Vivre ses rêves ou rêver sa vie

Non mais quel tas de merde de taureau que cette maxime. Il vaut mieux vivre ses rêves que de rêver sa vie! Si on veut on peut! $$$$$$!

Je me suis récemment abonné au blogue de Mark Manson, parce que je suis tombée sur un de ses articles et que je l’ai trouvé vraiment intéressant. Jusqu’à présent, pas de déception – il est régulier et toujours aussi intéressant qu’il y a deux semaines. Celui que j’ai lu aujourd’hui s’intitule Why Some Dreams Should Not Be Pursued, et il tombe à point dans ma vie.

Ne vous méprenez pas – je ne pense pas que de poursuivre ses rêves ne sert à rien, que c’est de la merde inutile. Je pense plutôt qu’il faut arrêter de mettre tout son focus, son énergie et ses pensées sur ces rêves – ou sur certains d’entre eux – parce qu’ils ne doivent pas être réalisés, comme l’explique l’article de Mark Manson.

J’ai eu beaucoup de rêves. J’en ai encore beaucoup. Et j’en ai laissé tomber – en actions – justement parce que je voulais le but, mais pas le travail. J’ai toujours voulu écrire et publier un livre (et ça fait encore partie de mes fantasmes), mais je n’ai pas envie de m’asseoir chaque jour et d’écrire, de passer au travers de toutes les étapes du processus créatif et, ensuite, par les étapes encore plus chiantes du processus de publication. Quand j’ai plus ou moins arrêté d’écrire, après l’université, pendant des années je me suis senti mal, parce que je pensais que j’étais obligée d’écrire. Parce que j’avais commencé des études en littérature, parce que tout le monde me disait à quel point j’avais du talent. Parce que c’est ce que j’aimais faire. Heu… vraiment? Non, en fait, écrire (traditionnellement, je ne parle pas de mon blogue) me faisait chier. Je n’y retrouvais plus ce que j’y avais retrouvé avant et pendant l’université.

Même chose pour la course à pied. J’ai commencé à courir en 2010 pour me mettre en forme et perdre du poids. Courir un seul kilomètre était un enfer. Mais j’ai persévéré. J’aimais ça. Heu… vraiment? Non, en fait, j’aimais le résultat final. Et quand ça a arrêté de donner des résultats et que j’ai réalisé devoir fournir plus d’efforts pour poursuivre les résultats, j’ai arrêté de courir. Ça ne me tentait plus. J’aimais mieux d’autres activités physiques. Et encore une fois, je me suis sentie mal pendant longtemps, parce que j’étais supposée courir. J’aimais ça, non? Et je voulais être en forme! (Je ne cours plus depuis deux ans et je m’en porte beaucoup mieux. Et je suis présentement au sommet de ma forme.)

MM: The reason not every fantasy should be pursued is because fantasies never have negative repercussions. Reality does.

Et ainsi de suite. Vivre à l’étranger. Partir à l’aventure faire du packsack en Europe. Ouvrir un café. Des choses qui me font rêver… mais qui ne se réaliseront jamais, parce que je n’ai pas envie d’y mettre le temps et l’argent nécessaire. Parce que, au final, ça n’en vaut pas la peine. Parce que je veux seulement le résultat, pas les mille étapes préalables.

D’un autre côté, ça fait dix ans que je rêve d’aller en Irlande et, guess what, j’y vais l’an prochain. Ça se réalise enfin… parce que j’ai enfin décidé d’arrêter de niaiser et de commencer à mettre de l’argent de côté pour le voyage. J’ai fait des calculs et des recherches. J’ai fait les étapes préalables. Parce que je jugeais qu’elles en valaient la peine pour réaliser ce rêve-là.

Mark Manson parle de son propre rêve de jeunesse de devenir une star du rock, qu’il a fini par abandonner concrètement.

I’ve since discovered that the rock star fantasy has less to do with actually rocking out on stage than simply feeling acknowledged and appreciated. It’s no coincidence that as my personal relationships improve dramatically, the fantasy slowly fades into the background. It’s a periodic mental indulgence now, not a driving need.

Réaliser un rêve ne règle pas tous nos problèmes. En fait, je pense sincèrement que les rêves représentent souvent, comme il le dit pour le sien, une façon concrète de pallier à des problèmes sous-jacents. Je rêvais de courir un demi-marathon, pas pour l’avoir fait, mais en sachant que la préparation pour une telle épreuve me mettrait en forme et me ferait perdre du poids. Et que je pourrais me vanter d’avoir couru un demi-marathon. Je rêvais d’écrire un livre parce que j’aime que les gens me lisent et me complimentent sur mon style, sur mon talent et sur mon intelligence. Ce n’est probablement pas une coïncidence que j’ai plus ou moins arrêté d’écrire quand j’ai commencé mon blogue et que j’ai drastiquement augmenté ma confiance en moi-même.

Mais je rêvais d’aller en Irlande juste parce que je voulais aller en Irlande. Parce que j’ai toujours voulu voir ce pays-là. Que si j’avais à choisir et n’en voir qu’un seul de toute ma vie, ce serait celui-là. Ce n’est pas pour montrer que moi aussi je voyage, pour mettre des photos sur Facebook ou pour prouver quelque chose à quelqu’un. C’est juste parce que je veux aller en Irlande.

Alors il devient plus facile de mettre de l’argent de côté, de prendre des vacances et de réaliser le rêve. Parce que je sais qu’une fois que ce sera fait, je vais être vraiment, vraiment contente.

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Deux années

Vite de même deux années ça pas l’air de grand-chose. Vingt-quatre mois. On vieillit un peu. Et même si il se passe quinze mille affaires plus ou moins importantes, quand on prend du recul, c’est juste deux ans.

Pourtant il y a deux ans, hier, le 13 février, je déménageais en Saskatchewan.

