Mode d’emploi: magasinage

En fin de semaine dernière j’ai fait deux choses – magasiner et paniquer.

Magasiner parce que j’avais besoin de vêtements (oui, même une minimaliste a besoin de renouveler sa garde-robe) et paniquer parce que je me suis rendu compte que mon horaire était jammé jusqu’en mars, dans le style automne 2014 quand je n’avais pas une foutue soirée à moi. (Je pensais que ça me rendait heureuse. Wrong.)

Première Partie – Magasinage

Je me considère comme minimaliste garde-robienne (cherchez pas dans le Larousse, le mot n’existe pas) depuis juin 2015. J’en avais d’ailleurs parlé ici. Ça fait un an et demi et, depuis, j’ai fait évoluer ma méthode un peu. Notamment, je ne change pas ma capsule aux trois mois; en fait, je ne la change pas vraiment. Vers la fin septembre j’ai rangé mes vêtements légers (genre deux chandails, une robe et des shorts) et j’ai sorti mes vêtements lourds (trois-quatre chandails) et c’était pas mal ça. Pourquoi? Parce que je voulais garder une garde-robe plus consistante de saison en saison et miser sur des morceaux plus polyvalents sur le point de vue température. Des vêtements que je peux porter trois saisons sur quatre, au lieu d’une seule. (Sauf les shorts, évidemment. Je me vois mal porter des shorts à l’automne ou au printemps. Mais je ne veux pas non plus m’en passer l’été. Il faut choisir ses combats!)

Je ne compte plus non plus mes morceaux. J’en ai peut-être plus que trente-trois, je ne sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que ça rentre très bien dans mon (petit) garde-robe sans être tout taponné et que c’est encore facile de choisir ce que je mets chaque matin, alors ça me va. Je fais encore régulièrement du ménage en retirant des pièces que je n’aime plus ou qui ne me font plus.

J’ai également fait évoluer ma manière de magasiner. Premièrement, ce n’est plus une thérapie (non efficace) ni un passe-temps (plate). En fait, je n’aime pas vraiment magasiner. Il faut vraiment que je sois dans une humeur particulière pour vouloir y aller, et jamais longtemps. Je n’aime pas essayer des vêtements, choisir, fouiller, me faire achaler, avoir chaud, sentir la pression de consommer. C’est désagréable. Alors je le fais seulement quand c’est nécessaire et, en janvier, ce l’était.

Je suis rendue vraiment difficile niveau vêtements. Genre, au lieu d’avoir trois critères, j’en ai cinquante. Avant, je ramassais tous les vêtements que je trouvais beaux (peu importe le style ou la coupe – je ne savais pas ce qui m’allait bien ou pas), je les essayais. Ensuite je faisais le tri entre ceux qui me faisaient et ceux qui ne faisaient pas… mais seulement en termes de taille. (Être en surpoids n’aidait pas, c’était déjà de trouver des vêtements pas trop laids qui me faisaient.) Ensuite je faisais un choix, mais la plupart du temps j’achetais la plupart des morceaux qui me faisaient sans trop me poser de questions. Ils finissaient par croupir dans le fond du garde-robe et je les portais par obligation et sans aucun plaisir, parce que je ne les aimais pas.

Maintenant, je magasine sur un mode de tri constant. Évidemment, le premier critère est toujours de trouver que le vêtement est beau. Mais, avant d’aller me perdre dans un centre d’achats, je fais une liste de ce dont j’ai besoin, que je complète avec des critères spécifiques.

Par exemple, en fin de semaine, voilà ce que je voulais:

  • Une paire de pantalons:
    • Jambe droite ou skinny, pas boot cut ni évasé;
    • Couleur mauve, bleu, turquoise, noir ou gris (les cinq couleurs que je porte, comme ça tout va ensemble);
    • Avec des poches à l’avant assez profondes pour mon cellulaire et des cartes;
    • Assez confortables pour passer de longues périodes assises avec (pour le travail).
  • Un chandail en coton ouaté:
    • Pas trop chaud – pour pouvoir porter en été aussi;
    • Avec zipper à l’avant;
    • Une ou deux couleurs (mêmes couleurs qu’en haut), sans motif;
    • Longueur hanches;
    • Avec capuchon.
  • Un haut:
    • Manches courtes – j’ai assez de manches longues;
    • Pouvant être porté avec trois de mes quatre « bas » (une jupe grise, une paire de jeans, pantalons propres noirs et mes nouveaux pantalons en haut), tant par la couleur que par le style;
    • Moulant, confortable, dans une coupe qui me va bien (pas de col rond ni col bateau, pas trop court ni trop long…);
    • Pouvant être porté seul ou avec un de mes vestons;
    • Dans un tissu respirant qui ne montre pas trop la sueur (ouaip, je sue beaucoup et j’haïs les cernes de tsou d’bras, c’est juste pas chic hors-chalet).

J’aurais pu me dire que je voulais juste deux chandails et une paire de pantalons, mais ce n’était pas suffisant. Je sais que pour beaucoup de gens ma méthode va sembler extrême, mais elle a plusieurs avantages, notamment au niveau de mon efficacité. Je vais seulement vers les sections qui m’intéressent, et ensuite je sélectionne seulement des morceaux qui correspondent à ma liste. C’est facile d’éliminer les neuf dixième du stock d’un magasin dans mon premier tri! En plus, je n’achète rien que je ne porterai pas et que je n’aimerai pas. Je fais tous mes tests débiles dans la cabine – m’asseoir, sauter, marcher en rond avec le morceau sur le dos. Et si ce n’est pas assez confortable, si ça tire, si ça écrase ou si j’ai déjà chaud, il est out.

Résultat, je magasine une fois, je trouve mes trucs (parfois), et j’en ai terminé pour un bon bout. À moins de les briser ou de les tacher, les vêtements que j’ai en ce moment vont pouvoir me servir jusqu’au mois de mai, et ensuite je verrai si ma rotation léger-lourd me suffit. C’est quand même cool de savoir que jusque là je n’aurai pas besoin d’aller me faire suer au magasin. Je me sens comme toute légère. Et j’aime vraiment les trois morceaux que j’ai trouvés.

Dans le fond, je magasine comme un homme, c’est hot.

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Joannie La Tornade, ou comment être borderline

À dix-sept ans trois quart j’ai reçu un diagnostic de mon pédopsychiâtre: trouble de la personnalité limite.

À l’époque j’avais fait quelques recherches sur internet, mais ça restait vague. En fait, je ne comprenais pas trop ce que j’avais. Et comme le système de santé public n’a pas jugé bon de me donner un suivi régulier, j’ai comme… laissé aller.

Je me suis toujours sentie brisée. Différente. Anormale. Et ça été long avant de pouvoir mettre des mots sur cette sensation; encore plus long de l’accepter pour ce qu’elle est – une maladie mentale, simplement. Les connaissances sur ce trouble sont de plus en plus approfondies, mais il y a encore un stigma qui y est associé (comme avec toutes les maladies mentales) et, en psychologie, on le qualifie souvent de « trouble fourre-tout », parce qu’il est difficile à baliser, à saisir et à définir.

C’est vrai, quand j’ai appris à ma mère que j’en souffrais, elle me comparait avec d’autres gens qu’elle avait déjà vaguement connus et qui en souffraient, et ça ne concordait pas. C’est le problème du trouble de la personnalité limite. Il ressort n’importe comment.

