Briser le silence

C’est tellement facile de s’exprimer sur un blogue. C’est tellement facile pour moi de décrier la dépression, de m’arracher le coeur pour l’exposer à la vue de tous. Sur internet.

Dans la vraie-vraie vie, je ne parle jamais de ça. Je n’en parle pas vraiment à mes amis, je n’en parle pas du tout à ma famille ni à mes collègues. Ni à mon chum. J’en parlerais bien à mon psychologue, mais il n’existe pas.

Malheureusement, et bien malgré moi, j’ai honte de souffrir de dépression.

C’est difficile d’expliquer à quelqu’un de « normal » ce que c’est que d’avoir régulièrement envie de mourir. Je dis mourir, mais c’est parce que la mort est la seule forme de disparition possible. Ce que ma dépression me fait désirer plus que tout, c’est de disparaître. De n’avoir jamais existé. De juste m’évanouir en millions de particules microscopiques, partir dans le vent comme des cendres, devenir invisible. Et de ne pas faire souffrir qui que ce soit par cet évanouissement dans la nature.

Samedi, j’ai passé une super journée. On fêtait l’anniversaire de mon neveu, il a eu un an. Ensuite nous avons reçu mes parents à souper, on a mangé de la raclette, un dessert au chocolat, on a bu trois bouteilles de vin. Une soirée magnifique à parler de toutes sortes de sujets, à rire, à aimer.

Ils sont partis, nous avons ramassé, je me suis brossé les dents. Et en me brossant les dents, soudainement, comme un coup de masse dans l’estomac, mon cerveau m’a dit:

Va dont dans cuisine te rentrer un couteau dans le ventre pour mourir au bout de ton sang.

Ma dépression se manifeste de deux manières: soudainement et pas soudainement. Quand c’est insidieux, quand l’envie de disparaître grandit petit à petit, c’est plus difficile de m’en débarrasser. Mais quand ça sort de nulle part comme cette pensée-là, après avoir passé une super journée avec ma famille, avoir profité des plaisirs de la vie et avoir aimé, je reprends le dessus facilement. Mon côté rationnel s’insurge contre cette auto-attaque vicieuse. C’est ce que j’ai fait.

Voyons, câlice. Pourquoi je ferais ça?

Trois bouteilles de vin aidant, je me suis mise à pleurer, je suis allée me coucher, et j’ai fini par m’ouvrir la trappe. Après un an de relation, j’ai enfin essayé d’expliquer à mon chum ce que je vivais, ce qui venait de se passer, pourquoi je pleurais (encore). Ce que je n’avais honnêtement jamais fait avec qui que ce soit. C’était bizarre. C’était effrayant.

Je lui ai avoué que j’avais honte. Que, quand une crise surgissait, je me sentais énormément seule. Et que je n’étais pas capable d’en parler, de l’avouer, de dire « chéri, j’ai envie de mourir, là ». Que mon mécanisme automatique était de m’enfermer dans ma tête et de délirer. (Pire réflexe de survie du monde.)

Même écrire ça ici, c’est difficile. C’est avouer que je suis faible. Que je suis anormale. Que j’ai une maladie. Que je ne consulte même pas pour ladite maladie. Que j’ai l’air de me crisser de moi-même. Même si le processus est compliqué, que je n’y comprends rien, que personne ne peut m’aider, que je ne sais pas qui appeler, où aller, qui voir. Urgences? Sans rendez-vous? À qui je demande une référence? Et comme je n’ai pas un sou pour aller au privé, peut-être que les listes d’attente sont hyper longues. Peut-être que je ne suis pas du tout un cas urgent. Après tout, je n’ai rien fait de concret. Je fais juste pleurer en voulant mourir.

Mais au moins j’ai fini par en parler à quelqu’un d’autre qu’à moi-même. C’est peut-être un pas dans la bonne direction.

Je n’y comprends quand même rien. Je me sens brisée. Non fonctionnelle. Bizarre.

Perdue et seule. Parfois.

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Une réponse à Briser le silence

  1. Isabelle dit :

    Avec ce que tu décris, tu peux aller à l’urgence psychiatrique de l’hôpital le plus près de chez toi.

    Vas-y tôt le matin, car les psychiatres ne travaillent pas la nuit. Si tu sens que tu peux attendre à demain, c’est ce qui va être mieux.

    Je t’envoie toutes mes pensées positives !

    La dépression est une maladie au même titre que le cancer et on peut s’en rétablir.

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