La grande histoire de mon retour au bercail: grande finale

On peut dire que mon « retour » est complété. Je suis revenue et je commence à m’installer, me problèmes se règlent. J’ai signé un bail dimanche et mon contrat d’embauche lundi. Il reste à faire ajuster les valves de la Fit et ensuite, je la vends. Tout se place.

Aujourd’hui, ça fait six semaines que mon automobile a eu ses premiers problèmes, cinq semaines que je me suis fait laisser par mon ex au téléphone, quatre semaines que j’ai quitté la Saskatchewan. Je suis un peu déçue de ne pas vraiment avoir eu d’été 2016, qui a commencé avec un long processus de déménagement et qui a été suivi par des problèmes, une rupture, un autre processus de déménagement encore plus compliqué. Lorsque je serai finalement installée, on sera en septembre. Et la vie poursuivra son cours, parce qu’elle le fait toujours. Elle ne s’arrête pas. Dans le fond, c’est un peu ce qui fait que nous sommes tous égaux: nos vingt-quatre heures quotidiennes communes.

La Saskatchewan, une erreur?

J’ai raconté mon histoire abracadabrante à beaucoup de gens, parfois d’une traite, parfois en les tenant au courant tout au long des étapes de mon retour. Et beaucoup de gens faisaient allusion à mon périple d’un an et demi dans une autre province comme à une erreur. Franchement ou par mots cachés.

C’est plutôt insultant de se faire dire que dix-sept mois de sa vie étaient une erreur, d’autant plus que ce n’en était absolument pas une.

J’y ai longtemps réfléchi. J’ai commencé ce blogue en arrivant là-bas, en février 2015, même pas deux mois après avoir décidé d’y déménager. Tout le monde prenait un malin plaisir à me faire savoir à quel point j’allais apparemment le regretter; et d’autres cherchent encore à me faire dire que je le regrette. Au point où je me suis posé la question. La Saskatchewan était-elle une erreur? Est-e que j’ai vraiment jeté dix-sept mois de ma vie par la fenêtre?

Et je suis arrivée à cette conclusion: tout est une question de perspective (comme Absolument Tout, en fait).

Il serait facile de mettre l’emphase sur les côtés négatifs. Je ne suis pas naïve; tout n’était pas rose. Je m’ennuyais de mes amis et de ma famille. Je ne me suis à peu près pas fait d’amis là-bas. Il était difficile de parler anglais jour après jour, de passer des semaines sans prononcer un mot de français, au point où je commençais à le perdre, au point où je rêvais et pensais en anglais. J’ai vécu deux ruptures, difficiles comme elles le sont toutes, des déménagements, des rêves brisés. Et j’ai fini par revenir la queue un peu entre les jambes.

Mais j’ai changé. J’ai plus changé en un an et demi là-bas que je ne l’aurais fait en cinq ans ici, j’en suis persuadée. J’ai découvert une autre facette de notre pays. J’ai rencontré des gens merveilleux. Je me suis ouverte. Je suis devenue plus sociale, moins gênée. J’ai découvert que j’étais capable de beaucoup et que je valais beaucoup. J’ai compris qui étaient mes amis véritables et ceux qui ne l’étaient pas vraiment. Je me suis débarrassé de la majorité de mon système de valeur. Je suis devenue positive et proactive. J’ai pu trouver ce que je recherchais réellement chez un partenaire de vie. J’ai aussi compris ce qui m’importait vraiment et j’ai commencé à mettre toute mon énergie sur ce qui en vaut la peine.

Ce n’est pas nécessairement la Saskatchewan qui a fait ça. Après tout, ce n’est qu’une province. Peut-être que ça serait arrivé en restant à Québec. Ou pas. Tout ce que je peux dire, c’est que le contexte étonnamment différent des Plaines m’ont aidée. J’ai honnêtement cru pouvoir faire ma vie là-bas. Puis cette croyance m’a été arrachée. Mais la vie continue. Elle continue toujours.

Des nouvelles plus concrètes

J’ai signé un bail pour un minuscule deux et demi dans Saint-Roch. C’est marrant, moi qui avait peur de la basse-ville avant, c’est devenu mon quartier préféré de Québec, et j’adore particulièrement Saint-Sauveur et Saint-Roch. Quand je me promène dans leurs one way, je me sens chez moi. Ça m’a manqué.

J’ai déniché un emploi génial et je commence le 22 août. En attendant, je dois déménager et m’installer dans mon nouveau chez-moi. Pour une fois, je ne suis pas trop stressée ni pressée. Tout va bien. Après ce que je viens de vivre, je suis maintenant au paradis: j’ai ma famille et mes amis tout près, un logement, une job. De quoi ai-je besoin de plus?