Personnellement, ça me fait me sentir comme une tornade. Hors de contrôle et destructrice. Quand je suis en crise, je ne suis plus moi-même. Je n’oublie pas ce que je fais, ce que je dis et ce que je pense; seulement, ça ne concorde plus du tout avec mon vrai moi, avec mes valeurs, ma personnalité.

Selon le DSM (la référence principale en diagnostic des maladies mentales), le trouble se caractérise par « une instabilité omniprésente dans les relations interpersonnelles, l’image de soi et les affects, ainsi qu’une impulsivité marquée qui apparaît au début de l’âge adulte dans divers contextes ». Pour poser un diagnostic positif, on doit présenter au moins cinq des neuf critères suivants:

  1. Des efforts effrénés afin d’éviter un abandon réel ou imaginé.
  2. Des relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par une alternance entre les extrêmes de l’idéalisation et de la dévalorisation.
  3. Perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de l’image de soi ou de la notion de soi.
  4. Impulsivité dans au moins deux domaines ayant un potentiel autodestructeur (ex.: dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite automobile dangereuse, boulimie).
  5. Comportement, gestes ou menaces suicidaires ou d’automutilation récurrents.
  6. Instabilité affective causée par un réactivité marquée de l’humeur (ex.: dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété qui dure habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours).
  7. Sentiments chroniques de vide.
  8. Colères inappropriées et intenses ou difficulté à maîtriser sa colère (ex.: sautes d’humeur fréquentes, colère constante, bagarres récurrentes).
  9. Idées passagères de persécution ou symptômes dissociatifs graves en situation de stress.

On ne m’a pas expliqué, en 2007, ce que j’étais, ou à quoi je correspondais, mais en lisant ces critères, et depuis quelques années que je les connais, je sais que je corresponds à chacun d’eux à un degré plus ou moins élevé.

Le problème, en quelque sorte, c’est que je fonctionne bien en société. On pourrait dire que je cache bien mon jeu. Mes collègues ne subissent pas mes sautes d’humeur, je ne montre pas ma colère à la caissière de l’épicerie ou au serveur du restaurant. Je ne confie pas à mes amis que je me sens tarée, endommagée, brisée. Ou si je le fais, c’est tout croche, en ne sachant pas comment m’exprimer, après quatre bières et avant quatre autres (et une autre crise de larmes).

L’autre problème, c’est que chacun de mes comportements borderline peut être, en théorie, rationalisé. Peur de l’abandon? Tout le monde a plus ou moins peur de l’abandon, non? (Sauf que moi, j’interprète un silence d’une demi-heure comme de la haine et je m’imagine perdre ami/chum au moindre faux pas.) Relations intenses? J’ai toujours été comme ça, je suis en amour avec l’amour, c’est tout… problèmes d’identité? Bah, ça vient de mon adolescence, encore une fois, j’ai toujours été comme ça! Abus d’alcool? Tout le monde le fait, j’ai 27 ans, c’est encore normal d’exagérer de temps en temps. Sautes d’humeur? Meh, je suis une femme, j’ai des SPM, je suis émotive. Sentiment de vide? Un symptôme malheureusement très commun de ma génération perdue. Ma colère? Je la cache tellement bien que personne ne la soupçonne, ou presque; j’ai appris à me cacher et à l’étouffer jusqu’à-ce qu’elle disparaisse.

Etc.

Un à un, c’est facile de dire que ce sont des petits problèmes, presque communs, faciles à régler. Mis tout ensemble, quand on les énumère, qu’on les place dans une liste bien ordonnée… on se rend compte que peut-être que j’ai un problème. Que peut-être que ce n’est pas normal.

Je n’ai pas envie de tomber dans le piège de tout blâmer sur ma maladie, mais en même temps, c’est tentant. Mon envie de tout contrôler, mon anxiété, mes peurs panique, mes idées suicidaires. C’est comme un gros schéma bordélique avec, au centre, borderline, et tout les fils finissent par y mener.

C’est poche, je ne vous le cacherai pas. Ce n’est pas une façon agréable de vivre. C’est comme passer ma vie sur des montagnes russes, sans répit, sans pause. J’ai réussi à m’en sortir seule, avec énormément d’efforts, d’introspection, de questionnements, de recherche et de méditation. Mais j’ai toujours su qu’il me manquait un petit bout. J’empile les informations et les bonnes intentions, mais quand une crise me prend, elles prennent le bord et tout devient noir. Et après, il ne me reste que la honte, honte de mes agissements, honte d’avoir échoué, encore une fois. Honte de souffrir.

C’est tout de même soulageant de savoir que le problème ne vient pas de moi en tant que telle, mais d’une maladie. Que je suis malade. Que ce n’est pas un défaut de fabrication, des problèmes de caractère, de la mauvaise volonté. Et après plusieurs mois d’hésitation j’ai décidé d’en parler ici afin de briser un petit peu le tabou. Ça a l’air facile, de publier un article sur un petit blogue perdu, mais ça me fout la chienne. Avouer qu’on a une maladie mentale, l’expliquer, l’appliquer et la décortiquer, j’imagine que c’est à peu près comme faire un saut en bungee. On saute dans le vide, on sait que l’élastique est là, mais on a peur qu’il pète et de se casser la gueule. (Et de mourir.) On a peur d’être mal attaché. On n’a pas confiance. Mais le résultat final en vaut probablement la peine.

Je n’ai plus envie d’être Joannie La Tornade. Je n’ai jamais eu envie de l’être. Je n’aime pas être dramatique, frustrée, dépressive, impulsive, vide. Je n’aime pas cette sensation d’être sur un petit bateau, en pleine mer, pleine tempête, plein bordel, ballotée de tous bords, tous côtés, sans contrôle, roulée en boule dans la cabine en attendant que ça passe, sans savoir si je vais m’en sortir, cette fois-là. Si je m’en sortirai, la prochaine fois. Profitant au maximum des accalmies, oubliant presque la dernière bourrasque – jusqu’à-ce que je chavire à nouveau.

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Quoi de neuf: des non-résolutions pour 2017 et autres mises à jour

Bonjour mes amis.

2016 s’est terminé dans le calme et le sommeil, 2017 a commencé dans le calme et le sommeil. Dormir, quelle paix.

Après mes péripéties mentales désagréables de décembre, j’ai passé un temps des fêtes relativement tranquille, loin des soucis. Je les ai enterré sous la neige. J’ai dormi. J’ai mangé, genre, vraiment trop de dessert. J’ai réfléchi, j’ai fait le point. Je suis passée par toute la gamme habituelle, le Cycle Émotionnel Joannie. J’ai également lu un livre sur les états limites (mon diagnostic de 2007), et ça m’a poussé à en réserver d’autres à la bibliothèque pour essayer de peut-être me comprendre un peu mieux.

Le 31 décembre, j’étais au chalet, complètement vidée de mon énergie. Sereine. À vingt heures je dormais. Fuck minuit. J’ai dormi presque douze heures et j’ai accueilli 2017 dans le silence du Grand Nord.

Depuis, ça été retour à Québec, retour au travail, retour à la routine. J’ai bu quelques verres depuis, avec modération, quand j’en avais envie. Ça a bien été de ce côté-là. Outre l’envie de me calmer l’alcool, je n’avais pas de résolution pour 2017. Ça fait plusieurs années que je n’en fais plus (la dernière fois étant en 2011, je crois) et je ne considère pas mon voeu de modération alcoolisée comme telle – c’est plus un défi personnel, en fait. Un autre de mes virages santé. Boire plus que deux verres ne me correspond plus vraiment.