Je ne sais pas si c’est normal, mais j’ai la manie de toujours séparer ma vie en deux périodes selon quelque événement important/traumatisant. Le pré- et le post-. Décès de ma grand-mère, diagnostic de mon trouble mental, déménagement à Québec, lâché l’université… ex un, deux, trois, quatre, déménagement un, deux, […] onze (oui, j’ai déménagé onze fois en neuf ans). Et là encore à regarder la date venir depuis une semaine j’avais envie de voir ma vie comme scindée en trois, pré-Saskatchewan, Saskastchewan, post-Saskatchewan.

Pourtant ce n’est pas un si big deal. Pour être honnête, tout ça me semble un peu flou. Je me rappelle les préparatifs, la panique, le trop-plein de stock qui ne rentrait pas dans (et sur) ma voiture. Je me rappelle avoir laissé derrière moi un appartement sale et congelé et avoir roulé trois mille kilomètres jusqu’à Russel, Manitoba. Avoir passé la St-Valentin en Ontario, perdue entre ici et là-bas, à manger mes repas dans des truck stops bizarres avec des noms louches.

Quelqu’un m’a expliqué récemment que si on a l’impression que le temps file de plus en plus vite, c’est que chaque jour (semaine, mois, année) écoulé représente une portion toujours amoindrie de notre vie. Si j’ai cinq ans, une année représente 20% de ma vie; si j’en ai vingt-cinq, ça chûte à 4%.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, ce périple de vie représente 5.23% de ma vie. L’an prochain, ce sera 5.04%. Et ainsi de suite, et ainsi va la vie.

Mais une proportion de temps ne représente pas forcément une proportion de vie. On dirait que j’attends encore la clôture officielle de mon épisode Ouest. En ce moment je capote sur mon rapport d’impôts. La moitié de mes revenus étaient en Saskatchewan. (Et imposée sur place. Ça va faire mal, Québec.) Après ça? Je sais pas, peut-être que je vais me trouver une autre raison de ne pas décrocher. Même si je n’y pense presque plus. Mais parfois des visages reviennent me hanter quand je ferme les yeux, je sais, c’est hyper cliché, mais c’est ça. Et je repense avec une certaine nostalgie à cette aventure qui a marqué ma jeune vie, m’empêchant par le fait même de passer à la prochaine.

Sinon ça va. Je pédale encore. Un jour j’atteindrai la rive.

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Ces cancers

J’ai vraiment hésité avant d’écrire ça. Je l’ai dans la tête depuis lundi. Je ne voyais pas trop ce que je pourrais ajouter à la conversation qui n’a pas déjà été dit, redit, répété, mâché, analysé, imprimé, crié.

J’ai le coeur brisé depuis dimanche soir. Quand un ami m’a écrit sur Facebook pour me dire ce qui se passait. Quand j’ai lu les nouvelles. Quand je me suis assise sur mon lit, le regard perdu, à me demander what’s next.

Quand les commentaires racistes ont commencé à exploser de toute part. Dans mon entourage proche.

Quand les rumeurs ont circulé. Quand on s’est fait dire que c’était normal. Que les islamistes tuent les islamistes.

Quand les ignorants se sont tus parce que le suspect n’est pas un islamiste.

Quand les débats ont éclaté.

Quand les théories se sont multiplié.

Quand les blâmes ont été jetés et rejetés.

Le coeur brisé pour l’humanité. Pour la communauté musulmane de Québec et du monde. Pour tout le monde, en fait. De devoir vivre entouré de haine.

Socrate ne savait qu’une chose, c’est qu’il ne savait rien; je ne hais qu’une chose, et c’est la haine elle-même.

Et tout revient toujours à la haine. Et à l’ignorance, dont la haine fait partie. Ces cancers qui gangrènent les Hommes. Six morts. Pour rien. Six parmi les milliers de victimes. La haine engendre la haine et personne n’en sortira jamais gagnant, malgré les promesses politiques, malgré le semblant de sécurité.

Je rêve d’un monde sans haine, et même si je ne serai pas là pour en profiter, je n’abandonne pas et j’oeuvre pour le bon, l’altruisme, la tolérance, l’ouverture. J’en ai assez d’être passive, de marcher sur des oeufs, de me taire.

Depuis dimanche, j’ai le coeur brisé, le coeur en beau câlice, le coeur frigorifié. Quand les gens réaliseront-ils qu’il n’y a que l’amour qui peut nous sauver?

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Mode d’emploi: magasinage

En fin de semaine dernière j’ai fait deux choses – magasiner et paniquer.

Magasiner parce que j’avais besoin de vêtements (oui, même une minimaliste a besoin de renouveler sa garde-robe) et paniquer parce que je me suis rendu compte que mon horaire était jammé jusqu’en mars, dans le style automne 2014 quand je n’avais pas une foutue soirée à moi. (Je pensais que ça me rendait heureuse. Wrong.)

Première Partie – Magasinage

Je me considère comme minimaliste garde-robienne (cherchez pas dans le Larousse, le mot n’existe pas) depuis juin 2015. J’en avais d’ailleurs parlé ici. Ça fait un an et demi et, depuis, j’ai fait évoluer ma méthode un peu. Notamment, je ne change pas ma capsule aux trois mois; en fait, je ne la change pas vraiment. Vers la fin septembre j’ai rangé mes vêtements légers (genre deux chandails, une robe et des shorts) et j’ai sorti mes vêtements lourds (trois-quatre chandails) et c’était pas mal ça. Pourquoi? Parce que je voulais garder une garde-robe plus consistante de saison en saison et miser sur des morceaux plus polyvalents sur le point de vue température. Des vêtements que je peux porter trois saisons sur quatre, au lieu d’une seule. (Sauf les shorts, évidemment. Je me vois mal porter des shorts à l’automne ou au printemps. Mais je ne veux pas non plus m’en passer l’été. Il faut choisir ses combats!)

