Perles de vie

Doux septembre. La nature n’agonise pas. Elle cuit. Il fait quarante degrés. Fuck le doux. C’est juillet en septembre, et le monde est à l’envers. Tellement qu’on ne sait même plus comment il est quand il est à l’endroit.

Je capote. La semaine dernière, j’ai réalisé que j’étais heureuse et bien et confortable. Puis, j’ai paniqué, parce que chaque fois que je réalise que je suis heureuse, bien et confortable, quelque chose arrive. C’est la loi de Murphy, ou bien la Théorie du Chaos, je ne sais plus trop, bref, je me fais chier.

Le problème étant encore ce foutu mois de septembre, que je commence habituellement, année après année, dans un état stable, et que je termine dans une dépression profonde, parce que c’est l’automne et que mon cerveau semble vouloir se baser sur le calendrier grégorien pour péter les plombs (ou sur les cycles naturels des saisons canadiennes, okay, ça fait plus de sens).

Mais là, ça allait, quand normalement ça ne va pas le 21 septembre. Il y avait donc anomalie. Il devait donc y avoir dépression. Mon esprit s’est mis à galoper plus vite qu’un hamster en cage dans sa petite roue, après rien du tout. Un exercise inutile, une dépense d’énergie (mentale) qui ne s’en va dans rien, fuck Lavoisier, je suis l’exception à ta règle.

Depuis, c’est le jeu de la poule et de l’oeuf – qu’est-ce qui vient en premier? La dépression qui cause la phobie d’être dépressive, ou est-ce que le fait d’anticiper avec peur un épisode dépressif qui concrétise le projet? Est-ce que je me ponds moi-même? Suis-je une poule? Etc.

Et pourtant, en théorie, tout va bien. Sauf que je viens de recevoir une soumission pour mes traitements orthodontiques et que la somme faramineuse de neuf mille sept cent soixante-quinze dollars (arrondie à dix mille) m’a fait sursauter, puis paniquer (ah! Panique! On aurait dû m’appeler Panique Morissette-Dupuis), puis reconsidérer tous mes choix de vie, puis regretter la somme de mes dépenses personnelles des dix dernières années. Ah, mais c’est nécessaire, et puis j’ai encore l’option de magasiner un autre orthodontiste qui, peut-être, me fera économiser mille ou deux mille bidous. (Sans compter, évidemment, le prix de m’absenter encore du travail pour la consultation, le prix de ladite consultation, et le prix de ma santé mentale qui, même si elle ressemble à un tas de poussière qu’on aspire une fois par année d’en dessous du lit, m’est encore précieuse).

En résumé, je replonge dans la pauvreté pour les deux prochaines années, mais who was I kidding? Si ce n’était pas ça, ç’aurait été autre chose, du genre le typhus ou une tornade qui ravagerait Neufchâtel, à force d’écouter les nouvelles alarmistes, on pourrait commencer à y croire. Deux chirurgies, des appareils dentaires et des broches qui me feront régresser physiquement de douze ans, malgré mes cheveux blancs d’angoissée qui m’envahissent la tête, ce n’est pas si mal, si on pense au typhus et aux tornades.

Je lis Arthur Buies depuis quelques semaines et je suis tombée en amour avec lui parce que j’aimerais croire que je suis sa réincarnation féminine moderne, tant pis pour la modestie. J’aime aussi dire que je lis Arthur Buies parce que ça fait super Centre-Ville de Québec et que je m’ennuie de mon beau St-Roch. Neufchâtel, malgré la largeur de ses routes et ses gazons chimiques, peut parfois donner l’impression d’être un centre de détention.

J’ai eu une conversation intéressante récemment avec une femme de mon âge qui partage mes cours de danse. Nous avons parlé de la pression que nous nous mettions nous-même d’accomplir tous nos projets de vie rapidement – acheter la maison, avoir les enfants. Yadda-yadda, je suis jeune, j’ai juste vingt-sept ans. Je sais, mais quand même. Ça m’a fait me demander si c’était surtout moi-même qui me mettait de la pression, ou bien si ça venait de l’extérieur. J’en suis arrivée à la conclusion (maintenant évidente) que c’est de ma faute (comme toujours), parce que mes parents ne m’en parlent littéralement jamais, ni mes amies, ni mon chum, ni le reste de ma famille, à part, genre, mon beau-frère pour m’écoeurer avec deux verres dans le nez, ou ma boss pendant un dîner au resto.

Pourquoi je suis si pressée? Stressée? Paniquée? (Vous avez vu ce mot venir! J’aurais dû appeler l’article: Perles de panique.) Est-ce que mes raisons sont valables? Le déclin physique obligatoire qui vient avec l’âge, etc. Tout en sachant que je ne serai jamais totalement prête, ni en contrôle, pour faire toutes ces choses. Mais on dirait que plus j’y pense, plus je me trouve de choses à accomplir, même les niaiseries les plus insignifiantes deviennent un prétexte pour repousser les dates fatidiques où je deviendrai une Vraie Adulte. De toute façon, est-ce que je veux des enfants? Et si je les ai trop tard? Et si je regrette de ne pas en avoir? Et si je regrette d’en avoir?

Le problème, c’est que ce genre de décision implique des facteurs qui ont un impact sur d’autres que moi-même, notamment, le père des enfants et lesdits enfants eux-mêmes, évidemment. Déménager en Saskatchewan, lâcher l’université ou me faire couper les cheveux, en théorie, ça ne concerne que moi et il est toujours possible de reculer, d’une certaine manière. Mais faire/ne pas faire d’enfants? C’est tout ou rien, bébé. Et mes ovaires font tick-tock, ce sont de vrais trous du cul.

Je suis donc prise depuis jeudi dernier dans une courbe ascendante exponentielle de panique et je nage à contre-courant dans de l’eau glacée. Je sens mon coeur ralentir ses battements – jamais bon. Et je m’essouffle. Je n’ai pas beaucoup de cardio. J’aime mieux lever des haltères. D’ailleurs, pour finir sur une note positive, j’ai battu mon record de squats ce matin, c’était cool. J’ai beau être en miettes à l’intérieur, au moins je kick des culs au gym, je suis une guerrière, et puis ça me défoule d’être forte. J’ai beau avoir un cerveau qui spin dans sa cage et des ovaires en crise perpétuelle d’anxiété, je m’en viens avec des muscles de plomb (l’acier viendra).

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