Briser le silence

C’est tellement facile de s’exprimer sur un blogue. C’est tellement facile pour moi de décrier la dépression, de m’arracher le coeur pour l’exposer à la vue de tous. Sur internet.

Dans la vraie-vraie vie, je ne parle jamais de ça. Je n’en parle pas vraiment à mes amis, je n’en parle pas du tout à ma famille ni à mes collègues. Ni à mon chum. J’en parlerais bien à mon psychologue, mais il n’existe pas.

Malheureusement, et bien malgré moi, j’ai honte de souffrir de dépression.

C’est difficile d’expliquer à quelqu’un de « normal » ce que c’est que d’avoir régulièrement envie de mourir. Je dis mourir, mais c’est parce que la mort est la seule forme de disparition possible. Ce que ma dépression me fait désirer plus que tout, c’est de disparaître. De n’avoir jamais existé. De juste m’évanouir en millions de particules microscopiques, partir dans le vent comme des cendres, devenir invisible. Et de ne pas faire souffrir qui que ce soit par cet évanouissement dans la nature.

Samedi, j’ai passé une super journée. On fêtait l’anniversaire de mon neveu, il a eu un an. Ensuite nous avons reçu mes parents à souper, on a mangé de la raclette, un dessert au chocolat, on a bu trois bouteilles de vin. Une soirée magnifique à parler de toutes sortes de sujets, à rire, à aimer.

Ils sont partis, nous avons ramassé, je me suis brossé les dents. Et en me brossant les dents, soudainement, comme un coup de masse dans l’estomac, mon cerveau m’a dit:

Va dont dans cuisine te rentrer un couteau dans le ventre pour mourir au bout de ton sang.

Ma dépression se manifeste de deux manières: soudainement et pas soudainement. Quand c’est insidieux, quand l’envie de disparaître grandit petit à petit, c’est plus difficile de m’en débarrasser. Mais quand ça sort de nulle part comme cette pensée-là, après avoir passé une super journée avec ma famille, avoir profité des plaisirs de la vie et avoir aimé, je reprends le dessus facilement. Mon côté rationnel s’insurge contre cette auto-attaque vicieuse. C’est ce que j’ai fait.

Voyons, câlice. Pourquoi je ferais ça?

Trois bouteilles de vin aidant, je me suis mise à pleurer, je suis allée me coucher, et j’ai fini par m’ouvrir la trappe. Après un an de relation, j’ai enfin essayé d’expliquer à mon chum ce que je vivais, ce qui venait de se passer, pourquoi je pleurais (encore). Ce que je n’avais honnêtement jamais fait avec qui que ce soit. C’était bizarre. C’était effrayant.

Je lui ai avoué que j’avais honte. Que, quand une crise surgissait, je me sentais énormément seule. Et que je n’étais pas capable d’en parler, de l’avouer, de dire « chéri, j’ai envie de mourir, là ». Que mon mécanisme automatique était de m’enfermer dans ma tête et de délirer. (Pire réflexe de survie du monde.)

Même écrire ça ici, c’est difficile. C’est avouer que je suis faible. Que je suis anormale. Que j’ai une maladie. Que je ne consulte même pas pour ladite maladie. Que j’ai l’air de me crisser de moi-même. Même si le processus est compliqué, que je n’y comprends rien, que personne ne peut m’aider, que je ne sais pas qui appeler, où aller, qui voir. Urgences? Sans rendez-vous? À qui je demande une référence? Et comme je n’ai pas un sou pour aller au privé, peut-être que les listes d’attente sont hyper longues. Peut-être que je ne suis pas du tout un cas urgent. Après tout, je n’ai rien fait de concret. Je fais juste pleurer en voulant mourir.

Mais au moins j’ai fini par en parler à quelqu’un d’autre qu’à moi-même. C’est peut-être un pas dans la bonne direction.

Je n’y comprends quand même rien. Je me sens brisée. Non fonctionnelle. Bizarre.

Perdue et seule. Parfois.

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Exactement où je dois être

Ce matin, vers 6h50, j’étais dans l’autobus 281, sur l’autoroute Laurentienne direction sud, à trois arrêts de ma destination. Le siège à ma droite était occupé par mon sac de sport, ma sacoche et ma boîte à lunch. Je venais de terminer la lecture d’une chronique d’Arthur Buies, j’ai refermé le livre et je l’ai posé sur mes genoux.

À ma gauche, un splendide lever de soleil sur la ville de Québec, rose, orange, strié de nuages indigo. Je ne m’attendais pas à ça, j’ai été prise par surprise par la beauté de cet événement pourtant banal, journalier, quelconque aux yeux de probablement la moitié des passagers du trajet.

Puis j’ai eu cette pensée: « je suis exactement où je dois être en ce moment. Ce moment est parfait. »

Pourtant, normalement, je ne vais pas au gym le mardi. Mais dimanche, j’ai eu une bulle au cerveau et j’ai réglé mon réveille-matin pour six heures trente au lieu de six heures. Donc, gym reporté à ce matin. C’est difficile depuis mon retour de vacances il y a une semaine, alors ça été difficile ce matin de me lever. Le chat semblait avoir eu un problème avec son bol d’eau ou je ne sais quoi, parce qu’il y avait de la litière gluante partout dans le couloir du condo, dans la chambre et, évidemment, sur mon lit, où il était venu se coucher. Je prend normalement entre dix et quinze minutes pour déguster un café en silence avant de partir, je n’ai même pas pu le finir ce matin. Un début de journée un peu désagréable.

Puis ce lever de soleil, ce BONJOUR retentissant. Ce matin, j’étais la femme la plus chanceuse du monde.

Vous aussi, vous étiez exactement là où vous deviez être, à 6h50 ce matin. Du moins, je le pense. La vie nous offre tellement. C’est bon de penser que ce tout petit moment, ce dix secondes de parfait bonheur, m’a été donné aujourd’hui, dans un autobus plein de gens à moitié endormis, après avoir lu une chronique pessimiste de 1877.

Je trouve agréable de pratiquer ainsi ma gratitude. Il y a environ deux mois, je me suis acheté le journal de gratitude Tiny Buddha et je réponds à une question par jour, ou presque, avant de me coucher le soir. Depuis, et même si ça fait seulement deux mois, je sens que mon attitude a beaucoup changé. Je suis plus calme et positive. Plus patiente également. Je profite mieux de la vie. Et sans avoir des lunettes roses ni la tête dans le sable, je fais face à mes problèmes avec plus de discernement, moins de panique. (Pour poursuivre dans la lignée de mon dernier article…)

C’est pourquoi, ce matin, je ne pensais pas à

  • l’heure qu’il était – trop tôt – trop fatiguée;
  • les taches de litière sur le plancher, et de devoir laver mon couvre-lit ce soir;
  • la possibilité que mon chat est vieux, qu’il ait eu un « accident », qu’il me coûte de le faire soigner;
  • pire, qu’il ne puisse pas être soigné;
  • ma position inconfortable dans l’autobus dur comme de la roche, mes nombreux sacs lourds;
  • le fait que le monde ne semble pas avoir évolué depuis le Québec de 1877;
  • la longue journée de travail devant moi, à travailler sur un budget qui me rend folle.

Je pensais juste au fait que j’étais exactement là où je devais être, et que ce moment-là était parfait, comme tous les autres moments qu’il m’a été donné de vivre, parce que la vie est tellement, tellement intrinsèquement belle.

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Perles de vie

Doux septembre. La nature n’agonise pas. Elle cuit. Il fait quarante degrés. Fuck le doux. C’est juillet en septembre, et le monde est à l’envers. Tellement qu’on ne sait même plus comment il est quand il est à l’endroit.

Je capote. La semaine dernière, j’ai réalisé que j’étais heureuse et bien et confortable. Puis, j’ai paniqué, parce que chaque fois que je réalise que je suis heureuse, bien et confortable, quelque chose arrive. C’est la loi de Murphy, ou bien la Théorie du Chaos, je ne sais plus trop, bref, je me fais chier.

Le problème étant encore ce foutu mois de septembre, que je commence habituellement, année après année, dans un état stable, et que je termine dans une dépression profonde, parce que c’est l’automne et que mon cerveau semble vouloir se baser sur le calendrier grégorien pour péter les plombs (ou sur les cycles naturels des saisons canadiennes, okay, ça fait plus de sens).

Mais là, ça allait, quand normalement ça ne va pas le 21 septembre. Il y avait donc anomalie. Il devait donc y avoir dépression. Mon esprit s’est mis à galoper plus vite qu’un hamster en cage dans sa petite roue, après rien du tout. Un exercise inutile, une dépense d’énergie (mentale) qui ne s’en va dans rien, fuck Lavoisier, je suis l’exception à ta règle.

