Arrête de chercher: voici le Paradis sur Terre

Le silence.

Au plus creux de mes souvenirs, ici, c’est le silence qui domine. Malgré l’abondance de vie, on n’entend rien. Que ses propres pensées, que le sang qui bat doucement dans nos veines.

Ici, j’ai la Sainte Paix.

photo (c) Anne-Marie Morissette-Dupuis

L’Homme y fait figure d’insecte. Quelques chemins, quelques chalets, quelques véhicules. Des tas de matériaux ici et là. Tout autour, la nature sauvage reprend tranquillement ses droits, année après année. En silence.

Au petit matin, une brume éthérée recouvre les eaux du lac. Des oiseaux piaillent. Un écureuil passe en courant. La brise agite doucement les feuilles des ormes; leur bruissement me rappelle un agréable frisson, celui qu’on ressent après en recevant une caresse du bout des doigts.

Parfait miroir, les eaux dédoublent le ciel, les nuages, les montagnes. La dense végétation, est un tapis étroitement tissé de conifères et de quelques bouleaux; chaque année, le rocher qu’on appelle dérisoirement l’Ours semble rapetisser, caché par la forêt environnante.

Une année, on ne le voit plus. Mais le silence demeure.

photo (c) Anne-Marie Morissette-Dupuis

C’est ici que je suis venue chercher le silence, quand j’ai définitivement perdu le goût de vivre, en septembre 2007.

C’est ici que je suis venue chercher le silence, à mon retour de Saskatchewan, en juillet 2016.

C’est ici que je suis venue chercher le silence, pour la longue fin de semaine du Travail.

C’est ici, ou presque, que je reviendrai chercher le silence année après année, parce qu’il n’y a qu’ici que le silence m’apporte ce que je ne peux trouver nulle part ailleurs.

L’épinette domine. Du moins dans ma tête. Chaque arbre est un esprit, et chaque épinette qui étire ses doigts rachitiques vers le ciel me tire un peu aussi sur le coeur. Je suis attirée par ces petites géantes comme une mouche par le feu; je pleure un peu leur perte. Je bénis la sève sacrée qui tache mes vêtements. Si je devais choisir une seule essence d’arbre pour bâtir mon abris, ce serait l’épinette. L’arbre le plus croche, le plus noueux, le plus magnifique qui soit.

Au portes du bonheur, il y a deux épinettes.

Que l’on en plante une sur ma tombe, que mon esprit se mêle au sien.

Chaque repas prend des allures de tradition. Chaque lièvre aperçu à la brunante est une bénédiction. Chaque heure de sommeil répare et guérit. En silence.

photo (c) Anne-Marie Morissette-Dupuis

Arrête ta folle frénésie. Arrête de courir. Arrête de chercher. Voici le Paradis sur Terre.

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