Je ne compte plus non plus mes morceaux. J’en ai peut-être plus que trente-trois, je ne sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que ça rentre très bien dans mon (petit) garde-robe sans être tout taponné et que c’est encore facile de choisir ce que je mets chaque matin, alors ça me va. Je fais encore régulièrement du ménage en retirant des pièces que je n’aime plus ou qui ne me font plus.

J’ai également fait évoluer ma manière de magasiner. Premièrement, ce n’est plus une thérapie (non efficace) ni un passe-temps (plate). En fait, je n’aime pas vraiment magasiner. Il faut vraiment que je sois dans une humeur particulière pour vouloir y aller, et jamais longtemps. Je n’aime pas essayer des vêtements, choisir, fouiller, me faire achaler, avoir chaud, sentir la pression de consommer. C’est désagréable. Alors je le fais seulement quand c’est nécessaire et, en janvier, ce l’était.

Je suis rendue vraiment difficile niveau vêtements. Genre, au lieu d’avoir trois critères, j’en ai cinquante. Avant, je ramassais tous les vêtements que je trouvais beaux (peu importe le style ou la coupe – je ne savais pas ce qui m’allait bien ou pas), je les essayais. Ensuite je faisais le tri entre ceux qui me faisaient et ceux qui ne faisaient pas… mais seulement en termes de taille. (Être en surpoids n’aidait pas, c’était déjà de trouver des vêtements pas trop laids qui me faisaient.) Ensuite je faisais un choix, mais la plupart du temps j’achetais la plupart des morceaux qui me faisaient sans trop me poser de questions. Ils finissaient par croupir dans le fond du garde-robe et je les portais par obligation et sans aucun plaisir, parce que je ne les aimais pas.

Maintenant, je magasine sur un mode de tri constant. Évidemment, le premier critère est toujours de trouver que le vêtement est beau. Mais, avant d’aller me perdre dans un centre d’achats, je fais une liste de ce dont j’ai besoin, que je complète avec des critères spécifiques.

Par exemple, en fin de semaine, voilà ce que je voulais:

  • Une paire de pantalons:
    • Jambe droite ou skinny, pas boot cut ni évasé;
    • Couleur mauve, bleu, turquoise, noir ou gris (les cinq couleurs que je porte, comme ça tout va ensemble);
    • Avec des poches à l’avant assez profondes pour mon cellulaire et des cartes;
    • Assez confortables pour passer de longues périodes assises avec (pour le travail).
  • Un chandail en coton ouaté:
    • Pas trop chaud – pour pouvoir porter en été aussi;
    • Avec zipper à l’avant;
    • Une ou deux couleurs (mêmes couleurs qu’en haut), sans motif;
    • Longueur hanches;
    • Avec capuchon.
  • Un haut:
    • Manches courtes – j’ai assez de manches longues;
    • Pouvant être porté avec trois de mes quatre « bas » (une jupe grise, une paire de jeans, pantalons propres noirs et mes nouveaux pantalons en haut), tant par la couleur que par le style;
    • Moulant, confortable, dans une coupe qui me va bien (pas de col rond ni col bateau, pas trop court ni trop long…);
    • Pouvant être porté seul ou avec un de mes vestons;
    • Dans un tissu respirant qui ne montre pas trop la sueur (ouaip, je sue beaucoup et j’haïs les cernes de tsou d’bras, c’est juste pas chic hors-chalet).

J’aurais pu me dire que je voulais juste deux chandails et une paire de pantalons, mais ce n’était pas suffisant. Je sais que pour beaucoup de gens ma méthode va sembler extrême, mais elle a plusieurs avantages, notamment au niveau de mon efficacité. Je vais seulement vers les sections qui m’intéressent, et ensuite je sélectionne seulement des morceaux qui correspondent à ma liste. C’est facile d’éliminer les neuf dixième du stock d’un magasin dans mon premier tri! En plus, je n’achète rien que je ne porterai pas et que je n’aimerai pas. Je fais tous mes tests débiles dans la cabine – m’asseoir, sauter, marcher en rond avec le morceau sur le dos. Et si ce n’est pas assez confortable, si ça tire, si ça écrase ou si j’ai déjà chaud, il est out.

Résultat, je magasine une fois, je trouve mes trucs (parfois), et j’en ai terminé pour un bon bout. À moins de les briser ou de les tacher, les vêtements que j’ai en ce moment vont pouvoir me servir jusqu’au mois de mai, et ensuite je verrai si ma rotation léger-lourd me suffit. C’est quand même cool de savoir que jusque là je n’aurai pas besoin d’aller me faire suer au magasin. Je me sens comme toute légère. Et j’aime vraiment les trois morceaux que j’ai trouvés.

Dans le fond, je magasine comme un homme, c’est hot.

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Joannie La Tornade, ou comment être borderline

À dix-sept ans trois quart j’ai reçu un diagnostic de mon pédopsychiâtre: trouble de la personnalité limite.

À l’époque j’avais fait quelques recherches sur internet, mais ça restait vague. En fait, je ne comprenais pas trop ce que j’avais. Et comme le système de santé public n’a pas jugé bon de me donner un suivi régulier, j’ai comme… laissé aller.

Je me suis toujours sentie brisée. Différente. Anormale. Et ça été long avant de pouvoir mettre des mots sur cette sensation; encore plus long de l’accepter pour ce qu’elle est – une maladie mentale, simplement. Les connaissances sur ce trouble sont de plus en plus approfondies, mais il y a encore un stigma qui y est associé (comme avec toutes les maladies mentales) et, en psychologie, on le qualifie souvent de « trouble fourre-tout », parce qu’il est difficile à baliser, à saisir et à définir.

C’est vrai, quand j’ai appris à ma mère que j’en souffrais, elle me comparait avec d’autres gens qu’elle avait déjà vaguement connus et qui en souffraient, et ça ne concordait pas. C’est le problème du trouble de la personnalité limite. Il ressort n’importe comment.

Personnellement, ça me fait me sentir comme une tornade. Hors de contrôle et destructrice. Quand je suis en crise, je ne suis plus moi-même. Je n’oublie pas ce que je fais, ce que je dis et ce que je pense; seulement, ça ne concorde plus du tout avec mon vrai moi, avec mes valeurs, ma personnalité.

