La grande histoire de mon retour au bercail, partie 2

La grande aventure rocambolesque se poursuit et fait de moins en moins de sens…

Partie 2 – jours 14-17: une histoire de malchance quotidienne…

12 juillet 2016 (jour 14)

Je suis partie vers sept heures trente le matin, le mardi 12 juillet 2016, les larmes un peu aux yeux, le char plein, le chat sur le banc passager et mon itinéraire tout beau dans les têtes. Évidemment, la Vie allait se charger de démolir mes plans à coups de pelle dans face, jour après jour.

Ce qui était prévu: Estevan, Saskatchewan jusqu’à Thunder Bay, Ontario le premier jour et nuitée à l’hôtel; Thunder Bay jusqu’à Sudbury, Ontario le deuxième jour et nuitée chez de la famille; Sudbury jusqu’à Québec, Québec le troisième jour et nuitée chez de la famille; et Québec jusqu’à Baie-Comeau (ledit Bercail) le quatrième jour.

Le résultat fut presque tout autre.

Première mésaventure: je suis dans la lune et je me ramasse à la frontière canado-américaine après, genre, une heure de route. Mon cerveau a mis un beau gros quatre secondes à comprendre ce que la pancarte You are now leaving Canada disait. Heu… je suis où, là? J’ai oublié de faire mon virage, je reviens donc sur mes pas et je perds en tout une demi-heure. Bon. Ce que je ne savais pas, c’était que c’était juste le commencement d’un périple en enfer. (J’exagère à peine, sérieusement, j’en braillerais.)

Je passe la frontière saskato-manitobaine sans autre anicroche et je m’arrête à un Subway quelconque pour m’étirer, m’acheter un sandwich (même si je ne mange à peu près plus depuis une semaine, je me dis que de l’avoir dans la face va peut-être m’ouvrir l’appétit) et je repars de plus belle. Autre arrêt près de Portage-la-Prairie, Manitoba pour faire le plein; j’en profite pour appeler mon grand-père, qui n’est pas au courant que j’arrive et qui est sur la route pour Sudbury. Je lui demande si il peut me trouver une place où dormir le lendemain avec mon chat. J’en profite également pour annuler mes réservations d’hôtel (que j’avais faites en prévision d’un voyage deux semaines plus tard, avant que je me fasse à moitié crisser dehors de ma job) et trouver un nouvel hôtel à Thunder Bay. Un seul accepte les animaux, un autre trou miteux, mais bon, je réserve pour ce soir-là.

Je passe Winnipeg et j’arrive enfin en Ontario, c’est le début de la forêt et des montagnes, le paysage sent le chez-nous et ça ne me dérange presque pas de ne pas avoir de service cellulaire. Mon auto ne me stresse plus, elle va bien depuis le départ, la vie semble vouloir m’épargner.

À Vermilion Bay, Ontario, je m’arrête pour refaire le plein, manger un morceau et m’étirer. Je me fais surprendre par une tempête du type « visibilité absolument nulle » qui me retarde un peu, puis je repars de plus belle. Le soleil se couche, je traverse un autre fuseau horaire et j’arrive à Thunder Bay, Ontario à onze heures trente le soir (heure locale). Mon GPS me guide jusqu’à mon hôtel.

Et là je vois que mon hôtel est entouré de trois autos de police et de nombreux policiers qui empêchent tout le monde de s’approcher.

Je vais me stationner tout près et je marche jusqu’à eux, craintive de me faire tirer, crevée par ma journée de quatorze heures de route (seize si on compte le décalage). Non, on peut pas te laisser entrer. Non, on ne sait pas si ça va être long. Non, on ne peut pas te dire ce qui se passe. Il ose même me suggérer d’aller prendre un café et de revenir plus tard. Heu…

Je tourne un peu en rond, je vais faire le plein, histoire de m’occuper, je demande au commis s’il sait ce qui se passe – un autre non – et, après une heure sans changement, je décide de poursuivre ma route et de trouver un motel en chemin.