Depuis, c’est le jeu de la poule et de l’oeuf – qu’est-ce qui vient en premier? La dépression qui cause la phobie d’être dépressive, ou est-ce que le fait d’anticiper avec peur un épisode dépressif qui concrétise le projet? Est-ce que je me ponds moi-même? Suis-je une poule? Etc.

Et pourtant, en théorie, tout va bien. Sauf que je viens de recevoir une soumission pour mes traitements orthodontiques et que la somme faramineuse de neuf mille sept cent soixante-quinze dollars (arrondie à dix mille) m’a fait sursauter, puis paniquer (ah! Panique! On aurait dû m’appeler Panique Morissette-Dupuis), puis reconsidérer tous mes choix de vie, puis regretter la somme de mes dépenses personnelles des dix dernières années. Ah, mais c’est nécessaire, et puis j’ai encore l’option de magasiner un autre orthodontiste qui, peut-être, me fera économiser mille ou deux mille bidous. (Sans compter, évidemment, le prix de m’absenter encore du travail pour la consultation, le prix de ladite consultation, et le prix de ma santé mentale qui, même si elle ressemble à un tas de poussière qu’on aspire une fois par année d’en dessous du lit, m’est encore précieuse).

En résumé, je replonge dans la pauvreté pour les deux prochaines années, mais who was I kidding? Si ce n’était pas ça, ç’aurait été autre chose, du genre le typhus ou une tornade qui ravagerait Neufchâtel, à force d’écouter les nouvelles alarmistes, on pourrait commencer à y croire. Deux chirurgies, des appareils dentaires et des broches qui me feront régresser physiquement de douze ans, malgré mes cheveux blancs d’angoissée qui m’envahissent la tête, ce n’est pas si mal, si on pense au typhus et aux tornades.

Je lis Arthur Buies depuis quelques semaines et je suis tombée en amour avec lui parce que j’aimerais croire que je suis sa réincarnation féminine moderne, tant pis pour la modestie. J’aime aussi dire que je lis Arthur Buies parce que ça fait super Centre-Ville de Québec et que je m’ennuie de mon beau St-Roch. Neufchâtel, malgré la largeur de ses routes et ses gazons chimiques, peut parfois donner l’impression d’être un centre de détention.

J’ai eu une conversation intéressante récemment avec une femme de mon âge qui partage mes cours de danse. Nous avons parlé de la pression que nous nous mettions nous-même d’accomplir tous nos projets de vie rapidement – acheter la maison, avoir les enfants. Yadda-yadda, je suis jeune, j’ai juste vingt-sept ans. Je sais, mais quand même. Ça m’a fait me demander si c’était surtout moi-même qui me mettait de la pression, ou bien si ça venait de l’extérieur. J’en suis arrivée à la conclusion (maintenant évidente) que c’est de ma faute (comme toujours), parce que mes parents ne m’en parlent littéralement jamais, ni mes amies, ni mon chum, ni le reste de ma famille, à part, genre, mon beau-frère pour m’écoeurer avec deux verres dans le nez, ou ma boss pendant un dîner au resto.

Pourquoi je suis si pressée? Stressée? Paniquée? (Vous avez vu ce mot venir! J’aurais dû appeler l’article: Perles de panique.) Est-ce que mes raisons sont valables? Le déclin physique obligatoire qui vient avec l’âge, etc. Tout en sachant que je ne serai jamais totalement prête, ni en contrôle, pour faire toutes ces choses. Mais on dirait que plus j’y pense, plus je me trouve de choses à accomplir, même les niaiseries les plus insignifiantes deviennent un prétexte pour repousser les dates fatidiques où je deviendrai une Vraie Adulte. De toute façon, est-ce que je veux des enfants? Et si je les ai trop tard? Et si je regrette de ne pas en avoir? Et si je regrette d’en avoir?

Le problème, c’est que ce genre de décision implique des facteurs qui ont un impact sur d’autres que moi-même, notamment, le père des enfants et lesdits enfants eux-mêmes, évidemment. Déménager en Saskatchewan, lâcher l’université ou me faire couper les cheveux, en théorie, ça ne concerne que moi et il est toujours possible de reculer, d’une certaine manière. Mais faire/ne pas faire d’enfants? C’est tout ou rien, bébé. Et mes ovaires font tick-tock, ce sont de vrais trous du cul.

Je suis donc prise depuis jeudi dernier dans une courbe ascendante exponentielle de panique et je nage à contre-courant dans de l’eau glacée. Je sens mon coeur ralentir ses battements – jamais bon. Et je m’essouffle. Je n’ai pas beaucoup de cardio. J’aime mieux lever des haltères. D’ailleurs, pour finir sur une note positive, j’ai battu mon record de squats ce matin, c’était cool. J’ai beau être en miettes à l’intérieur, au moins je kick des culs au gym, je suis une guerrière, et puis ça me défoule d’être forte. J’ai beau avoir un cerveau qui spin dans sa cage et des ovaires en crise perpétuelle d’anxiété, je m’en viens avec des muscles de plomb (l’acier viendra).

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10 trucs pour améliorer votre vie

Avez-vous vu le titre prétentieux! Comme dirait mon collègue, eh siffleux! Je sais pas dans quoi je m’embarque!

Non, sérieusement, 2017 va quand même bien et ces temps-ci, suite à mon emménagement chez mon chum, je réfléchis beaucoup à ma vie et à mes humeurs. J’ai encore eu des problèmes de dépression cette année (ça ne me quitte jamais totalement) et depuis une semaine j’ai des sautes d’humeur absolument détestables, mais sinon, je m’en sors.

En fait, je fais plus que m’en sortir. Je vais relativement bien, merci. Genre, au top de ma forme. Genre, je suis vraiment satisfaite de ma vie en ce moment.

Peut-être que ça aide que je lis beaucoup de philosophie ces temps-ci, et je m’intéresse particulièrement aux sujets du bonheur, du bien-être et de la spiritualité. J’ai commencé à toucher le sujet lorsque je me suis convertie au bouddhisme (il y a presque sept ans), mais cette année je m’intéresse à d’autres définitions de la chose, à des visions et des théories différentes et ça m’aide à mettre ma vie en perspective.

Clairement, je ne détiens pas le secret ultime du bonheur. Personne ne le détiens, parce que c’est une chose non seulement très personnelle, mais également non encore prouvée. Ce qui a du sens pour moi, n’en a probablement pas beaucoup pour d’autres. Je sais ce qui me rend heureuse, ou plutôt, je pense savoir ce qui me rend heureuse; mais il faut élargir la définition jusqu’aux théories philosophiques/spirituelles pour vraiment englober une majorité des Hommes.

Anyway, j’ai décidé de partager avec vous ces dix petits trucs qui vous paraîtront peut-être évidents, peut-être pas, pour améliorer votre vie. J’essaie de tous les mettre en pratique. Loin d’être une experte, j’ai tout de même constaté qu’ils ont apporté un effet très bénéfique sur mon bien-être.

1- Réfléchir régulièrement à ses valeurs et s’assurer de les appliquer dans la vie courante

Pendant longtemps j’ai cru et dit que l’honnêteté était super importante pour moi. Pourtant, je mentais tout le temps.

Ah, pas des gros mensonges. Mais j’inventais des affaires pour me rendre intéressante.

J’ai gardé l’honnêteté dans mon système de valeur, mais j’ai fait le pont entre la théorie (les valeurs qui me correspondent) et la pratique (mes actions). Je ne mens plus, je n’invente plus de choses pour me rendre intéressante. Ne vous inquiétez pas – ça fait depuis l’adolescence, donc il est probable que je ne vous ait pas raconté de sornettes. Mais quand même.

Un autre exemple est mon semi-végétarisme. Je dis semi car je mange parfois du poisson/fruits de mer au restaurant, peut-être une fois par mois. C’est mon choix et ça fait partie de mes valeurs, tout comme le respect d’autrui et de moi-même, l’ouverture d’esprit, etc.

On se fait parfois des acroires. On se dit qu’on est ci ou ça, qu’on pratique ceci ou cela mais au fond, quand on observe nos actions, ce n’est pas le cas. Il faut alors se poser la question – dois-je changer mon système de valeurs, ou mes actions?

2- Arrêter les jugements et ouvrir son esprit

On juge tout, tout le temps. On juge les autres, leurs actions, leur habillement, leurs paroles, on se juge nous-même, notre apparence, notre intelligence, et on juge les objets, on leur attribue des caractéristiques morales – ils ont beaux, bons, favorables, ou bien laids, mauvais, désagréables.