Selon le DSM (la référence principale en diagnostic des maladies mentales), le trouble se caractérise par « une instabilité omniprésente dans les relations interpersonnelles, l’image de soi et les affects, ainsi qu’une impulsivité marquée qui apparaît au début de l’âge adulte dans divers contextes ». Pour poser un diagnostic positif, on doit présenter au moins cinq des neuf critères suivants:

  1. Des efforts effrénés afin d’éviter un abandon réel ou imaginé.
  2. Des relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par une alternance entre les extrêmes de l’idéalisation et de la dévalorisation.
  3. Perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de l’image de soi ou de la notion de soi.
  4. Impulsivité dans au moins deux domaines ayant un potentiel autodestructeur (ex.: dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite automobile dangereuse, boulimie).
  5. Comportement, gestes ou menaces suicidaires ou d’automutilation récurrents.
  6. Instabilité affective causée par un réactivité marquée de l’humeur (ex.: dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété qui dure habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours).
  7. Sentiments chroniques de vide.
  8. Colères inappropriées et intenses ou difficulté à maîtriser sa colère (ex.: sautes d’humeur fréquentes, colère constante, bagarres récurrentes).
  9. Idées passagères de persécution ou symptômes dissociatifs graves en situation de stress.

On ne m’a pas expliqué, en 2007, ce que j’étais, ou à quoi je correspondais, mais en lisant ces critères, et depuis quelques années que je les connais, je sais que je corresponds à chacun d’eux à un degré plus ou moins élevé.

Le problème, en quelque sorte, c’est que je fonctionne bien en société. On pourrait dire que je cache bien mon jeu. Mes collègues ne subissent pas mes sautes d’humeur, je ne montre pas ma colère à la caissière de l’épicerie ou au serveur du restaurant. Je ne confie pas à mes amis que je me sens tarée, endommagée, brisée. Ou si je le fais, c’est tout croche, en ne sachant pas comment m’exprimer, après quatre bières et avant quatre autres (et une autre crise de larmes).

L’autre problème, c’est que chacun de mes comportements borderline peut être, en théorie, rationalisé. Peur de l’abandon? Tout le monde a plus ou moins peur de l’abandon, non? (Sauf que moi, j’interprète un silence d’une demi-heure comme de la haine et je m’imagine perdre ami/chum au moindre faux pas.) Relations intenses? J’ai toujours été comme ça, je suis en amour avec l’amour, c’est tout… problèmes d’identité? Bah, ça vient de mon adolescence, encore une fois, j’ai toujours été comme ça! Abus d’alcool? Tout le monde le fait, j’ai 27 ans, c’est encore normal d’exagérer de temps en temps. Sautes d’humeur? Meh, je suis une femme, j’ai des SPM, je suis émotive. Sentiment de vide? Un symptôme malheureusement très commun de ma génération perdue. Ma colère? Je la cache tellement bien que personne ne la soupçonne, ou presque; j’ai appris à me cacher et à l’étouffer jusqu’à-ce qu’elle disparaisse.

Etc.

Un à un, c’est facile de dire que ce sont des petits problèmes, presque communs, faciles à régler. Mis tout ensemble, quand on les énumère, qu’on les place dans une liste bien ordonnée… on se rend compte que peut-être que j’ai un problème. Que peut-être que ce n’est pas normal.

Je n’ai pas envie de tomber dans le piège de tout blâmer sur ma maladie, mais en même temps, c’est tentant. Mon envie de tout contrôler, mon anxiété, mes peurs panique, mes idées suicidaires. C’est comme un gros schéma bordélique avec, au centre, borderline, et tout les fils finissent par y mener.

C’est poche, je ne vous le cacherai pas. Ce n’est pas une façon agréable de vivre. C’est comme passer ma vie sur des montagnes russes, sans répit, sans pause. J’ai réussi à m’en sortir seule, avec énormément d’efforts, d’introspection, de questionnements, de recherche et de méditation. Mais j’ai toujours su qu’il me manquait un petit bout. J’empile les informations et les bonnes intentions, mais quand une crise me prend, elles prennent le bord et tout devient noir. Et après, il ne me reste que la honte, honte de mes agissements, honte d’avoir échoué, encore une fois. Honte de souffrir.

C’est tout de même soulageant de savoir que le problème ne vient pas de moi en tant que telle, mais d’une maladie. Que je suis malade. Que ce n’est pas un défaut de fabrication, des problèmes de caractère, de la mauvaise volonté. Et après plusieurs mois d’hésitation j’ai décidé d’en parler ici afin de briser un petit peu le tabou. Ça a l’air facile, de publier un article sur un petit blogue perdu, mais ça me fout la chienne. Avouer qu’on a une maladie mentale, l’expliquer, l’appliquer et la décortiquer, j’imagine que c’est à peu près comme faire un saut en bungee. On saute dans le vide, on sait que l’élastique est là, mais on a peur qu’il pète et de se casser la gueule. (Et de mourir.) On a peur d’être mal attaché. On n’a pas confiance. Mais le résultat final en vaut probablement la peine.

Je n’ai plus envie d’être Joannie La Tornade. Je n’ai jamais eu envie de l’être. Je n’aime pas être dramatique, frustrée, dépressive, impulsive, vide. Je n’aime pas cette sensation d’être sur un petit bateau, en pleine mer, pleine tempête, plein bordel, ballotée de tous bords, tous côtés, sans contrôle, roulée en boule dans la cabine en attendant que ça passe, sans savoir si je vais m’en sortir, cette fois-là. Si je m’en sortirai, la prochaine fois. Profitant au maximum des accalmies, oubliant presque la dernière bourrasque – jusqu’à-ce que je chavire à nouveau.

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Quoi de neuf: des non-résolutions pour 2017 et autres mises à jour

Bonjour mes amis.