J’ai continué à lire mes blogues habituels et je me rappelle avoir lu quelque chose qui m’a marqué. Un homme expliquait que, au lieu de faire des résolutions, il se donnait deux ou trois projets majeurs sur lesquels il voulait travailler (et, probablement, compléter) dans l’année. Ça lui donnait une ligne directrice pour douze mois et lui permettait de prendre ses décisions par rapport à cette ligne. J’ai trouvé l’idée intéressante et j’ai décidé de me donner des buts pour 2017.

Premier but: éliminer complètement ma dette

En ce moment, ma dette se compose de deux choses: un solde sur ma carte de crédit (sur lequel je place tout mon argent supplémentaire depuis que j’ai à nouveau un emploi) et un prêt se terminant en décembre 2019, pour lequel je fais des virements mensuels automatiques à montant fixe.

Normalement, j’aurais déjà terminé de payer tout ça. Mais la vie étant ce qu’elle est, et avec tout ce qui est arrivé l’été dernier (me retrouver soudainement seule, déménager de Saskatchewan à Québec, être sans emploi pendant sept semaines et tous mes problèmes d’automobile), la carte de crédit a mangé une claque (ou mille). Je n’ai pas eu le choix. Mais je rembourse.

De ce fait, je n’achète pas grand-chose de superflu. C’est sur que je pourrais couper encore davantage, mais j’ai établi pour moi-même une limite que je considère comme confortable (et que je révise constamment). Selon mes calculs, au rythme où je vais et sans compter mon retour d’impôt du printemps, je devrais terminer de tout payer vers la fin de l’automne. Sans compter les imprévus… je réajusterai au besoin.

Donc, je vais tenir cette ligne directrice en compte pour mes agissements de 2017. Peut-être que je pourrais me passer de sorties au restaurant un peu plus. Aller voir un concert de moins. Prioriser les activités gratuites. En ce moment, je n’achète que très peu de biens de consommation tangibles – mais mon argent supplémentaire est surtout flambé dans les « expériences » (théâtre, musée, spectacles, sorties…). Difficile de résister quand on habite Québec!

Deuxième but: continuer à être active

Je ne mets pas « me remettre en forme » ni « perdre dix livres » parce que ce n’est pas ça que je veux, en fait. Je sais que les buts sont sensés être SMART mesurables et blabla, mais…

Je pratique, depuis quelques années, des habitudes de « plus possible ». Je bouge le plus possible quand c’est permis. Au lieu de concentrer toute ma dépense d’énergie dans une heure épuisante au gym, j’essaie de bouger au cours de ma journée. Je vais voir mes collègues au lieu de leur envoyer un Skype ou de les appeler. Je marche jusqu’au travail, et je prends des marches tranquilles le soir et la fin de semaine. Je vais encore au gym trois fois par semaine, mais c’est surtout pour faire ce que j’adore y faire – sans contredit de la muscu! Je remarque un certain relâchement (comme à chaque hiver) depuis quelques semaines. C’était facile de sortir et de bouger quand j’étais seule dans mon deux et demi, mais depuis que je suis souvent au condo de mon chum, avec son divan confortable et sa télévision… c’est plus facile d’être lâche, mettons.

Donc, je remets le cap sur le mouvement. Parce que ça me fait me sentir bien. Parce que je me prouve à moi-même que je ne suis pas peureuse. Ce n’est pas tout le monde qui est game d’aller prendre une marche à moins vingt-cinq, mais j’aime bien le froid revigorant, quand je suis bien habillée. Et puis la tasse de thé que je sirote après coup est nécessairement meilleure. Yum.

Troisième but: développer mon bien-être mental

On met souvent l’emphase sur le bien-être physique. Être en forme, perdre du poids, mieux manger. Qu’en est-il de notre bien-être mental?

Ça fait longtemps que je me dis que je devrais faire ci et ça, mais je ne le fais jamais. Pourquoi? Multiples raisons: la peur, la paresse… même si on me considère plutôt fonceuse et effrontée dans mes agissements (déménager en Saskatchewan, genre), quand il est question du mental, mes yeux s’agrandissent d’effroi et je recule en secouant la tête, terrifiée.

Même lire ce livre sur les états limite a été difficile. Le commencer, surtout. Parce que je ne savais pas trop ce que j’allais y découvrir. Après mon diagnostic, en 2007, je n’ai pas eu de suivi approprié. J’ai vu un pédo-psychiâtre quelques fois, mais juste pour les urgences. On m’a casé avec une travailleuse sociale qui ne savait pas trop quoi faire de moi (et j’étais aussi désemparée qu’elle), puis plus rien. Depuis ce temps, c’est le néant.

Je n’ai pas envie de me définir par ma maladie, ni d’en faire le point de mire de ma vie. C’est peut-être pourquoi j’ai peur d’en parler et de m’informer sur le sujet. Et si je devenais obsédée? Et si j’excusais tous mes agissements en me disant « c’est correct, c’est ta maladie »? Pourtant j’ai cette volonté de m’améliorer, d’aller mieux, voire de guérir. De changer. Je déteste mes crises, je déteste ce volet qui se ferme dans mon cerveau et qui m’empêche d’être raisonnable. Je déteste être comme ça et donner cette image d’être… well, folle.

Je n’ai pas les fonds pour consulter un psy, malheureusement, et l’état ne va pas m’en fournir un, ne jugeant pas mon état suffisamment urgent. Alors je vais lire. C’est ce que je fais de mieux, ça, lire. Et j’ai les capacités mentales pour assimiler ce que je lis et l’appliquer à ma situation. Depuis quelques années, les ouvrages sur le trouble de personnalité limite foisonnent. Je devrais pouvoir trouver quelque chose de potable.

Outre ma maladie, je veux aussi approfondir ma pratique de la méditation. Qui, depuis cet été, a à peu près disparu. C’est une des habitudes que je veux reprendre, et rapidement. Même si c’est juste dix minutes le matin, ça me faisait un bien fou. Comme mon gym trois fois par semaine, et mon yoga tous les soirs. Ce n’est pas ça qui va bourrer mon horaire, mais les bénéfices sont immenses. Un réel investissement temporel.

Okay, mais… ça sonne pas mal comme des résolutions, ça.

C’est vrai. Je te l’accorde.

Selon le Larousse, une résolution est l' »acte par lequel, après réflexion, on décide volontairement d’accomplir quelque chose » et un but, une « préoccupation, objectif majeurs qui guident les actions de quelqu’un ; idéal, objectif ». Dans mon cas, je crois que le mot « but » s’applique davantage. De toute manière, rendue où j’en suis, la définition importe peu; et que je prenne ces décisions maintenant, ou dans six mois, ou que je les aie prises l’automne passé, la seule différence est temporelle. Le reste n’est qu’action et résultats. Ou absence de.

Avez-vous pris des résolutions pour la nouvelle année? Avez-vous des buts? Quelle est votre opinion sur le sujet? Je suis curieuse.

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D’où l’importance d’arrêter de consommer

Quelle est la pire partie, le pire côté, le pire aftereffect d’une soirée (trop) alcoolisée?

Je vous le donne en cinq. Le mal de crâne? La perte d’une journée entière passée à s’en remettre? Les nausées? Les blancs de mémoire?