Lorsque notre esprit est occupé à juger, il perd beaucoup. Il perd du temps, il perd de l’énergie, il perd de l’écoute et de l’ouverture. Si je juge quelqu’un, c’est que je manque d’empathie, que j’applique mes expériences et mon système de valeur à quelqu’un qui ne possède pas les mêmes expériences et le même système de valeurs. Je ne parle pas ici d’actes évidemment immoraux, commis dans le non-respect d’un des partis, comme un viol, un meurtre ou un vol. Je parle des petits jugements que nous commettons à longueur de journée.

Le jugement n’amène rien, absolument rien. Le jugement nous fait nous refermer sur nous-même, et particulièrement lorsque ce que nous jugeons n’a absolument aucun impact sur nous et notre vie. Lorsque je juge une femme dans l’autobus parce que je la trouve mal habillée, qu’est-ce que ça donne? Lorsque je juge mon collègue qui mange sa deuxième poutine hebdomadaire, qu’est-ce que ça me donne?

Rien.

C’est difficile, j’en conviens. Je travaille là-dessus tous les jours… et je m’améliore chaque jour. Je m’arrête à temps et, lorsque je m’apprêtais à émettre un jugement sur quelqu’un (incluant sur moi-même), je remplace le jugement par une pensée positive sur le sujet de mon jugement. La femme de l’autobus a une très belle coiffure. Mon collègue est excellent à son travail. Etc.

3- Prendre soin de son corps

Bla, bla, bla, faire du sport, bla bla bla, bien manger. Je sais, on vous le dit et redit quarante fois par jour. Tout le monde le sait – il faut bien se nourrir et il faut bouger son corps. Je ne vous nommerai même pas les mérites de ces pratiques. C’est inutile. Parce que vous le savez.

Mais est-ce que vous le faites? Encore pour parler de ma propre expérience, je vais au gym trois fois par semaine, mais c’est parce que j’aime ça. C’est ça qui fait la différence – j’aime cette façon-là de bouger mon corps. Je prends aussi des cours de baladi, ce que j’adore. Je prends des marches, je fais de la bicyclette, et je vais commencer à jouer au dek hockey en septembre pour essayer. J’ai arrêté la course parce qu’au final je me suis rendu compte que je n’aimais vraiment pas ça.

Côté aliments, j’essaie de pratiquer de bonnes habitudes, de manger sainement, mais sans en faire une obsession, parce que ça devient rapidement contre-productif. Je limite ma consommation d’alcool, je cuisine le plus souvent possible, etc. Mais encore une fois – ça, c’est moi. Et ces méthodes, je les ai testé et elles ont fonctionné pour moi, alors que j’en ai abandonné d’autres que je n’aimais pas ou qui amenaient plus de côtés négatifs que positifs (par exemple, compter les calories et les macronutriments).

Outre l’activité physique et l’alimentation, il est important également de dormir suffisamment chaque nuit (ni trop ni pas assez), de bien s’hydrater, etc.

Mon truc, c’est de ne pas essayer de tout implanter en même temps. Je me donne des buts à court terme et je développe une habitude à la fois. C’est difficule au début, puis plus les semaines passent, plus ça devient… une habitude, et je n’y pense même plus, à la longue.

4- Et de son esprit

Je pense que c’est le côté de nous-même que nous négligeons le plus, peut-être parce que ça semble moins concret que le point #3 ci-haut, ou parce que ça n’a pas encore été assez popularisé et démocratisé.

Sans vouloir sonner hippe new-age, il est important de prendre soin de sa santé mentale autant que de sa santé physique. Diminuer le stress, éliminer les pensées négatives et les gouffres de pessimisme, contrôler ses émotions… il est facile de hausser les épaules et de se dire « pfft, moi, je n’ai pas besoin de ça ». Je me le suis longtemps dit. Après tout, je pensais comme les autres, non?

Effectivement, mais la norme n’est pas nécessairement positive. Quelques méthodes pour aider à prendre soin de son esprit sont notamment la méditation (il existe tout plein de méthodes, d’écoles de pensée et de théories sur le sujet, de même que des vidéos et des bandes audio gratuites de méditation guidée sur internet); tenir un journal intime quotidiennement; communiquer ouvertement, faire preuve d’honnêteté et bien se connaître (voir les deux premiers points); et s’entourer de gens positifs tout en éliminant (gentiment) les sources de malheur et de pessimisme.

Encore une fois, c’est une question d’habitude. Je suis encore dans l’étape d’essayer d’implanter l’automatisme quotidien, mais c’est un peu trop facile de me dire que ce n’est pas une priorité et que je n’ai pas le temps. J’y travaille, et chaque effort aide considérablement.

5- Arrêter de chiâler et faire preuve de proactivité

J’ai longtemps été une experte en chiâlage. Je chiâlais tout le temps. Je suis sûre que vous connaissez au moins une personne comme ça. Quelqu’un qui n’a jamais rien de positif à dire, quelqu’un qui regarde toujours la bride du cheval donné, quelqu’un qui n’est jamais satisfait de quoi que ce soit.

Chiâler dévore notre énergie et ne donne rien en retour, un peu comme les jugements (voir point #2). En fait, le chiâlage est une forme de jugement. Je juge qu’une situation, qu’une personne m’est désagréable, et je le fais savoir. Et même si il est parfois nécessaire de se vider le coeur, il est impératif par la suite de passer à autre chose.

Arrêter de chiâler a changé ma vie. J’ai troqué les lamentations contre la proactivité. Qu’est-ce que c’est? Selon Wikipédia (wow, j’ai cherché loin!), le terme proactif est un néologisme qui décrit une personne prenant en main la responsabilité de sa vie, plutôt que de rechercher des causes dans les circonstances ou les personnes extérieures. Intéressant.

Voici la théorie de base. Lorsque quelque chose me déplaît, je me pose la question suivante: est-ce que je peux y faire quelque chose? Si oui, j’agis. Si non, je passe à autre chose.

Deux exemples concrets semi-fictifs. Une de mes collègues a une attitude désagréable, qui me sape de l’énergie et mine mon moral. Au lieu de chiâler dans son dos, j’en parle à ma supérieure et nous décidons de nous rencontrer à trois afin de régler la situation. Résultat, ma collègue n’avait pas réalisé que son attitude était négative et qu’elle impactait ma vie au bureau. Elle fait des efforts pour améliorer ça et depuis, tout va beaucoup mieux (et pour elle également, j’en suis sûre). Quelques semaines plus tard, je sors du bureau pour aller prendre l’autobus. J’étais serrée dans le temps, mais il est arrivé une minute plus tôt que l’horaire prévu et je le rate de peu, je le vois juste au bout de la rue. Je cours, mais la lumière vire au vert et je le manque. J’ai une demi-heure à attendre pour le prochain bus. Est-ce que je peux y faire quelque chose? Non. Donc au lieu de maugréer et de laisser l’événement gâcher ma journée, je m’installe à l’ombre et je lis en attendant le prochain bus.

6- Abandonner son égo

Ça, ça provient du bouddhisme. Je sais que plusieurs seront en désaccord, mais je trouve l’idée non seulement intéressante, mais également très positive au final.

Une théorie bouddhiste soutient que nous ne sommes rien. Nous avons une conception finale de nous-même et des autres (je suis moi, vous êtes vous) et nous attachons certains concepts à celui du « moi » – mon enveloppe corporelle, mon nom, mes pensées. Mis ensemble, ces concepts constituent l’égo, la représentation que je me fais de moi-même.

Mais l’égo, de par sa définition, n’existe pas. Il ne sert à rien, sinon à me faire du mal. Notre instinct est de le protéger à tout prix. Lorsque nous réagissons négativement à quelque chose, c’est parce que nous sentons que notre égo est touché. Je ne parle pas nécessairement d’attaques directes, mais de toutes sortes de petites situations. Il semble naturel et automatique pour les Hommes de tout rattacher à eux-mêmes et de se croire le centre du monde. Il y aurait donc 7.5 milliards de centres du monde dans le monde en ce moment. Ça fait beaucoup!

Lorsque j’accepte que mon égo n’existe pas et que je ne suis rien, il devient beaucoup plus facile d’accepter les situations de la vie courante qui, avant, me jetaient dans toutes sortes de piscines d’émotions. Au lieu de tout prendre personnellement, je laisse les choses aller. Au lieu de me noyer dans le torrent, je le regarde couler passivement. C’est beaucoup plus agréable de vivre ainsi.

Par exemple, si quelqu’un fait une remarque désobligeante sur un de mes choix, mon égo va se rebuter instantanément. Je vais prendre la remarque comme une attaque personnelle, je vais me fâcher, ou être triste, et je vais mâcher la remarque toute la journée, la tourner dans tous les sens, fomenter une revanche, me plaindre… en réalisant que je ne suis rien, comment cette remarque pourrait-elle m’affecter? Telle personne a telle opinion sur tel choix; soit. Je passe à autre chose en une demi-seconde.