2016 s’est terminé dans le calme et le sommeil, 2017 a commencé dans le calme et le sommeil. Dormir, quelle paix.

Après mes péripéties mentales désagréables de décembre, j’ai passé un temps des fêtes relativement tranquille, loin des soucis. Je les ai enterré sous la neige. J’ai dormi. J’ai mangé, genre, vraiment trop de dessert. J’ai réfléchi, j’ai fait le point. Je suis passée par toute la gamme habituelle, le Cycle Émotionnel Joannie. J’ai également lu un livre sur les états limites (mon diagnostic de 2007), et ça m’a poussé à en réserver d’autres à la bibliothèque pour essayer de peut-être me comprendre un peu mieux.

Le 31 décembre, j’étais au chalet, complètement vidée de mon énergie. Sereine. À vingt heures je dormais. Fuck minuit. J’ai dormi presque douze heures et j’ai accueilli 2017 dans le silence du Grand Nord.

Depuis, ça été retour à Québec, retour au travail, retour à la routine. J’ai bu quelques verres depuis, avec modération, quand j’en avais envie. Ça a bien été de ce côté-là. Outre l’envie de me calmer l’alcool, je n’avais pas de résolution pour 2017. Ça fait plusieurs années que je n’en fais plus (la dernière fois étant en 2011, je crois) et je ne considère pas mon voeu de modération alcoolisée comme telle – c’est plus un défi personnel, en fait. Un autre de mes virages santé. Boire plus que deux verres ne me correspond plus vraiment.

J’ai continué à lire mes blogues habituels et je me rappelle avoir lu quelque chose qui m’a marqué. Un homme expliquait que, au lieu de faire des résolutions, il se donnait deux ou trois projets majeurs sur lesquels il voulait travailler (et, probablement, compléter) dans l’année. Ça lui donnait une ligne directrice pour douze mois et lui permettait de prendre ses décisions par rapport à cette ligne. J’ai trouvé l’idée intéressante et j’ai décidé de me donner des buts pour 2017.

Premier but: éliminer complètement ma dette

En ce moment, ma dette se compose de deux choses: un solde sur ma carte de crédit (sur lequel je place tout mon argent supplémentaire depuis que j’ai à nouveau un emploi) et un prêt se terminant en décembre 2019, pour lequel je fais des virements mensuels automatiques à montant fixe.

Normalement, j’aurais déjà terminé de payer tout ça. Mais la vie étant ce qu’elle est, et avec tout ce qui est arrivé l’été dernier (me retrouver soudainement seule, déménager de Saskatchewan à Québec, être sans emploi pendant sept semaines et tous mes problèmes d’automobile), la carte de crédit a mangé une claque (ou mille). Je n’ai pas eu le choix. Mais je rembourse.

De ce fait, je n’achète pas grand-chose de superflu. C’est sur que je pourrais couper encore davantage, mais j’ai établi pour moi-même une limite que je considère comme confortable (et que je révise constamment). Selon mes calculs, au rythme où je vais et sans compter mon retour d’impôt du printemps, je devrais terminer de tout payer vers la fin de l’automne. Sans compter les imprévus… je réajusterai au besoin.

Donc, je vais tenir cette ligne directrice en compte pour mes agissements de 2017. Peut-être que je pourrais me passer de sorties au restaurant un peu plus. Aller voir un concert de moins. Prioriser les activités gratuites. En ce moment, je n’achète que très peu de biens de consommation tangibles – mais mon argent supplémentaire est surtout flambé dans les « expériences » (théâtre, musée, spectacles, sorties…). Difficile de résister quand on habite Québec!

Deuxième but: continuer à être active

Je ne mets pas « me remettre en forme » ni « perdre dix livres » parce que ce n’est pas ça que je veux, en fait. Je sais que les buts sont sensés être SMART mesurables et blabla, mais…

Je pratique, depuis quelques années, des habitudes de « plus possible ». Je bouge le plus possible quand c’est permis. Au lieu de concentrer toute ma dépense d’énergie dans une heure épuisante au gym, j’essaie de bouger au cours de ma journée. Je vais voir mes collègues au lieu de leur envoyer un Skype ou de les appeler. Je marche jusqu’au travail, et je prends des marches tranquilles le soir et la fin de semaine. Je vais encore au gym trois fois par semaine, mais c’est surtout pour faire ce que j’adore y faire – sans contredit de la muscu! Je remarque un certain relâchement (comme à chaque hiver) depuis quelques semaines. C’était facile de sortir et de bouger quand j’étais seule dans mon deux et demi, mais depuis que je suis souvent au condo de mon chum, avec son divan confortable et sa télévision… c’est plus facile d’être lâche, mettons.

Donc, je remets le cap sur le mouvement. Parce que ça me fait me sentir bien. Parce que je me prouve à moi-même que je ne suis pas peureuse. Ce n’est pas tout le monde qui est game d’aller prendre une marche à moins vingt-cinq, mais j’aime bien le froid revigorant, quand je suis bien habillée. Et puis la tasse de thé que je sirote après coup est nécessairement meilleure. Yum.

Troisième but: développer mon bien-être mental

On met souvent l’emphase sur le bien-être physique. Être en forme, perdre du poids, mieux manger. Qu’en est-il de notre bien-être mental?

Ça fait longtemps que je me dis que je devrais faire ci et ça, mais je ne le fais jamais. Pourquoi? Multiples raisons: la peur, la paresse… même si on me considère plutôt fonceuse et effrontée dans mes agissements (déménager en Saskatchewan, genre), quand il est question du mental, mes yeux s’agrandissent d’effroi et je recule en secouant la tête, terrifiée.

Même lire ce livre sur les états limite a été difficile. Le commencer, surtout. Parce que je ne savais pas trop ce que j’allais y découvrir. Après mon diagnostic, en 2007, je n’ai pas eu de suivi approprié. J’ai vu un pédo-psychiâtre quelques fois, mais juste pour les urgences. On m’a casé avec une travailleuse sociale qui ne savait pas trop quoi faire de moi (et j’étais aussi désemparée qu’elle), puis plus rien. Depuis ce temps, c’est le néant.