Non. Le pire, c’est la honte.

Maudite honte sale. Honte de ce qu’on a fait. Honte de ce qu’on a oublié. Honte de ce qu’on a dit, crié et pleuré. Honte d’avoir à se faire raconter parce qu’on ne se souvient pas, ou qu’on ne veut pas se souvenir. Honte de la réalité, honte de nos défauts, honte de nos manques de savoir-vivre, de tolérance, d’intelligence, de sagesse, de retenue.

J’ai un gros problème de consommation et j’ai honte.

Ce n’est pas de l’alcoolisme classique. Même pas de l’alcoolisme tout court, pas selon les définitions. Parce que ça pourrait être n’importe quelle autre substance – l’alcool est juste plus disponible, reconnu, facile. Gratuit.

Parfois je bois et je m’arrête après un ou deux verres. Souvent je bois et je ne m’arrête jamais. Jamais à temps, jamais tout court. J’ignore mes limites; je suis invincible. Jusqu’au point de cassure. Je suis un funambule sur un fil trop mince. Un fil de nylon effiloché. Et je tombe à chaque fois. Je l’échappe. Je me perds.

Vendredi dernier, 5 à 7 spécial de Noël avec mes collègues. L’alcool coule à flot. Trois coupons de consommation par personne, mais, en pratique, si on demande, on nous en donne plus, il n’y a pas vraiment de limite. (Comme moi.) Une, deux pintes, un shot, deux autres pintes, un shot (de qui?), une dernière pinte et BAM Joannie s’en va en furie (tornado style, mon grand classique) parce que Joannie pleure, Joannie rage, Joannie fait une crise de jalousie, Joannie court dans la rue, à moins trente degrés avec son manteau dans les bras, s’enferme chez elle et ne pense plus qu’à une chose – comme d’habitude – mourir.

J’ai eu tellement honte. J’ai encore honte. C’est comme une couche de vase sur mon coeur flétri. J’ai terrifié des gens. J’ai passé la fin de semaine à recoller les pots cassés, recassés, explosés, j’ai perdu plein de morceaux, je me suis excusé, encore et encore et toujours, une longue plainte sans fin, une lamentation pathétique.

Pour toujours recommencer.

2016, je te quitte. J’en ai fini avec toi. J’arrête de boire jusqu’en 2017 et je me repose. J’arrête de pédaler. Je n’arrive nulle part. Je me couche sur le côté de la route et je dors. La neige est douce, isolante comme une couverture polaire. Je suis écoeurée d’être fatiguée, de pleurer, de m’excuser, d’oublier, d’abuser. Écoeurée de ma réputation, des blagues plates, des excuses remises en question. De mes agissements. De mes pensées. De ma Bête Noire. Pour les deux semaines restantes de l’année je veux juste la Sainte Foutue Paix. Mais c’est surtout à moi-même de me la donner.

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Je vieillis

Ce matin j’ai remarqué que j’avais des rides dans le front.

Genre, ma peau n’est plus lisse. Genre, quand je hausse les sourcils, ça laisse une trace qui s’estompe lentement. Lentement. Comme le temps qui passe, immuable, éphémère.

J’ai un nid de cheveux blancs dans la tête. Ils viennent tous du même spot, exactement sur le sommet de mon crâne, sur la partie la plus haute. Quand je les trouve, ils sont courts, nouveaux, blancs comme neige, brillants. Je les arrache sans même me poser de questions. Je pourrais les laisser là. Ils paraissent à peine. Et même si ils paraissaient, je sais que je suis sensée m’en foutre. Mais je les arrache. Maintenant, je les cherche. Avant, il y a un an, quand j’ai commencé à en avoir, je les trouvais par hasard, en me coiffant. Là, non. Depuis quelques semaines, je me surprend à les chercher, à les traquer, à les arracher avec violence, à les observer sous la lumière pendant que mon cerveau hurle: d’où tu viens, toi?! C’est quoi, ça?! MERDE!

Dans un mois je vais avoir vingt-sept ans.

Tout est relatif. Vingt-sept ans, c’est jeunes pour plusieurs, vieux pour plusieurs. Ou just right. D’une manière ou d’une autre ce n’est qu’un nombre qui ne veut pas dire grand-chose. Mais j’en ressens le poids. Physiquement, oui, mais aussi dans toutes les sphères de ma vie. Le truc, c’est de ne pas se comparer. Mais le problème, avec l’Homme, c’est qu’il passe toute sa foutue vie à se comparer.

Il y a quelques mois, Humans of New York a publié l’histoire suivante:

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Quand je l’ai lue, j’ai fait une grosse crise de panique intérieure. Et, depuis, ça m’est resté dans la tête, parce que j’ai eu l’impression de me lire dans vingt ans. Parce que je suis exactement dans cette phase que la femme décrit – que l’attention que j’attire (en phase initiale d’une nouvelle relation, du moins) est basée sur mon apparence physique, ma jeunesse. Quand j’y réfléchis, ça me donne envie de me cacher, d’aller vieillir sous un rocher pour éviter la douleur que je vais ressentir lorsque les gens ne me regarderont plus, ne m’adresseront plus la parole aussi facilement.

Pourtant je sais que je vaux beaucoup plus que mon enveloppe corporelle. Mais les autres, eux, ne le savent pas.

Chaque cheveu blanc me rappelle que je disparais. Chaque ride me rappelle que le temps est linéaire. Mon corps ne se remet plus aussi facilement de mes niaiseries (entraînements intenses au gym, brosses intenses du vendredi, nuits trop courtes, trop d’écrans, trop de gras, de sucre, de vie). Je suis fatiguée. Et je n’ai rien. J’ai le mode de vie d’une étudiante fauchée, endettée dans mon deux et demi de Saint-Roch, mais je vais avoir vingt-sept ans dans un mois.

Et j’ai des rides.

Donc, pour essayer de rester positive, je place toute mon attention sur mes rides positives, mes rides-soleil, les petites pattes d’oie que j’ai autour des yeux quand je ris, les creux autour de ma bouche formés par mes sourires. Et je me rappelle que je ne suis pas seule; que, par la nature même du temps, nous sommes tous dans le même panier. C’est ce qui fait que nous sommes tous égaux. Notre peau ride, nos cheveux blanchissent, et nous allons tous mourir. Et au lieu de céder au marketing-jeunesse qui essaie de me faire croire que c’est une mauvaise chose, je tente, à contre-courant et de mon mieux, de prendre tous ces signes de vieillesse pour une bénédiction.

Après tout, j’ai commencé la vie en tant que canevas vierge et la vie m’a peint. Elle n’a pas toujours au beaucoup de talent, mais ça s’en vient pas pire, comme on dit. Pas pire pentoute.

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Recap sur l’année qui a essayé de me tuer (encore)

Cimonaque que je suis pas assidue.

Bon, ça aide pas que je n’ai plus d’ordinateur. Juste un petit écran de cellulaire. Je me vois mal écrire des articles en textant. Mon autocorrect me rendrait dingue.

Bref, on est le 29 novembre. Whaaaaaaaaaaaat? Ça fait une semaine que j’essaye de mettre les freins et ça fait une semaine que la carosserie de ma vie grince de partout en hurlant à la mort. Après tout, et malgré les films de science-fiction, le temps est indéniablement linéaire. J’ai vingt-quatre heures dans une journée comme tout le monde, et c’est le 29 novembre pour tout le monde. (Ou, à l’heure qu’il est présentement, pour la moitié de la population.)

