Quatre semaines sans alcool: les résultats

Ben oui, ça fait quatre semaines depuis minuit que je n’ai pas bu d’alcool. Plus un jour, en fait.

Est-ce que je suis anti-alcool? Non. Faites dont ce que vous voulez, m’en fous.

Je parle de moi, là. Comme d’habitude. Joannie « Problèmes » M.-D.

Il y a quatre semaines, c’était le Lundi de Pâques et j’avais trop bu pendant genre deux jours, surtout le vendredi d’avant. J’étais à Baie-Comeau et on est allés à la microbrasserie et ça s’est fini en semi-engueulade pas-de-limites pas-de-tabous va-chier. (Ça change des crises de larmes habituelles.)

Le lundi, pendant le très long trajet pour revenir à Québec, j’ai réfléchi à ma consommation d’alcool et j’ai eu l’idée de ne pas boire pendant quatre semaines. Pour essayer. Ou plutôt réessayer. J’avais fait un Mois Sans Alcool en novembre 2014, mais je l’avais annoncé un peu en grandes pompes parce que je suis show off. Là, j’ai décidé de fermer ma gueule et de voir ce que ça donnerait.

Je me suis posé les questions suivantes:

  • Pourquoi je bois?
  • Est-ce que j’aime ça, boire?
  • Quels sont les effets de l’alcool sur moi? Mentalement, physiquement?
  • Est-ce que je suis capable de refuser de boire? Pourquoi?

La vérité c’est que c’est très facile de dire que je bois parce que j’aime ça. C’est vrai que j’aime le goût de la bière et du vin. J’aime les microbrasseries, parce qu’un artisan a eu du fun avec une cuve (ça sonne pornographique, ce l’est presque pas). J’aime la blanche l’été sur une terrasse, j’aime les bons accords mets-vin, j’aime essayer des nouvelles affaires.

Mais ça, c’est la raison-vernis, c’est la raison-du-dessus, la raison-socialement-acceptable. La raison-Québec parce que c’est la raison de tout le monde dans la Ville de Québec. Au moins au centre-ville. Genre les 19-38 ans. Ou même les 16-80 ans. Je sais pas. C’est tellement facile de se trouver des excuses.

Mais les vrais connaisseurs de vin crachent leurs gorgées dans un seau. Les vrais connaisseurs de bière, je sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que j’ai jamais craché une gorgée dans ma vie sauf de la tequila parce que c’est dégueulasse.

Alors pourquoi est-ce que je bois? Pour de multiples raisons. Parce que je suis inconfortable. Parce que je veux me dégêner. Parce que je suis stressée, ou fatiguée, ou apeurée, ou toutes ces choses-là en même temps, un cocktail émotionnel plus désagréable que de la tequila. Je bois parce que c’est gratuit, parce que c’est offert, parce que c’est poli; je bois parce que ça me fait danser, parce que ça me fait dire « les vrais affaires ». Je bois parce que tout le monde bois, je bois parce que je vis dans une société occidentale consommatrice qui valorise l’utilisation de certaines drogues et en prohibe d’autres. Je bois parce que je peux. Je bois parce que j’oublie.

Est-ce que j’aime ça?

Le goût, oui. Tout le reste, non.

Sur le coup, c’est sûr, j’aime l’effet. Je suis dégourdie, je suis drôle, j’ai de la répartie, je brille quasiment en société. Je drague, je m’amuse, je me sens vivante. Pendant une demi-heure, tout au plus deux heures, je vais flotter dans cette bulle merveilleuse, puis la bulle va m’éclater au visage et ça va mal finir. Ça va finir en Joannie qui titube-court dans les rues mal éclairées de Saint-Roch pour s’en aller chez eux, en Joannie qui pleure et/ou crie, fait des menaces, exagère et brise le coeur de tout le monde. En Joannie qui regrette et Joannie qui a tout oublié.

J’haïs tellement ça, me réveiller un lendemain de brosse et mettre toutes les pièces du casse-tête ensemble pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et à qui j’ai fait du mal (outre à moi-même).

C’est sûr que je ne perds pas la carte chaque fois que je bois. Pas comme avant. Je suis capable de me retenir. Je suis capable d’arrêter à deux ou trois bières. J’aurais envie de dire que j’ai cette capacité naturelle de m’arrêter et de ne pas franchir mes limites, mais je ne l’ai pas. D’habitude, si j’arrête, c’est soit que quelqu’un me suggère d’arrêter (sauf quand je suis trop avancée et que je les envoie paître), soit que je dois commencer à payer pour mon alcool (sauf quand je suis trop avancée et que je fous une tournée sur ma carte de crédit) ou bien parce qu’il n’y en a plus. Ce n’est pas l’envie de continuer qui manque. C’est juste une possibilité qui demande trop d’efforts.

Tous mes amis boivent. Mon chum boit. Ma famille boit. Je ne connais personne de sobre. À ma job, tous mes collègues boivent et il y a toujours plein de caisses de bonnes bières un jeudi sur deux, à la disponibilité de tout le monde dans la cafétéria pour nos réputés cinq à sept. J’habite à St-Roch où tout le monde boit tout le temps. En quinze minutes de marche je suis capable d’aller à un nombre incalculable de débits de boissons, que ce soit des bars, des microbrasseries, des pubs ou des restaurants avec une bonne carte d’alcool. Et je suis entourée de dépanneurs. On peut même s’organiser avec la petite épicerie sur St-Joseph. Seigneur, même dans nos dîners de département, on boit du vin avant de retourner travailler.

