Récit de la journée où je suis tombée en amour avec Montréal contre toutes attentes

Lundi, le 15 janvier 2018.

C’est la journée où je devais me rendre à Montréal pour suivre une formation sur les fonctions VBA dans Excel. C’était réservé et payé depuis octobre, les billets de train, depuis un mois. L’horaire était serré, mais j’étais prête. J’avais hâte.

Comme d’habitude, j’étais hyper stressée la veille. Quand je dois respecter un horaire hors de l’ordinaire, comme de prendre un vol tôt le matin, je ne dors pas. Je me tourne et retourne dans mon lit en suant comme une truie en imaginant les pires scénarios, et je vérifie deux-trois-quatre-neuf fois que mon cadran a bien été réglé, à la bonne heure.

Je devais me lever à l’heure impie de quatre heures quarante-cinq. Un seul mot: arke. (Même si c’est pas un mot.) Et donc hier, à dix heures, je suis couchée dans mon lit, à me tourner et me retourner en imaginant les pires horreurs. Et si je mourrais dans mon sommeil? Etc.

J’ai trouvé une bonne technique, par contre: imaginer le pire scénario possible, et la solution au problème. Dans mon cas, c’était de ne pas me lever à temps et de rater mon train ultramatinal. Solution: les taxis offrent un prix fixe pour l’aller Québec-Montréal, ça aurait été ça.

Comme d’habitude, je me suis levée à l’heure. En quinze minutes j’étais douchée, habillée et à peu près présentable, hormis les cernes de six pouces qui soulignaient mes yeux avec pas vraiment de grâce. Le taxi est arrivé à l’heure prévue de cinq heures quinze. Sympathique chauffeur, qui était fasciné par les volutes de brume blanche qui flottaient sur le fleuve.

Minuscule gare de Sainte-Foy, passagers pressés, à l’air pas du tout endormis. On embarque, on part. C’est la première fois de ma vie que je prends le train. J’essaie de dormir, sans résultat. Je lis un peu, je travaille, je mange mon bagel en foutant du yogourt partout. Je regarde le beau lever de soleil sur les champs enneigés. Je m’impatiente du retard.

Parce que les trains, ça va de soit, c’est toujours en retard. On arrive à Montréal quinze minutes plus tard que prévu. Fuck. Je sors, aucun taxi en vue. Je me gèle les mains à essayer de comprendre où m’en aller, Google Maps toujours aussi lent sur mon cellulaire fossilisé de trois ans et demi. Je vais dans la mauvaise direction, je finis par trouver la station de métro, enfin. Je me perds dedans, comme toujours. Quand il est question des autobus de la ville de Québec, je suis une championne. Mais ne me parlez pas de métro. Je perds cent points de quotient intellectuel quand je passe les portes bizarres des stations qui sentent l’urine et la tristesse.

Je m’achète un billet, je l’insère, ça débloque. Non, en fait, ça me dit oui, okay, vas-y, mais la petite barrière en métal ne débloque pas. Ça y est, pensai-je, j’essaie d’entrer par une sortie, tout le monde se moque de moi, j’ai vraiment l’air touriste. Mais pourquoi est-ce que ça dirait « ok accepté go go go » alors que c’est une sortie?

Trop tard. Mon temps est écoulé, mon billet est utilisé et je suis encore du mauvais côté de la barrière.

Re-achat de billet. Re-essai de franchir la barrière. Je pousse comme une déchainée. Puis je comprends, je dois retirer mon billet de la petite fente. Ensuite ça débloque. Je me sens tellement stupide que j’en pleurerais.

Je déboule, j’attends le métro pendant qu’un monsieur aux quatre cheveux enduits de gel hurle à mes côtés (je ne saurai jamais pourquoi il beuglait). Le métro arrive, j’entre. Je compte les stations. Une-deux-trois. Quatrième, je sors. Je débouche sur Sainte-Catherine. Je pars encore dans la mauvaise direction. Montréal, pour moi, c’est partir constamment dans la mauvaise direction. Je finis par me rattraper. J’arrive enfin à l’édifice Pierre-whatever, rue Panet, à côté d’une vieille église. J’entre. Je demande la salle deux cent quatre.

Ah mais madame, cette salle n’est pas louée.

Comment, pas louée? je m’insurge en lui glissant ma feuille pliée en quatre sur le comptoir. J’ai une formation là à neuf heures ce matin, je suis juste un peu en retard.

Ah, [nom de la compagnie]? Pas mal sûrs qu’ils ont annulé…

Il prend son téléphone, confirme. Me regarde avec un sourire tout penaud. Les larmes me montent aux yeux.

Mais je suis montée de Québec pour ça, que je lui dis, comme si ça pouvait changer quelque chose. Comme si c’était de sa faute que je me sois levée à quatre heures quarante-cinq ce matin.

Il est désolé, je pars, j’appelle ma boss, je cours au Second Cup, my salvation. Commande un espresso double-court, m’installe dans le coin fauteuils, bois le liquide des dieux à petites gorgées, pas le meilleur moyen d’arrêter de trembler. Je suis, comme qui dirait, en tabarnak. Je change mon billet de train, pas question que je reste à Montréal jusqu’à six heures cinquante ce soir-là, mon ordi portable encombrant en tow, pour magasiner ou perdre neuf heures de ma vie. Non monsieur.

Heureusement, je me calme rapidement. Je travaille, je commence à rire de la situation. Je me tag dans un statut Facebook. Je reçois un courriel d’excuses de la compagnie, problème informatique ou whatever. Je people-watch les clients typiques de ce café du quartier gai, hommes soixantenaires bavards qui se font des accolades bourrues et jeunes étudiantes en communication avec Mac et cahiers de notes trendy.

J’ai toujours détesté Montréal. Je ne sais pas pourquoi mais, quand j’entre dans cette ville-là, je deviens agressive. Hors de question d’aller y vivre, où d’y passer plus de deux jours. Mais là, dans le Second Cup coin Sainte-Catherine et Panet, pendant les deux heures que j’y ai passées, je me suis mise à m’adoucir et à vouloir que Québec possède également un Second Cup dans un quartier gai et la clientèle cool qui va avec.

Je suis partie vers onze heures et quart. J’ai eu l’excellente idée de marcher jusqu’à la gare centrale. L’exercice me fera du bien, je me suis dit. Sauf qu’il faisait moins huit mille et que mon cellulaire, complètement gelé, m’a lâché à mi-chemin. Pas grave, j’avais juste à suivre De La Gauchetière à travers le quartier chinois, jusqu’aux gros bâtiments de briques brunes laittes du début de centre-ville. Heureusement, j’allais dans la bonne direction.

Gare Centrale. Je ne me sens plus les cuisses. Je finis par trouver le comptoir ViaRail, je paye mon nouveau billet, je vais chez McDo parce que fuck. Je commande à la borne parce que fuck. L’imprimante ne fonctionne pas et je dois retenir mon numéro de commande par coeur. Fuck. Vingt treize. Vingt treize. Quand le gars call treize-vingt, et que je vois la bouteille d’eau dans le plateau (y a juste moi qui boit de l’eau chez McDo), je m’élance. (Ben oui, j’ai des tendances dyslexiques en cas de gros stress.) Un gros filet-o-fish double tout poisseux de gras, yes. Juste ce qu’il me fallait pour me remettre de mes émotions. Je suis dég. J’enfourne les frites comme si je n’avais pas mangé depuis quatre jours.

Je me dépêche en vain de rejoindre les quatorze mille personnes en ligne pour l’embarcadère, puisque le train prend quinze minutes de retard (lire plus haut, re: habitudes de retard des trains). Je finis par m’écraser dans un siège. Je constate avec joie que je suis équipée d’une plogue. Je vais pouvoir utiliser mon portable sans angoisser de tuer ma batterie. Et y a personne assis à côté de moi. Et le soleil me tape dessus. Bon.

Je me demande ce qui m’attend à mon arrivée à Québec. Ou peut-être que le train va dérailler entre-temps. Ou que la Gare du Palais est en feu. Ou que les chauffeurs d’autobus font la grève. Je m’attends à tout.

Dans le fond, j’aurais dû rater mon cadran et ne pas me pointer, ça m’aurait sauvé une journée de sueurs.

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Oh, comme 2017 a deuxmilledixsepté

En suite logique à cet article d’il y a 365 jours.

Bonjour mes amis.