Ça, ça veut dire qu’il reste un mois à l’année coupable de plusieurs tentatives de meurtre à mon égard. Time for a useless recap.

Décembre, mois du stress, mois des fatigants, mois de la charité. Mois de la neige et du jonglage d’horaire à rendre dingue, mois des chicanes, mois des malentendus, mois du Grand Bye-Bye. Mois des adieux.

J’ai commencé 2016 en couple. En fait, mon ex et moi avions débuté notre relation officielle le 31 décembre 2015. Je me suis réveillée dans la maison de ses parents le 1er janvier, à Estevan, Saskatchewan, la tête pleine de projets (entre autres, mon Projet 366 – vous vous en rappelez? On dirait que ça fait mille ans). On avait passé la journée dehors. On s’est aimé.

2016 était pourtant tellement pleine de promesses. Amour, carrière, passions, vie. Tout se plaçait. J’étais bien (en surface), fière (et triste), en contrôle (et pleine d’illusions). Bref, j’étais toujours aussi aveugle, je tâtonnais, mais dans le fond, dans la situation où j’étais, j’avais atteint un sommet et, pour une foutue fois dans ma vie, je ne regardais pas en arrière, mais vers l’avant.

Le printemps est arrivé et les chicanes ont commencé, l’été est arrivé avec son lot de ruptures (avec mon ex, mon emploi, la Saskatchewan, mes projets et mes rêves), de déménagements (à Estevan, à Baie-Comeau, à Québec), de déceptions et l’Horrible Monstre Noir qui se tapit toujours dans l’ombre, à me surveiller, à chercher une brèche ou une faille – Dépression, mon nemesis, ma pas douce pentoute moitié. 2016 a vu le retour en force de cette maladie avec laquelle je vais être prise pour toujours et à jamais, ce Mal qu’on va enterrer avec moi et que je ne souhaiterais à rien ni personne.

2016 était pourtant tellement pleine de promesses. Mais 2016 s’est fait Homme et a pris le soin – quelle délicate – de me crisser des coups de pelle dans face chaque fois que j’essayais de me relever. Mes bleus guérissent mais ça fait mal à l’âme en Saint-Sivouplaimadame. Le 1er janvier 2016, je voulais habiter la Saskatchewan, devenir fermière, vivre d’amour et de moisson, apprendre à conduire un tracteur. Je finissais doucement de payer mes dettes, je me sentais heureuse et, surtout, en paix. Je savais où je m’en allais.

Mais, bon. C’est la vie, et il faut apprendre à relativiser. Je suis en santé, j’ai un toit, une santé assez bonne, de la bouffe et mon adorable chat – que demander de plus? Pourtant j’ai hâte que l’année se termine. C’est allé si vite et pourtant si lentement. Ce n’est qu’un chiffre, ce n’est qu’un concept, un calendrier inventé et imposé – mais je place tout de même 2017 sur un piédestal. De toute manière, qu’est-ce qui pourrait arriver de pire? (Note à moi-même: en fait, on ne devrait jamais dire ça, parce qu’il y a quatorze million de possibilités que quelque chose de pire arrive en 2017.)

Il neige et je me relève, il vente et je ne pleure plus. Je ne ravale même plus de larmes. Je suis redevenue Joannie. Ce n’est pas exagérer de dire que 2016 était poche en criss. Genre, juste vraiment, vraiment plate. Plus on monte haut, plus ça fait mal de redescendre, surtout quand on le fait en tombant et qu’on s’écrase mille étages plus bas. Pour vrai, 2016 a failli avoir ma peau. Mais, en novembre, j’ai retourné les coups de pelle, et je n’ai pas juste utilisé le plat. Fait que, 2016, voici mon message: va chier. Meurs. Éteins-toi. Arrête. Juste… arrête.

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Montagnes russes

Holà. Ça fait un bail.

Trêve d’expressions poches, je sors à nouveau d’enfer. Oui, ma vie est une montagne russe, une suite éternelle de plongées brusques à travers les neuf cercles infernaux, les bras dans les airs, à hurler de peur, à me faire compresser par les forces g. Descente après descente après descente. Samedi matin j’ai tiré le frein d’urgence, j’ai sorti l’extincteur et j’ai arrosé les flammes tout en continuant de hurler. J’ai éteint les feux et j’ai eu froid.

J’ai passé la fin de semaine à me refroidir. Mais aussi à me réchauffer. C’est difficile à expliquer.

Tout ça pour dire que j’ai hâte que 2016 finisse. J’ai hâte de voir un médecin. J’ai hâte de me guérir la tête. Mais la RAMQ me résiste et j’en suis réduite à attendre une carte qui n’arrive pas, merci Postes Canada, carte magique qui va me donner le droit de me soigner sans loader la Visa. Ça coûte cher, un médecin. Je suis en entre-deux, à l’étape finale de mon retour des Grandes Plaines Plates, ni là-bas ni ici, à essayer de prouver à coups de documents officiels que, oui, j’habite au Québec, depuis le mois d’août, saint-cimonaque de câlice.

Bref, je suis redevenue dépressive. Ou l’ai-je toujours été? Je ne sais pas. J’ai vécu vraiment pire sans retomber dans ces états d’âme de trou noir, alors je ne sais pas. Il n’y a rien ni personne à blâmer, au fond. Juste mon cerveau déficient.

J’ai oublié de vivre en moi-même et je suis retournée à mes vieilles habitudes: vivre à travers tout le reste. Boire jusqu’à m’oublier, fumer jusqu’à m’oublier, séduire jusqu’à m’oublier, et recommencer le cycle avec de brefs arrêts pour pleurer, en me demandant qui gagnerait – la vie, ou moi? Je ne suis pas éternelle, j’aurai bientôt vingt-sept ans d’âge, on le sait, l’Âge Maudit. C’était presque une excuse pour attendre, et me donner un an pour enfin crever. 2017, Année de la Mort.

Mais je suis là et je renais comme c’est mon habitude. Je fais du ménage. Je retourne à moi-même, à ma solitude, je m’en drape comme d’un manteau. Je redécouvre mes buts, mes ambitions, mes envies. Ma patience, brûlée par les feux de l’enfer depuis quelques mois, calcinée, ma patience de cendres. Mon courage. Ma rage.

On a toujours le choix. Je n’ai pas demandé à vivre, mais je ne demanderai pas encore à mourir. Je choisis (consciemment, avec difficulté, à contre-courant) de voir la vie comme un million de dollars, pas comme un tas de merde. Ça va à l’encontre de mes réflexes pour le moment, mais ça va revenir. Après tout, j’ai déjà été heureuse, pendant de longs mois, je baignais dans le doux bonheur serein de ma nouvelle sagesse. Puis les coups de pelle ont suivi et j’ai décidé de pleurer au lieu de me relever.

Il n’y a rien ni personne à blâmer, juste mon cerveau déficient. Je ne suis pas un échec, seulement malade. Je ne suis pas folle, juste malade. Je ne suis pas perdue. Je suis malade.

Allez, Postes Canada, il me manque juste un bout de plastique pour me faire soigner. Je vous attend, facteur, enveloppe, carte soleil. J’attend le soleil. En attendant, je mets l’emphase sur la moindre petite parcelle de bonheur que je peux arracher à la vie. Une tasse de café. Mon chat obèse. Une présence agréable.