7- Choisir ses priorités

Je sais que je me répète, mais l’une des choses qui font de tous les Hommes des égaux est qu’ils sont 1- mortels et 2- tous soumis aux mêmes règles temporelles, soit celles des vingt-quatre heures. En résumé, tout le monde a 24 heures dans sa journée, et tout le monde va mourir un jour.

Ce n’est pas négatif, c’est juste une réalité parmi tant d’autres. La connaissant, il devient impératif de choisir ses priorités et de se concentrer sur celles-ci au lieu de s’éparpiller dans mille directions et de ne rien accomplir.

C’est surtout l’an dernier que j’ai compris tout ça. D’abord en Saskatchewan, puis suite à ma rupture et à mon retour au Québec, retour qui m’a forcé à tout remettre en question, à faire des choix rapides. À décider sur quoi je voulais dépenser mon énergie.

Pour moi, ça été: un emploi satisfaisant mais qui me laisse beaucoup de libertés, une vie sociale saine, beaucoup de temps pour moi, et travailler sur moi-même (soit pratiquer les dix points de cet article!). J’ai abandonné quelques soi-disant rêves qui étaient des fantaisies que j’avais créé en biais avec un moi « idéal ». J’ai établi une liste de critères pour ma future relation amoureuse et je m’y suis tenue. Etc.

Il est également important de revisiter ses priorités et, au besoin, de les changer. Parfois, des circonstances extérieures nous y forcent, mais il n’est pas nécessaire de les attendre. Si un projet de vie très important pour moi devient, avec le temps, une tâche lourde qui pourrit mon quotidien, pourquoi est-ce que je poursuivrais dans cette direction? Le résultat en vaut-il la peine? C’est ainsi que j’ai mis de côté l’idée de beaucoup voyager ou d’aller vivre à l’étranger. C’était un de mes rêves lorsque j’étais plus jeune, mais plus le temps s’écoulait, plus je réalisais qu’au fond, je ne le voulais pas vraiment. Je ne voulais qu’imiter les gens de ma génération qui polluaient mon Facebook.

8- Avouer ses torts et changer didée

Pour en revenir à l’égo, c’est également lui qui nous empêche d’avouer ses torts et de changer d’idée lorsque ça devient nécessaire. Nous sommes bornés, pour ne pas dire têtes de cochon, et nous nous campons sur nos positions initiales sans même considérer qu’il faudra peut-être se déplacer un jour. Comme des enfants, nous pensons toujours avoir raison, et nous boudons/chiâlons/crions lorsque quelqu’un nous confronte.

C’est normal, c’est naturel. Mais, encore une fois, ce n’est pas nécessairement positif. En fait, ça ne donne rien. Je ne dis pas que tout le monde a tort, mais plutôt que tout le monde n’a pas raison. Avouer que l’on a tort nécessite une grande ouverture d’esprit, beaucoup de maturité, et une grande connaissance de soi-même. C’est difficile. Je le sais. J’ai longtemps cru que j’avais la science infuse.

Avouer ses torts permet de passer à autre chose, d’avoir des conversations plus agréables et de s’ouvrir l’esprit à des idées et des opinions différents. Rien ne nous oblige à être d’accord, mais il est important de toujours considérer l’envers de la médaille dans toutes les situations, de se mettre dans les chaussures de l’autre. Beaucoup de problèmes sur Terre disparaîtraient si tout le monde pratiquait cela.

9- S’écouter – pour vrai

Les femmes en particulier ont cette tendance à ne pas s’écouter, à toujours placer les autres devant elles, à ignorer leurs besoins. Je n’ai pas de conseils précis et définitifs à donner pour s’écouter – surtout pas les génériques « prenez du temps pour vous » et « apprenez à placer vos besoins en priorité ». Ce qui m’a aidé, dans la vie, c’est d’apprendre à dire non, d’arrêter de me sentir mal pour absolument tout, et d’arrêter de m’excuser pour rien. Si je n’ai pas envie de participer à quelque chose, je dis non. Je ne donne pas d’excuse, parce que je n’ai pas à le faire. Non, c’est tout. Si je n’ai pas envie de boire, je refuse. (Même après dix fois.)

S’écouter ne signifie pas faire tout ce qui nous passe par la tête, mais seulement de réfléchir à nos actes et à notre bien-être. Et, au final, je suis bien plus heureuse lorsque je passe une soirée tranquille à me reposer chez moi, plutôt que d’avoir passé la soirée à veiller trop tard avec des gens que je n’avais pas nécessairement envie de voir, mais que j’avais trop peur de blesser.

10- Aimer

Ah, l’amour, ce grand classique. Pourtant, c’est aimer qui me rend le plus heureuse.

J’ai essayé plusieurs techniques de méditation, et l’une d’entre elles consiste grosse modo à laisser son coeur s’inonder d’amour et à transmettre cet amour à tous. On commence d’abord par les gens qui nous sont proches, puis par nos connaissances, ensuite avec nos « ennemis » et enfin à toute la population, à tous les Hommes. Ce type de méditation s’est avéré pour moi non seulement facile, mais aussi extrêmement bénéfique.

Maintenant, quand je ressens de la colère, de la tristesse ou de la honte, bref, une émotion négative, je me laisse submerger par l’amour. Quand je me fâche contre quelqu’un, que ce soit ou non un étranger, je remplace le sentiment de colère par de l’amour. Quand je suis triste, voire même dépressive, j’essaie de me rappeler l’amour, et je me le donne à moi-même.

Ça sonne peut-être bizarre. Si j’avais lu un truc du genre il y a cinq ans, j’aurais vraiment rit. Pourtant, ça fonctionne. Je me rappelle de nombreux soirs où je revenais chez moi à pied après le travail, épuisée, parfois frustrée de ma journée, et que je marchais sur la rue St-Joseph, saturée d’une foule hétéroclite, touristes qui n’avançaient pas assez vite à mon goût, jeunes punks qui me mendiaient de l’argent, automobilistes impatients et dangereux. Rien pour aider mon humeur, jusqu’à-ce que je coupe court à mes ruminations pour juste penser à l’amour. Et instantanément, tout allait bien. Tout va bien.

 

Vous avez peut-être lu cette liste avec un sourire en coin, ou avec de l’incrédulité. Peut-être que vous pratiquez déjà la majorité des points, ou aucun. Je ne sais pas. J’ai bâti cette liste à partir de mes expériences personnelles, tout en essayant de la généraliser pour inclure le plus de situations possibles.

Le truc, c’est d’y aller lentement. Cette liste résulte de plusieurs années de travail sur moi-même, de réflexions, de lectures, d’essais et, surtout, de beaucoup, beaucoup d’erreurs. Et encore plus de réussites. Je n’ai pas tout changé en trois jours, et je n’aurai jamais fini de m’améliorer, d’améliorer ma vie. Mais je peux affirmer sans hésitation que je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui que je ne l’étais il y a cinq ans, et que je crois fermement en l’exponentialité de mon bien-être lorsque je pratique ces dix points au meilleur de mes capacités.

J’ai fait de mon bonheur une priorité et, de par mes convictions et ma spiritualité, mon bonheur passe par le bonheur des autres, l’altruisme, l’ouverture d’esprit, l’écoute. Et l’amour. N’oubliez jamais l’amour.

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En 27 ans d’existence, j’ai accumulé 10 boîtes

C’est officiel, je déménage dans le condo de mon chum. C’est officiel depuis avril mais ça se passe pour-vrai-de-vrai samedi prochain. En tout cas, pour les meubles. Parce que le reste, on a déjà commencé à le déménager.

Je suis une grande habituée des déménagements. Depuis janvier 2008, j’ai déménagé 12 fois. Samedi prochain, ce sera 13 fois. En moyenne 1,37 fois par année, donc. (Ouch!) Changements de vie obligent, mais ce sont ces nombreux changements qui m’ont amené vers le minimalisme et la consommation responsable. Pas si pire. Il y a du bon dans tout.

Même si ça va avoir fait treize fois, je n’aime pas déménager. Personne n’aime ça. C’est inconfortable. On doit vivre dans ses boîtes pendant plusieurs semaines (et pour certains, plusieurs années). Tout change, et on se rend compte qu’on avait vraiment plus de choses qu’on le pensait. Dans mon cas, c’est les armoires de cuisine qui me font toujours capoter. Ça rentre tellement bien là-dedans, la vaisselle, mais une fois dans du carton…

Bref, j’avais demandé à mes collègues en charge de la réception de marchandises de me garder quelques boîtes. Quatre donc, et j’en ai ramassé sur le trottoir totalement par hasard, samedi. Je me disais que ça ne serait pas assez, mais que je pourrais peut-être les vider et les réutiliser pour finir le déménagement. Samedi, j’ai déménagé ma salle de bain, et j’ai ramené mes boîtes pour réutilisation.

