D’où l’importance d’arrêter de consommer

Quelle est la pire partie, le pire côté, le pire aftereffect d’une soirée (trop) alcoolisée?

Je vous le donne en cinq. Le mal de crâne? La perte d’une journée entière passée à s’en remettre? Les nausées? Les blancs de mémoire?

Non. Le pire, c’est la honte.

Maudite honte sale. Honte de ce qu’on a fait. Honte de ce qu’on a oublié. Honte de ce qu’on a dit, crié et pleuré. Honte d’avoir à se faire raconter parce qu’on ne se souvient pas, ou qu’on ne veut pas se souvenir. Honte de la réalité, honte de nos défauts, honte de nos manques de savoir-vivre, de tolérance, d’intelligence, de sagesse, de retenue.

J’ai un gros problème de consommation et j’ai honte.

Ce n’est pas de l’alcoolisme classique. Même pas de l’alcoolisme tout court, pas selon les définitions. Parce que ça pourrait être n’importe quelle autre substance – l’alcool est juste plus disponible, reconnu, facile. Gratuit.

Parfois je bois et je m’arrête après un ou deux verres. Souvent je bois et je ne m’arrête jamais. Jamais à temps, jamais tout court. J’ignore mes limites; je suis invincible. Jusqu’au point de cassure. Je suis un funambule sur un fil trop mince. Un fil de nylon effiloché. Et je tombe à chaque fois. Je l’échappe. Je me perds.

Vendredi dernier, 5 à 7 spécial de Noël avec mes collègues. L’alcool coule à flot. Trois coupons de consommation par personne, mais, en pratique, si on demande, on nous en donne plus, il n’y a pas vraiment de limite. (Comme moi.) Une, deux pintes, un shot, deux autres pintes, un shot (de qui?), une dernière pinte et BAM Joannie s’en va en furie (tornado style, mon grand classique) parce que Joannie pleure, Joannie rage, Joannie fait une crise de jalousie, Joannie court dans la rue, à moins trente degrés avec son manteau dans les bras, s’enferme chez elle et ne pense plus qu’à une chose – comme d’habitude – mourir.

J’ai eu tellement honte. J’ai encore honte. C’est comme une couche de vase sur mon coeur flétri. J’ai terrifié des gens. J’ai passé la fin de semaine à recoller les pots cassés, recassés, explosés, j’ai perdu plein de morceaux, je me suis excusé, encore et encore et toujours, une longue plainte sans fin, une lamentation pathétique.

Pour toujours recommencer.

2016, je te quitte. J’en ai fini avec toi. J’arrête de boire jusqu’en 2017 et je me repose. J’arrête de pédaler. Je n’arrive nulle part. Je me couche sur le côté de la route et je dors. La neige est douce, isolante comme une couverture polaire. Je suis écoeurée d’être fatiguée, de pleurer, de m’excuser, d’oublier, d’abuser. Écoeurée de ma réputation, des blagues plates, des excuses remises en question. De mes agissements. De mes pensées. De ma Bête Noire. Pour les deux semaines restantes de l’année je veux juste la Sainte Foutue Paix. Mais c’est surtout à moi-même de me la donner.

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