Mon appartement est si petit que je vais devoir être ingénieuse et… revisiter mon minimalisme, qui avait pris une petite claque dans mon dernier déménagement à Estevan. Je revisite l’essentiel, le nécessaire, le confort. Je me sens d’attaque pour bâtir un meuble adapté à la litière de mon chat, pour trouver un moyen d’accrocher des plantes quelque part. J’adore mes grandes fenêtres. Je suis à quinze minutes à pied de ma microbrasserie préférée, huit de ma job, quinze d’un gym potable. Il y a tout plein d’épiceries de quartier, indépendantes, étrangères. La maison d’à côté est peuplée de chats qui s’assoient sur le toit de la voiture stationnée dans leur cours et j’ai vu sur tout ça depuis ma petite cuisine. Ma douche est dans ma chambre. Et ça sent bon Québec. Québec, mon rebound.

Et maintenant?

Depuis que je suis revenue et que j’ai dû faire preuve de patience pour régler mes problèmes un à la fois, je me suis retrouvé avec beaucoup de temps libre sur les bras.

Je devais donner une nouvelle direction à ma vie. Je me suis réveillé le six juillet, dans une chambre d’hôtel de Regina, stressée par mon auto, mais avec ce plan de vie en tête: habiter la Saskatchewan, travailler sur la ferme, apprendre le métier, bâtir une vie avec mon copain néerlandais.  À peu près sept heures après mon réveil, ce plan a disparu soudainement. Je ne l’ai jamais vu venir. Et je l’avais bâti avec soin, patience et beaucoup de temps.

D’où la question que je n’ai pas arrêté de me poser pendant les deux semaines suivantes: je fais quoi, là?

Inconsciemment, je me suis mise à revisiter mes valeurs. Je me suis demandé ce que je voulais réellement. Qui suis-je? Que fais-je? Qu’est-ce qui me rend heureuse? Qu’est-ce que je veux contribuer au monde? Bref, le genre de questions qu’on se pose doucement au cours de la vie, mais auxquelles il peut être difficile de répondre là, rapidement, quand le monde vient de s’écrouler encore une fois.

Mais voici ce que je veux.

Je veux me concentrer sur ma famille et mes amis. Je veux voir mes parents davantage et leur parler plus souvent. Je veux passer du temps avec ma sœur et mon frère, avec mon neveu qui va naître en novembre. Je veux vivre davantage d’expériences avec le clan Morissette-Dupuis et avec eux qui me sont chers.

Je veux être près de la nature. En Saskatchewan, il y a très peu d’arbres, pas de forêt du tout. C’est une des choses qui m’a le plus manqué, ça et les grands cours d’eau. Je veux profiter de cette proximité retrouvée, marcher dans les parcs, sur le bord du fleuve, aller dans le bois, au chalet.

Je veux développer de nouveaux talents et explorer l’inconnu. M’inscrire à des cours, des groupes, des clubs, sans trop d’engagement, juste avec ma curiosité naturelle, sans stress ni pression.

Je veux apprendre. Je veux comprendre comment les choses fonctionnent, acquérir plus de connaissances. Je veux arrêter de m’abrutir avec des activités qui ne m’amènent rien. Je veux lire sur la mécanique, être capable d’identifier les arbres et les plantes, visiter des galeries d’art. Je veux étancher cette curiosité intense qui m’a toujours habitée, et que j’étouffais à coups de tu n’es pas capable, tu te prends pour qui, ce n’est pas toi.

Je veux créer et utiliser mes mains. Je veux essayer des choses manuelles, pratiquer un art sans me décourager, gosser du bois, apprendre à tricoter.

Je veux me créer une nouvelle vie équilibrée, routinière mais pas trop. Je veux m’amuser, voir mes amis, prendre une bière. Cuisiner, rire, faire la grasse matinée avec mon chat. Faire du bénévolat et donner du temps à eux que j’aime. Méditer, marcher, prendre le bus et écouter les conversations, regarder la neige tomber avec une tasse de thé, offrir aux touristes du Vieux-Québec de les prendre en photo, converser avec des étrangers. Je veux vivre.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Quotidien. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à La grande histoire de mon retour au bercail: grande finale

  1. Émilie Cloutier dit :

    Beau texte et tu as bien raison, concentrons-nous sur l’essentiel!
    Et si jamais, tu reviens dans notre petit patelin, je pourrais te montrer à tricoter!Hihi

  2. Edith dit :

    Ce n’était as une erreur mais une expérience de plus dans ta vie pour te faire avancer voilà …

  3. Isabelle dit :

    Je ne crois pas que c’était une erreur d’aller en Saskatchewan, mais plutôt un beau trip qui n’arrive pas souvent dans une vie. Ou quand ça arrive, ça se peut même que le timing ne soit pas bon et on manque une belle opportunité. Bon, le fait que ça l’a fini tout croche, c’est plate, mais ça ne veut pas dire que tout ce que tu y as vécu l’a été nécessairement. Tu y es allée, tu y as vécu et tu es revenue ! Vive la vie qui nous fait bouger ! Ça veut juste dire qu’on est en vie !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.