Hier, on s’est mis à la tâche. On a rempli les boîtes. En fait, non. On a rempli quelques boîtes. Puis on a pas mal fini d’emballer ce qu’on pouvait emballer. Ça rentrait facilement dans la Civic de mon chum. Il n’y avait pas grand-chose. Et il ne me reste que de la vaisselle et quelques trucs divers à emmener.

Je dis souvent aux gens que « je n’ai rien ». C’est vrai. Je n’ai pas grand-chose. En voici la preuve.

Mon chum capotait. Il ne comprenait pas pourquoi je possédais si peu. Sa réaction vient sûrement du fait qu’il a dû me faire un peu de place dans son condo – et replonger dans ses gardes-robe pleins, dans son locker plein, dans ses boîtes pas encore défaites (mais il habite là depuis deux ans et demi). Et moi j’arrive avec mes dix boîtes de pas-grand-chose.

Il m’a lâché une remarque incrédule que j’ai trouvé particulièrement drôle: « tu es en train de me dire qu’après vingt-sept ans d’existence tu as accumulé juste… ça? »

J’ai rit. Parce qu’en vingt-sept ans d’existence j’ai accumulé bien plus que ce que j’ai mis dans mes boîtes.

Quand je suis partie de Baie-Comeau pour m’installer à Québec, en colocation avec ma soeur, j’avais à peu près dix fois plus de patentes qu’en ce moment. Outre les meubles (j’avais la grande chambre de l’appartement, et je ne voulais rien savoir d’un coin vide), j’avais un garde-robe plein à craquer de vêtements que je ne portais pas (et je continuais d’en ajouter parce que pourquoi pas), des piles d’objets de décoration que je pensais indispensables à ma vie (un hobby dispendieux), des livres que je savais ne jamais vouloir relire (mais qui donnaient un air sophistiqué à ma bibliothèque)… de la maison de mes parents jusqu’à mon premier appartement, à mon deuxième, puis à mon troisième à Québec, j’ai trimballé des choses qui n’apportaient rien à ma vie, qui ont été déballées, mises sur une étagère, puis remballées dans un cycle que j’ai fini par briser à peu près là. Je me suis mise à épurer mes possessions à chaque déménagement – me demandant si je voulais vraiment amener quelque chose avec moi dans un nouvel environnement, avant de tout mettre dans une boîte sans réfléchir. (J’ai même déjà publié des photos ici.)

Puis, je suis partie en Saskatchewan et là, il a été plus que nécessaire de faire un gros, gros tri. J’ai laissé tous mes meubles derrière, de même que beaucoup de choses que j’ai encore jugé inutiles – ou que mon ex avait déjà chez lui. Tout devait rentrer dans (et sur) ma Honda Fit pour un voyage de trois mille kilomètres.

Je n’ai plus d’auto, et je n’ai plus la moitié des choses qui ont fait le voyage vers l’ouest. Marrant.

Je comprends que le minimalisme n’est pas pour tout le monde. En fait, même le mot « minimalisme » ne veut plus dire grand-chose. Pour certains, je suis hyper minimaliste, pour d’autres, vraiment pas assez. Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est que mon déménagement ne me fasse pas chier. Ce qui est important, c’est que mon ménage ne me prenne pas six heures toutes les semaines (soulève le bibelot; enlève la poussière; repose le bibelot; rinse and repeat every week for the rest of your life). Ce qui est important, c’est que mes finances soient dans un très bel état, c’est que je n’achète que ce que je considère vraiment important/essentiel (et il y a autant de critères qu’il y a d’Hommes sur Terre), c’est que je sois heureuse. Et savoir qu’un livre supplémentaire, une chandelle décorative supplémentaire, un chandail supplémentaire ne m’ont jamais procuré ce bonheur.

Il ne reste pas grand-chose chez nous, mais, dans le fond, il n’y a jamais eu grand-chose, et c’est tant mieux comme ça.

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Le privilège de la liberté financière

Ce matin j’ai lu un nouvel article de Becoming Minimalist qui parle d’argent.

En 2014, c’est ma garde-robe qui m’a fait découvrir et explorer le mouvement minimaliste, mais c’est les finances qui m’ont fait rester. De manière définitive.

Ces temps-ci je me trouve stressée. J’ai fait beaucoup de changements à mon budget après ma rencontre avec ma conseillère financière, début mai. Je venais de finir de payer ma carte de crédit et j’ai augmenté mes versements de CÉLI et mes versements sur mon prêt, que je vais finir de payer d’ici la fin de l’année, soit deux ans avant sa date d’échéance.

Pendant environ trois semaines j’ai vécu un entre-deux financier où j’avais vraiment trop d’argent. Depuis septembre, je mettais tout mon argent supplémentaire sur mon solde de carte de crédit; je prévoyais les dépenses des deux semaines suivant la paie selon mon budget et je mettais le reste sur la Visa, presque sans exception. Je me gardais de petits montants de côté pour quelques dépenses supplémentaires nécessaires, mais c’est tout. En mai, quand mon solde est tombé à zéro, soudainement, j’avais tout cet argent qui dormait dans mon compte et qui me dérangeait.

Yup. Ça me dérangeait d’avoir autant d’argent.

Ça me dérangeait parce que j’avais vraiment envie de le dépenser. Soudainement, après huit mois de frugalité, je me suis trouvé des besoins non satisfaits. J’ai même fait une liste de choses que je voulais acheter depuis quelques mois, mais que je ne pouvais pas me permettre: des nouvelles lunettes, du matériel de camping, une nouvelle brassière de sport…

Pourtant, j’ai une catégorie « dépenses personnelles » dans mon budget. Mais chaque semaine, je vidais mon montant alloué en sorties au restaurant, au bar, au café et en achats d’expériences (billets de spectacle, voyages). Je n’accumulais pas. Il était là pour être dépensé alors je le dépensais sans réfléchir, jusqu’à épuisement.

C’est tout de même un pas vers l’avant. Avant, je n’avais pas de budget alloué à mes dépense personnelles. Mon budget, c’était la limite de ma carte de crédit. (Ouch.)

Mais quand même. Cet argent-là, je l’ai dépensé. Je me suis acheté des accessoires pour mes cours de baladi, des vêtements pour l’été, du matériel de camping. Des choses utiles, qui vont être utilisées et que je ne regrette pas.

Mais soudainement, mes nouveaux termes de paiement ont commencé et la source d’argent supplémentaire s’est tari. En seulement trois semaines. Et pourtant, en trois semaines, j’avais déjà recommencé à prendre des habitudes de consommation d’avant-minimalisme; magasinage en ligne, listes d’achats futurs, stress, et frustration de ne pas pouvoir tout acheter.

C’est facile de voir sur le court terme. Je veux ça maintenant, mais je ne peux pas, alors je suis frustrée. Pourtant, j’accumule mon CÉLI comme jamais auparavant. Dans trois ans, je vais avoir assez pour une mise de fonds sur une maison. Et si je dois attendre quelques mois avant de m’acheter une nouvelle brassière de sport, ben, tant pis.

Même chose pour mon prêt. Je m’en débarrasse rapidement. En décembre, il va disparaître. Et je vais revenir à ma position du mois de mai – plein d’argent, soudainement. Mais maintenant, je sais comment y faire face.

Les trucs pour ne pas dépenser inutilement l’argent « supplémentaire »

