Deux années

Vite de même deux années ça pas l’air de grand-chose. Vingt-quatre mois. On vieillit un peu. Et même si il se passe quinze mille affaires plus ou moins importantes, quand on prend du recul, c’est juste deux ans.

Pourtant il y a deux ans, hier, le 13 février, je déménageais en Saskatchewan.

Je ne sais pas si c’est normal, mais j’ai la manie de toujours séparer ma vie en deux périodes selon quelque événement important/traumatisant. Le pré- et le post-. Décès de ma grand-mère, diagnostic de mon trouble mental, déménagement à Québec, lâché l’université… ex un, deux, trois, quatre, déménagement un, deux, […] onze (oui, j’ai déménagé onze fois en neuf ans). Et là encore à regarder la date venir depuis une semaine j’avais envie de voir ma vie comme scindée en trois, pré-Saskatchewan, Saskastchewan, post-Saskatchewan.

Pourtant ce n’est pas un si big deal. Pour être honnête, tout ça me semble un peu flou. Je me rappelle les préparatifs, la panique, le trop-plein de stock qui ne rentrait pas dans (et sur) ma voiture. Je me rappelle avoir laissé derrière moi un appartement sale et congelé et avoir roulé trois mille kilomètres jusqu’à Russel, Manitoba. Avoir passé la St-Valentin en Ontario, perdue entre ici et là-bas, à manger mes repas dans des truck stops bizarres avec des noms louches.

Quelqu’un m’a expliqué récemment que si on a l’impression que le temps file de plus en plus vite, c’est que chaque jour (semaine, mois, année) écoulé représente une portion toujours amoindrie de notre vie. Si j’ai cinq ans, une année représente 20% de ma vie; si j’en ai vingt-cinq, ça chûte à 4%.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, ce périple de vie représente 5.23% de ma vie. L’an prochain, ce sera 5.04%. Et ainsi de suite, et ainsi va la vie.

Mais une proportion de temps ne représente pas forcément une proportion de vie. On dirait que j’attends encore la clôture officielle de mon épisode Ouest. En ce moment je capote sur mon rapport d’impôts. La moitié de mes revenus étaient en Saskatchewan. (Et imposée sur place. Ça va faire mal, Québec.) Après ça? Je sais pas, peut-être que je vais me trouver une autre raison de ne pas décrocher. Même si je n’y pense presque plus. Mais parfois des visages reviennent me hanter quand je ferme les yeux, je sais, c’est hyper cliché, mais c’est ça. Et je repense avec une certaine nostalgie à cette aventure qui a marqué ma jeune vie, m’empêchant par le fait même de passer à la prochaine.

Sinon ça va. Je pédale encore. Un jour j’atteindrai la rive.

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