Exercices d’écriture 1

Un de mes focus pour 2019 était de créer davantage et l’écriture est une de mes formes préférées. Mais… chaque fois que je m’asseyais pour écrire, rien ne venait. Aucune idée, aucune inspiration. Je n’était pas capable de simplement commencer. Une seule phrase. Même pas un mot.

J’ai fait quelques recherches sur internet et j’ai trouvé une liste de 365 thèmes très variés. Depuis, j’écris chaque matin de courts textes. Je vais les publier ici à coup de cinq. Ils ne sont pas vraiment révisés, je ne me suis pas relue, sinon, j’arrête d’écrire (les joies du perfectionnisme).


Le monde dort. Je suis le seul être humain éveillé.

La neige croustille sous mes grosses bottes; le bruit m’agace, gâte tout. Surtout, ne rien réveiller. Que la lune guide mes pas. Seule au monde, pas un souffle de vent, pas un son. Le bord du lac, les traces de notre passage cicatrisent sa surface. L’Homme brise toujours tout.

Les étoiles scintillent violemment, avec rage. Dans ces montagnes, l’air est plus que pur; le respirer fait toujours mal pendant les premières minutes. Surtout la nuit, quand le froid glace la gorge, pétrifie les poils de mon nez et enveloppe doucement chaque cil d’une fine engelure, mascara d’hiver.

Pas un souffle, pas un son. Il n’y a que moi et le monde. Ici, je suis tout, je ne suis rien. Je pourrais disparaître à l’instant que rien ne changerait dans cette nature patiente, insensible et bornée. Ce lac n’a pas besoin de moi. Cette montagne non plus. Mais j’ai affreusement besoin d’eux.


Je t’avais pourtant tout promis, tout donné, y compris moi-même, mon passé, mon présent et mon futur, j’étais à toi et tu as dit, simplement: non.

En regardant mon coeur battre au creux de tes paumes tu m’as dit: non.

Au détour d’un voyage et comme une tâche devenue urgente tu m’as dit: non.

Je suis pourtant persuasive, je possédais chaque argument, chaque détail, chaque oui comme une fée qui passait mes lèvres et n’ai-je pas piétiné mon amour-propre pour regarder dans tes yeux et t’entendre dire je t’aime? N’ai-je pas écrasé chaque signal, n’ai-je pas fondu ma vie dans la tienne? N’ai-je pas ignoré tout ce en quoi je croyais, oublié mon essence pour te faire plaisir? Pourquoi ai-je tort?

Je n’ai plus d’appétit, plus soif, plus envie de rien. Mon corps, vaisseau abandonné, dérive doucement dans une eau trouble, un marécage nauséabond. Rien ne vit plus que la pourriture. Et parmi les rares percées qu’offrent les branches infestées de ses arbres, je n’aperçois que ton visage qui me dit: non.


Mon vélo, ce n’est pas grand-chose. Usagé, en ligne, cinquante piaces, une transaction de quelques minutes. Peut-être que je me suis faite avoir, mais je ne crois pas.

C’est une bonne monture. Docile, calme, il impose le respect. Mais surtout, je peux aller partout sans émettre de pollution.

Quand je descends une pente à toute allure, je me sens invincible, rien ne pourrait m’arrêter. Le vent qui siffle autour de ma tête, les semelles qui se décollent légèrement des pédales, les passants qui se tassent les uns sur les autres, certains me crient des insultes, je ne les entends pas. Je descends, je passe. Puis je recommence à pédaler, un bout de piste cyclable dans la forêt, j’entrevois les blocs appartements entre les feuilles, les gens sur leurs balcons qui ne font rien.

J’aime particulièrement avoir la route pour moi, pédaler tard le soir, en plein milieu de la rue, pour n’aller nulle part, ou au port, regarder les lumières, autour de chez moi, regarder les maisons et parfois le reflet d’une télévision au travers d’un rideau.

Ma bicyclette, ce n’est pas grand-chose, la peinture s’écaille et je dois souvent changer la chambre à air avant, mais c’est le plus beau véhicule au monde.


Le temps s’est arrêté, puis il a régressé doucement jusqu’à une période plus douce. Pour un trente et un décembre, pour un sous-sol, pour cette place reculée du nord-est, il fait chaud, une chaleur moite, humaine.

Les enfants, alignés sur un vieux banc d’église ou rôdant autour de la table à cartes convertie en buffet, se frottent les yeux, fatigués. Le plus jeune dort, la tête sur les cuisses de sa soeur.

D’abord timides, le lot d’adultes, de dix-neuf à quatre-vingt-neuf ans, ont commencé par admirer les cordes du violon, entrecoupant leurs “oh!” et leurs “ah!” de commentaires sur les cadeaux échangés plus tôt, les restants de Noël, les offrandes de ceux qui habitent trop loin, qui ne viennent presque plus.

Le violoniste, jeune vingtaine, les joues rouges après son troisième verre de vin, rouge aussi, s’éclaircit la gorge et fait lentement glisser l’archet sur son instrument. Faaaaaaaaaaaaaaa. Les conversations s’évanouissent, il garde le regard baissé, cache son visage en feu. C’est sa première prestation familiale, sa première veillée du jour de l’an, la première fois qu’il joue dans un sous-sol. Beaucoup de nouveautés, ce soir. Beaucoup de pression.

