L’exclusion des femmes

J’ai eu une conversation (argumentation) déroutante avec un membre (masculin) de ma famille récemment. Il concernait le code vestimentaire de l’école secondaire.

Quand j’ai commencé mon secondaire en 2002, il n’y en avait pas en place. Je pense que c’est un an ou deux plus tard qu’il fut instauré. Et j’étais souvent la cible des surveillantes qui me demandaient de zipper mon chandail à capuchon pour cacher ma généreuse craque de seins parce que c’était contre le règlement.

Vendredi dernier, je ne me rappelle pas comment c’est venu sur le sujet, mais c’est arrivé et je me suis plains, parce que j’ai toujours trouvé les codes vestimentaires 1- injustes, 2- réducteurs, 3- sexistes. Ça n’a pas passé au conseil. Et l’argument final de mon adversaire a été ceci:

Les femmes doivent s’adapter à la société ou bien la quitter.

Donc, moi, élève de seize ans persécutée parce que j’avais des grosses boules, je devais m’adapter à ce que la société avait décidé pour moi ou m’en aller (où? Comment? J’ai seize ans!).

Appliquons ce principe dans la vie en général. Une femme fille indienne mariée à un étranger à onze ans devra donc s’adapter aux principes de sa société (le mariage infantile) ou s’en aller (du haut de ses jambes de onze ans) dans une autre société de son choix qui, je présume, ne la forcera pas à se marier avec un étranger de quatre fois son âge.

Une femme qui (espérons-le!) n’est pas d’accord avec le principe des meurtres d’honneur n’a qu’à quitter cette société, pour une qui n’accepte pas les meurtres d’honneur. (Au risque d’être victime du meurtre d’honneur dans le processus.) (Ça n’a pourtant pas sauvé les femmes Shafia.)

J’exagère. Je compare un code vestimentaire à des cas beaucoup plus graves. Je sais. Mais où tracer la ligne? Qu’est-ce qui est acceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas?

La réponse facile serait qu’on devrait accepter ce qui ne brime pas les droits et libertés des personnes, incluant les femmes. Pourtant, m’imposer un code vestimentaire, parce que la société a décidé qu’une craque de seins de plus qu’un tiers de pouce est inacceptable, n’est-ce pas brimer ma liberté? Est-ce que ça ne constitue pas du profilage? Pourquoi mes camarades Bonnets B n’avaient pas à subir ce que nous Bonnets DD subissions? Est-ce qu’une épaule ou un demi-pouce de peau visible entre les pantalons et le chandail va… heu… c’est quoi au juste, le pourquoi des codes vestimentaires? Je ne l’ai jamais vraiment su.

Ah oui, c’est vrai – parce que la société est de même.

J’ai essayé de trouver une copie du code vestimentaire de mon école secondaire en ligne, malheureusement non disponible. De mémoire, le seul règlement concernant les hommes était qu’ils ne pouvaient pas porter de vêtements avec des messages haineux, sexuels ou violents, que ce soit en texte ou en image. Pour les filles… il y avait des mesures à respecter, genre en centimètres et/ou en pouces, des parties du corps qui étaient jugées acceptables ou pas, des longueurs de jupe, des largeurss. Je suis étonnée qu’ils n’exigeaient pas qu’on se rase les aisselles. Du poil féminin, j’imagine que c’est aussi distrayant qu’une craque de cul.

Est-ce que je prône l’anarchie? Non. Un certain savoir-vivre est toujours nécessaire en société. C’est ce qu’on appelle la civilisation. Mais l’éradication des libertés d’une jeune femme de seize ans qui ne veut pas porter des cols roulés à l’année longue (ou subir une réduction mammaire), c’est

1- Injuste,

2- Réducteur,

3- Sexiste.

CQFD.

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