La Fit commence à faire un peu de bruit, ça sent le chauffé quand je m’arrête, et mon chat en profite pour se sauver et moi de le rattraper à grand-peine. Je me retiens de pleurer, je me dis: c’est pas grave, on se calme, on va y arriver. Mais je perds espoir. Je suis perdue en Ontario, mon cellulaire ne pogne pas vraiment, il est passé minuit, je suis crevée et probablement dangereuse au volant, mon char sent le chauffé et la litière, et tous les osti de motels que je passe sont complets, ceux de Thunder Bay sont tous complets, il n’y a de place pour moi nulle part.

Hors de question que je dorme dans mon auto. Je veux une douche et un lit. Ah, je veux aussi une prise de courant – mon fil pour brancher mon cellulaire semble avoir lâché, il me reste 20% de batterie. Je m’arrête dans un dépanneur perdu, j’achète un nouveau fil. Non, il ne fonctionne pas plus. Bon… c’est peut-être la plug de l’auto qui ne fonctionne pas; on l’avait déjà fait sauter avec un moteur pour gonfler un matelas de camping, en 2013.

À trois heures et demi du matin, je trouve un motel à Shreiber, Ontario, juste au nord du Lac Supérieur, qui n’affiche pas complet. Mais pas « pas complet » non plus. Je sonne à l’intercom. Il a une chambre. Miracle.

Je paie, je déménage mon stock à l’intérieur, incluant mon chat caché (aucune idée si c’est permis ou pas; je n’ai pas osé demander) et je branche avec frénésie mon cellulaire (maintenant réduit à 10% de batterie) à la prise murale.

Il ne charge pas.

Je me dis: c’est peut-être mon fil. Je branche donc ma caméra. Non, ça fonctionne.

Donc… si ce n’est ni le fil, ni les prises… c’est le cellulaire. Bon, je fais quoi, là, perdue en Ontario sans cellulaire? Heureusement, je persiste, j’enlève mon case chinois à cinq piaces, j’enfonce le fil plus profondément, comme si je voulais le passer au travers du criss de téléphone, rien à faire, je rage, j’envoie quelques messages texte pour avertir ma famille (vous imaginez-vous sans nouvelle de votre fille de 26 ans, après qu’elle vous ait dit, à minuit, perdue en Ontario, que la police l’empêchait d’aller se coucher?) et je ferme le téléphone.

Et là il commence à charger. Et moi je commence à pleurer. (Encore.) Je vais me coucher, mais je suis à peu près incapable de dormir. Je sens l’adrénaline qui me coule par le nez, j’ai mal partout, j’ai peur que mon chat ne scrappe quelque chose ou qu’il réveille quelqu’un, je gèle et j’ai chaud, bref, je me tourne et retourne et après peut-être trois heures de sommeil je me lève à neuf heures trente le matin.

13 juillet 2016 (jour 15)

Douche rapide, ramener le chat incognito dans ma voiture (dans le stationnement bondé où le dude qui m’avait loué la chambre voulait vraiment faire la conversation pendant que je priais mon Azzie de fermer sa gueule, sorry, I gotta go, long day ahead, driving to Quebec) et je m’en vais pour ma deuxième journée sur la route.

Il fait beau, trop beau; on crève, mon chat est fâché, je lui fais une tente avec une couverture pour qu’il soit à l’ombre. Le vent des grands lacs me bardasse, la Fit continue parfois avec ses bruits bizarres mais je mets ça sur le compte de n’importe quoi – le vent, la chaleur, la route maganée, n’importe quoi mais pas de problèmes de mécanique, pas là, non.