  1. Avoir un fond d’urgence. Depuis presque deux ans j’ai mis mille dollars de côté dans un compte épargnes pour, comme le nom le dit, les urgences. Je l’ai utilisé seulement deux fois – presque en entier, l’été passé, quand je suis revenue au Québec, et une autre fois quand j’avais mal calculé une dépense et que j’ai eu besoin d’un deux cent dollars rapidement. Je le rembourse dès que possible, c’est-à-dire que c’est ma priorité numéro un lorsque j’en ai besoin. Mille dollars, ce n’est pas beaucoup – mais je n’ai pas beaucoup d’obligations financières non plus. Si vous êtes propriétaire, si vous avez une voiture, si vous avez d’autres dettes, il faut évidemment qu’il soit plus élevé. La majorité des conseillers financiers disent que le fond d’urgence devrait totaliser trois mois de dépenses.
  2. Monter un budget réaliste et le respecter. Plus facile à dire qu’à faire, je sais. J’ai un budget depuis dix ans, mais j’ai commencé à le respecter pour-de-vrai-de-vrai seulement à l’automne 2015, quand je me suis retrouvée seule au monde en Saskatchewan, avec une auto à payer, une carte de crédit encore pleine et mon prêt qui continuait très tranquillement à descendre. Outre les obligations financières (loyer, cellulaire, assurances, internet, prêt), j’y ai inclus un budget pour les dépenses courantes comme l’épicerie, le chat (sa bouffe coûte cher!), l’entretien de la maison, l’autobus et le lavage. Il est très important d’inclure un montant pour « dépenses personnelles », que j’utilise pour les vêtements, les sorties, le restaurant et les achats de ce genre. À chaque semaine, je le mets à jour et je planifie mes dépenses hebdomadaires. Si je sais que j’ai une sortie au restaurant dans deux jours, et qu’il me reste vingt-cinq dollars alloués à cette dépense, alors j’arrive préparée et c’est plus facile de dire non à une bière ou au dessert!
  3. Peser chaque achat. Pas littéralement, mais mentalement. Quand je vais magasiner, ou que je pense à acheter telle ou telle chose, j’y réfléchis sérieusement. Est-ce que j’en ai besoin? Est-ce que ça vaut la dépense? Pour les plus gros achats, il peut être intéressant de calculer combien d’heures de travail je dois faire pour me le permettre. Lorsque j’achète des vêtements, je prends mon temps et je m’assure de vraiment aimer le morceau avant de passer à la caisse. Je tiens aussi une garde-robe plutôt minimaliste et passe-partout pour éviter les achats superflus. Ça ne s’applique pas seulement aux objets matériels – je me pose également la question avant une sortie au restaurant, un café, une bière dans un bar, un voyage de fin de semaine.
  4. Savoir où son argent s’en va. Le budget aide, évidemment, mais les catégories fourre-tout comme « dépenses personnelles » peuvent s’assécher rapidement sans qu’on ne comprenne trop pourquoi. En fin de semaine dernière, après avoir stressé sur mon supposé « manque d’argent », j’ai décidé d’analyser mes dépenses des deux derniers mois. J’ai découvert à ma grande surprise que je suis allée au restaurant beaucoup plus souvent que je le pensais (sans compter toutes les fois où c’est mon chum qui payait, pas bon pour ma ligne). C’est à cause de ces sorties que je ne peux pas m’acheter une nouvelle paire de souliers pour l’été, du moins pas tout de suite, et que j’endure les miens qui tombent en morceau.
  5. Faire une liste de ses priorités de vie. Si ma priorité est de m’amuser et d’être épicurienne, alors je vais prioriser les achats qui vont dans ce sens. Toutefois, ce n’est pas ma priorité (en théorie, pas encore en pratique, c’est difficile à implanter!), et donc je dois garder mes vraies désirs en tête quand je suis prête à dépenser. Je veux m’acheter une bonne paire de souliers de randonnée, parce que je veux faire beaucoup de randonnées cet été, autant au Québec qu’aux États-Unis. Ce n’est pas une envie soudaine – j’ai toujours adoré la randonnée mais je me suis toujours retenu d’en faire des plus difficiles/longues parce que je n’avais pas les bons souliers. Par contre, pour pouvoir acheter lesdits souliers, qui sont une priorité, je vais devoir diminuer mes dépenses hors-priorités, comme les sorties au restaurant. Le truc, en gros, c’est de comprendre nos revenus et de choisir nos dépenses. Il est beaucoup plus facile de diminuer ses dépenses que d’augmenter ses revenus.

Avez-vous déjà eu le même sentiment de ne pas avoir suffisament d’argent? Comme y avez-vous remédié?

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L’art de ne rien faire

Je suis hyperproductive.

Je suis constamment en mouvement. J’accomplis une tâche et je passe à la prochaine. Je suis une machine, routinière, programmée et bien huilée. Je sais exactement dans quel ordre je fais le ménage de mon appartement et combien de temps ça me prend; je vérifie mon horaire hebdomadaire le dimanche soir afin de planifier ma semaine, mes loisirs, mes sorties et trouver une heure pour faire mon épicerie là-dedans. Je suis toujours à l’heure (plutôt dix minutes à l’avance) et efficace dans la gestion de mes ressources.

Parfois ça m’éclate au visage. Quand je rate l’autobus. Quand quelqu’un arrive en retard. Quand un imprévu regarde par la fenêtre. Quand la 138 est fermée pendant deux heures. Quand le cadran ne sonne pas.

Depuis l’été dernier, j’essaie de pratiquer l’art de ne rien faire. La farniente. Les italiens savent de quoi ils parlent. Je me garde des grands bouts de temps libres pour faire ce qui me tente. Et parfois, ça se résume à ne rien faire.

Même pas prendre une marche tranquille, même pas regarder un film. Non, juste rien. Je ne fais rien. Je me couche sur mon lit et je regarde le plafond. Je laisse mes pensées vagabonder sans essayer de méditer. Je flatte mon chat, je me couche en cuillère avec lui parce que c’est une grosse guidoune. Je ne vais nulle part. Je ne produis rien. Je ne fais rien.

Ça été difficile de passer à travers la culpabilité qui m’envahissait à chaque fois que j’essayais de ne rien faire – même cinq minutes. Tu dois faire la vaisselle! Brûler des calories! Brosser le chat! Lire! Méditer! Planifier!

Maintenant, ça me plaît de ne rien faire. Particulièrement après une journée stressante au travail. J’arrive chez moi, je pitche mes affaires sur la table, je me change en linge mou et je vais me coucher pour dix ou quinze minutes. Je décompresse en ne faisant rien. C’est agréable, et ça m’aide à me replonger dans le mode production pour le reste de la soirée. Sauf quand je continue de ne rien faire.

C’est difficile de trouver son équilibre, dans la vie. Je suis une Grande Déséquilibrée. C’est toujours trop ou pas assez. Alors me permettre de pratiquer un peu ce grand art sans tomber dans le piège de la procrastination intense a été plutôt difficile. Mais ça a valu la peine. Je suis moins stressée. Je respire mieux. Et je me sens tout aussi productive qu’avant.

Et vous, prenez-vous parfois le temps de ne rien faire?

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Quatre semaines sans alcool: les résultats

Ben oui, ça fait quatre semaines depuis minuit que je n’ai pas bu d’alcool. Plus un jour, en fait.

Est-ce que je suis anti-alcool? Non. Faites dont ce que vous voulez, m’en fous.

Je parle de moi, là. Comme d’habitude. Joannie « Problèmes » M.-D.

Il y a quatre semaines, c’était le Lundi de Pâques et j’avais trop bu pendant genre deux jours, surtout le vendredi d’avant. J’étais à Baie-Comeau et on est allés à la microbrasserie et ça s’est fini en semi-engueulade pas-de-limites pas-de-tabous va-chier. (Ça change des crises de larmes habituelles.)

Le lundi, pendant le très long trajet pour revenir à Québec, j’ai réfléchi à ma consommation d’alcool et j’ai eu l’idée de ne pas boire pendant quatre semaines. Pour essayer. Ou plutôt réessayer. J’avais fait un Mois Sans Alcool en novembre 2014, mais je l’avais annoncé un peu en grandes pompes parce que je suis show off. Là, j’ai décidé de fermer ma gueule et de voir ce que ça donnerait.

Je me suis posé les questions suivantes:

  • Pourquoi je bois?
  • Est-ce que j’aime ça, boire?
  • Quels sont les effets de l’alcool sur moi? Mentalement, physiquement?
  • Est-ce que je suis capable de refuser de boire? Pourquoi?

La vérité c’est que c’est très facile de dire que je bois parce que j’aime ça. C’est vrai que j’aime le goût de la bière et du vin. J’aime les microbrasseries, parce qu’un artisan a eu du fun avec une cuve (ça sonne pornographique, ce l’est presque pas). J’aime la blanche l’été sur une terrasse, j’aime les bons accords mets-vin, j’aime essayer des nouvelles affaires.

Mais ça, c’est la raison-vernis, c’est la raison-du-dessus, la raison-socialement-acceptable. La raison-Québec parce que c’est la raison de tout le monde dans la Ville de Québec. Au moins au centre-ville. Genre les 19-38 ans. Ou même les 16-80 ans. Je sais pas. C’est tellement facile de se trouver des excuses.

Mais les vrais connaisseurs de vin crachent leurs gorgées dans un seau. Les vrais connaisseurs de bière, je sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que j’ai jamais craché une gorgée dans ma vie sauf de la tequila parce que c’est dégueulasse.

Alors pourquoi est-ce que je bois? Pour de multiples raisons. Parce que je suis inconfortable. Parce que je veux me dégêner. Parce que je suis stressée, ou fatiguée, ou apeurée, ou toutes ces choses-là en même temps, un cocktail émotionnel plus désagréable que de la tequila. Je bois parce que c’est gratuit, parce que c’est offert, parce que c’est poli; je bois parce que ça me fait danser, parce que ça me fait dire « les vrais affaires ». Je bois parce que tout le monde bois, je bois parce que je vis dans une société occidentale consommatrice qui valorise l’utilisation de certaines drogues et en prohibe d’autres. Je bois parce que je peux. Je bois parce que j’oublie.

Est-ce que j’aime ça?

