Altruisme hypocrite

En tant que bouddhiste (et pas obligée d’être bouddhiste pour ça, évidemment), l’altruisme fait partie intégrante de ma vie. C’est l’une de mes principales valeurs et je m’efforce de l’appliquer dans tous mes gestes, toutes mes paroles. J’y médite, j’y réfléchis et j’en discute. Je m’intéresse particulièrement à la psychologie de l’altruisme.

Pendant longtemps, j’ai cru que j’étais une altruiste hypocrite parce que, quand je faisais du bien aux autres, j’en ressentais moi-même. Non pas que je voulais nécessairement souffrir pour que les autres ne souffrent pas, mais parce qu’il me semblait que pour qu’un acte soit véritablement altruiste, ses effets ne devaient être positifs que pour autrui. Tout au plus je devais demeurer neutre dans mes sentiments.

J’ai lu un nouvel article de Matthieu Ricard ce matin dans lequel il explique que ce que je ressentais est normal, commun, mais erronné; que de ressentir du bien-être après un acte altruiste était positif, voire souhaitable.

Dans le fond, comme on dit quand on reçoit un cadeau poche, c’est l’intention qui compte.

Si je nourris des sans-abris parce que je veux que mon nom circule sur les réseaux sociaux, le résultat peut être sympathique, mais l’acte en tant que tel n’est pas vraiment altruiste. Devrait-on alors s’empêcher de nourrir des sans-abris?

Je n’ai pas tendance à partager à grande échelle mes actions qu’on pourrait dire « de charité ». Je les partage seulement quand le bénéficiaire me tient à coeur; et jamais à grand public, mais plutôt à mes amis et à ma famille. Pas pour augmenter ma quote sociale, mais plutôt pour donner de la visibilité à un organisme que je trouve intéressant. Même écrire ça, ça me fait bizarre, parce que je m’affiche publiquement comme étant quelqu’un qui donne.

Pourtant, je ne me considère pas comme étant très généreuse. Monétairement, je ne contribue que très rarement à quoi que ce soit; je ne fais aucun don récurrent, et je donne quand je suis sollicitée et que la cause me paraît juste (récemment, à Back on my Feet, Humans of New York et Ô Village). Matériellement, je fais régulièrement des purges à la maison (mon petit côté minimaliste fatigant) et je préfère donner que vendre (récemment, à la bouquinerie de Limoilou, aux Anges du Bal, à la Friperie de St-Roch et à Vide ta Sacoche). C’est surtout du temps que je donne, parce que je n’ai pas de vie (récemment, à l’Espace Éphémère de la Marina St-Roch et à la Foire Écosphère).

Dans le passé, parce que je me sentais bien quand je faisais du bien, je me suis empêchée d’agir. Quelque chose clochait. Et c’est vrai qu’il y a plusieurs années, je faisais tout pour les mauvaises raisons. J’avais absolument envie de me faire raser la tête pour le cancer parce que je voulais être sur la première page du journal. Oui, l’argent pour la recherche sur le cancer, c’était cool, mais ce n’était pas mon but principal. Heureusement?, je ne suis jamais arrivée à bon port. La vérité c’est que de faire tous ces efforts pour amasser des fonds ne me tentait pas du tout. J’imagine que ma motivation super égoïste a eu raison de mes moyens.

Alors, collectivement, qu’est-ce qui nous empêche d’agir? La paresse, le manque de ressources, l’aveuglement social, le nihilisme? Le Ice Bucket Challenge était sensé amasser des fonds pour la sclérose latérale amyotrophique, mais les gens se sont mis à se faire des Ice Bucket Challenge sans amasser d’argent. Même chose pour les barbes de novembre, les « donner au suivant » filmés et partagés sur Facebook… est-ce qu’on a absolument besoin d’une récompense, d’une carotte au bout du fil pour faire acte d’altruisme? Ou est-ce que j’ai cette impression parce que les véritables altruistes ne disent rien?

Gagnerait-on à ce qu’ils s’expriment, à ce qu’ils partagent leurs actions, ou est-ce qu’on tomberait forcément dans le même cercle de visibilité sociale?

C’est difficile de trouver l’équilibre entre « je veux inspirer les gens à faire le bien » et « je lance un discours moralisateur qui me place au-dessus du commun des mortels », comme j’ai l’impression de le faire dans cet article. Est-ce que je me vante? Est-ce que je pousse mon altruisme dans le fond de la gorge des gens? Est-ce que je n’aurais pas dû nommer mes dons récents, est-ce que j’ai l’air de m’acheter le chemin du paradis?

Bref, j’essaie juste de démarrer une discussion.

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