Quand j’ai fait mon novembre sans alcool en 2014, le monde s’était mis à m’haïr. J’étais sortie au resto avec deux amis et ils étaient fâchés de ne pas pouvoir sortir dans un bar après parce que je ne buvais pas. Ils voulaient aller à la P’tite Grenouille et ils avaient bien le droit, mais moi, je n’en avais pas envie. Être dans un bar de même, j’aimais déjà pas trop ça, mais à jeun, ça serait un calvaire. Je ne les ai jamais empêchés. Mais ils étaient fâchés. Et ils avaient dont, dont hâte au premier décembre.

Le premier décembre 2014 j’ai recommencé à boire. Me semble que j’avais hâte, moi aussi. Me semble que je le faisais pas pour les bonnes raisons. Peut-être juste pour me prouver que je le pouvais. Après tout, je ne suis pas alcoolique, je n’ai pas une forte dépendance à l’alcool. Je m’en passe régulièrement. Le problème, ce n’est pas de m’en passer; c’est de ne pas dépasser mes maudites limites.

Après tout, je suis borderline, j’ai de graves problèmes de limites.

Donc, le 16 avril dernier, j’ai bu quelque chose avec mon souper, je pense, une coupe de vin. Le 17 avril, j’ai décidé de ne plus boire pendant quatre semaines. La première semaine, j’ai été hyper malade, je n’avais pas du tout d’énergie. Facile de ne pas boire dans ce temps-là. À partir de la deuxième semaine j’étais à peu près remise. J’ai soupé chez ma soeur et j’ai poliment refusé la bière offerte. (Ils sont le fun, eux. Ils n’insistent jamais. C’est agréable. C’est différent.)

Je ne suis pas allée aux deux cinq à sept de ma job, le premier parce que j’étais plutôt malade, le deuxième parce que j’avais des commissions. Pas pour éviter de boire – mais mes collègues ont tendance à me mettre une bière débouchée dans les mains sans préavis. J’ai cette réputation de grande consommatrice d’alcool et elle me colle au cul depuis des années. C’est certain que je ne l’ai jamais vraiment découragée. Je l’avais même en Saskatchewan.

On est sortis au restaurant et j’ai bu de l’eau. On s’est fait des bons gros soupers du vendredi soir et j’ai bu de l’eau. On est même allés jouer aux quilles et je n’ai rien bu du tout, même si ils avaient de la Labatt 50.

Quand mon chum m’a dit qu’on allait chez son frère, en Beauce, pour la fête des mères et que j’ai regardé mon calendrier, j’ai compris que ce serait mon test final. Ça tombait pile avant la fin de mon quatre semaines. J’y suis allée seulement une fois, en mars, en revenant de mon voyage dans le sud. On m’a offert l’apéro à peu près dix minutes après mon arrivée. J’avais refusé, parce que j’étais hyper fatiguée et je savais que si je commençais à boire là, je n’allais pas rester jusqu’à la fin de la soirée.

J’ai créé une commotion. Ils faisaient des blagues, évidemment, ce n’était pas sérieux – « es-tu enceinte? » « Tu ne bois pas? » mais je me suis senti mal, impolie, marginale. J’ai pris une coupe de vin juste avant le souper et finalement j’ai un peu trop bu. J’ai rit fort, j’ai parlé fort et j’ai probablement été déplacée. Mais comme tout le monde avait bu, ça n’a pas paru.

J’anticipais, samedi en fin d’après-midi, dans l’auto avec le gros gâteau hyper chocolaté que j’avais cuisiné pour la fête de mon chum. Je n’avais pas envie de donner d’excuses, d’explications. En fait, je n’avais dit à personne, sauf à mon chum, que j’avais décidé de ne pas boire pendant quatre semaines. Ça faisait partie de l’expérience, je voulais voir comment les gens réagiraient à mes refus. Jusqu’à présent ça s’était bien passé (quelques questions insistantes de mes collègues, sans plus), mais ça pouvait déraper à tout moment. J’endure mal la pression. Et en plus je SPMais solide.

J’ai demandé de l’eau à la première ronde. J’ai eu quelques questions, mais rien d’extraordinaire. Au souper, je suis restée sur l’eau. Le beau-frère m’a taquinée, mais sans plus. Ça s’est bien passé. J’ai fini par relaxer et j’ai bien profité de ma soirée. Sans boire.

Le lendemain, mon beau-frère m’a encore demandé si j’étais enceinte parce que j’ai refusé un autre verre. Mon chum a fini par lâcher que je faisais un quatre semaines sans alcool. « Ah, tu aurais dû nous le dire! »

Non, j’aurais pas dû le dire.

Je n’ai pas à me justifier. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que j’aille une excuse pour ne pas boire? Ah, je suis fatiguée, ah, je travaille demain, ah, ça ne me tente juste pas? Si je refuse de fumer du pot, j’ai tu besoin d’une excuse? Si je refuse de la caféine après quinze heures? Si j’ai pas envie de ci ou de ça? Pourquoi est-ce que ne pas boire est tellement mal vu? Pourquoi est-ce que c’est considéré impoli de ne pas amener une bouteille de vin à un souper? J’aime ben mieux amener du dessert. J’aime ben mieux amener un gros sourire pis un beau gros merci-d’me-faire-à-souper-c’était-l’fun-on-refait-ça. Amener un board game pour la soirée ou rien du tout. J’ai envie de pouvoir sortir dans un pub sans me sentir obligée de boire, j’ai envie d’étouffer les gens qui me disent « tu viens pas de la Côte-Nord?! » quand je refuse une bière.

J’ai envie d’être libre.

Peut-être que je vais continuer à ne pas boire. Peut-être pas. C’est pas de vos maudites affaires.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Vie quotidienne. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *