L’acceptation de sa propre faiblesse

Je ne médite pas tous les soirs, mais j’essaie de le faire une fois par jour et quand je vais me coucher sans avoir médité, j’en écoute une pour m’endormir. C’était le cas hier soir. J’en essaie toujours des nouvelles, histoire d’essayer plusieurs styles, guides et durées.

Lumières éteintes, je me suis installée confortablement dans mon lit, j’ai appuyé sur Play et j’ai mis mon cellulaire sur la table de chevet. J’ai écouté.

Le gars qui parlait sonnait exactement comme mon ex. Même voix, même accent néerlandais, mêmes intonations. Mon coeur s’est emballé, après quatre secondes mon cerveau s’est mis en mode survie et j’ai résisté à l’envie de lancer mon téléphone au bout de mes bras et de pleurer.

J’ai appuyé sur Pause. J’ai respiré profondément, une ou deux fois. Je me suis sentie frustrée et flouée. Ça fait deux ans et demi qu’il m’a laissée et notre dernier contact remontait à février ou mars 2017 – un très bref courriel pour lui demander s’il n’aurait pas reçu un de mes T4 par la poste, un non tout court, et puis plus rien, sauf dans ma tête.

Comme tout le monde, je n’aime pas me sentir faible. Quelque part cette année, je ne me rappelle plus quand, j’ai rêvé que je revenais avec lui, que je laissais tout derrière moi pour retourner vivre en Saskatchewan sur sa ferme et que nous recommencions notre vie heureuse ensemble. Je me suis réveillée encore frustrée, en colère contre moi-même, avec le sentiment que la vie est injuste, et pourquoi je pense encore à lui, pourquoi je fais un rêve aussi con? Je ne retournerais en arrière pour rien au monde. Alors pourquoi mon inconscient me faisait-il miroiter une niaiserie pareille?

Hier soir, mon réflexe fut encore une fois la colère. Pourquoi est-ce que je me laisse encore atteindre? Pourquoi est-ce que je ne peux pas passer à autre chose? Est-ce que je vais paniquer chaque fois que j’entends un homme néerlandais parler en anglais? Cette méditation avait touché une corde sensible, le ton de voix doux, rassurant et calme, me rappelait trop tout ce qu’il avait pu me chuchoter au creux de l’oreille, les promesses et les mots d’amour, sa présence comme un chêne solide et inébranlable, son assurance. Ça m’a fait mal.

J’ai décidé de finir la méditation quand même. Ça été difficile, parce que je devais me répéter que cet homme-là, ce n’était pas mon ex, c’était quelqu’un d’autre qui avait une voix similaire. Que j’étais là pour méditer et m’endormir paisiblement, pas pour paniquer et m’en vouloir de ne pas être capable de me concentrer. J’ai fini par y arriver. Je n’ai pas proprement médité dix minutes. Peut-être deux ou trois. Mais je me suis endormie rapidement, sans tourner en rond mentalement. Avec une petite fierté de rien du tout, la fierté d’avoir réussi quand même.

J’y réfléchis depuis que je suis levée, à tout ça, à ma frustration avec moi-même. À l’acceptation de ma propre faiblesse. Au fait que, dans le fond, je ne peux rien changer à la situation, que je ne contrôle ni mon inconscient, ni mon passé. Mais que je peux continuer à passer au travers, à gérer chaque situation quand elle arrive, à ne pas projeter. À méditer. Même deux minutes.

Je me considère quand même chanceuse que l’événement que je considère le plus traumatisant dans ma vie soit une simple rupture. Brutale et soudaine, mais une rupture quand même. La relation était encore jeune, nous n’avons pas eu d’enfant, rien de conjoint, ni argent ni maison, juste un petit bail d’appartement de rien du tout, et tout s’est passé rapidement, la distance physique a beaucoup aidé, je suis partie vite et voilà, c’était fait et fini. J’ai passé à autre chose, même si parfois c’est encore fâchant d’y repenser, d’y réfléchir, contre mon gré et mon bon vouloir. Même si je voudrais tout oublier, agiter une baguette magique et que tout revienne à la normale pour toujours.

Je me concentre sur ce que cette rupture a eu de positif. Elle m’a ramené au Québec, près de ma famille et de mes amis. Elle m’a permis de définir très clairement ce que je voulais et ne voulais pas dans une relation. Elle m’a fait réaliser que je devais arrêter de m’effacer et de faire le caméléon dans toutes mes relations, c’est-à-dire me fondre dans mon chum jusqu’à m’oublier. Mais plus que tout, le meilleur souvenir de cette rupture, la meilleure chose qui en est découlée, c’est que j’ai découvert à quel point je suis forte, parce qu’en à peine quarante-huit heures, j’ai paqueté ma vie dans mon auto et je suis partie rouler trois mille kilomètres avec pour seul compagnon mon chat sur le banc passager, en me disant: fuck that, je retourne à la maison. Et si j’ai été capable de vivre au travers cette histoire abracadabrante, je peux faire à peu près n’importe quoi.

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Une réponse à L’acceptation de sa propre faiblesse

  1. Morissette Josée dit :

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