Internet c’est pas vrai

L’article qui m’a inspirée. (en anglais, sorry)

Je suis abonnée à quelques blogues que j’aime bien et un de ces blogues partage dix liens hebdomadaires de choses à regarder ou à lire. L’article ci-haut en est un.

Résumé pour ceux qui ne veulent pas le lire ou qui ne parlent pas anglais: l’auteur est une artiste qui partage ses trucs sur Instagram. Elle réfléchit sur ce que l’on choisit de mettre sur internet, c’est-à-dire le côté toujours « parfait » de notre vie et, si ce n’est pas parfait, au moins quelque chose doit l’être. En gros. Je suis poche en résumés.

Bref, ma première réaction, ça été « ben voyons, elle viens-tu d’allumer que le monde mette juste les petits morceaux soi-disant parfaits de leur vie sur les médias sociaux? Tout le monde sait ça… » Puis j’ai réfléchi et, non, en fait, tout le monde ne le sait pas. Pas explicitement, en tous cas. Les esprits jeunes sont facilement impressionnables – dites-le à toutes les filles de treize-quatorze ans qui sont obsédées par leur compte Instagram. Dites-le à Essena O’Neill. Dites-le à moi qui à vingt-trois ans a fermé son compte Facebook parce qu’il me rendait littéralement dépressive.

Dans le fond, dans un coin de notre cervelle, on le sait bien que tout ce qui est partagé sur Facebook (je vais parler Facebook à partir de maintenant parce que c’est le seul compte de média social que j’ai) est méticuleusement choisi. Que le selfie que je mets en photo de profil a été choisi parmi quarante-quatre selfies triés que j’ai gaspillé une heure de ma vie à prendre. Que je n’ai partagé que très peu de photos de Cuba parce que, même si là-bas je me sentais super bien et que je n’avais aucune gêne à être en bikini en public, presque chaque photo de moi montrait un aspect que je n’aimais pas. Que les photos que je prends quand je fais de la raquette ne montrent pas mon nez qui coule et les gros spots de sueur en dessous de mes bras.

On le sait bien que la vraie vie, ce n’est pas comme la vie Facebook. C’est facile de savoir ça parce que chacun de nous trie et choisit ce qui va apparaître sur son profil. Mais, quand arrive le temps de voir les profils des autres, c’est comme si cette connaissance prenait le bord.

Quand j’ai supprimé Facebook en 2013, je me comparais tout le temps à tout le monde, je ne me trouvais jamais « assez ». Je n’avais pas assez d’argent, je n’étais pas assez belle, je n’étais pas assez loin dans ma vie. Tous mes amis voyageaient super loin et ils avaient des magnifiques photo panoramas en randonnée sur une montagne ou dans un désert ou dans la jungle ou avec des locals. Ou bien ils se mariaient et ils avaient des enfants. Ou bien ils cuisinaient des plats parfaits. Ils achetaient une nouvelle voiture et une nouvelle maison. Ils s’entraînaient et avaient un physique extraordinaire. Tout le monde avait tout et moi je n’avais rien. Pas de plan, pas d’argent, pas de maison, pas d’enfants, pas de projets, pas de talent. Par contre, j’avais en masse de dettes, en masse de honte, en masse de jalousie et de tristesse de me voir si jalouse pour des choses aussi ridicules.

Pour le fun, j’ai ouvert mon profil Facebook et j’ai regardé ce que j’ai partagé dessus. Je vous explique ici l’envers de toute la soi-disant perfection de mes photos de profil si méticuleusement choisies.

Yoga sur la plage à Hawaii: cette photo a été prise le dernier jour de mon voyage de deux semaines à Hawaii en juillet 2014. J’étais avec mon ex et sa famille. À la fin, personne ne s’endurait plus. D’ailleurs c’est la seule fois que j’ai fait du yoga de tout le voyage pendant lequel j’ai pris cinq livres. Et j’ai fait du yoga en sachant que la soeur de mon ex me prenait en photo et que ça ferait une belle photo. J’ai choisi la pose de l’arbre parce que ça allonge le corps et ça faisait disparaître mes bourrelets. J’ai gardé mon pareo rose pour cacher mes grosses fesses.

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Ma face en gros plan: premier photoshoot avec ma soeur. Ça a duré des heures, j’étais en sueur, je puais et on était vraiment fatiguées. D’ailleurs je me trouvais grosse sur la plupart des photos où on me voyait le ventre et c’est pour ça que j’ai choisi un plan visage pour photo de profil.

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Dans la mer cubaine: genre, la seule photo de moi en bikini que ça ne me dérange pas de montrer. Lire Hawaii plus haut – les bras remontés, j’ai l’air plus mince, etc. Les autres photos, ma famille et mes amis proches les ont vues, mais ça va en rester là.

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Je ne tiens pas à dire ici que je ne m’aime pas et que je me trouve laide. Loin de là. Mais juste à montrer que (et je suis persuadée que c’est valide pour 100% des profils Facebook, comptes Instagram et cie) ce qu’on voit sur internet, ce n’est pas la vraie vie. C’est genre 0.0001% de la vraie vie, c’est la petite portion qu’on juge parfaite.

D’ailleurs, pour mon Projet 366, je n’édite jamais mes photos. C’est pourquoi elles sont parfoit floues ou sombres. Mais le but du Projet, c’était de montrer ma vie quotidienne et pas la soi-disant perfection de ma vie. Même si je choisis quand même le meilleur selfie. À réfléchir.

 

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