2017 s’est terminé dans les jeux et l’amitié, 2018 a commencé, tardivement, avec un gros déjeuner oeufs-patates-toasts. Quel bonheur.

Je fais aujourd’hui un petit recap de mes non-résolutions du 9 janvier 2017.

Premier but: éliminer complètement ma dette

Check. J’ai terminé de payer mon prêt personnel le 26 décembre 2017. Am now debt free. Am now really fucking happy and satisfied with myself.

Deuxième but: continuer à être active

Check. Je DÉTRUIS le gym trois fois par semaine, je marche souvent, je fais un peu de vélo stationnaire même s’il est hyper inconfortable. Raquettes, randonnées, je suis même allée jogger genre trois fois en 2017 même si j’haïs ça (j’ai pogné des bulles TROP-D’ÉNERGIE-DOIT-COURIR). Je suis active au moins une demi-heure par jour à 76% de taux de réussite selon mon Habit Tracker.

Troisième but: développer mon bien-être mental

Okay, j’ai pas vu de psychologue/psychiâtre en 2017. Mais j’ai vraiment progressé sur le plan mental. C’est surtout d’instaurer des rituels matin/soir qui a aidé. Le matin, j’écris dans mon journal. Je me donne des buts pour la journée, je note comment je me sens au réveil, comment j’ai dormi. Je planifie ce que je vais faire comme exercice. Le soir, en buvant ma tisane à la menthe, je fais un petit recap de ma journée. Comment ça été, comment je me sens, et je fais le point sur ce qui aurait pu être mieux, sur mes réactions, mes pensées. J’ai aussi acheté le Tiny Buddha’s Gratitude Journal l’automne dernier et même si je prends des pauses de temps en temps (les questions finissent par se ressembler à la longue), il m’aide à réaliser tout ce dont je peux être reconnaissante dans ma vie. Pour faire cliché, #blessed.

Et 2018? On fait quoi?

Ah, nouvelle année, nouvelles promesses.

Cette année, je me suis donné des buts plus concrets.

Premièrement, je veux faire une rando de deux jours l’été prochain. Aka rando-dodo-rando. Pas trop loin, et louer l’équipement parce que pourquoi j’achèterais de l’équipement pour quelque chose que je vais peut-être détester. M’entraîner avec ce but-là en tête (qui me motive pas mal plus qu’un demi-marathon), et faire quelques recherches. Je ne suis pas novice en rando, mais ma plus longue était de huit heures. Non, pardon – onze heures dans le Maine, en juin dernier, parce qu’on s’est perdus. On va dire huit heures de rando PRÉVUES.

Deuxièmement, je veux commencer un hobby créatif. J’y pense depuis plusieurs mois (années), mais on dirait que rien ne m’accroche. Le problème avec Joannie et La Créativité, c’est que je viens vraiment impatiente. Si ma peinture est poche, je m’écoeure et j’arrête de peinturer. Si je ne maîtrise pas la technique de tricotage en trois heures, je m’écoeure et j’arrête de tricoter. Récemment, j’ai visité Fabricville pour du tissu pour un costume de baladi et je suis comme retombée en amour avec l’univers du textile, ce qui m’a donné envie de me lancer dans la couture. J’y songe sérieusement. (Ou peut-être que ça sera autre chose, je me donne encore quelques semaines pour me fixer.) Le bon côté de la couture, c’est que ça allie créativité et utilité, ça me plait.

Troisièmement, je veux devenir Encore Plus Une Adulte™ en établissant un plan financier de fin vingtaine. Maintenant que ma dette est disparue (pour de vrai de bon de final), je veux commencer à placer davantage d’argent. J’ai déjà des REER, un CELI et un compte-épargnes pour mon voyage en Irlande/construction de mon chalet, mais je veux établir des buts financiers et revisiter mon budget. Tout ça quand je vais rencontrer ma conseillère financière au printemps prochain. Mais je prépare déjà le terrain parce que pourquoi attendre cinq mois?

Sinon, j’ai plein d’autres petits trucs en vue. Je vais en Irlande deux semaines en mai, les billets sont achetés et il reste juste à planifier le voyage. Je veux m’acheter un Rubik Cube (facile) et devenir bonne (beaucoup moins facile). La Revegeance des Duchesses 2018 commence bientôt, et j’y participe en tant que Duchesse de Neufchâtel. J’attends une réponse pour la location de mon terrain au nord de Baie-Comeau afin d’y bâtir un chalet sommaire (et commencer par déboiser ledit terrain). Et je détruis encore le gym trois fois par semaine, je suis féroce.

C’était le fun de dire bye-bye à 2017 parce que je ne l’ai pas fait avec acidité et déception comme les quelques années précédentes. 2017 était belle, malgré les montagnes russes habituelles. J’ai vécu tout plein de belles choses. J’ai couronné mon année avec une promotion au travail et du beau temps passé en famille. Et l’envie non pas que 2017 se termine au plus cri-, mais que 2018 poursuive sur la courbe ascendante de sa prédécesseur.

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Récit du jour où je me suis planté sur le culdans la sloche boueuse devant une dizaine de personnes

Ce jour étant aujourd’hui. Ce moment était ce matin vers 8h40, au croisement des rues Sainte-Hélène et De La Couronne, dans Saint-Roch.

Je me suis levé du mauvais pied ce matin. J’ai mes règles et elles sont intenses. J’ai sauté le gym parce que je suis complètement crevée et que ce matin, le gym me tentait autant qu’un coup de pelle dans face. J’ai clanché ma douce routine matinale pour ne pas rater le dernier bus Express pour aller travailler. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner. La madame assise à côté de moi prenait vraiment beaucoup de place, et le sac messager du gars debout dans l’allée m’arrivait dans la face à chaque tournant.

Bref, je sors finalement du bus à l’arrêt Sainte-Hélène, il fait beau, genre moins quatre. Les trottoirs sont, comme d’habitude, recouverts d’une grosse sloche brune dégueulasse. Mais je porte mes belles-et-bonnes Sorel achetées l’an dernier que j’adore et qui ne m’ont jamais trahi.

Jamais avant ce matin, jamais avant huit heures quarante, heure de l’Est, le mercredi vingt décembre deux mille dix-sept.

J’étais à cet endroit précis:

(Mais en décembre et un pied de sloche, je le répète)

QUAND SOUDAINEMENT… je glisse. Tout bêtement. Le pied me part dans quatre pouces de marde et je me plante sur le cul, ma sacoche et mon sac à lunch dans la bouette.

La vulgarité prend le dessus et je me mets à sacrer comme une impie.

Osti de câlice de tabarnak!

-Joannie Morissette-Dupuis, 2017

La vérité, c’est qu’un automobiliste attendait pour traverser et que je voulais me dépêcher à traverser moi-même pour ne pas le faire attendre. Me dépêchant, je me suis planté. Cause à effet. Une simple équation.

Et pendant que je suis là, telle une truie complaisante, à me vautrer dans la gadoue, le conducteur attend encore. Je me relève, je me secoue le cul un peu (heureusement que mon manteau est long), il attend encore. J’ai envie de l’envoyer chier. Je suis méga insultée. Legit dix personnes m’ont vu me péter la gueule. Le malaise est palpable. La bouette qui me recouvre matérialise leur embarras. Une vraie oeuvre d’art. Ma sacoche est recouverte, il y en a à l’intérieur, mon sac à lunch est méconnaissable, mes pantalons sont tachés et je suis en beau criss.

Glisser sur de la glace et se péter le coccyx, c’est gênant, ça m’arrive souvent, mais ça va. Glisser dans de la fucking sloche, c’est juste cave, c’est plus que gênant, c’est outrageux. Enrageant. Crissant.

Je monte la côte en enlevant tant bien que mal tous les détritus des rues de Saint-Roch de sur mon manteau, en me disant que chaque foutu conducteur qui me croise doit le savoir, que je me suis planté dans la bouette, parce que plus j’en enlève, plus il semble en apparaître. Je partage l’ascenceur avec une fille qui me regarde de travers. Je me rends aux toilettes. Je commence à me nettoyer avec du papier brun qui, même mouillé, garde sa désagréable texture de papier sablé.

Et là, je croise une collègue, je lui raconte ma mésaventure, et je ris. Je suis tellement crampée que je me pisse presque dessus.