Post-Scriptum: je n’ai besoin ni de pitié, ni de soutien, ni d’en parler. Gracias Amigos!

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Ma meilleure vie est simple

Mon dernier petit bout de vie en Saskatchewan m’a un peu bousillé les intentions. Depuis juin 2015 j’avais commencé à réorienter (sérieusement) ma vie vers la simplicité. Même avant, j’avais dû downsizer parce que j’avais pris un deux et demi à Limoilou à la sauvette, où le tiers de mon stock ne rentrait pas. Puis, quand je suis déménagée de 3500 kilomètres en février 2015, tout devait rentrer dans ma Honda Fit avec pour seul extra un gros sac de transport sur le toit de l’auto (qui l’a parfaitement déformé; si c’était à refaire, je dirais tant pis à ce que j’avais mis dans ce sac-là). C’était purge après purge.

Récemment je regardais les photos de mes vieux appartements, à Baie-Comeau où, quand j’étais déménagée avec mon chum de l’époque, j’avais viré un peu dingue d’avoir enfin un appartement, une place à moi à mettre à mon goût et on s’était mis dans les frais. À bien y repenser, c’est là que mes dettes grimpantes ont commencé. On a rempli nos cartes de crédit avec un matelas de chez Sears, de la décoration inutile, des nouveaux appareils et de la peinture. Sur les photos, l’appartement est surchargé, il m’étourdit, il y a tellement de stock dedans que c’en est ridicule, du moins à mes yeux.

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À Québec, ça ne s’est pas amélioré quand j’ai hérité de la grande chambre du quatre et demi que je partageais avec ma sœur. Même avec toute ma merde dedans, elle me semblant vide; je l’ai donc remplie.

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En Saskatchewan, j’avais réussi à garder mes dépenses peu élevées, à purger ma garde-robe, à revoir mes valeurs. Quand j’ai laissé mon (troisième) ex il y a un an et que je suis partie vivre dans un trois et demi, mes collègues m’ont donné des meubles et de la vaisselle et, en achetant les quelques petites choses qui me manquaient (dans une friperie et chez Dollarama) j’ai dépensé peut-être cent dollars. J’étais bien, et j’étais capable de mettre pas mal d’argent à repayer mes dettes tout en me faisant plaisir de la façon dont j’avais choisi – en achetant des expériences, pas des objets. Par exemple, une bouffe au restaurant, un voyage, une sortie.

Mon ex (le dernier – oui, ça s’en vient mêlant) vient d’une famille un peu matérialiste, comme beaucoup de familles. Un des passe-temps de sa mère est la décoration intérieure. Elle y dédie beaucoup de temps. Et sa maison est très jolie, ce n’est pas sans résultat. Mais il s’adonne qu’elle avait un peu transmis cette valeur à son fils, et que son fils, qui était à peu près l’entièreté de ma vie sociale en Saskatchewan, avait, sans malice ni volonté, imposé cette valeur à notre appartement, celui que nous avons partagé un mois.

Ce mois-là inclut une fin de semaine à Winnipeg passée à magasiner. Tsé, l’affaire que je n’aime vraiment pas faire. Sauf que là, je n’ai pas dépensé une cent (ou presque) – c’était lui qui payait, il avait mis de l’argent de côté exprès pour ça. Je me suis retrouvée plongée dans mes anciennes habitudes en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Magasins de décoration et de meubles s’enchaînaient, il ne me mettait aucune barrière, si je voulais ci ou ça, je l’obtenais, c’était aussi simple que ça. J’en suis devenue toute étourdie. On a rempli son camion chez Ikea, HomeSense, Jysk, Urban Barn, et j’en passe. Une véritable frénésie, plus de deux mille dollars dépensés en un jour et demi.

Cette fin de semaine folle a été suivie par des semaines de montage de meubles, pose de cadres, complétion de projets. J’avais mille idées, on avait concerté sur la décoration pendant des semaines, je m’étais abonnée à des blogues, on avait tout un chiffrier Excel avec nos idées, nos besoins (supposés ou pas), ce qu’on voulait, ce qu’on n’aimait pas. C’était 2009 all over again, cette fois avec un plus gros budget. Pour y vivre seulement un mois.

Un mois qui a profondément bouleversé tout ce que je bâtissais depuis une année déjà, brique par brique, ma vie simple. Cet argent aurait pu être utilisé pour autre chose, mais il a été dépensé sur le remplissage frénétique et irréfléchi d’un quatre et demi.

Quand je suis partie, en juillet, et que j’ai fini par m’installer, début août, dans mon petit deux et demi de St-Roch, j’avais encore dans la tête ces idées folles de consommation. Je voulais que mon appartement soit beau. Je voulais l’admiration. Je voulais appliquer ce que j’avais appris sur la décoration, je voulais un projet. Il ne me manquait que l’argent.

Heureusement, je n’ai pas refait l’erreur de m’endetter, je me suis dit que je le ferais lentement. Et puis l’idée s’est évanouie au fil des jours. J’avais cette longue liste de projets – je veux bâtir ci, peindre ça, acheter tel ou tel truc pour que ça soit plus beau, pour cacher le paquet de papier de toilette qui traîne par terre (aucune armoire), pour mettre quelque chose au mur au-dessus de mon lit. Puis j’ai arrêté d’y penser. Le gros paquet plastique de PQ est encore à terre en avant de ma toilette et je ne pourrais pas m’en sacrer plus qu’en ce moment. Il ne m’empêche pas de vivre.

La vérité c’est que tout ce que je voulais faire subir à mon appartement, ce n’était pas pour moi, c’était pour les autres. J’avais déjà honte (pourquoi?!) de ne pas pouvoir me payer quelque chose de mieux, de ne pas avoir eu les fonds pour me payer un trois et demi et des meubles. Je voulais donc donner une impression de volonté, que – même si c’est un appartement minuscule – il avait du potentiel – que j’ai du goût – que je sais comment décorer. Etc.

Les achats qu’on fait, la façon dont on consomme, est influencée par ce qu’on veut présenter et comment on veut paraître. J’ai longtemps eu de la difficulté à me départir de ma trop large collection de livres (que je ne lisais jamais) parce que je croyais vraiment vouloir les garder. En vérité, je me disais simplement : j’ai étudié en littérature; je dois avoir beaucoup de livres; ça me donne l’air intellectuelle; c’est beau dans une bibliothèque; etc.

Même chose avec les vêtements. Je n’ai jamais beaucoup suivi la mode, mais j’ai toujours voulu paraître de quelque chose. Ça se reflétait sur ma garde-robe chaque année, tout dépendant du type d’emploi que j’occupais, du chum que j’avais, de mon genre de vie. En revenant, en août, il a été très difficile pour moi de résister à renouveler ma garde-robe, acte inutile et coûteux, sous prétexte que j’en avais besoin. J’ai bien fait, étant donné que je viens de remplir un autre gros sac (encore?!) de vêtements à donner. J’aspire à une garde-robe capsule deux-saisons avec très peu de choses à interchanger dedans (ajouter des shorts pour l’été et des gros gilets chauds pour le reste de l’année, genre).

