Lundi dernier je me suis dit « je t’aime »

Lundi matin, mon chum est parti. La veille (oui, un dimanche soir), on était allés à un party à Wroxton, à quarante-cinq minutes de Langenburg, l’anniversaire de mariage d’un couple d’amis Néerlandais. On s’était couchés vers onze heures le soir, j’ai décidé de dormir une heure de plus au lieu d’aller au gym, ma routine habituelle du lundi matin. J’ai passé huit heures au bureau à ouvrir des dossiers, à remplir des formulaires juridiques pour courir après des gens qui ne payent pas leurs prêts bancaires, à répondre au téléphone. Puis j’ai travaillé une autre heure chez un client, à faire sa comptabilité pour mars et son rapport de taxes trimestriel. Je me suis lavé les cheveux. Puis j’ai ouvert Do Yoga With Me, j’ai installé mon tapis de yoga dans le salon et j’ai choisi un nouveau vidéo à essayer pendant que Azzie s’installait à son aise au centre du tapis.

Le vidéo que j’ai fait ce soir-là était très doux, très lent: du yoga pour se restaurer, avec en bruit de fond, la délicieuse monotonie des vagues. À la fin du vidéo, en Savasana (ou « pose du cadavre »), concentrée sur ma respiration, mon esprit en symbiose avec mon corps, connectée à mes sens, je me sentais bien. Pas en extase, juste bien.

J’ai réveillé mon corps, je me suis assise, toujours guidée par le vidéo, j’ai joint les mains en prières et je me suis remercié d’avoir pris le temps de pratiquer. Une pratique de yoga se finit toujours ainsi. Mes cours de groupe aussi. La norme, c’est évidemment de se remercier en silence, dans sa tête. Mais lundi dernier, ça a sorti tout seul, j’ai dit tout haut:

Merci, je t’aime.

C’est le genre de trucs qu’on ne répète pas à personne. Personne ne m’a jamais dit « oui, hier soir j’ai fait du yoga et à la fin, je me suis dit que je m’aimais, tout haut, naturellement ». Se dire qu’on s’aime soi-même, c’est vu un peu bizarrement. Vous devez vous dire: elle est excentrique, elle fait des Joannieries™, elle est égocentrique, même, narcissique. Mais il n’y a pas juste moi que j’aime. C’est ça, le truc. J’aime tout le monde. Et ça m’inclut moi-même.

C’est tellement bizarre, l’amour. C’est quelque chose auquel tout le monde aspire, mais c’est aussi un peu tabou. Les gens sont gênés de se dire qu’ils s’aiment, ils sont gênés de se le faire dire. On se moque de l’amour, on trouve qu’un amour jeune est ridicule, trop passionnel, plein de cliché, on pense qu’il va s’éteindre, parce que ça finit toujours par s’éteindre. On trouve le mariage inutile ou, pire, on utilise le mariage juste pour montrer à quel point on est prêts à dépenser beaucoup d’argent en une journée. On est inconfortables avec l’amour, on le montre tout croche, on se donne des bébelles au lieu de se donner du temps, on l’écrit sur Facebook au lieu de se le dire de vive voix, on a peur du contact, peur d’un câlin ou juste d’une main sur l’épaule, peur de parler, de s’exprimer, du ridicule, des émotions, des conséquences, des responsabilités, de nos choix. Des étiquettes et des jugements, surtout.

Pourtant l’amour c’est tellement beau. Quand je me lève le matin, je me sens débordante d’amour. Je pense à ma famille au Québec et je les aime. Je pense à mes amis dispersés dans le monde et je les aime. Mon chat qui se roule sur le dos chaque matin pour notre séance matinale de flattage. Tous les gens avec qui j’ai pu avoir un contact direct ou indirect dans ma vie, tous ceux avec qui j’en aurai, et tous ceux que je ne rencontrerai jamais. J’aime les clients qui m’appellent au bureau, j’aime le commis d’épicerie, le piéton que je croise en revenant de la job, l’automobiliste qui me dépasse pour mieux me ralentir par la suite. J’aime les gens qui me critiquent, les gens qui me détestent et qui me jugent, j’aime les gens qui m’ignorent, les gens qui payent ma commande au service au volant. J’aime tout le monde, j’aime tellement tout le monde que je ne sais même plus comment l’exprimer, alors je souris et j’écris un blogue.

Cher lecteur, je t’aime.

Ou plutôt…

JE T’AIME!!!

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