Je me revois me bêcher au ralentis, je m’entends vois sacrer comme un bûcheron, je m’imagine le malaise des pauvres petites personnes qui attendaient sagement le bus et j’espère qu’elles auront eu autant de plaisir que moi à repenser à ce malheureux incident d’un mercredi matin.

La morale de cette histoire, c’est qu’il faut savoir rire de soi-même, mais qu’il est permis d’être fâché dix minutes. J’aurais aimé raconter ça à Joannie ado qui perd sa jupe en plein oral d’espagnol devant vingt-cinq élèves en exposant ses bobettes « punk » roses et noires à tout le monde. Okay, c’était un petit peu pire. Mais quand même.

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Briser le silence

C’est tellement facile de s’exprimer sur un blogue. C’est tellement facile pour moi de décrier la dépression, de m’arracher le coeur pour l’exposer à la vue de tous. Sur internet.

Dans la vraie-vraie vie, je ne parle jamais de ça. Je n’en parle pas vraiment à mes amis, je n’en parle pas du tout à ma famille ni à mes collègues. Ni à mon chum. J’en parlerais bien à mon psychologue, mais il n’existe pas.

Malheureusement, et bien malgré moi, j’ai honte de souffrir de dépression.

C’est difficile d’expliquer à quelqu’un de « normal » ce que c’est que d’avoir régulièrement envie de mourir. Je dis mourir, mais c’est parce que la mort est la seule forme de disparition possible. Ce que ma dépression me fait désirer plus que tout, c’est de disparaître. De n’avoir jamais existé. De juste m’évanouir en millions de particules microscopiques, partir dans le vent comme des cendres, devenir invisible. Et de ne pas faire souffrir qui que ce soit par cet évanouissement dans la nature.

Samedi, j’ai passé une super journée. On fêtait l’anniversaire de mon neveu, il a eu un an. Ensuite nous avons reçu mes parents à souper, on a mangé de la raclette, un dessert au chocolat, on a bu trois bouteilles de vin. Une soirée magnifique à parler de toutes sortes de sujets, à rire, à aimer.

Ils sont partis, nous avons ramassé, je me suis brossé les dents. Et en me brossant les dents, soudainement, comme un coup de masse dans l’estomac, mon cerveau m’a dit:

Va dont dans cuisine te rentrer un couteau dans le ventre pour mourir au bout de ton sang.

Ma dépression se manifeste de deux manières: soudainement et pas soudainement. Quand c’est insidieux, quand l’envie de disparaître grandit petit à petit, c’est plus difficile de m’en débarrasser. Mais quand ça sort de nulle part comme cette pensée-là, après avoir passé une super journée avec ma famille, avoir profité des plaisirs de la vie et avoir aimé, je reprends le dessus facilement. Mon côté rationnel s’insurge contre cette auto-attaque vicieuse. C’est ce que j’ai fait.

Voyons, câlice. Pourquoi je ferais ça?

Trois bouteilles de vin aidant, je me suis mise à pleurer, je suis allée me coucher, et j’ai fini par m’ouvrir la trappe. Après un an de relation, j’ai enfin essayé d’expliquer à mon chum ce que je vivais, ce qui venait de se passer, pourquoi je pleurais (encore). Ce que je n’avais honnêtement jamais fait avec qui que ce soit. C’était bizarre. C’était effrayant.

Je lui ai avoué que j’avais honte. Que, quand une crise surgissait, je me sentais énormément seule. Et que je n’étais pas capable d’en parler, de l’avouer, de dire « chéri, j’ai envie de mourir, là ». Que mon mécanisme automatique était de m’enfermer dans ma tête et de délirer. (Pire réflexe de survie du monde.)

Même écrire ça ici, c’est difficile. C’est avouer que je suis faible. Que je suis anormale. Que j’ai une maladie. Que je ne consulte même pas pour ladite maladie. Que j’ai l’air de me crisser de moi-même. Même si le processus est compliqué, que je n’y comprends rien, que personne ne peut m’aider, que je ne sais pas qui appeler, où aller, qui voir. Urgences? Sans rendez-vous? À qui je demande une référence? Et comme je n’ai pas un sou pour aller au privé, peut-être que les listes d’attente sont hyper longues. Peut-être que je ne suis pas du tout un cas urgent. Après tout, je n’ai rien fait de concret. Je fais juste pleurer en voulant mourir.

Mais au moins j’ai fini par en parler à quelqu’un d’autre qu’à moi-même. C’est peut-être un pas dans la bonne direction.

Je n’y comprends quand même rien. Je me sens brisée. Non fonctionnelle. Bizarre.

Perdue et seule. Parfois.

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Exactement où je dois être

Ce matin, vers 6h50, j’étais dans l’autobus 281, sur l’autoroute Laurentienne direction sud, à trois arrêts de ma destination. Le siège à ma droite était occupé par mon sac de sport, ma sacoche et ma boîte à lunch. Je venais de terminer la lecture d’une chronique d’Arthur Buies, j’ai refermé le livre et je l’ai posé sur mes genoux.

À ma gauche, un splendide lever de soleil sur la ville de Québec, rose, orange, strié de nuages indigo. Je ne m’attendais pas à ça, j’ai été prise par surprise par la beauté de cet événement pourtant banal, journalier, quelconque aux yeux de probablement la moitié des passagers du trajet.

Puis j’ai eu cette pensée: « je suis exactement où je dois être en ce moment. Ce moment est parfait. »

Pourtant, normalement, je ne vais pas au gym le mardi. Mais dimanche, j’ai eu une bulle au cerveau et j’ai réglé mon réveille-matin pour six heures trente au lieu de six heures. Donc, gym reporté à ce matin. C’est difficile depuis mon retour de vacances il y a une semaine, alors ça été difficile ce matin de me lever. Le chat semblait avoir eu un problème avec son bol d’eau ou je ne sais quoi, parce qu’il y avait de la litière gluante partout dans le couloir du condo, dans la chambre et, évidemment, sur mon lit, où il était venu se coucher. Je prend normalement entre dix et quinze minutes pour déguster un café en silence avant de partir, je n’ai même pas pu le finir ce matin. Un début de journée un peu désagréable.

Puis ce lever de soleil, ce BONJOUR retentissant. Ce matin, j’étais la femme la plus chanceuse du monde.

Vous aussi, vous étiez exactement là où vous deviez être, à 6h50 ce matin. Du moins, je le pense. La vie nous offre tellement. C’est bon de penser que ce tout petit moment, ce dix secondes de parfait bonheur, m’a été donné aujourd’hui, dans un autobus plein de gens à moitié endormis, après avoir lu une chronique pessimiste de 1877.

Je trouve agréable de pratiquer ainsi ma gratitude. Il y a environ deux mois, je me suis acheté le journal de gratitude Tiny Buddha et je réponds à une question par jour, ou presque, avant de me coucher le soir. Depuis, et même si ça fait seulement deux mois, je sens que mon attitude a beaucoup changé. Je suis plus calme et positive. Plus patiente également. Je profite mieux de la vie. Et sans avoir des lunettes roses ni la tête dans le sable, je fais face à mes problèmes avec plus de discernement, moins de panique. (Pour poursuivre dans la lignée de mon dernier article…)

C’est pourquoi, ce matin, je ne pensais pas à

  • l’heure qu’il était – trop tôt – trop fatiguée;
  • les taches de litière sur le plancher, et de devoir laver mon couvre-lit ce soir;
  • la possibilité que mon chat est vieux, qu’il ait eu un « accident », qu’il me coûte de le faire soigner;
  • pire, qu’il ne puisse pas être soigné;
  • ma position inconfortable dans l’autobus dur comme de la roche, mes nombreux sacs lourds;
  • le fait que le monde ne semble pas avoir évolué depuis le Québec de 1877;
  • la longue journée de travail devant moi, à travailler sur un budget qui me rend folle.

Je pensais juste au fait que j’étais exactement là où je devais être, et que ce moment-là était parfait, comme tous les autres moments qu’il m’a été donné de vivre, parce que la vie est tellement, tellement intrinsèquement belle.

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Perles de vie

Doux septembre. La nature n’agonise pas. Elle cuit. Il fait quarante degrés. Fuck le doux. C’est juillet en septembre, et le monde est à l’envers. Tellement qu’on ne sait même plus comment il est quand il est à l’endroit.