Le goût, oui. Tout le reste, non.

Sur le coup, c’est sûr, j’aime l’effet. Je suis dégourdie, je suis drôle, j’ai de la répartie, je brille quasiment en société. Je drague, je m’amuse, je me sens vivante. Pendant une demi-heure, tout au plus deux heures, je vais flotter dans cette bulle merveilleuse, puis la bulle va m’éclater au visage et ça va mal finir. Ça va finir en Joannie qui titube-court dans les rues mal éclairées de Saint-Roch pour s’en aller chez eux, en Joannie qui pleure et/ou crie, fait des menaces, exagère et brise le coeur de tout le monde. En Joannie qui regrette et Joannie qui a tout oublié.

J’haïs tellement ça, me réveiller un lendemain de brosse et mettre toutes les pièces du casse-tête ensemble pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et à qui j’ai fait du mal (outre à moi-même).

C’est sûr que je ne perds pas la carte chaque fois que je bois. Pas comme avant. Je suis capable de me retenir. Je suis capable d’arrêter à deux ou trois bières. J’aurais envie de dire que j’ai cette capacité naturelle de m’arrêter et de ne pas franchir mes limites, mais je ne l’ai pas. D’habitude, si j’arrête, c’est soit que quelqu’un me suggère d’arrêter (sauf quand je suis trop avancée et que je les envoie paître), soit que je dois commencer à payer pour mon alcool (sauf quand je suis trop avancée et que je fous une tournée sur ma carte de crédit) ou bien parce qu’il n’y en a plus. Ce n’est pas l’envie de continuer qui manque. C’est juste une possibilité qui demande trop d’efforts.

Tous mes amis boivent. Mon chum boit. Ma famille boit. Je ne connais personne de sobre. À ma job, tous mes collègues boivent et il y a toujours plein de caisses de bonnes bières un jeudi sur deux, à la disponibilité de tout le monde dans la cafétéria pour nos réputés cinq à sept. J’habite à St-Roch où tout le monde boit tout le temps. En quinze minutes de marche je suis capable d’aller à un nombre incalculable de débits de boissons, que ce soit des bars, des microbrasseries, des pubs ou des restaurants avec une bonne carte d’alcool. Et je suis entourée de dépanneurs. On peut même s’organiser avec la petite épicerie sur St-Joseph. Seigneur, même dans nos dîners de département, on boit du vin avant de retourner travailler.

Quand j’ai fait mon novembre sans alcool en 2014, le monde s’était mis à m’haïr. J’étais sortie au resto avec deux amis et ils étaient fâchés de ne pas pouvoir sortir dans un bar après parce que je ne buvais pas. Ils voulaient aller à la P’tite Grenouille et ils avaient bien le droit, mais moi, je n’en avais pas envie. Être dans un bar de même, j’aimais déjà pas trop ça, mais à jeun, ça serait un calvaire. Je ne les ai jamais empêchés. Mais ils étaient fâchés. Et ils avaient dont, dont hâte au premier décembre.

Le premier décembre 2014 j’ai recommencé à boire. Me semble que j’avais hâte, moi aussi. Me semble que je le faisais pas pour les bonnes raisons. Peut-être juste pour me prouver que je le pouvais. Après tout, je ne suis pas alcoolique, je n’ai pas une forte dépendance à l’alcool. Je m’en passe régulièrement. Le problème, ce n’est pas de m’en passer; c’est de ne pas dépasser mes maudites limites.

Après tout, je suis borderline, j’ai de graves problèmes de limites.

Donc, le 16 avril dernier, j’ai bu quelque chose avec mon souper, je pense, une coupe de vin. Le 17 avril, j’ai décidé de ne plus boire pendant quatre semaines. La première semaine, j’ai été hyper malade, je n’avais pas du tout d’énergie. Facile de ne pas boire dans ce temps-là. À partir de la deuxième semaine j’étais à peu près remise. J’ai soupé chez ma soeur et j’ai poliment refusé la bière offerte. (Ils sont le fun, eux. Ils n’insistent jamais. C’est agréable. C’est différent.)

Je ne suis pas allée aux deux cinq à sept de ma job, le premier parce que j’étais plutôt malade, le deuxième parce que j’avais des commissions. Pas pour éviter de boire – mais mes collègues ont tendance à me mettre une bière débouchée dans les mains sans préavis. J’ai cette réputation de grande consommatrice d’alcool et elle me colle au cul depuis des années. C’est certain que je ne l’ai jamais vraiment découragée. Je l’avais même en Saskatchewan.

On est sortis au restaurant et j’ai bu de l’eau. On s’est fait des bons gros soupers du vendredi soir et j’ai bu de l’eau. On est même allés jouer aux quilles et je n’ai rien bu du tout, même si ils avaient de la Labatt 50.

Quand mon chum m’a dit qu’on allait chez son frère, en Beauce, pour la fête des mères et que j’ai regardé mon calendrier, j’ai compris que ce serait mon test final. Ça tombait pile avant la fin de mon quatre semaines. J’y suis allée seulement une fois, en mars, en revenant de mon voyage dans le sud. On m’a offert l’apéro à peu près dix minutes après mon arrivée. J’avais refusé, parce que j’étais hyper fatiguée et je savais que si je commençais à boire là, je n’allais pas rester jusqu’à la fin de la soirée.

J’ai créé une commotion. Ils faisaient des blagues, évidemment, ce n’était pas sérieux – « es-tu enceinte? » « Tu ne bois pas? » mais je me suis senti mal, impolie, marginale. J’ai pris une coupe de vin juste avant le souper et finalement j’ai un peu trop bu. J’ai rit fort, j’ai parlé fort et j’ai probablement été déplacée. Mais comme tout le monde avait bu, ça n’a pas paru.

J’anticipais, samedi en fin d’après-midi, dans l’auto avec le gros gâteau hyper chocolaté que j’avais cuisiné pour la fête de mon chum. Je n’avais pas envie de donner d’excuses, d’explications. En fait, je n’avais dit à personne, sauf à mon chum, que j’avais décidé de ne pas boire pendant quatre semaines. Ça faisait partie de l’expérience, je voulais voir comment les gens réagiraient à mes refus. Jusqu’à présent ça s’était bien passé (quelques questions insistantes de mes collègues, sans plus), mais ça pouvait déraper à tout moment. J’endure mal la pression. Et en plus je SPMais solide.

J’ai demandé de l’eau à la première ronde. J’ai eu quelques questions, mais rien d’extraordinaire. Au souper, je suis restée sur l’eau. Le beau-frère m’a taquinée, mais sans plus. Ça s’est bien passé. J’ai fini par relaxer et j’ai bien profité de ma soirée. Sans boire.

Le lendemain, mon beau-frère m’a encore demandé si j’étais enceinte parce que j’ai refusé un autre verre. Mon chum a fini par lâcher que je faisais un quatre semaines sans alcool. « Ah, tu aurais dû nous le dire! »

Non, j’aurais pas dû le dire.

Je n’ai pas à me justifier. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que j’aille une excuse pour ne pas boire? Ah, je suis fatiguée, ah, je travaille demain, ah, ça ne me tente juste pas? Si je refuse de fumer du pot, j’ai tu besoin d’une excuse? Si je refuse de la caféine après quinze heures? Si j’ai pas envie de ci ou de ça? Pourquoi est-ce que ne pas boire est tellement mal vu? Pourquoi est-ce que c’est considéré impoli de ne pas amener une bouteille de vin à un souper? J’aime ben mieux amener du dessert. J’aime ben mieux amener un gros sourire pis un beau gros merci-d’me-faire-à-souper-c’était-l’fun-on-refait-ça. Amener un board game pour la soirée ou rien du tout. J’ai envie de pouvoir sortir dans un pub sans me sentir obligée de boire, j’ai envie d’étouffer les gens qui me disent « tu viens pas de la Côte-Nord?! » quand je refuse une bière.

J’ai envie d’être libre.

Peut-être que je vais continuer à ne pas boire. Peut-être pas. C’est pas de vos maudites affaires.

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Récit d’un pot de pickles

Longue journée hier. Pluvieuse, grise et longue. Sur le chemin du retour, je fais un arrêt à l’épicerie, mon frigo est vide et mon estomac crie famine. J’ai envie d’une salade de pois chiches.

J’arrive chez moi les bras chargés et j’ouvre la porte au son des habituels miaulements affamés d’Azraël. Je poursuis avec ma routine habituelle – nourrir le chat, vider mes sacs, vider ma tête. Et je commence une salade de pois chiches.

Dans ma salade de pois chiches, il faut mettre un pickle coupé en petits morceaux. Le problème, c’est que la jarre dans le fond de mon frigo, que j’ai achetée il y a quelques mois de ça – janvier je pense – est impossible à ouvrir. J’ai essayé avec acharnement, mois après mois, chaque fois que j’avais envie d’un foutu cornichon, mais rien à faire. Elle restait obstinément scellée, me privant d’un délice polonais à l’ail.