Je n’ai pas envie de me définir par ma maladie, ni d’en faire le point de mire de ma vie. C’est peut-être pourquoi j’ai peur d’en parler et de m’informer sur le sujet. Et si je devenais obsédée? Et si j’excusais tous mes agissements en me disant « c’est correct, c’est ta maladie »? Pourtant j’ai cette volonté de m’améliorer, d’aller mieux, voire de guérir. De changer. Je déteste mes crises, je déteste ce volet qui se ferme dans mon cerveau et qui m’empêche d’être raisonnable. Je déteste être comme ça et donner cette image d’être… well, folle.

Je n’ai pas les fonds pour consulter un psy, malheureusement, et l’état ne va pas m’en fournir un, ne jugeant pas mon état suffisamment urgent. Alors je vais lire. C’est ce que je fais de mieux, ça, lire. Et j’ai les capacités mentales pour assimiler ce que je lis et l’appliquer à ma situation. Depuis quelques années, les ouvrages sur le trouble de personnalité limite foisonnent. Je devrais pouvoir trouver quelque chose de potable.

Outre ma maladie, je veux aussi approfondir ma pratique de la méditation. Qui, depuis cet été, a à peu près disparu. C’est une des habitudes que je veux reprendre, et rapidement. Même si c’est juste dix minutes le matin, ça me faisait un bien fou. Comme mon gym trois fois par semaine, et mon yoga tous les soirs. Ce n’est pas ça qui va bourrer mon horaire, mais les bénéfices sont immenses. Un réel investissement temporel.

Okay, mais… ça sonne pas mal comme des résolutions, ça.

C’est vrai. Je te l’accorde.

Selon le Larousse, une résolution est l' »acte par lequel, après réflexion, on décide volontairement d’accomplir quelque chose » et un but, une « préoccupation, objectif majeurs qui guident les actions de quelqu’un ; idéal, objectif ». Dans mon cas, je crois que le mot « but » s’applique davantage. De toute manière, rendue où j’en suis, la définition importe peu; et que je prenne ces décisions maintenant, ou dans six mois, ou que je les aie prises l’automne passé, la seule différence est temporelle. Le reste n’est qu’action et résultats. Ou absence de.

Avez-vous pris des résolutions pour la nouvelle année? Avez-vous des buts? Quelle est votre opinion sur le sujet? Je suis curieuse.

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D’où l’importance d’arrêter de consommer

Quelle est la pire partie, le pire côté, le pire aftereffect d’une soirée (trop) alcoolisée?

Je vous le donne en cinq. Le mal de crâne? La perte d’une journée entière passée à s’en remettre? Les nausées? Les blancs de mémoire?

Non. Le pire, c’est la honte.

Maudite honte sale. Honte de ce qu’on a fait. Honte de ce qu’on a oublié. Honte de ce qu’on a dit, crié et pleuré. Honte d’avoir à se faire raconter parce qu’on ne se souvient pas, ou qu’on ne veut pas se souvenir. Honte de la réalité, honte de nos défauts, honte de nos manques de savoir-vivre, de tolérance, d’intelligence, de sagesse, de retenue.

J’ai un gros problème de consommation et j’ai honte.

Ce n’est pas de l’alcoolisme classique. Même pas de l’alcoolisme tout court, pas selon les définitions. Parce que ça pourrait être n’importe quelle autre substance – l’alcool est juste plus disponible, reconnu, facile. Gratuit.

Parfois je bois et je m’arrête après un ou deux verres. Souvent je bois et je ne m’arrête jamais. Jamais à temps, jamais tout court. J’ignore mes limites; je suis invincible. Jusqu’au point de cassure. Je suis un funambule sur un fil trop mince. Un fil de nylon effiloché. Et je tombe à chaque fois. Je l’échappe. Je me perds.

Vendredi dernier, 5 à 7 spécial de Noël avec mes collègues. L’alcool coule à flot. Trois coupons de consommation par personne, mais, en pratique, si on demande, on nous en donne plus, il n’y a pas vraiment de limite. (Comme moi.) Une, deux pintes, un shot, deux autres pintes, un shot (de qui?), une dernière pinte et BAM Joannie s’en va en furie (tornado style, mon grand classique) parce que Joannie pleure, Joannie rage, Joannie fait une crise de jalousie, Joannie court dans la rue, à moins trente degrés avec son manteau dans les bras, s’enferme chez elle et ne pense plus qu’à une chose – comme d’habitude – mourir.

J’ai eu tellement honte. J’ai encore honte. C’est comme une couche de vase sur mon coeur flétri. J’ai terrifié des gens. J’ai passé la fin de semaine à recoller les pots cassés, recassés, explosés, j’ai perdu plein de morceaux, je me suis excusé, encore et encore et toujours, une longue plainte sans fin, une lamentation pathétique.

Pour toujours recommencer.

2016, je te quitte. J’en ai fini avec toi. J’arrête de boire jusqu’en 2017 et je me repose. J’arrête de pédaler. Je n’arrive nulle part. Je me couche sur le côté de la route et je dors. La neige est douce, isolante comme une couverture polaire. Je suis écoeurée d’être fatiguée, de pleurer, de m’excuser, d’oublier, d’abuser. Écoeurée de ma réputation, des blagues plates, des excuses remises en question. De mes agissements. De mes pensées. De ma Bête Noire. Pour les deux semaines restantes de l’année je veux juste la Sainte Foutue Paix. Mais c’est surtout à moi-même de me la donner.

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Je vieillis

Ce matin j’ai remarqué que j’avais des rides dans le front.

Genre, ma peau n’est plus lisse. Genre, quand je hausse les sourcils, ça laisse une trace qui s’estompe lentement. Lentement. Comme le temps qui passe, immuable, éphémère.