Je capote. La semaine dernière, j’ai réalisé que j’étais heureuse et bien et confortable. Puis, j’ai paniqué, parce que chaque fois que je réalise que je suis heureuse, bien et confortable, quelque chose arrive. C’est la loi de Murphy, ou bien la Théorie du Chaos, je ne sais plus trop, bref, je me fais chier.

Le problème étant encore ce foutu mois de septembre, que je commence habituellement, année après année, dans un état stable, et que je termine dans une dépression profonde, parce que c’est l’automne et que mon cerveau semble vouloir se baser sur le calendrier grégorien pour péter les plombs (ou sur les cycles naturels des saisons canadiennes, okay, ça fait plus de sens).

Mais là, ça allait, quand normalement ça ne va pas le 21 septembre. Il y avait donc anomalie. Il devait donc y avoir dépression. Mon esprit s’est mis à galoper plus vite qu’un hamster en cage dans sa petite roue, après rien du tout. Un exercise inutile, une dépense d’énergie (mentale) qui ne s’en va dans rien, fuck Lavoisier, je suis l’exception à ta règle.

Depuis, c’est le jeu de la poule et de l’oeuf – qu’est-ce qui vient en premier? La dépression qui cause la phobie d’être dépressive, ou est-ce que le fait d’anticiper avec peur un épisode dépressif qui concrétise le projet? Est-ce que je me ponds moi-même? Suis-je une poule? Etc.

Et pourtant, en théorie, tout va bien. Sauf que je viens de recevoir une soumission pour mes traitements orthodontiques et que la somme faramineuse de neuf mille sept cent soixante-quinze dollars (arrondie à dix mille) m’a fait sursauter, puis paniquer (ah! Panique! On aurait dû m’appeler Panique Morissette-Dupuis), puis reconsidérer tous mes choix de vie, puis regretter la somme de mes dépenses personnelles des dix dernières années. Ah, mais c’est nécessaire, et puis j’ai encore l’option de magasiner un autre orthodontiste qui, peut-être, me fera économiser mille ou deux mille bidous. (Sans compter, évidemment, le prix de m’absenter encore du travail pour la consultation, le prix de ladite consultation, et le prix de ma santé mentale qui, même si elle ressemble à un tas de poussière qu’on aspire une fois par année d’en dessous du lit, m’est encore précieuse).

En résumé, je replonge dans la pauvreté pour les deux prochaines années, mais who was I kidding? Si ce n’était pas ça, ç’aurait été autre chose, du genre le typhus ou une tornade qui ravagerait Neufchâtel, à force d’écouter les nouvelles alarmistes, on pourrait commencer à y croire. Deux chirurgies, des appareils dentaires et des broches qui me feront régresser physiquement de douze ans, malgré mes cheveux blancs d’angoissée qui m’envahissent la tête, ce n’est pas si mal, si on pense au typhus et aux tornades.

Je lis Arthur Buies depuis quelques semaines et je suis tombée en amour avec lui parce que j’aimerais croire que je suis sa réincarnation féminine moderne, tant pis pour la modestie. J’aime aussi dire que je lis Arthur Buies parce que ça fait super Centre-Ville de Québec et que je m’ennuie de mon beau St-Roch. Neufchâtel, malgré la largeur de ses routes et ses gazons chimiques, peut parfois donner l’impression d’être un centre de détention.

J’ai eu une conversation intéressante récemment avec une femme de mon âge qui partage mes cours de danse. Nous avons parlé de la pression que nous nous mettions nous-même d’accomplir tous nos projets de vie rapidement – acheter la maison, avoir les enfants. Yadda-yadda, je suis jeune, j’ai juste vingt-sept ans. Je sais, mais quand même. Ça m’a fait me demander si c’était surtout moi-même qui me mettait de la pression, ou bien si ça venait de l’extérieur. J’en suis arrivée à la conclusion (maintenant évidente) que c’est de ma faute (comme toujours), parce que mes parents ne m’en parlent littéralement jamais, ni mes amies, ni mon chum, ni le reste de ma famille, à part, genre, mon beau-frère pour m’écoeurer avec deux verres dans le nez, ou ma boss pendant un dîner au resto.

Pourquoi je suis si pressée? Stressée? Paniquée? (Vous avez vu ce mot venir! J’aurais dû appeler l’article: Perles de panique.) Est-ce que mes raisons sont valables? Le déclin physique obligatoire qui vient avec l’âge, etc. Tout en sachant que je ne serai jamais totalement prête, ni en contrôle, pour faire toutes ces choses. Mais on dirait que plus j’y pense, plus je me trouve de choses à accomplir, même les niaiseries les plus insignifiantes deviennent un prétexte pour repousser les dates fatidiques où je deviendrai une Vraie Adulte. De toute façon, est-ce que je veux des enfants? Et si je les ai trop tard? Et si je regrette de ne pas en avoir? Et si je regrette d’en avoir?

Le problème, c’est que ce genre de décision implique des facteurs qui ont un impact sur d’autres que moi-même, notamment, le père des enfants et lesdits enfants eux-mêmes, évidemment. Déménager en Saskatchewan, lâcher l’université ou me faire couper les cheveux, en théorie, ça ne concerne que moi et il est toujours possible de reculer, d’une certaine manière. Mais faire/ne pas faire d’enfants? C’est tout ou rien, bébé. Et mes ovaires font tick-tock, ce sont de vrais trous du cul.

Je suis donc prise depuis jeudi dernier dans une courbe ascendante exponentielle de panique et je nage à contre-courant dans de l’eau glacée. Je sens mon coeur ralentir ses battements – jamais bon. Et je m’essouffle. Je n’ai pas beaucoup de cardio. J’aime mieux lever des haltères. D’ailleurs, pour finir sur une note positive, j’ai battu mon record de squats ce matin, c’était cool. J’ai beau être en miettes à l’intérieur, au moins je kick des culs au gym, je suis une guerrière, et puis ça me défoule d’être forte. J’ai beau avoir un cerveau qui spin dans sa cage et des ovaires en crise perpétuelle d’anxiété, je m’en viens avec des muscles de plomb (l’acier viendra).

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10 trucs pour améliorer votre vie

Avez-vous vu le titre prétentieux! Comme dirait mon collègue, eh siffleux! Je sais pas dans quoi je m’embarque!

Non, sérieusement, 2017 va quand même bien et ces temps-ci, suite à mon emménagement chez mon chum, je réfléchis beaucoup à ma vie et à mes humeurs. J’ai encore eu des problèmes de dépression cette année (ça ne me quitte jamais totalement) et depuis une semaine j’ai des sautes d’humeur absolument détestables, mais sinon, je m’en sors.

En fait, je fais plus que m’en sortir. Je vais relativement bien, merci. Genre, au top de ma forme. Genre, je suis vraiment satisfaite de ma vie en ce moment.

Peut-être que ça aide que je lis beaucoup de philosophie ces temps-ci, et je m’intéresse particulièrement aux sujets du bonheur, du bien-être et de la spiritualité. J’ai commencé à toucher le sujet lorsque je me suis convertie au bouddhisme (il y a presque sept ans), mais cette année je m’intéresse à d’autres définitions de la chose, à des visions et des théories différentes et ça m’aide à mettre ma vie en perspective.

Clairement, je ne détiens pas le secret ultime du bonheur. Personne ne le détiens, parce que c’est une chose non seulement très personnelle, mais également non encore prouvée. Ce qui a du sens pour moi, n’en a probablement pas beaucoup pour d’autres. Je sais ce qui me rend heureuse, ou plutôt, je pense savoir ce qui me rend heureuse; mais il faut élargir la définition jusqu’aux théories philosophiques/spirituelles pour vraiment englober une majorité des Hommes.

Anyway, j’ai décidé de partager avec vous ces dix petits trucs qui vous paraîtront peut-être évidents, peut-être pas, pour améliorer votre vie. J’essaie de tous les mettre en pratique. Loin d’être une experte, j’ai tout de même constaté qu’ils ont apporté un effet très bénéfique sur mon bien-être.

1- Réfléchir régulièrement à ses valeurs et s’assurer de les appliquer dans la vie courante

Pendant longtemps j’ai cru et dit que l’honnêteté était super importante pour moi. Pourtant, je mentais tout le temps.

Ah, pas des gros mensonges. Mais j’inventais des affaires pour me rendre intéressante.

