Montagnes russes

Holà. Ça fait un bail.

Trêve d’expressions poches, je sors à nouveau d’enfer. Oui, ma vie est une montagne russe, une suite éternelle de plongées brusques à travers les neuf cercles infernaux, les bras dans les airs, à hurler de peur, à me faire compresser par les forces g. Descente après descente après descente. Samedi matin j’ai tiré le frein d’urgence, j’ai sorti l’extincteur et j’ai arrosé les flammes tout en continuant de hurler. J’ai éteint les feux et j’ai eu froid.

J’ai passé la fin de semaine à me refroidir. Mais aussi à me réchauffer. C’est difficile à expliquer.

Tout ça pour dire que j’ai hâte que 2016 finisse. J’ai hâte de voir un médecin. J’ai hâte de me guérir la tête. Mais la RAMQ me résiste et j’en suis réduite à attendre une carte qui n’arrive pas, merci Postes Canada, carte magique qui va me donner le droit de me soigner sans loader la Visa. Ça coûte cher, un médecin. Je suis en entre-deux, à l’étape finale de mon retour des Grandes Plaines Plates, ni là-bas ni ici, à essayer de prouver à coups de documents officiels que, oui, j’habite au Québec, depuis le mois d’août, saint-cimonaque de câlice.

Bref, je suis redevenue dépressive. Ou l’ai-je toujours été? Je ne sais pas. J’ai vécu vraiment pire sans retomber dans ces états d’âme de trou noir, alors je ne sais pas. Il n’y a rien ni personne à blâmer, au fond. Juste mon cerveau déficient.

J’ai oublié de vivre en moi-même et je suis retournée à mes vieilles habitudes: vivre à travers tout le reste. Boire jusqu’à m’oublier, fumer jusqu’à m’oublier, séduire jusqu’à m’oublier, et recommencer le cycle avec de brefs arrêts pour pleurer, en me demandant qui gagnerait – la vie, ou moi? Je ne suis pas éternelle, j’aurai bientôt vingt-sept ans d’âge, on le sait, l’Âge Maudit. C’était presque une excuse pour attendre, et me donner un an pour enfin crever. 2017, Année de la Mort.

Mais je suis là et je renais comme c’est mon habitude. Je fais du ménage. Je retourne à moi-même, à ma solitude, je m’en drape comme d’un manteau. Je redécouvre mes buts, mes ambitions, mes envies. Ma patience, brûlée par les feux de l’enfer depuis quelques mois, calcinée, ma patience de cendres. Mon courage. Ma rage.

On a toujours le choix. Je n’ai pas demandé à vivre, mais je ne demanderai pas encore à mourir. Je choisis (consciemment, avec difficulté, à contre-courant) de voir la vie comme un million de dollars, pas comme un tas de merde. Ça va à l’encontre de mes réflexes pour le moment, mais ça va revenir. Après tout, j’ai déjà été heureuse, pendant de longs mois, je baignais dans le doux bonheur serein de ma nouvelle sagesse. Puis les coups de pelle ont suivi et j’ai décidé de pleurer au lieu de me relever.

Il n’y a rien ni personne à blâmer, juste mon cerveau déficient. Je ne suis pas un échec, seulement malade. Je ne suis pas folle, juste malade. Je ne suis pas perdue. Je suis malade.

Allez, Postes Canada, il me manque juste un bout de plastique pour me faire soigner. Je vous attend, facteur, enveloppe, carte soleil. J’attend le soleil. En attendant, je mets l’emphase sur la moindre petite parcelle de bonheur que je peux arracher à la vie. Une tasse de café. Mon chat obèse. Une présence agréable.

Post-Scriptum: je n’ai besoin ni de pitié, ni de soutien, ni d’en parler. Gracias Amigos!

Share Button
Ce contenu a été publié dans Borderline, Quotidien. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.