je ne sais pas où le mettre, c’est difficile de placer un diplôme dans un deux et demi) et il n’y a à peu près plus de bordel.

En fait, la dernière tâche sur ma liste « installation » c’était de vider mon ordinateur. J’avais ramené ma tour non backée de Saskatchewan avec, genre, toute ma vie dessus (treize ans de photos, documents importants, comptabilité personnelle et musique…), mais je n’ai pas de place pour une tour. Ni même vraiment pour un ordinateur portable. Dans un avenir plus ou moins rapproché, je compte faire l’acquisition d’une tablette pour mes besoins (pour le moment, j’utilise mon cellulaire, mais la grandeur de l’écran m’occasionne des migraines par usage prolongé), mais, en attendant, je devais encore placer mon bordel quelque part d’autre et me débarrasser de l’ordi.

Donc aujourd’hui, avec aucun plan en vue, j’ai décidé de m’atteler à la tâche.

J’ai rempli une clé USB de documents, une autre avec ma musique, et j’ai terminé avec le transfert de photos. Google Photos est un cloud gratuit, tant que les photos ne sont pas de qualité top-top, donc j’ai opté pour ça. Et depuis dix heures ce matin, je transfère. Je suis juste rendue à 2008… c’est long.

J’ai fait du ménage. J’ai supprimé les photos floues, celles que je gardais pour aucune raison. J’ai revisité treize ans de ma vie, certaines plus documentées que d’autres. Des vieux selfies d’adolescente, dans le temps où ça ne s’appelait pas des selfies. Mes amis du secondaire, puis du cégep. Mes ex. Des partys. Des voyages. Des souvenirs. De la mélancolie.

Et ça m’a mis dans tous mes états. J’ai pleuré. Je suis devenue frustrée. Puis je suis devenue en criss. Après quoi, pourquoi, je ne le sais pas trop. C’est comme si tout ce que j’étouffais depuis deux mois était sorti en même temps. J’aurais eu envie de démolir un mur à coups de massue. Un gros mur.

Puis je me suis calmé et j’ai continué. Parce que c’est aussi ça, la vie.

Sinon, ça va bien. J’aime vraiment mon nouveau travail. Je suis occupée et ça fait du bien d’être enfin occupée. L’entreprise m’intéresse, c’est tout nouveau pour moi (et, disons-le franchement, pour tout le monde; quand je dis que je travaille pour une entreprise oeuvrant dans le géospatial, 0% des gens savent de quoi je parle). Les tâches sont variées, les collègues sont sympathiques, jeunes, motivants.

Je me suis inscrite à des cours de baladi, le même cours que j’avais pris à l’automne 2014, quand j’habitais à Limoilou. J’ai hésité, mais je ne sais pas trop pourquoi, surtout après les résolutions que j’ai faites il y a 2-3 semaines, entre autres celle de me permettre de vivre, saint-cimonaque. En 2014, ces cours étaient un véritable point d’ancrage dans ma vie, je n’en ai pas raté un, j’adorais mes lundi soirs à danser. Et dans le temps aussi, j’étais seule.

Je mange trop de poutine et je bois trop de bière, mais je me laisse vivre un peu. Je me mets des objectifs tout petits, atteignables, chaque semaine. Boire plus d’eau, puis manger à la maison deux repas sur trois. Je reviens tranquillement à mes bonnes habitudes pré-rupture, sans stress. C’est plus agréable ainsi, ça change de mon tout-ou-rien habituel, de ma méthode plaster.

Pour le moment, je n’ai toujours pas de plan. Parce que j’ai un peu arrêté de croire aux plans, du moins pour le moment. Tannée des châteaux de cartes en Espagne. (Tiens, ça ferait un bon titre de roman, ça, Châteaux de cartes en Espagne. Iiiih que je suis créative. Ça me sort par tous les trous.) Mon seul plan c’est de danser les mercredis soirs, d’aller travailler du lundi au vendredi, de faire un peu de bénévolat quelque part, et de me pâmer devant les six chats de la voisine quand ils envahissent la clôture, attirés par les miaulements de mon coloc obèse.

Pis on verra ben ce qui arrivera.

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