J’ai gardé l’honnêteté dans mon système de valeur, mais j’ai fait le pont entre la théorie (les valeurs qui me correspondent) et la pratique (mes actions). Je ne mens plus, je n’invente plus de choses pour me rendre intéressante. Ne vous inquiétez pas – ça fait depuis l’adolescence, donc il est probable que je ne vous ait pas raconté de sornettes. Mais quand même.

Un autre exemple est mon semi-végétarisme. Je dis semi car je mange parfois du poisson/fruits de mer au restaurant, peut-être une fois par mois. C’est mon choix et ça fait partie de mes valeurs, tout comme le respect d’autrui et de moi-même, l’ouverture d’esprit, etc.

On se fait parfois des acroires. On se dit qu’on est ci ou ça, qu’on pratique ceci ou cela mais au fond, quand on observe nos actions, ce n’est pas le cas. Il faut alors se poser la question – dois-je changer mon système de valeurs, ou mes actions?

2- Arrêter les jugements et ouvrir son esprit

On juge tout, tout le temps. On juge les autres, leurs actions, leur habillement, leurs paroles, on se juge nous-même, notre apparence, notre intelligence, et on juge les objets, on leur attribue des caractéristiques morales – ils ont beaux, bons, favorables, ou bien laids, mauvais, désagréables.

Lorsque notre esprit est occupé à juger, il perd beaucoup. Il perd du temps, il perd de l’énergie, il perd de l’écoute et de l’ouverture. Si je juge quelqu’un, c’est que je manque d’empathie, que j’applique mes expériences et mon système de valeur à quelqu’un qui ne possède pas les mêmes expériences et le même système de valeurs. Je ne parle pas ici d’actes évidemment immoraux, commis dans le non-respect d’un des partis, comme un viol, un meurtre ou un vol. Je parle des petits jugements que nous commettons à longueur de journée.

Le jugement n’amène rien, absolument rien. Le jugement nous fait nous refermer sur nous-même, et particulièrement lorsque ce que nous jugeons n’a absolument aucun impact sur nous et notre vie. Lorsque je juge une femme dans l’autobus parce que je la trouve mal habillée, qu’est-ce que ça donne? Lorsque je juge mon collègue qui mange sa deuxième poutine hebdomadaire, qu’est-ce que ça me donne?

Rien.

C’est difficile, j’en conviens. Je travaille là-dessus tous les jours… et je m’améliore chaque jour. Je m’arrête à temps et, lorsque je m’apprêtais à émettre un jugement sur quelqu’un (incluant sur moi-même), je remplace le jugement par une pensée positive sur le sujet de mon jugement. La femme de l’autobus a une très belle coiffure. Mon collègue est excellent à son travail. Etc.

3- Prendre soin de son corps

Bla, bla, bla, faire du sport, bla bla bla, bien manger. Je sais, on vous le dit et redit quarante fois par jour. Tout le monde le sait – il faut bien se nourrir et il faut bouger son corps. Je ne vous nommerai même pas les mérites de ces pratiques. C’est inutile. Parce que vous le savez.

Mais est-ce que vous le faites? Encore pour parler de ma propre expérience, je vais au gym trois fois par semaine, mais c’est parce que j’aime ça. C’est ça qui fait la différence – j’aime cette façon-là de bouger mon corps. Je prends aussi des cours de baladi, ce que j’adore. Je prends des marches, je fais de la bicyclette, et je vais commencer à jouer au dek hockey en septembre pour essayer. J’ai arrêté la course parce qu’au final je me suis rendu compte que je n’aimais vraiment pas ça.

Côté aliments, j’essaie de pratiquer de bonnes habitudes, de manger sainement, mais sans en faire une obsession, parce que ça devient rapidement contre-productif. Je limite ma consommation d’alcool, je cuisine le plus souvent possible, etc. Mais encore une fois – ça, c’est moi. Et ces méthodes, je les ai testé et elles ont fonctionné pour moi, alors que j’en ai abandonné d’autres que je n’aimais pas ou qui amenaient plus de côtés négatifs que positifs (par exemple, compter les calories et les macronutriments).

Outre l’activité physique et l’alimentation, il est important également de dormir suffisamment chaque nuit (ni trop ni pas assez), de bien s’hydrater, etc.

Mon truc, c’est de ne pas essayer de tout implanter en même temps. Je me donne des buts à court terme et je développe une habitude à la fois. C’est difficule au début, puis plus les semaines passent, plus ça devient… une habitude, et je n’y pense même plus, à la longue.

4- Et de son esprit

Je pense que c’est le côté de nous-même que nous négligeons le plus, peut-être parce que ça semble moins concret que le point #3 ci-haut, ou parce que ça n’a pas encore été assez popularisé et démocratisé.

Sans vouloir sonner hippe new-age, il est important de prendre soin de sa santé mentale autant que de sa santé physique. Diminuer le stress, éliminer les pensées négatives et les gouffres de pessimisme, contrôler ses émotions… il est facile de hausser les épaules et de se dire « pfft, moi, je n’ai pas besoin de ça ». Je me le suis longtemps dit. Après tout, je pensais comme les autres, non?

Effectivement, mais la norme n’est pas nécessairement positive. Quelques méthodes pour aider à prendre soin de son esprit sont notamment la méditation (il existe tout plein de méthodes, d’écoles de pensée et de théories sur le sujet, de même que des vidéos et des bandes audio gratuites de méditation guidée sur internet); tenir un journal intime quotidiennement; communiquer ouvertement, faire preuve d’honnêteté et bien se connaître (voir les deux premiers points); et s’entourer de gens positifs tout en éliminant (gentiment) les sources de malheur et de pessimisme.

Encore une fois, c’est une question d’habitude. Je suis encore dans l’étape d’essayer d’implanter l’automatisme quotidien, mais c’est un peu trop facile de me dire que ce n’est pas une priorité et que je n’ai pas le temps. J’y travaille, et chaque effort aide considérablement.

5- Arrêter de chiâler et faire preuve de proactivité

J’ai longtemps été une experte en chiâlage. Je chiâlais tout le temps. Je suis sûre que vous connaissez au moins une personne comme ça. Quelqu’un qui n’a jamais rien de positif à dire, quelqu’un qui regarde toujours la bride du cheval donné, quelqu’un qui n’est jamais satisfait de quoi que ce soit.

Chiâler dévore notre énergie et ne donne rien en retour, un peu comme les jugements (voir point #2). En fait, le chiâlage est une forme de jugement. Je juge qu’une situation, qu’une personne m’est désagréable, et je le fais savoir. Et même si il est parfois nécessaire de se vider le coeur, il est impératif par la suite de passer à autre chose.

Arrêter de chiâler a changé ma vie. J’ai troqué les lamentations contre la proactivité. Qu’est-ce que c’est? Selon Wikipédia (wow, j’ai cherché loin!), le terme proactif est un néologisme qui décrit une personne prenant en main la responsabilité de sa vie, plutôt que de rechercher des causes dans les circonstances ou les personnes extérieures. Intéressant.

Voici la théorie de base. Lorsque quelque chose me déplaît, je me pose la question suivante: est-ce que je peux y faire quelque chose? Si oui, j’agis. Si non, je passe à autre chose.

Deux exemples concrets semi-fictifs. Une de mes collègues a une attitude désagréable, qui me sape de l’énergie et mine mon moral. Au lieu de chiâler dans son dos, j’en parle à ma supérieure et nous décidons de nous rencontrer à trois afin de régler la situation. Résultat, ma collègue n’avait pas réalisé que son attitude était négative et qu’elle impactait ma vie au bureau. Elle fait des efforts pour améliorer ça et depuis, tout va beaucoup mieux (et pour elle également, j’en suis sûre). Quelques semaines plus tard, je sors du bureau pour aller prendre l’autobus. J’étais serrée dans le temps, mais il est arrivé une minute plus tôt que l’horaire prévu et je le rate de peu, je le vois juste au bout de la rue. Je cours, mais la lumière vire au vert et je le manque. J’ai une demi-heure à attendre pour le prochain bus. Est-ce que je peux y faire quelque chose? Non. Donc au lieu de maugréer et de laisser l’événement gâcher ma journée, je m’installe à l’ombre et je lis en attendant le prochain bus.

6- Abandonner son égo

Ça, ça provient du bouddhisme. Je sais que plusieurs seront en désaccord, mais je trouve l’idée non seulement intéressante, mais également très positive au final.

