C’est quoi le timeline d’une peine d’amour?

Est-ce que quelqu’un pourrait m’indiquer quand est-ce que je vais arrêter de ramasser des morceaux de mon propre coeur par terre dans la poussière, à dix heures le soir quand j’essaie de dormir?

J’ai eu quatre chums dans ma vie mais c’est le premier qui me laisse. C’est la première fois que je me fais sacrer là. Câlice que c’est difficile. C’est tough. En tabarnak. Criss que j’roche.

Je me rappelle avec netteté la première peine d’amour de ma soeur, puis celle de mon frère. J’avais fait de mon mieux pour les aider, les soutenir, leur changer les idées, leur aider à passer au travers. Mais je ne pouvais pas comprendre, pas totalement.

Évidemment, après mes trois premières ruptures, en 2012, 2014 et 2015, j’ai vécu un genre de deuil. Ça n’a pas été facile non plus – les émotions, les déménagements, les changements de style de vie, les chamboulements. Mais là, là, installée à Saint-Roch et enfin en train de me retrouver une autre câlice de routine, là, ça pète, ça ne va pas.

Je peux passer des jours, de beaux grands jours à ne pas y penser. Puis un soir je me couche, après avoir lu deux-trois chapitres et bu une tasse de thé, et je pense, et je braille, et je n’arrête pas de souffrir le martyr en vain, je ne vois pas le bout, je fais juste me noyer. Je me sens déchirée entre l’amour et la haine, j’ai envie de frapper et de hurler, de crier que c’est injuste. Je me sens égoïste et un peu brisée, cassée comme un vase fragile qu’on jette aux poubelles parce que fuck la colle. Je n’ai pas de Krazy Glu. Je n’ai rien.

Je chiâle, je me lamente, je suis un lamentin. Je suis une baleine échouée qui n’en revient pas d’être échouée. Certains matins je me réveille avec l’impression que la vie me sacre constamment des coups de pelle dans face, jour après jour, et que le bleu ne guérira jamais, que le bleu est rendu… un cancer, un gros monstre noir qui me ronge de l’intérieur et qui fait semblant de ne pas exister, qui me fait accroire qu’il est faux, que je l’ai inventé.

Je suis lâche, je veux fuir. Je ne suis pas une battante. Je ne suis pas courageuse. Je suis juste triste. Je suis en peine d’amour. Je ne mange plus, puis je mange trop, je mange n’importe quoi, j’essaie d’étouffer le monstre, de lui faire faire une crise cardiaque ou de l’affamer. Je ne suis pas une guerrière. Je suis une petite motte humaine roulée en boule sur le plancher. Je voudrais que le temps s’arrête. Ou qu’il avance beaucoup plus vite.

Je voudrais être guérie, réparée. Je voudrais croire à nouveau. Je voudrais que tout ça ne soit jamais arrivé. Fuck la croissance personnelle. Fuck les expériences de vie. Fuck grandir. Je veux avoir quatre ans et ne pas subir le rejet. Je veux qu’on m’aime assez. Assez pour me garder. Assez pour arrêter de fuir, de déménager, de recommencer. Je voudrais que cette câlice de rupture ait un sens. Je voudrais comprendre. Mais je ne comprends pas. Alors je pleure et je ne dors pas parce que les coups de pelle me font trop mal à face.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Borderline, Quotidien. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.