J’ai un nid de cheveux blancs dans la tête. Ils viennent tous du même spot, exactement sur le sommet de mon crâne, sur la partie la plus haute. Quand je les trouve, ils sont courts, nouveaux, blancs comme neige, brillants. Je les arrache sans même me poser de questions. Je pourrais les laisser là. Ils paraissent à peine. Et même si ils paraissaient, je sais que je suis sensée m’en foutre. Mais je les arrache. Maintenant, je les cherche. Avant, il y a un an, quand j’ai commencé à en avoir, je les trouvais par hasard, en me coiffant. Là, non. Depuis quelques semaines, je me surprend à les chercher, à les traquer, à les arracher avec violence, à les observer sous la lumière pendant que mon cerveau hurle: d’où tu viens, toi?! C’est quoi, ça?! MERDE!

Dans un mois je vais avoir vingt-sept ans.

Tout est relatif. Vingt-sept ans, c’est jeunes pour plusieurs, vieux pour plusieurs. Ou just right. D’une manière ou d’une autre ce n’est qu’un nombre qui ne veut pas dire grand-chose. Mais j’en ressens le poids. Physiquement, oui, mais aussi dans toutes les sphères de ma vie. Le truc, c’est de ne pas se comparer. Mais le problème, avec l’Homme, c’est qu’il passe toute sa foutue vie à se comparer.

Il y a quelques mois, Humans of New York a publié l’histoire suivante:

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Quand je l’ai lue, j’ai fait une grosse crise de panique intérieure. Et, depuis, ça m’est resté dans la tête, parce que j’ai eu l’impression de me lire dans vingt ans. Parce que je suis exactement dans cette phase que la femme décrit – que l’attention que j’attire (en phase initiale d’une nouvelle relation, du moins) est basée sur mon apparence physique, ma jeunesse. Quand j’y réfléchis, ça me donne envie de me cacher, d’aller vieillir sous un rocher pour éviter la douleur que je vais ressentir lorsque les gens ne me regarderont plus, ne m’adresseront plus la parole aussi facilement.

Pourtant je sais que je vaux beaucoup plus que mon enveloppe corporelle. Mais les autres, eux, ne le savent pas.

Chaque cheveu blanc me rappelle que je disparais. Chaque ride me rappelle que le temps est linéaire. Mon corps ne se remet plus aussi facilement de mes niaiseries (entraînements intenses au gym, brosses intenses du vendredi, nuits trop courtes, trop d’écrans, trop de gras, de sucre, de vie). Je suis fatiguée. Et je n’ai rien. J’ai le mode de vie d’une étudiante fauchée, endettée dans mon deux et demi de Saint-Roch, mais je vais avoir vingt-sept ans dans un mois.

Et j’ai des rides.

Donc, pour essayer de rester positive, je place toute mon attention sur mes rides positives, mes rides-soleil, les petites pattes d’oie que j’ai autour des yeux quand je ris, les creux autour de ma bouche formés par mes sourires. Et je me rappelle que je ne suis pas seule; que, par la nature même du temps, nous sommes tous dans le même panier. C’est ce qui fait que nous sommes tous égaux. Notre peau ride, nos cheveux blanchissent, et nous allons tous mourir. Et au lieu de céder au marketing-jeunesse qui essaie de me faire croire que c’est une mauvaise chose, je tente, à contre-courant et de mon mieux, de prendre tous ces signes de vieillesse pour une bénédiction.

Après tout, j’ai commencé la vie en tant que canevas vierge et la vie m’a peint. Elle n’a pas toujours au beaucoup de talent, mais ça s’en vient pas pire, comme on dit. Pas pire pentoute.

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Recap sur l’année qui a essayé de me tuer (encore)

Cimonaque que je suis pas assidue.

Bon, ça aide pas que je n’ai plus d’ordinateur. Juste un petit écran de cellulaire. Je me vois mal écrire des articles en textant. Mon autocorrect me rendrait dingue.

Bref, on est le 29 novembre. Whaaaaaaaaaaaat? Ça fait une semaine que j’essaye de mettre les freins et ça fait une semaine que la carosserie de ma vie grince de partout en hurlant à la mort. Après tout, et malgré les films de science-fiction, le temps est indéniablement linéaire. J’ai vingt-quatre heures dans une journée comme tout le monde, et c’est le 29 novembre pour tout le monde. (Ou, à l’heure qu’il est présentement, pour la moitié de la population.)

Ça, ça veut dire qu’il reste un mois à l’année coupable de plusieurs tentatives de meurtre à mon égard. Time for a useless recap.

Décembre, mois du stress, mois des fatigants, mois de la charité. Mois de la neige et du jonglage d’horaire à rendre dingue, mois des chicanes, mois des malentendus, mois du Grand Bye-Bye. Mois des adieux.

J’ai commencé 2016 en couple. En fait, mon ex et moi avions débuté notre relation officielle le 31 décembre 2015. Je me suis réveillée dans la maison de ses parents le 1er janvier, à Estevan, Saskatchewan, la tête pleine de projets (entre autres, mon Projet 366 – vous vous en rappelez? On dirait que ça fait mille ans). On avait passé la journée dehors. On s’est aimé.

2016 était pourtant tellement pleine de promesses. Amour, carrière, passions, vie. Tout se plaçait. J’étais bien (en surface), fière (et triste), en contrôle (et pleine d’illusions). Bref, j’étais toujours aussi aveugle, je tâtonnais, mais dans le fond, dans la situation où j’étais, j’avais atteint un sommet et, pour une foutue fois dans ma vie, je ne regardais pas en arrière, mais vers l’avant.

Le printemps est arrivé et les chicanes ont commencé, l’été est arrivé avec son lot de ruptures (avec mon ex, mon emploi, la Saskatchewan, mes projets et mes rêves), de déménagements (à Estevan, à Baie-Comeau, à Québec), de déceptions et l’Horrible Monstre Noir qui se tapit toujours dans l’ombre, à me surveiller, à chercher une brèche ou une faille – Dépression, mon nemesis, ma pas douce pentoute moitié. 2016 a vu le retour en force de cette maladie avec laquelle je vais être prise pour toujours et à jamais, ce Mal qu’on va enterrer avec moi et que je ne souhaiterais à rien ni personne.