Une théorie bouddhiste soutient que nous ne sommes rien. Nous avons une conception finale de nous-même et des autres (je suis moi, vous êtes vous) et nous attachons certains concepts à celui du « moi » – mon enveloppe corporelle, mon nom, mes pensées. Mis ensemble, ces concepts constituent l’égo, la représentation que je me fais de moi-même.

Mais l’égo, de par sa définition, n’existe pas. Il ne sert à rien, sinon à me faire du mal. Notre instinct est de le protéger à tout prix. Lorsque nous réagissons négativement à quelque chose, c’est parce que nous sentons que notre égo est touché. Je ne parle pas nécessairement d’attaques directes, mais de toutes sortes de petites situations. Il semble naturel et automatique pour les Hommes de tout rattacher à eux-mêmes et de se croire le centre du monde. Il y aurait donc 7.5 milliards de centres du monde dans le monde en ce moment. Ça fait beaucoup!

Lorsque j’accepte que mon égo n’existe pas et que je ne suis rien, il devient beaucoup plus facile d’accepter les situations de la vie courante qui, avant, me jetaient dans toutes sortes de piscines d’émotions. Au lieu de tout prendre personnellement, je laisse les choses aller. Au lieu de me noyer dans le torrent, je le regarde couler passivement. C’est beaucoup plus agréable de vivre ainsi.

Par exemple, si quelqu’un fait une remarque désobligeante sur un de mes choix, mon égo va se rebuter instantanément. Je vais prendre la remarque comme une attaque personnelle, je vais me fâcher, ou être triste, et je vais mâcher la remarque toute la journée, la tourner dans tous les sens, fomenter une revanche, me plaindre… en réalisant que je ne suis rien, comment cette remarque pourrait-elle m’affecter? Telle personne a telle opinion sur tel choix; soit. Je passe à autre chose en une demi-seconde.

7- Choisir ses priorités

Je sais que je me répète, mais l’une des choses qui font de tous les Hommes des égaux est qu’ils sont 1- mortels et 2- tous soumis aux mêmes règles temporelles, soit celles des vingt-quatre heures. En résumé, tout le monde a 24 heures dans sa journée, et tout le monde va mourir un jour.

Ce n’est pas négatif, c’est juste une réalité parmi tant d’autres. La connaissant, il devient impératif de choisir ses priorités et de se concentrer sur celles-ci au lieu de s’éparpiller dans mille directions et de ne rien accomplir.

C’est surtout l’an dernier que j’ai compris tout ça. D’abord en Saskatchewan, puis suite à ma rupture et à mon retour au Québec, retour qui m’a forcé à tout remettre en question, à faire des choix rapides. À décider sur quoi je voulais dépenser mon énergie.

Pour moi, ça été: un emploi satisfaisant mais qui me laisse beaucoup de libertés, une vie sociale saine, beaucoup de temps pour moi, et travailler sur moi-même (soit pratiquer les dix points de cet article!). J’ai abandonné quelques soi-disant rêves qui étaient des fantaisies que j’avais créé en biais avec un moi « idéal ». J’ai établi une liste de critères pour ma future relation amoureuse et je m’y suis tenue. Etc.

Il est également important de revisiter ses priorités et, au besoin, de les changer. Parfois, des circonstances extérieures nous y forcent, mais il n’est pas nécessaire de les attendre. Si un projet de vie très important pour moi devient, avec le temps, une tâche lourde qui pourrit mon quotidien, pourquoi est-ce que je poursuivrais dans cette direction? Le résultat en vaut-il la peine? C’est ainsi que j’ai mis de côté l’idée de beaucoup voyager ou d’aller vivre à l’étranger. C’était un de mes rêves lorsque j’étais plus jeune, mais plus le temps s’écoulait, plus je réalisais qu’au fond, je ne le voulais pas vraiment. Je ne voulais qu’imiter les gens de ma génération qui polluaient mon Facebook.

8- Avouer ses torts et changer didée

Pour en revenir à l’égo, c’est également lui qui nous empêche d’avouer ses torts et de changer d’idée lorsque ça devient nécessaire. Nous sommes bornés, pour ne pas dire têtes de cochon, et nous nous campons sur nos positions initiales sans même considérer qu’il faudra peut-être se déplacer un jour. Comme des enfants, nous pensons toujours avoir raison, et nous boudons/chiâlons/crions lorsque quelqu’un nous confronte.

C’est normal, c’est naturel. Mais, encore une fois, ce n’est pas nécessairement positif. En fait, ça ne donne rien. Je ne dis pas que tout le monde a tort, mais plutôt que tout le monde n’a pas raison. Avouer que l’on a tort nécessite une grande ouverture d’esprit, beaucoup de maturité, et une grande connaissance de soi-même. C’est difficile. Je le sais. J’ai longtemps cru que j’avais la science infuse.

Avouer ses torts permet de passer à autre chose, d’avoir des conversations plus agréables et de s’ouvrir l’esprit à des idées et des opinions différents. Rien ne nous oblige à être d’accord, mais il est important de toujours considérer l’envers de la médaille dans toutes les situations, de se mettre dans les chaussures de l’autre. Beaucoup de problèmes sur Terre disparaîtraient si tout le monde pratiquait cela.

9- S’écouter – pour vrai

Les femmes en particulier ont cette tendance à ne pas s’écouter, à toujours placer les autres devant elles, à ignorer leurs besoins. Je n’ai pas de conseils précis et définitifs à donner pour s’écouter – surtout pas les génériques « prenez du temps pour vous » et « apprenez à placer vos besoins en priorité ». Ce qui m’a aidé, dans la vie, c’est d’apprendre à dire non, d’arrêter de me sentir mal pour absolument tout, et d’arrêter de m’excuser pour rien. Si je n’ai pas envie de participer à quelque chose, je dis non. Je ne donne pas d’excuse, parce que je n’ai pas à le faire. Non, c’est tout. Si je n’ai pas envie de boire, je refuse. (Même après dix fois.)

S’écouter ne signifie pas faire tout ce qui nous passe par la tête, mais seulement de réfléchir à nos actes et à notre bien-être. Et, au final, je suis bien plus heureuse lorsque je passe une soirée tranquille à me reposer chez moi, plutôt que d’avoir passé la soirée à veiller trop tard avec des gens que je n’avais pas nécessairement envie de voir, mais que j’avais trop peur de blesser.

10- Aimer

Ah, l’amour, ce grand classique. Pourtant, c’est aimer qui me rend le plus heureuse.

J’ai essayé plusieurs techniques de méditation, et l’une d’entre elles consiste grosse modo à laisser son coeur s’inonder d’amour et à transmettre cet amour à tous. On commence d’abord par les gens qui nous sont proches, puis par nos connaissances, ensuite avec nos « ennemis » et enfin à toute la population, à tous les Hommes. Ce type de méditation s’est avéré pour moi non seulement facile, mais aussi extrêmement bénéfique.

Maintenant, quand je ressens de la colère, de la tristesse ou de la honte, bref, une émotion négative, je me laisse submerger par l’amour. Quand je me fâche contre quelqu’un, que ce soit ou non un étranger, je remplace le sentiment de colère par de l’amour. Quand je suis triste, voire même dépressive, j’essaie de me rappeler l’amour, et je me le donne à moi-même.

Ça sonne peut-être bizarre. Si j’avais lu un truc du genre il y a cinq ans, j’aurais vraiment rit. Pourtant, ça fonctionne. Je me rappelle de nombreux soirs où je revenais chez moi à pied après le travail, épuisée, parfois frustrée de ma journée, et que je marchais sur la rue St-Joseph, saturée d’une foule hétéroclite, touristes qui n’avançaient pas assez vite à mon goût, jeunes punks qui me mendiaient de l’argent, automobilistes impatients et dangereux. Rien pour aider mon humeur, jusqu’à-ce que je coupe court à mes ruminations pour juste penser à l’amour. Et instantanément, tout allait bien. Tout va bien.

 

Vous avez peut-être lu cette liste avec un sourire en coin, ou avec de l’incrédulité. Peut-être que vous pratiquez déjà la majorité des points, ou aucun. Je ne sais pas. J’ai bâti cette liste à partir de mes expériences personnelles, tout en essayant de la généraliser pour inclure le plus de situations possibles.