Entre-temps, j’apprends ce qui s’est appris à mon hôtel de Thunder Bay. Un gars s’est enfermé, armé, dans une chambre d’hôtel, et il a fini par se suicider le matin, les policiers ont quitté les lieux à sept heures trente. Je suis triste pour ledit gars, mais je suis contente de ne pas avoir attendu (et surtout contente de mon délai d’une demi-heure de ce matin-là; arrivée une demi-heure plus tôt, je me ramassais dans tout ce bordel-là, j’aurais déjà été dans ma chambre et je me serais fait sacrer dehors, ou, j’imagine, tirer).

Je fais des pauses de temps en temps près des grands lacs, je m’extasie, enfin de l’eau, enfin une étendue qui ne se prend pas pour autre chose. Des vrais lacs, pas des étangs qu’on appelle lacs parce que sinon il n’y aurait aucun lac. Un beau gros soleil. Tout va bien. Mon appétit revient tranquillement, pas trop vite. Je peux presque sentir le sirop d’érable et la poutine. J’arrive.

Sur l’heure du souper, j’arrête faire le plein à Sault-Ste-Marie, très énervée de voir un Couche-Tard où je peux utiliser les cartes-cadeaux que je traîne depuis un an et demi. Il fait trente degrés, on crève, je me dépêche de manger mon sandwich et ma barre de chocolat et je repars. La route va bien; ce soir, je devrais être à Sudbury, chez mon grand-oncle, à jouer aux cartes.

Ben, évidemment, non, parce qu’il me fallait au moins un problème ce jour-là et que la chaleur, ça ne compte pas, c’est presque agréable.

Juste avant Thessalon, je suis au téléphone avec une amie (sur le mains libres, je ne suis pas conne), j’arrive pour dépasser quelqu’un dans une côte… mais… voyons? Le moteur cale… ma vitesse descend… et là, sur mon tableau de bord, le check engine clignote, comme il l’avait fait le Jour 1, vous vous rappelez, quand je suis partie de la job, il y a environ mille ans de ça.

Un autre câlice de misfire.

Je me range sur le bord de la route, j’appelle mon grand-père pour l’avertir, puis j’attends dix minutes, je laisse refroidir le moteur comme c’est recommandé dans le manuel de ma foutue Fit de merde, puis je redémarre, non, c’est encore là, non, ton char n’ira pas plus vite que cinquante, il fait un bruit bizarre, il fait chaud, moi et mon chat on est tannés, j’ai envie d’aller me jeter dans le Lac Huron, ou de foutre le feu à mon char et de réclamer les assurances. Mais à la place, j’appelle l’assistance routière Honda, qui venait avec ma garantie prolongée, je leur explique le problème.

Ne conduisez plus, vous allez briser votre transmission, on vous envoie une dépanneuse. On vous remorque jusqu’à Sault-Ste-Marie.

Heu, non. Je ne retourne pas en arrière. Bon okay, alors on vous remorque à Sudbury, ça va faire quatre cent balles s’il vous plaît, on sait que vous n’avez nullement quatre cent dollars vu que vous venez de vous faire semi-sacrer dehors de votre job, mais bon, il faut payer, c’est ça la vie, c’est payer.

Je paye, j’attends. J’attends et j’attends et la foutue remorqueuse n’arrive pas, pendant ce temps-là j’ai le choix entre cuire dans mon auto en plein soleil à trente degrés, ou aller me faire bouffer par les maringouins et les mouches à chevreuil enragées dehors à l’ombre. Le remorqueur m’appelle, il s’excuse, il a eu deux calls de la police entre-temps et ils sont, évidemment, prioritaires, il arrive. Une policière s’arrête et m’informe qu’il est tout près. Une heure et demi après avoir appelé Honda, il vient enfin me ramasser, trimballe le chat dans sa remorqueuse climatisée, décharge son load dans sa cours (un cas d’alcool au volant) et revient chercher ma pauvre Fit cuite, scrap, pleine à craquer.