J’avais tout essayé. Eau chaude. Eau froide. Élastique. Carré anti-dérapant. Varger sur le couvercle avec un couteau. Nope. Le monde des pickles m’a toujours été fermé.

Hier, je me sentais obstinée, encore plus obstinée que ma cruche de cornichons. Hier, je voulais vraiment mettre un pickle dans ma salade. C’en est la clé de voûte, l’umami, l’agent de liaison. Pas de cornichon, pas de salade de pois chiches. Pas de salade de pois chiches, pas de bonne humeur.

J’ai sorti le pot, je l’ai posé sur le comptoir. Je l’ai regardé. C’est à soir que ça se passe, ai-je pensé en me redressant mentalement les manches (j’étais en t-shirt). Le pot m’a dévisagé en retour. Try me, bitch, semblait-il me dire (il était apparemment anglophone malgré sa tête ronde). Just try and cry. You’ll never get to eat one o’ mines. Just fucking try.

Une main sur le couvercle, une main sur le pot plein de condensation. Ça glisse. Je force. Rien à faire. Je force un peu plus. Il ne bouge pas d’un millième de milimètre. Je l’entends rire, ce foutu contenant se moque de moi, il me nargue. Les cornichons à l’intérieur dansent doucement dans le vinaigre, s’entrechoquent, un ballet à l’aneth et à l’ail dont tous les mouvements ne dégagent qu’une chose: l’impossible.

Mais cette jarre me connait mal. Je suis Morissette-Dupuis. Je suis tête de cochon. Je suis feu. Je suis rage. Je suis féministe et il est hors de question que je demande à mon chum (absent de toute façon) d’ouvrir le pot. Je ne suis pas une princesse en détresse. Je suis une foutue déesse et je veux un foutu cornichon Ogórki. Maintenant.

Je ne lâche pas le pot du regard tout en réfléchissant à mes années de gym, à ma force acquise et développée, à mes biceps. À cette victoire d’un mardi soir qui m’attend. Au goût croustillant et doux du cornichon, haché finement, mélangé au reste de ma salade. Je salive. Je convoque tout ce qu’il me reste d’énergie. J’en appelle à mon couteau et je martèle le couvercle de coups secs, ça fonctionne toujours (sauf les trois fois précédentes avec cette jarre maudite), c’est un marteau, que dis-je, c’est une masse, c’est un don, un symbole. J’imagine mes voisins du dessus se demander combien de clous exactement je suis en train de planter dans mes murs. Ou si je suis en train de tuer mon chat.

Le couvercle bien martelé, je m’arme d’un carré anti-dérapant, j’en drape doucement le pot, d’un geste maternel. Tout va bien aller. lui murmurai-je tout en anticipant le goût de mon triomphe. Et je force.

Je serre, je bande mes muscles, et je force. Et le pot s’ouvre, répandant un flot de vinaigre sur le comptoir, sur mes vêtements, le plancher. L’alléchante odeur d’aneth flotte jusqu’à mes narines, je la hume et je ris de voir mon appartement ainsi inondé, de voir le pot ouvert. Je vais me changer et je retire avec délicatesse un cornichon du contenant, savourant mes succès, cette réussite de toutes les têtes de cochon de la Terre.

Ma salade de pois chiches était crissment bonne.

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Qu’est-ce qui est important pour toi?

Récemment j’ai pris une décision qui va entraîner des changements dans ma vie au cours de l’été. C’était il y a une semaine. Et la semaine passée, je suis devenue complètement folle.

Quand je deviens complètement folle, je fais des listes, je bâtis des fichiers Google Sheets, je calcule, je réfléchis, je me projette à 110%. Puis je retombe et ça fait toujours un peu mal. Ça, c’était vendredi. Grosse crise d’angoisse qui s’étire sur des heures.

Hier j’ai lu cet article qui m’a fait du bien. Qu’est-ce qui est important pour toi?

Le plus difficile avec cette question, c’est qu’il faut constamment se la poser. Genre, presque quotidiennement. Parce que chaque choix devrait être régi par cette question-là. Et chaque choix reflète en quelque sorte une réponse, parfois erronée.

Si je fais le choix de manger un sac de chips au complet, c’est parce que le plaisir sensoriel des chips est plus important pour moi, que l’éventuel impact sur ma santé. Etc.

Ça s’applique très bien au mouvement minimaliste dont je suis une fervente adepte depuis presque deux ans maintenant. J’ai trébuché quelques fois. On trébuche toujours. Mais je me relève. Et je vis encore la vie que je veux vivre.

Mais de me débarrasser d’une immense dette la semaine dernière m’a comme donné envie de dépenser. Soudainement, je me retrouve avec plein d’argent en surplus. Je n’ai toujours pas réussi à contacter ma conseillère financière pour appliquer cet argent-là sur mon prêt, alors il dort dans mon compte. (Je les rappelle demain, je promets.) Il est là et il m’énerve. Et depuis la semaine dernière j’ai plein d’idées sur la façon de dépenser ce surplus-là. Équipements de camping. Un nouveau tattoo. Des vêtements de gym. Et des choses que je dois acheter depuis longtemps – des lunettes et des broches (ainsi qu’un long et coûteux traitement dentaire pour arrêter d’avoir mal aux dents).

Alors j’ai fait une liste. Je l’ai ordonnée. Et je me suis assise. Je l’ai regardée. Et j’ai réfléchi.

Depuis que ma situation s’est stabilisée l’automne dernier, je suis très loin de vivre mal. J’ai un toit et amplement de nourriture. En fait, je sors trop au restaurant. J’ai des loisirs. Je lis des livres (vive la bibliothèque gratuite!). Je prends des marches (du moins quand il fait beau, ce qu’il ne fait pas depuis, quoi, mille ans?), je vais au gym, j’ai une vie sociale active. Et je n’achète pas de bébelles.

Je n’ai même pas l’impression de me priver. Je suis heureuse. Alors pourquoi vouloir plus?

Peut-être parce que soudainement c’est devenu important pour moi. Okay, j’ai vraiment envie de faire du camping cet été. Pas juste une fin de semaine. Plus cinq-six fins de semaine. Je n’en ai pas fait depuis 2014 et ça me tue. Mais je n’ai pas non plus envie d’emprunter une tente pour cinq-six fins de semaine en été. Donc j’ai pesé la dépense, j’y ai réfléchi, j’ai magasiné en ligne, voir les prix approximatifs. J’ai évité les pièges marketing. Et j’ai décidé de m’acheter une tente.

J’ai vraiment envie d’un nouveau tattoo. Depuis des années. Et chaque fois je me disais que je me le payerais quand je le pourrais. Devine quoi? Je peux! Mais le timing est hyper nul, parce qu’un nouveau tattoo ne doit pas être exposé au soleil et devinez quoi, c’est le printemps et ensuite l’été. Donc ça ira à l’automne. Qui sait? Peut-être que l’envie me passera d’ici là. (Elle ne m’a pas passé en cinq ans, donc je pense pas.)

Ça me prend des nouvelles lunettes. J’ai un rendez-vous chez l’optométriste dans deux semaines parce que ça fait trois ans que je n’y suis pas allée. Oops. Mes lunettes me donnent mal à la tête. Mais je ne tomberai pas dans le piège des montures designer à quatre cent piaces. J’ai magasiné les lunetteries et ça va me coûter une centaine de dollars pour une nouvelle paire bien ajustée.

Et ça me prend absolument des broches. J’ai un rendez-vous chez le dentiste en septembre et je vais commencer à magasiner un chirurgien après. Là, on parle de plusieurs milliers de dollars, couverts à 0% vu que je n’ai pas d’assurance dentaire. Mais je suis écoeurée d’avoir mal aux dents. Je vais me faire casser la mâchoire. Ugh. Et payer pour en plus. Re-UGH. Ça sonne tellement con. Avoir des broches à 27 ans. Peut-être que ça va faire disparaître mes cheveux blancs?

Qui sait. On fait des choix. J’ai décidé de ce qui était important pour moi. Est-ce que ça tombe nécessairement dans la définition classique du minimalisme? Sûrement pas. Est-ce que je m’en fous? Je devrais, non? Facile à dire. Mais je suis championne dans le mettage de pression sur soi-même. C’est facile de me dire que je dois couper plus, que je dépense trop, que je ne suis pas assez ci et ça. Que j’aime trop la couleur, pas assez le noir et blanc, que je vais trop au restaurant, que je ne mange pas assez végétalien. Et bla, et bla, et bla.

Mais au final si je suis passablement heureuse depuis l’automne, c’est que j’en fais assez, non?

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