Le truc, c’est d’y aller lentement. Cette liste résulte de plusieurs années de travail sur moi-même, de réflexions, de lectures, d’essais et, surtout, de beaucoup, beaucoup d’erreurs. Et encore plus de réussites. Je n’ai pas tout changé en trois jours, et je n’aurai jamais fini de m’améliorer, d’améliorer ma vie. Mais je peux affirmer sans hésitation que je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui que je ne l’étais il y a cinq ans, et que je crois fermement en l’exponentialité de mon bien-être lorsque je pratique ces dix points au meilleur de mes capacités.

J’ai fait de mon bonheur une priorité et, de par mes convictions et ma spiritualité, mon bonheur passe par le bonheur des autres, l’altruisme, l’ouverture d’esprit, l’écoute. Et l’amour. N’oubliez jamais l’amour.

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En 27 ans d’existence, j’ai accumulé 10 boîtes

C’est officiel, je déménage dans le condo de mon chum. C’est officiel depuis avril mais ça se passe pour-vrai-de-vrai samedi prochain. En tout cas, pour les meubles. Parce que le reste, on a déjà commencé à le déménager.

Je suis une grande habituée des déménagements. Depuis janvier 2008, j’ai déménagé 12 fois. Samedi prochain, ce sera 13 fois. En moyenne 1,37 fois par année, donc. (Ouch!) Changements de vie obligent, mais ce sont ces nombreux changements qui m’ont amené vers le minimalisme et la consommation responsable. Pas si pire. Il y a du bon dans tout.

Même si ça va avoir fait treize fois, je n’aime pas déménager. Personne n’aime ça. C’est inconfortable. On doit vivre dans ses boîtes pendant plusieurs semaines (et pour certains, plusieurs années). Tout change, et on se rend compte qu’on avait vraiment plus de choses qu’on le pensait. Dans mon cas, c’est les armoires de cuisine qui me font toujours capoter. Ça rentre tellement bien là-dedans, la vaisselle, mais une fois dans du carton…

Bref, j’avais demandé à mes collègues en charge de la réception de marchandises de me garder quelques boîtes. Quatre donc, et j’en ai ramassé sur le trottoir totalement par hasard, samedi. Je me disais que ça ne serait pas assez, mais que je pourrais peut-être les vider et les réutiliser pour finir le déménagement. Samedi, j’ai déménagé ma salle de bain, et j’ai ramené mes boîtes pour réutilisation.

Hier, on s’est mis à la tâche. On a rempli les boîtes. En fait, non. On a rempli quelques boîtes. Puis on a pas mal fini d’emballer ce qu’on pouvait emballer. Ça rentrait facilement dans la Civic de mon chum. Il n’y avait pas grand-chose. Et il ne me reste que de la vaisselle et quelques trucs divers à emmener.

Je dis souvent aux gens que « je n’ai rien ». C’est vrai. Je n’ai pas grand-chose. En voici la preuve.

Mon chum capotait. Il ne comprenait pas pourquoi je possédais si peu. Sa réaction vient sûrement du fait qu’il a dû me faire un peu de place dans son condo – et replonger dans ses gardes-robe pleins, dans son locker plein, dans ses boîtes pas encore défaites (mais il habite là depuis deux ans et demi). Et moi j’arrive avec mes dix boîtes de pas-grand-chose.

Il m’a lâché une remarque incrédule que j’ai trouvé particulièrement drôle: « tu es en train de me dire qu’après vingt-sept ans d’existence tu as accumulé juste… ça? »

J’ai rit. Parce qu’en vingt-sept ans d’existence j’ai accumulé bien plus que ce que j’ai mis dans mes boîtes.

Quand je suis partie de Baie-Comeau pour m’installer à Québec, en colocation avec ma soeur, j’avais à peu près dix fois plus de patentes qu’en ce moment. Outre les meubles (j’avais la grande chambre de l’appartement, et je ne voulais rien savoir d’un coin vide), j’avais un garde-robe plein à craquer de vêtements que je ne portais pas (et je continuais d’en ajouter parce que pourquoi pas), des piles d’objets de décoration que je pensais indispensables à ma vie (un hobby dispendieux), des livres que je savais ne jamais vouloir relire (mais qui donnaient un air sophistiqué à ma bibliothèque)… de la maison de mes parents jusqu’à mon premier appartement, à mon deuxième, puis à mon troisième à Québec, j’ai trimballé des choses qui n’apportaient rien à ma vie, qui ont été déballées, mises sur une étagère, puis remballées dans un cycle que j’ai fini par briser à peu près là. Je me suis mise à épurer mes possessions à chaque déménagement – me demandant si je voulais vraiment amener quelque chose avec moi dans un nouvel environnement, avant de tout mettre dans une boîte sans réfléchir. (J’ai même déjà publié des photos ici.)

Puis, je suis partie en Saskatchewan et là, il a été plus que nécessaire de faire un gros, gros tri. J’ai laissé tous mes meubles derrière, de même que beaucoup de choses que j’ai encore jugé inutiles – ou que mon ex avait déjà chez lui. Tout devait rentrer dans (et sur) ma Honda Fit pour un voyage de trois mille kilomètres.

Je n’ai plus d’auto, et je n’ai plus la moitié des choses qui ont fait le voyage vers l’ouest. Marrant.

Je comprends que le minimalisme n’est pas pour tout le monde. En fait, même le mot « minimalisme » ne veut plus dire grand-chose. Pour certains, je suis hyper minimaliste, pour d’autres, vraiment pas assez. Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est que mon déménagement ne me fasse pas chier. Ce qui est important, c’est que mon ménage ne me prenne pas six heures toutes les semaines (soulève le bibelot; enlève la poussière; repose le bibelot; rinse and repeat every week for the rest of your life). Ce qui est important, c’est que mes finances soient dans un très bel état, c’est que je n’achète que ce que je considère vraiment important/essentiel (et il y a autant de critères qu’il y a d’Hommes sur Terre), c’est que je sois heureuse. Et savoir qu’un livre supplémentaire, une chandelle décorative supplémentaire, un chandail supplémentaire ne m’ont jamais procuré ce bonheur.

Il ne reste pas grand-chose chez nous, mais, dans le fond, il n’y a jamais eu grand-chose, et c’est tant mieux comme ça.

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Le privilège de la liberté financière

Ce matin j’ai lu un nouvel article de Becoming Minimalist qui parle d’argent.

En 2014, c’est ma garde-robe qui m’a fait découvrir et explorer le mouvement minimaliste, mais c’est les finances qui m’ont fait rester. De manière définitive.

Ces temps-ci je me trouve stressée. J’ai fait beaucoup de changements à mon budget après ma rencontre avec ma conseillère financière, début mai. Je venais de finir de payer ma carte de crédit et j’ai augmenté mes versements de CÉLI et mes versements sur mon prêt, que je vais finir de payer d’ici la fin de l’année, soit deux ans avant sa date d’échéance.

Pendant environ trois semaines j’ai vécu un entre-deux financier où j’avais vraiment trop d’argent. Depuis septembre, je mettais tout mon argent supplémentaire sur mon solde de carte de crédit; je prévoyais les dépenses des deux semaines suivant la paie selon mon budget et je mettais le reste sur la Visa, presque sans exception. Je me gardais de petits montants de côté pour quelques dépenses supplémentaires nécessaires, mais c’est tout. En mai, quand mon solde est tombé à zéro, soudainement, j’avais tout cet argent qui dormait dans mon compte et qui me dérangeait.

Yup. Ça me dérangeait d’avoir autant d’argent.

Ça me dérangeait parce que j’avais vraiment envie de le dépenser. Soudainement, après huit mois de frugalité, je me suis trouvé des besoins non satisfaits. J’ai même fait une liste de choses que je voulais acheter depuis quelques mois, mais que je ne pouvais pas me permettre: des nouvelles lunettes, du matériel de camping, une nouvelle brassière de sport…

Pourtant, j’ai une catégorie « dépenses personnelles » dans mon budget. Mais chaque semaine, je vidais mon montant alloué en sorties au restaurant, au bar, au café et en achats d’expériences (billets de spectacle, voyages). Je n’accumulais pas. Il était là pour être dépensé alors je le dépensais sans réfléchir, jusqu’à épuisement.

C’est tout de même un pas vers l’avant. Avant, je n’avais pas de budget alloué à mes dépense personnelles. Mon budget, c’était la limite de ma carte de crédit. (Ouch.)