Deux heures et demi de route jusqu’à Sudbury, on trouve le Honda et débarque le tout. Au moins, le voyage est agréable; c’est un gentil monsieur de soixante ans qui s’avère au final vraiment hilarant; on blague et on parle de sa famille, de philosophie, de morale, de lois sur les armes à feu. Il me donne sa carte d’affaires et je le remercie à peu près quarante fois. Mon grand-père me ramasse au Honda, je les appelle et laisse un message vocal à leur service, puis je vais me coucher chez mon grand-oncle, complètement et absolument crevée.

14 juillet 2016 (jour 16)

Je me lève tôt pour appeler le concessionnaire. On m’assure qu’un diagnostic sera fait dès que possible.

Entre-temps, j’appelle mes parents, et mon gentil papa propose de venir me chercher à Sudbury si la réparation est trop longue, et de revenir plus tard chercher l’auto. Donc, en bonne stressée, je me mets mentalement un temps limite pour le diagnostic. Je rappelle à onze heures et quart (« l’auto est dans le garage, on travaille dessus »), puis à midi moins cinq (« ça va aller après midi et demi »), et enfin à une heure quarante-cinq ils m’appellent.

On doit changer l’ordinateur. Encore. Mais apparemment, c’est un problème de filage, ou ci ou ça, je ne sais plus trop. On m’indique aussi que la pièce dont j’ai besoin n’existe plus nulle part dans le monde (pour une auto qui a quatre ans d’âge), mais qu’ils vont essayer de la réparer au lieu de la remplacer.  L’ordinateur va arriver la semaine prochaine. À ma question « que se passe-t-il si vous ne pouvez pas la réparer? », pas de réponse.

Mon père part de Baie-Comeau (un beau quatorze heures de route devant lui) et je vais me coucher sur le gros nerf après des parties de cartes et des larmes.

15 juillet 2016 (jour 17)

Vers sept heures le matin, mon père arrive. Il prend le temps de déjeuner, puis on se rend au concessionnaire pour ramasser mes affaires, qui encombrent toujours la Fit. Elle est grande ouverte au fond du garage, on doit donc se foutre dans les jambes de tout le monde pour la vider.

À mi-chemin du Grand Ménage, une technicienne vient me voir. « Mauvaise nouvelle, les pièces ne seront pas là avant la mi-août… » J’encaisse le choc, toute engourdie, la définition même du mot blasée. Mais, il y a un mais. Le gérant des pièces vient me voir. Ils ont une Fit dans la cours qu’ils ne peuvent pas vendre à cause du rappel sur les coussins gonflables; ils vont prendre les pièces nécessaires dedans, puis les changer lorsqu’ils vont les recevoir, à la mi-août, et tout passer sur la garantie prolongée. Et essayer de faire tout ça là, parce que c’est vendredi et qu’ils ferment la fin de semaine.

On repart attendre, mon père dort une heure, j’attends l’appel, toujours engourdie. À une heure et quart, le téléphone sonne. L’auto est prête. On part avec Azzie (qui profite d’un moment d’inattention pour s’enfuir brièvement), je ramasse mes clés et on part, rien à signer, rien à ramasser… hum.

On roule et roule jusqu’à Lachute, dans le traffic autour d’Ottawa, à chercher en vain un restaurant (ne faites pas confiance aux pancartes sur le bord de la route, elles mentent). Je mets la radio francophone; j’écoute les tounes pas-tant-bonnes en chantant à tue-tête, je m’extasie devant la pancarte Québec sur le pont de la 344, qui traverse la Rivière des Outaouais. Je suis revenue.

On se trouve un motel sur le bord de la 50, humide, limite mouillé, et on se couche, épuisés. Le stress m’empêche de dormir alors que j’hallucine des punaises de lit. Je rêve d’une auto qui fonctionne, qui est enfin réparée. C’était presque le cas. Presque.

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Une réponse à La grande histoire de mon retour au bercail, partie 2

  1. Nic dit :

    Fuck ! Agace ! Tu nous laisse sur un « cliffhanger » !
    Toute qu’une mésaventure!!!

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