2016 était pourtant tellement pleine de promesses. Mais 2016 s’est fait Homme et a pris le soin – quelle délicate – de me crisser des coups de pelle dans face chaque fois que j’essayais de me relever. Mes bleus guérissent mais ça fait mal à l’âme en Saint-Sivouplaimadame. Le 1er janvier 2016, je voulais habiter la Saskatchewan, devenir fermière, vivre d’amour et de moisson, apprendre à conduire un tracteur. Je finissais doucement de payer mes dettes, je me sentais heureuse et, surtout, en paix. Je savais où je m’en allais.

Mais, bon. C’est la vie, et il faut apprendre à relativiser. Je suis en santé, j’ai un toit, une santé assez bonne, de la bouffe et mon adorable chat – que demander de plus? Pourtant j’ai hâte que l’année se termine. C’est allé si vite et pourtant si lentement. Ce n’est qu’un chiffre, ce n’est qu’un concept, un calendrier inventé et imposé – mais je place tout de même 2017 sur un piédestal. De toute manière, qu’est-ce qui pourrait arriver de pire? (Note à moi-même: en fait, on ne devrait jamais dire ça, parce qu’il y a quatorze million de possibilités que quelque chose de pire arrive en 2017.)

Il neige et je me relève, il vente et je ne pleure plus. Je ne ravale même plus de larmes. Je suis redevenue Joannie. Ce n’est pas exagérer de dire que 2016 était poche en criss. Genre, juste vraiment, vraiment plate. Plus on monte haut, plus ça fait mal de redescendre, surtout quand on le fait en tombant et qu’on s’écrase mille étages plus bas. Pour vrai, 2016 a failli avoir ma peau. Mais, en novembre, j’ai retourné les coups de pelle, et je n’ai pas juste utilisé le plat. Fait que, 2016, voici mon message: va chier. Meurs. Éteins-toi. Arrête. Juste… arrête.

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Montagnes russes

Holà. Ça fait un bail.

Trêve d’expressions poches, je sors à nouveau d’enfer. Oui, ma vie est une montagne russe, une suite éternelle de plongées brusques à travers les neuf cercles infernaux, les bras dans les airs, à hurler de peur, à me faire compresser par les forces g. Descente après descente après descente. Samedi matin j’ai tiré le frein d’urgence, j’ai sorti l’extincteur et j’ai arrosé les flammes tout en continuant de hurler. J’ai éteint les feux et j’ai eu froid.

J’ai passé la fin de semaine à me refroidir. Mais aussi à me réchauffer. C’est difficile à expliquer.

Tout ça pour dire que j’ai hâte que 2016 finisse. J’ai hâte de voir un médecin. J’ai hâte de me guérir la tête. Mais la RAMQ me résiste et j’en suis réduite à attendre une carte qui n’arrive pas, merci Postes Canada, carte magique qui va me donner le droit de me soigner sans loader la Visa. Ça coûte cher, un médecin. Je suis en entre-deux, à l’étape finale de mon retour des Grandes Plaines Plates, ni là-bas ni ici, à essayer de prouver à coups de documents officiels que, oui, j’habite au Québec, depuis le mois d’août, saint-cimonaque de câlice.

Bref, je suis redevenue dépressive. Ou l’ai-je toujours été? Je ne sais pas. J’ai vécu vraiment pire sans retomber dans ces états d’âme de trou noir, alors je ne sais pas. Il n’y a rien ni personne à blâmer, au fond. Juste mon cerveau déficient.

J’ai oublié de vivre en moi-même et je suis retournée à mes vieilles habitudes: vivre à travers tout le reste. Boire jusqu’à m’oublier, fumer jusqu’à m’oublier, séduire jusqu’à m’oublier, et recommencer le cycle avec de brefs arrêts pour pleurer, en me demandant qui gagnerait – la vie, ou moi? Je ne suis pas éternelle, j’aurai bientôt vingt-sept ans d’âge, on le sait, l’Âge Maudit. C’était presque une excuse pour attendre, et me donner un an pour enfin crever. 2017, Année de la Mort.

Mais je suis là et je renais comme c’est mon habitude. Je fais du ménage. Je retourne à moi-même, à ma solitude, je m’en drape comme d’un manteau. Je redécouvre mes buts, mes ambitions, mes envies. Ma patience, brûlée par les feux de l’enfer depuis quelques mois, calcinée, ma patience de cendres. Mon courage. Ma rage.

On a toujours le choix. Je n’ai pas demandé à vivre, mais je ne demanderai pas encore à mourir. Je choisis (consciemment, avec difficulté, à contre-courant) de voir la vie comme un million de dollars, pas comme un tas de merde. Ça va à l’encontre de mes réflexes pour le moment, mais ça va revenir. Après tout, j’ai déjà été heureuse, pendant de longs mois, je baignais dans le doux bonheur serein de ma nouvelle sagesse. Puis les coups de pelle ont suivi et j’ai décidé de pleurer au lieu de me relever.

Il n’y a rien ni personne à blâmer, juste mon cerveau déficient. Je ne suis pas un échec, seulement malade. Je ne suis pas folle, juste malade. Je ne suis pas perdue. Je suis malade.

Allez, Postes Canada, il me manque juste un bout de plastique pour me faire soigner. Je vous attend, facteur, enveloppe, carte soleil. J’attend le soleil. En attendant, je mets l’emphase sur la moindre petite parcelle de bonheur que je peux arracher à la vie. Une tasse de café. Mon chat obèse. Une présence agréable.

Post-Scriptum: je n’ai besoin ni de pitié, ni de soutien, ni d’en parler. Gracias Amigos!

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