Mais quand même. Cet argent-là, je l’ai dépensé. Je me suis acheté des accessoires pour mes cours de baladi, des vêtements pour l’été, du matériel de camping. Des choses utiles, qui vont être utilisées et que je ne regrette pas.

Mais soudainement, mes nouveaux termes de paiement ont commencé et la source d’argent supplémentaire s’est tari. En seulement trois semaines. Et pourtant, en trois semaines, j’avais déjà recommencé à prendre des habitudes de consommation d’avant-minimalisme; magasinage en ligne, listes d’achats futurs, stress, et frustration de ne pas pouvoir tout acheter.

C’est facile de voir sur le court terme. Je veux ça maintenant, mais je ne peux pas, alors je suis frustrée. Pourtant, j’accumule mon CÉLI comme jamais auparavant. Dans trois ans, je vais avoir assez pour une mise de fonds sur une maison. Et si je dois attendre quelques mois avant de m’acheter une nouvelle brassière de sport, ben, tant pis.

Même chose pour mon prêt. Je m’en débarrasse rapidement. En décembre, il va disparaître. Et je vais revenir à ma position du mois de mai – plein d’argent, soudainement. Mais maintenant, je sais comment y faire face.

Les trucs pour ne pas dépenser inutilement l’argent « supplémentaire »

  1. Avoir un fond d’urgence. Depuis presque deux ans j’ai mis mille dollars de côté dans un compte épargnes pour, comme le nom le dit, les urgences. Je l’ai utilisé seulement deux fois – presque en entier, l’été passé, quand je suis revenue au Québec, et une autre fois quand j’avais mal calculé une dépense et que j’ai eu besoin d’un deux cent dollars rapidement. Je le rembourse dès que possible, c’est-à-dire que c’est ma priorité numéro un lorsque j’en ai besoin. Mille dollars, ce n’est pas beaucoup – mais je n’ai pas beaucoup d’obligations financières non plus. Si vous êtes propriétaire, si vous avez une voiture, si vous avez d’autres dettes, il faut évidemment qu’il soit plus élevé. La majorité des conseillers financiers disent que le fond d’urgence devrait totaliser trois mois de dépenses.
  2. Monter un budget réaliste et le respecter. Plus facile à dire qu’à faire, je sais. J’ai un budget depuis dix ans, mais j’ai commencé à le respecter pour-de-vrai-de-vrai seulement à l’automne 2015, quand je me suis retrouvée seule au monde en Saskatchewan, avec une auto à payer, une carte de crédit encore pleine et mon prêt qui continuait très tranquillement à descendre. Outre les obligations financières (loyer, cellulaire, assurances, internet, prêt), j’y ai inclus un budget pour les dépenses courantes comme l’épicerie, le chat (sa bouffe coûte cher!), l’entretien de la maison, l’autobus et le lavage. Il est très important d’inclure un montant pour « dépenses personnelles », que j’utilise pour les vêtements, les sorties, le restaurant et les achats de ce genre. À chaque semaine, je le mets à jour et je planifie mes dépenses hebdomadaires. Si je sais que j’ai une sortie au restaurant dans deux jours, et qu’il me reste vingt-cinq dollars alloués à cette dépense, alors j’arrive préparée et c’est plus facile de dire non à une bière ou au dessert!
  3. Peser chaque achat. Pas littéralement, mais mentalement. Quand je vais magasiner, ou que je pense à acheter telle ou telle chose, j’y réfléchis sérieusement. Est-ce que j’en ai besoin? Est-ce que ça vaut la dépense? Pour les plus gros achats, il peut être intéressant de calculer combien d’heures de travail je dois faire pour me le permettre. Lorsque j’achète des vêtements, je prends mon temps et je m’assure de vraiment aimer le morceau avant de passer à la caisse. Je tiens aussi une garde-robe plutôt minimaliste et passe-partout pour éviter les achats superflus. Ça ne s’applique pas seulement aux objets matériels – je me pose également la question avant une sortie au restaurant, un café, une bière dans un bar, un voyage de fin de semaine.
  4. Savoir où son argent s’en va. Le budget aide, évidemment, mais les catégories fourre-tout comme « dépenses personnelles » peuvent s’assécher rapidement sans qu’on ne comprenne trop pourquoi. En fin de semaine dernière, après avoir stressé sur mon supposé « manque d’argent », j’ai décidé d’analyser mes dépenses des deux derniers mois. J’ai découvert à ma grande surprise que je suis allée au restaurant beaucoup plus souvent que je le pensais (sans compter toutes les fois où c’est mon chum qui payait, pas bon pour ma ligne). C’est à cause de ces sorties que je ne peux pas m’acheter une nouvelle paire de souliers pour l’été, du moins pas tout de suite, et que j’endure les miens qui tombent en morceau.
  5. Faire une liste de ses priorités de vie. Si ma priorité est de m’amuser et d’être épicurienne, alors je vais prioriser les achats qui vont dans ce sens. Toutefois, ce n’est pas ma priorité (en théorie, pas encore en pratique, c’est difficile à implanter!), et donc je dois garder mes vraies désirs en tête quand je suis prête à dépenser. Je veux m’acheter une bonne paire de souliers de randonnée, parce que je veux faire beaucoup de randonnées cet été, autant au Québec qu’aux États-Unis. Ce n’est pas une envie soudaine – j’ai toujours adoré la randonnée mais je me suis toujours retenu d’en faire des plus difficiles/longues parce que je n’avais pas les bons souliers. Par contre, pour pouvoir acheter lesdits souliers, qui sont une priorité, je vais devoir diminuer mes dépenses hors-priorités, comme les sorties au restaurant. Le truc, en gros, c’est de comprendre nos revenus et de choisir nos dépenses. Il est beaucoup plus facile de diminuer ses dépenses que d’augmenter ses revenus.

Avez-vous déjà eu le même sentiment de ne pas avoir suffisament d’argent? Comme y avez-vous remédié?

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L’art de ne rien faire

Je suis hyperproductive.

Je suis constamment en mouvement. J’accomplis une tâche et je passe à la prochaine. Je suis une machine, routinière, programmée et bien huilée. Je sais exactement dans quel ordre je fais le ménage de mon appartement et combien de temps ça me prend; je vérifie mon horaire hebdomadaire le dimanche soir afin de planifier ma semaine, mes loisirs, mes sorties et trouver une heure pour faire mon épicerie là-dedans. Je suis toujours à l’heure (plutôt dix minutes à l’avance) et efficace dans la gestion de mes ressources.

Parfois ça m’éclate au visage. Quand je rate l’autobus. Quand quelqu’un arrive en retard. Quand un imprévu regarde par la fenêtre. Quand la 138 est fermée pendant deux heures. Quand le cadran ne sonne pas.

Depuis l’été dernier, j’essaie de pratiquer l’art de ne rien faire. La farniente. Les italiens savent de quoi ils parlent. Je me garde des grands bouts de temps libres pour faire ce qui me tente. Et parfois, ça se résume à ne rien faire.

Même pas prendre une marche tranquille, même pas regarder un film. Non, juste rien. Je ne fais rien. Je me couche sur mon lit et je regarde le plafond. Je laisse mes pensées vagabonder sans essayer de méditer. Je flatte mon chat, je me couche en cuillère avec lui parce que c’est une grosse guidoune. Je ne vais nulle part. Je ne produis rien. Je ne fais rien.

Ça été difficile de passer à travers la culpabilité qui m’envahissait à chaque fois que j’essayais de ne rien faire – même cinq minutes. Tu dois faire la vaisselle! Brûler des calories! Brosser le chat! Lire! Méditer! Planifier!

Maintenant, ça me plaît de ne rien faire. Particulièrement après une journée stressante au travail. J’arrive chez moi, je pitche mes affaires sur la table, je me change en linge mou et je vais me coucher pour dix ou quinze minutes. Je décompresse en ne faisant rien. C’est agréable, et ça m’aide à me replonger dans le mode production pour le reste de la soirée. Sauf quand je continue de ne rien faire.

C’est difficile de trouver son équilibre, dans la vie. Je suis une Grande Déséquilibrée. C’est toujours trop ou pas assez. Alors me permettre de pratiquer un peu ce grand art sans tomber dans le piège de la procrastination intense a été plutôt difficile. Mais ça a valu la peine. Je suis moins stressée. Je respire mieux. Et je me sens tout aussi productive qu’avant.

Et vous, prenez-vous parfois le temps de ne rien faire?

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