Exactement où je dois être

Ce matin, vers 6h50, j’étais dans l’autobus 281, sur l’autoroute Laurentienne direction sud, à trois arrêts de ma destination. Le siège à ma droite était occupé par mon sac de sport, ma sacoche et ma boîte à lunch. Je venais de terminer la lecture d’une chronique d’Arthur Buies, j’ai refermé le livre et je l’ai posé sur mes genoux.

À ma gauche, un splendide lever de soleil sur la ville de Québec, rose, orange, strié de nuages indigo. Je ne m’attendais pas à ça, j’ai été prise par surprise par la beauté de cet événement pourtant banal, journalier, quelconque aux yeux de probablement la moitié des passagers du trajet.

Puis j’ai eu cette pensée: « je suis exactement où je dois être en ce moment. Ce moment est parfait. »

Pourtant, normalement, je ne vais pas au gym le mardi. Mais dimanche, j’ai eu une bulle au cerveau et j’ai réglé mon réveille-matin pour six heures trente au lieu de six heures. Donc, gym reporté à ce matin. C’est difficile depuis mon retour de vacances il y a une semaine, alors ça été difficile ce matin de me lever. Le chat semblait avoir eu un problème avec son bol d’eau ou je ne sais quoi, parce qu’il y avait de la litière gluante partout dans le couloir du condo, dans la chambre et, évidemment, sur mon lit, où il était venu se coucher. Je prend normalement entre dix et quinze minutes pour déguster un café en silence avant de partir, je n’ai même pas pu le finir ce matin. Un début de journée un peu désagréable.

Puis ce lever de soleil, ce BONJOUR retentissant. Ce matin, j’étais la femme la plus chanceuse du monde.

Vous aussi, vous étiez exactement là où vous deviez être, à 6h50 ce matin. Du moins, je le pense. La vie nous offre tellement. C’est bon de penser que ce tout petit moment, ce dix secondes de parfait bonheur, m’a été donné aujourd’hui, dans un autobus plein de gens à moitié endormis, après avoir lu une chronique pessimiste de 1877.

Je trouve agréable de pratiquer ainsi ma gratitude. Il y a environ deux mois, je me suis acheté le journal de gratitude Tiny Buddha et je réponds à une question par jour, ou presque, avant de me coucher le soir. Depuis, et même si ça fait seulement deux mois, je sens que mon attitude a beaucoup changé. Je suis plus calme et positive. Plus patiente également. Je profite mieux de la vie. Et sans avoir des lunettes roses ni la tête dans le sable, je fais face à mes problèmes avec plus de discernement, moins de panique. (Pour poursuivre dans la lignée de mon dernier article…)

C’est pourquoi, ce matin, je ne pensais pas à

  • l’heure qu’il était – trop tôt – trop fatiguée;
  • les taches de litière sur le plancher, et de devoir laver mon couvre-lit ce soir;
  • la possibilité que mon chat est vieux, qu’il ait eu un « accident », qu’il me coûte de le faire soigner;
  • pire, qu’il ne puisse pas être soigné;
  • ma position inconfortable dans l’autobus dur comme de la roche, mes nombreux sacs lourds;
  • le fait que le monde ne semble pas avoir évolué depuis le Québec de 1877;
  • la longue journée de travail devant moi, à travailler sur un budget qui me rend folle.

Je pensais juste au fait que j’étais exactement là où je devais être, et que ce moment-là était parfait, comme tous les autres moments qu’il m’a été donné de vivre, parce que la vie est tellement, tellement intrinsèquement belle.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Éthique, Quotidien. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.