Je me sens vraiment mieux depuis que ces idées folles sont disparues. Je me retrouve parmi les débris de mon dernier mois en Saskatchewan, mon Mois De Consommation Extrême. J’ai été chanceuse – mon grand-père a meublé presque entièrement mon appartement, ma mère a fourni ma cuisine, je n’ai pas eu grand-chose à acheter et les rideaux étaient inclus dans le loyer, allelujah. À petit appartement, résultats surprenants :

  • J’ai plus de temps libres, parce que je ne magasine plus, je ne passe pas la moitié de mes dimanches à faire du ménage (ça me prend 45 minutes torcher mon deux et demi comme il faut, c’est magique, si je n’avais pas de chat, coupez ce temps en deux), je ne dédie presque plus de temps à l’entretien de mes affaires;
  • Ça me donne envie de sortir et d’explorer, parce que je n’ai plus d’ordinateur, pas de télévision et pas beaucoup d’espace pour me divertir en grand chez nous : j’ai donc découvert avec patience et délice le parc Victoria, la rue St-Joseph, le Vieux-Port, les maisons centenaires, en pierre et en brique, de St-Roch, les musiciens de rue du Vieux-Québec, les terrasses où se presse une foule hétéroclite, si bien représentative de mon quartier, touristes mêlés aux hipsters et aux jeunes branchés qui vivent dans des lofts et passent leurs vendredis soirs au Bureau de Poste à flamber beaucoup plus que cinq dollars pour une assiette de pâtes…;
  • J’ai plus d’argent, donc je paie mes dettes plus rapidement et, après mes dettes, je pourrai me payer, encore une fois, des expériences au lieu des choses;
  • Je me débarrasse de mon auto, ce fardeau financier, à laquelle j’étais beaucoup trop attachée et qui, en un sens, était ma dernière ancre matérielle (après tout, j’étais « la fille avec une Fit turquoise »); donc je marche plus, donc j’utiliserai mon vélo en température clémente, donc je suis plus en forme et je prends le temps de regarder au lieu de voir, de penser au lieu de rager derrière un volant contre les chars plaqués Florida ou Massachussetts qui ne trouvent pas leur hôtel (expérience vécue hier);
  • Je suis plus heureuse, parce que je n’essaie plus d’être autre chose à travers ce que je possède, ce dont j’ai l’air, ou même la décoration de mon appartement. Je vis pour moi-même et non pour les autres.

La seule chose qui me manque, c’est de faire des gros soupers chez moi (ce qui n’est pas arrivé depuis plusieurs années) – je manque de place (et de chaises) – ça viendra peut-être, sinon il y a toujours l’option de faire ça chez ceux qui ont plus d’espace (je cuisine, vous faites la vaisselle)! Ou de se serrer et d’avoir chaud, d’ouvrir une fenêtre en février, de manger sur le lit. M’en fout, m’empêche pas de vivre.

Vivre au centre-ville, à proximité de tout, dans un tout petit appartement avec une douche dans la chambre (détail que je trouvais bizarre mais qui, à ma grande surprise, enchante tout le monde), me fait voir le monde. Au lieu d’être un cocon salubre, fermé et étanche, c’est devenu une place où dormir, me laver, faire à manger, lire tranquillement ou regarder la pluie tomber. J’y écoute de la musique en rêvassant et, quand je suis tannée, je sors, je vais me promener sur St-Joseph, j’échoue sur les Plaines ou bien quelque part sur le boulevard Charest à regarder les passants. Parfois, je m’emplis les oreilles des bruits de la ville, des conversations dérobées, du traffic et des adolescents qui déconnent, d’autres fois c’est mes écouteurs qui guident mes pas. Parfois je marche sous la pluie et je reviens dans mon deux et demi contentée et heureuse. Et je vis. C’est agréable. Et je suis riche.

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Les adieux

Lundi soir j’ai dit adieux à mon ex.

Ça faisait quelques jours que tout allait bien… quand j’étais occupée. Quand mon esprit ne vagabondait pas. Quand j’étais au travail, que je faisais la cuisine, que je prenais une marche en écoutant de la musique ou en parlant avec un ami. Mais après avoir fait mon yoga quotidien, avoir bu ma tasse de thé et lu un peu avant de me coucher, là, ça n’allait plus.

Mon cerveau se mettait en marche, il faisait du zéro à deux cent en quatre secondes. Mais mon cerveau n’est pas une Ferrari, c’est plus… une vieille Kia brisée. (C’est pas un pléonasme, ça, une Kia brisée? Ha, ha.)

La lumière éteinte, mon chat collé sur les jambes, écoutant les conversations de la rue, les éclats de rire, les feux d’artifice, mon esprit ressassait mes échecs des vingt-six dernières années, en insistant particulièrement sur les derniers mois. J’oscillais entre la colère, puis la haine, puis le ressentiment, puis la tristesse, pour enfin revenir à la colère. Je bouillais de rage et je m’apitoyais sur mon sort. Je faisais dont, dont pitié.

Après tout, tout le monde sait que je suis la première personne au monde à vivre une rupture difficile. Égocentrisme, quand tu nous tiens…

Lundi c’était encore le même manège, la même rengaine infernale de tu-n’es-bonne-à-rien-surtout-pas-à-être-aimée. Roulée en boule sous mes couvertures, je mettais toute mon énergie mentale sur le passé, puis sur le futur. Puis j’ai décidé d’y mettre un terme.

Quand mon ex m’a sacrée là, il m’a fait la demande classique : rester amis. « Tu es une personne fantastique et j’aimerais te garder dans ma vie. » Il m’a même avoué un peu plus tard, l’effronté, que son côté égoïste aurait aimé que je reste à Estevan, en Saskatchewan, pour qu’on puisse être amis, qu’il était déçu que je parte. J’ai essayé de le prendre pour un compliment. Et, depuis que j’étais partie, j’avais fait tout mon possible pour garder contact, pour conserver un lien amical.

Je ne croyais pas ça impossible. Certaines personnes ne pensent absolument pas qu’on peut être ami avec son ex, mais moi, j’y crois. La preuve – je l’ai fait. Tout dépend de la relation, de la personne, de ce qui est clair ou pas. Et comme je m’entendais si bien avec lui, comme on avait eu des fous rires et que j’avais des souvenirs incroyables de ce qu’on avait fait ensemble, j’ai essayé.

Je l’ai gardé au courant de ma vie, par messages texte, ici et là. Mais toujours j’étais partagée avec ce côté mesquin qui voulait lui prouver que j’étais mieux sans lui, que ma vie ici était parfaite, que j’étais bien contente d’être revenue. Ce qui n’est pas faux, mais pas non plus nécessaire à prouver, pas à lui ni à personne. Je riais de sa vie de fermier, de ses horaires débiles, de ses nuits blanches passées dans de la machinerie. Et je me fâchais quand il ne me répondait pas, je me revoyais projetée dans notre relation quand il était toujours trop occupé pour passer du temps avec moi, pour répondre à mes messages, pour m’appeler. Mais je tenais bon. Après tout, on devait être amis, non?

… non.

Lundi soir j’ai réalisé que je n’avais absolument pas envie de garder contact avec lui. Qu’il n’entrait pas dans ma catégorie d’ex avec qui on peut encore parler. Que même si on avait passé de bons moments ensemble, même si on s’était amusé, c’était terminé. Que, en fin de compte, il ne correspondait pas au genre de personne avec qui je veux être amie. Que même si je lui pardonnais ce qu’il m’avait fait, je n’avais pas envie de passer par-dessus dans le but de conserver une amitié qui, au final, ne m’apportait absolument rien.