Il commence enfin, les femmes balancent doucement leurs hanches, on hésite. Peut-on danser? Le grand-père court à l’étage et revient avec une cuillère de bois, une relique du passé transmise de père en fils. Ses enfants sourient et, sans faire de bruit, installent une chaise confortable près du violoniste.

La chanson terminée, il attend, il a compris. Le vieux s’installe, toussote, s’excuse – il est rouillé. Il secoue ses épaules comme dans un grand frisson et le jeune homme recommence. Une note, deux notes. Une gigue.

C’est le signal. Deux lignes se forment, les femmes, les hommes, et la danse commence. Quelqu’un se met à chanter et les pas depuis longtemps oubliés reviennent à la mémoire, revivent enfin. On rit, on s’accroche, on entraîne les plus jeunes, les plus gênés qui se laissent enfin tenter et on danse, on danse jusqu’à minuit.


J’adore manger, cuisiner, visiter le marché. Faire l’épicerie, un peu moins. Les produits emballés dans du métal, du plastique, transformés, modifiés jusqu’à être méconnaissables, j’aime moins.

Je suis végétalienne, si ça provient d’un animal, je n’en mange pas. Oui, même le fromage. Oui, je considère le miel comme étant hors-limites. Non, tout va bien, je me sens en pleine forme.

Être végétalienne depuis maintenant huit ans m’a poussée à redécouvrir la nourriture. Terminé, les croquettes de poulet congelées qu’on met au four pour un repas rapide, les lasagnes préparées, les sorties au steakhouse. Il m’a fallu découvrir une variété d’aliments qui m’étaient complètement inconnus, même si on les fait pousser ici, au Canada, comme les légumineuses et certains légumes.

Les légumineuses sont incomprises. Elles sont versatiles, j’en consomme quotidiennement, à toutes les sauces, littéralement. Les lentilles se marient bien aux pâtes, mais attention, il faut bien choisir sa variété. Comme un arc-en-ciel, elles se déclinent en jaune, vert, rouge, deviennent crémeuses ou gardent une certaine consistance. Elles sont les reines de la cuisine indienne. Avez-vous déjà goûté un burger de haricots noirs? C’est un de mes repas favoris. Ils confèrent à ce classique américain une texture inégalée. Ajoutez-y des rubans de carottes, de l’avoine et des épices relevées, vous avez devant vous un chef-d’oeuvre du vendredi soir. Accompagnez le tout, évidemment, d’une bière froide.

Que dire du tofu? Il a mauvaise réputation; il ne goûterait rien, serait plein de pesticides et d’organismes inconnus. Achetez-le bio, et la question est réglée. Mais couper du tofu comme une poitrine de poulet et faire revenir dans un poêlon, c’est effectivement une erreur. Marinez-le! Enrobez-le de fécule de mais! Mijotez-le! Broyez-le! Coupez-le en cubes, en lanières, en steaks. Il n’y a aucune limite avec le tofu. Il fait ce que vous lui demandez. C’est l’esclave du végétalisme, plein de bon vouloir, bon marché, bonne pâte.

Avez-vous visité un marché dernièrement? Avez-vous touché des légumes? On se donne souvent une image sensuelle, voire érotique de quelqu’un qui taponnerait des légumes en public. Non, essayez-le. Entrer en contact avec sa nourriture, c’est prendre le goût de la cuisine, des textures, des couleurs, c’est se donner de l’inspiration facilement et gratuitement. Oubliez les emballages. Choisissez avec soin, du frais, du vrai, du bon. Choisissez l’arc-en-ciel et tous ses bienfaits. Touchez-le, surtout.

J’adore manipuler les aliments avec mes mains lorsque je cuisine. Façonner des falafels, retirer doucement la pelure d’un oignon, plonger mes deux mains dans le mélange de haricots hautement texturé pour l’homogénéiser. J’aime manger avec les mains, j’aime me salir. J’aime foutre le bordel dans la cuisine quand je prépare le repas, j’adore que les comptoirs soient tachés, qu’il y ait de la nourriture partout. Un coup de chiffon, et ça disparaît. Mais pendant quelques minutes, j’ai eu la preuve de mon dur labeur.

Avez-vous essayé quelque chose de nouveau, dernièrement? Dans la cuisine, je veux dire. Un aliment, une technique. Qu’est-ce que vous attendez? Vous avez votre propre laboratoire, des ingrédients faciles à trouver, peu dispendieux, amusez-vous! Trouvez une nouvelle recette. Modifiez les quantités. Mettez plus d’ail – c’est toujours gagnant. Ajoutez du jus de lime. Du cumin ou de l’origan. Connaissez-vous les épices et les herbes? Prenez le temps de les sentir. Laissez-vous guider par vos sens. Faites des biscuits, ou des crêpes, ou une tarte. Faites un gâteau pour fêter la vie. Achetez une conserve de pois chiches. Pour quatre-vingt-dix-neuf sous, vous avez un hummus maison (ajoutez un peu d’huile d’olive, de l’ail, un peu d’eau pour aider, mélangez jusqu’à obtenir une texture lisse). Dévorez sur des craquelins, trempez-y du céleri bien croquant, tartinez-en votre toast.

Mangez, bordel de merde!

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2 réponses à Exercices d’écriture 1

  1. MARTINEZ dit :

    Bonsoir. Bravo pour ces écrits. J’adore le style. Quel talent !
    Une question ? Je suis curieuse de savoir cette liste de 365 thèmes. Merci

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