La grande histoire de mon retour au bercail, partie 1

Je vous écris du patio de mes parents, à Pointe-Lebel, Côte-Nord, Québec, Canada.

Oui. Québec. La province de Québec. Pis je suis pas en vacances (en fait oui, mais pas vraiment). Je suis revenue. Laissez-moi vous raconter, en trois parties, cette histoire rocambolesque et, on pourrait être tentés de le dire, triste, voire pathétique. Ou peut-être juste vraiment étrange.

Partie 1 – jours 1-14: la Fit a des problèmes

J’ai acheté ma Honda Fit en juillet 2012, donc il y a à peu près exactement quatre ans aujourd’hui, neuve, belle, rutilante, turquoise, parfaite. Dans le temps (et on dirait plus mille ans que quatre), j’étais en couple avec mon premier (de quatre…) chum et notre Cavalier nous avait pété dans les mains.

Ma Fit a vécu trois autres chums, huit déménagements et deux chats depuis ce temps-là. Et beaucoup de kilométrage. Mais maudit qu’elle allait bien. Elle n’avais jamais eu de problème.

Jusqu’au mercredi 29 juin.

Je pars de la job à cinq heures. J’appelle mon chum, qui est aux Pays-Bas depuis quelques jours et ce, pour deux semaines, au mariage de son ami. Je démarre, mon auto fait un bruit bizarre, le check engine se met à clignoter et le moteur cale un peu, descend à cinquante, ne va pas plus vite… je m’en vais à la maison, un peu paniquée (heureusement, c’est proche), et je mets la machine Google en marche. Résultat: ça pourrait être littéralement n’importe quoi.

Le lendemain, je l’amène au garage. Diagnostic: misfire, mais ils enlèvent le code et vérifient ci et ça, tout semble être beau. Okay. Je la ramasse, et le problème revient quand je repars de la job. Problème: c’est férié le lendemain, et je dois aller passer la fin de semaine à Langenburg chez une amie. Tant pis, je prends le pickup truck de mon chum et je pars, stressée après ma facture de quatre-vingt piaces et mes problèmes soudains de Honda Fit turquoise que j’aimais dont mais que je commence à haïr.

Lundi le 4 juillet, je la ramène au garage. Nouveau résultat: je dois l’amener à un garage Honda. Évidemment, parce que je suis perdue au fin-fond du câl, le plus près est à Régina, à deux cent kilomètres de là, et mon auto, en limp home mode, ne va pas plus vite que cinquante kilomètres-heure. Donc un beau quatre heures de route.

Je pars le lendemain soir, pour un 270 minutes à chauffer semi-manuel en essayant de trouver juste le bon degré de pédale qui va pas trop scrapper ma transmission, j’arrive à mon hôtel et je m’évache. Le lendemain, petite virée au gym, puis j’amène la Fit au Honda et j’attends le diagnostic sur place.

Une heure… deux heures… après plus de trois heures, j’ai le diagnostic. On doit changer l’ordinateur. Il ne sera pas là avant le lendemain. On me donne une location. Bonne nouvelle – c’est couvert par ma garantie prolongée (tout le monde m’obstinait que c’était inutile quand j’ai acheté le char: BOOM, c’est une pièce de 1600 piaces). Mauvaise nouvelle: ma location, c’est une Grand Caravan blanche (tout ce que je déteste: Dodge, minivan, blanche). Bon, on chiâlera pas (trop).

Stressée, mais vraiment, vraiment stressée, je pars dans ma minivan poche, je vais me stationner à mon parc préféré de Regina, le sanctuaire des bernaches, et je donne des updates à mon chum. Je le trouve bizarre. Mais bon. Il est fatigué, il est parti depuis deux semaines, etc. Je marche jusqu’à un Subway pour dîner, un quinze minutes de conversations bizarres par messages texte puis, assise à ma table avec mon sous-marin, il m’envoie le dernier message qui me fait dire: okay, là, appelles-moi.

Et là, au téléphone à Regina, je me fais, pardonnez mon français, crisser là.

J’essaye de comprendre, mais je suis un peu perdue. Ça sort d’où, ça? Je suis célibataire, là? Bon, je fais quoi? On vient d’emménager ensemble il y a un mois… j’ai tout laissé derrière (encore) pour partir à Estevan, je me suis trouvé une job, et on vient de meubler l’appartement au complet ensemble, à Winnipeg, il y a deux semaines. Bon…

J’étais supposée le ramasser le soir à Regina, il arrivait de son transit à Toronto (d’où il m’a sacré là), mais je lui ai dit d’aller se faire foutre, de s’arranger, et je suis retournée à Estevan dans ma minivan encore plus poche qu’avant après avoir appelé mon entourage en leur informant des dernières nouvelles.

Il vient me voir, le soir, mais je suis encore trop en colère pour réfléchir. Le lendemain, je me pointe à la job, je finis par écrire un email à mon boss (toujours absent) pour l’informer de la situation et lui dire que je sacre mon camp. C’est ben beau, la Saskatchewan, la job, les champs pis les fermes, mais là, j’en ai plein le C, je déborde de partout, je suis tannée, je retourne au Québec faire n’importe quoi d’autre. Fuck le canola.

Vendredi, toujours pas de boss, samedi, je retourne à Regina chercher ma Fit réparée, mais sur le deux heures de retour, elle commence à faire du bruit, elle shake, elle me ressort un check engine, elle me fait brailler encore, la criss, que je l’haïs dont. Je vais me faire faire un changement d’huile et je leur demande de me donner le code. Un débalancement dans le ratio air-gaz, ou quelque chose du genre. Ils l’enlèvent et je m’en vais chez nous, je m’en vais m’écraser et ne pas penser. Dimanche passe.

Lundi, retour à la job. Mon boss est là, enfin, il m’amène dans son bureau immédiatement.

Ça n’a pas trop de sens que tu fasses deux semaines avant de partir, on aimerait mieux que tu partes tout de suite, tu vas être trop distraite, ça ne sert à rien, si tu es pour partir, pars là, avoir su que ton chum était tout ce qui te rattachait à la Saskatchewan, je ne t’aurais pas engagé, bref, il me déteste, je le comprends un peu, mais je le trouve chiant quand même, et je pars avec mes affaires, j’appelle mon ex, je lui dis: là, faut je décâlice tout de suite, parce que je n’ai plus de job.

On amène mon auto au garage, c’était juste les roues qui étaient pleines de bouette, ils les nettoient et la vibration disparaît, tout semble bien aller. On passe l’après-midi et la soirée à faire mes boîtes ensemble, à décider ce que je laisse derrière, il m’achète mes rebuts pour financer mon voyage, mon retour au bercail, on essaie de tout rentrer dans mon auto mais, évidemment, je manque de place, je laisse des trucs derrière avec promesse de me les faire envoyer par Purolator, et je dors ma dernière nuit en Saskatchewan.

Lever à six heures trente, départ à sept heures trente le mardi 12 juillet.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Quotidien. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.