Je lui ai redemandé pourquoi il voulait demeurer amis. Il m’a répété qu’il trouvait que j’étais une personne fantastique et qu’il aurait préféré que je sois son amie proche plutôt que sa blonde, dans le temps. Ça m’a fait réaliser que je prenais seulement son opinion en compte, pas la mienne. Que je m’ignorais. Que j’étais encore sur le mode je-n’ai-pas-d’amis-donc-je-prends-ce-qui-est-disponible que j’ai subi en Saskatchewan. Et que, franchement, être amie avec un fermier pour qui je ne suis pas une priorité, à qui je ne sais pas quoi dire, et que je ne reverrai très probablement jamais, au final, ça ne me tentait vraiment, mais alors là vraiment pas.

Donc je lui ai dit adieux. Et trente seconde plus tard je dormais profondément, du sommeil du juste.

Depuis, je me sens beaucoup plus légère. J’ai retrouvé ma bonne humeur. Je ne sens plus cette pression que je me mettais moi-même d’être « une bonne amie » – de le tenir au courant, d’entretenir nos conversations mourantes, d’étouffer mes émotions en me disant que ça allait passer. Et il est beaucoup plus facile de conserver les bons souvenirs depuis que j’arrête d’en accumuler des mauvais.

C’est quétaine, mais c’est vrai qu’on choisit d’être heureux ou pas. Le bonheur n’est pas extérieur. Il ne vient pas de biens matériels, d’expériences, du chiffre dans mon compte bancaire ou du nombre d’amis que j’ai. Si je laissais tout ça affecter mon bonheur, je serais extrêmement malheureuse. La vérité, c’est que je suis pauvre et endettée, que j’ai très peu d’amis, que je ne possède à peu près rien et que je viens de vivre, après réflexion, le pire été de ma vie. Mais l’autre côté de la médaille, et celui que je choisis de regarder, c’est que je suis sur la bonne voie pour me débarrasser de mes dettes, que les quelques amis que j’ai me sont chers et sont là pour moi, que j’ai un toit et de la nourriture et pas besoin de vraiment plus. J’ai plein de temps libres pour faire ce qui me plaît, prendre des marches dans le parc Victoria, flatter mon chat et jouer avec lui, me faire de bons petits plats et les savourer tout en écoutant le band que je viens de découvrir et qui me fait triper.

J’ai toujours eu un plan. Après avoir battu ma dépression à peu près définitivement vers 2012, je suis toujours retombée rapidement sur mes pieds quand la vie me sacrait ses traditionnels coups de pelle dans face. Le problème, c’est que je mettais mon énergie et mon focus sur les mauvaises choses – le futur, les choses que je croyais vouloir. Je m’affublais de l’étiquette « indépendance » en me disant que j’étais une femme forte, solitaire et bien là-dedans, alors que je m’accrochais à un homme après l’autre, sans me laisser le temps de respirer entre chacun d’eux. Et le petit temps que je prenais pour respirer, je ne l’utilisais pas vraiment pour respirer. En théorie, oui, mais en réalité, au lieu de donner toute mon énergie à un homme, je la donnais à mes amis, remplissant mon calendrier le plus possible avec des sorties, des activités, des plans pour ne jamais être seule.

Parce que être seule me faisait vivre ce que je viens de vivre jusqu’à lundi soir, et au lieu de confronter la situation et de l’éradiquer, j’aimais mieux tout faire pour ne pas la vivre. Je l’ignorais. Je l’enterrais sous un calendrier bien rempli, sous des distractions abrutissantes.

Fait que, lundi soir, je me suis donné la permission d’être triste et déçue, la permission de vouloir ce que je veux, la permission de pleurer. Je me suis donné le droit de ne pas aimer être seule, et le droit de trouver un moyen – efficace et sain, cette fois-là – de changer ma solitude. Je me suis permis de changer, de ne pas être la même personne qu’il y a un an, un mois. Surtout, je me suis dit : écoute-toi. Écoute le vrai toi. Qu’est-ce qu’elle veut?

Les réponses, je suis encore en train de les trouver. J’en ai parlé un peu dans un autre article, mais je m’en rajoute. Je vais en profondeur. Je veux être heureuse. Et je vais créer mon propre bonheur au lieu d’attendre qu’il me tombe sur la tête.

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C’est quoi le timeline d’une peine d’amour?

Est-ce que quelqu’un pourrait m’indiquer quand est-ce que je vais arrêter de ramasser des morceaux de mon propre coeur par terre dans la poussière, à dix heures le soir quand j’essaie de dormir?

J’ai eu quatre chums dans ma vie mais c’est le premier qui me laisse. C’est la première fois que je me fais sacrer là. Câlice que c’est difficile. C’est tough. En tabarnak. Criss que j’roche.

Je me rappelle avec netteté la première peine d’amour de ma soeur, puis celle de mon frère. J’avais fait de mon mieux pour les aider, les soutenir, leur changer les idées, leur aider à passer au travers. Mais je ne pouvais pas comprendre, pas totalement.

Évidemment, après mes trois premières ruptures, en 2012, 2014 et 2015, j’ai vécu un genre de deuil. Ça n’a pas été facile non plus – les émotions, les déménagements, les changements de style de vie, les chamboulements. Mais là, là, installée à Saint-Roch et enfin en train de me retrouver une autre câlice de routine, là, ça pète, ça ne va pas.

Je peux passer des jours, de beaux grands jours à ne pas y penser. Puis un soir je me couche, après avoir lu deux-trois chapitres et bu une tasse de thé, et je pense, et je braille, et je n’arrête pas de souffrir le martyr en vain, je ne vois pas le bout, je fais juste me noyer. Je me sens déchirée entre l’amour et la haine, j’ai envie de frapper et de hurler, de crier que c’est injuste. Je me sens égoïste et un peu brisée, cassée comme un vase fragile qu’on jette aux poubelles parce que fuck la colle. Je n’ai pas de Krazy Glu. Je n’ai rien.

Je chiâle, je me lamente, je suis un lamentin. Je suis une baleine échouée qui n’en revient pas d’être échouée. Certains matins je me réveille avec l’impression que la vie me sacre constamment des coups de pelle dans face, jour après jour, et que le bleu ne guérira jamais, que le bleu est rendu… un cancer, un gros monstre noir qui me ronge de l’intérieur et qui fait semblant de ne pas exister, qui me fait accroire qu’il est faux, que je l’ai inventé.

Je suis lâche, je veux fuir. Je ne suis pas une battante. Je ne suis pas courageuse. Je suis juste triste. Je suis en peine d’amour. Je ne mange plus, puis je mange trop, je mange n’importe quoi, j’essaie d’étouffer le monstre, de lui faire faire une crise cardiaque ou de l’affamer. Je ne suis pas une guerrière. Je suis une petite motte humaine roulée en boule sur le plancher. Je voudrais que le temps s’arrête. Ou qu’il avance beaucoup plus vite.

Je voudrais être guérie, réparée. Je voudrais croire à nouveau. Je voudrais que tout ça ne soit jamais arrivé. Fuck la croissance personnelle. Fuck les expériences de vie. Fuck grandir. Je veux avoir quatre ans et ne pas subir le rejet. Je veux qu’on m’aime assez. Assez pour me garder. Assez pour arrêter de fuir, de déménager, de recommencer. Je voudrais que cette câlice de rupture ait un sens. Je voudrais comprendre. Mais je ne comprends pas. Alors je pleure et je ne dors pas parce que les coups de pelle me font trop mal à face.

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