L’art de ne rien faire

Je suis hyperproductive.

Je suis constamment en mouvement. J’accomplis une tâche et je passe à la prochaine. Je suis une machine, routinière, programmée et bien huilée. Je sais exactement dans quel ordre je fais le ménage de mon appartement et combien de temps ça me prend; je vérifie mon horaire hebdomadaire le dimanche soir afin de planifier ma semaine, mes loisirs, mes sorties et trouver une heure pour faire mon épicerie là-dedans. Je suis toujours à l’heure (plutôt dix minutes à l’avance) et efficace dans la gestion de mes ressources.

Parfois ça m’éclate au visage. Quand je rate l’autobus. Quand quelqu’un arrive en retard. Quand un imprévu regarde par la fenêtre. Quand la 138 est fermée pendant deux heures. Quand le cadran ne sonne pas.

Depuis l’été dernier, j’essaie de pratiquer l’art de ne rien faire. La farniente. Les italiens savent de quoi ils parlent. Je me garde des grands bouts de temps libres pour faire ce qui me tente. Et parfois, ça se résume à ne rien faire.

Même pas prendre une marche tranquille, même pas regarder un film. Non, juste rien. Je ne fais rien. Je me couche sur mon lit et je regarde le plafond. Je laisse mes pensées vagabonder sans essayer de méditer. Je flatte mon chat, je me couche en cuillère avec lui parce que c’est une grosse guidoune. Je ne vais nulle part. Je ne produis rien. Je ne fais rien.

Ça été difficile de passer à travers la culpabilité qui m’envahissait à chaque fois que j’essayais de ne rien faire – même cinq minutes. Tu dois faire la vaisselle! Brûler des calories! Brosser le chat! Lire! Méditer! Planifier!

Maintenant, ça me plaît de ne rien faire. Particulièrement après une journée stressante au travail. J’arrive chez moi, je pitche mes affaires sur la table, je me change en linge mou et je vais me coucher pour dix ou quinze minutes. Je décompresse en ne faisant rien. C’est agréable, et ça m’aide à me replonger dans le mode production pour le reste de la soirée. Sauf quand je continue de ne rien faire.

C’est difficile de trouver son équilibre, dans la vie. Je suis une Grande Déséquilibrée. C’est toujours trop ou pas assez. Alors me permettre de pratiquer un peu ce grand art sans tomber dans le piège de la procrastination intense a été plutôt difficile. Mais ça a valu la peine. Je suis moins stressée. Je respire mieux. Et je me sens tout aussi productive qu’avant.

Et vous, prenez-vous parfois le temps de ne rien faire?

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Quatre semaines sans alcool: les résultats

Ben oui, ça fait quatre semaines depuis minuit que je n’ai pas bu d’alcool. Plus un jour, en fait.

Est-ce que je suis anti-alcool? Non. Faites dont ce que vous voulez, m’en fous.

Je parle de moi, là. Comme d’habitude. Joannie « Problèmes » M.-D.

Il y a quatre semaines, c’était le Lundi de Pâques et j’avais trop bu pendant genre deux jours, surtout le vendredi d’avant. J’étais à Baie-Comeau et on est allés à la microbrasserie et ça s’est fini en semi-engueulade pas-de-limites pas-de-tabous va-chier. (Ça change des crises de larmes habituelles.)

Le lundi, pendant le très long trajet pour revenir à Québec, j’ai réfléchi à ma consommation d’alcool et j’ai eu l’idée de ne pas boire pendant quatre semaines. Pour essayer. Ou plutôt réessayer. J’avais fait un Mois Sans Alcool en novembre 2014, mais je l’avais annoncé un peu en grandes pompes parce que je suis show off. Là, j’ai décidé de fermer ma gueule et de voir ce que ça donnerait.

Je me suis posé les questions suivantes:

  • Pourquoi je bois?
  • Est-ce que j’aime ça, boire?
  • Quels sont les effets de l’alcool sur moi? Mentalement, physiquement?
  • Est-ce que je suis capable de refuser de boire? Pourquoi?

La vérité c’est que c’est très facile de dire que je bois parce que j’aime ça. C’est vrai que j’aime le goût de la bière et du vin. J’aime les microbrasseries, parce qu’un artisan a eu du fun avec une cuve (ça sonne pornographique, ce l’est presque pas). J’aime la blanche l’été sur une terrasse, j’aime les bons accords mets-vin, j’aime essayer des nouvelles affaires.

Mais ça, c’est la raison-vernis, c’est la raison-du-dessus, la raison-socialement-acceptable. La raison-Québec parce que c’est la raison de tout le monde dans la Ville de Québec. Au moins au centre-ville. Genre les 19-38 ans. Ou même les 16-80 ans. Je sais pas. C’est tellement facile de se trouver des excuses.

Mais les vrais connaisseurs de vin crachent leurs gorgées dans un seau. Les vrais connaisseurs de bière, je sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que j’ai jamais craché une gorgée dans ma vie sauf de la tequila parce que c’est dégueulasse.

Alors pourquoi est-ce que je bois? Pour de multiples raisons. Parce que je suis inconfortable. Parce que je veux me dégêner. Parce que je suis stressée, ou fatiguée, ou apeurée, ou toutes ces choses-là en même temps, un cocktail émotionnel plus désagréable que de la tequila. Je bois parce que c’est gratuit, parce que c’est offert, parce que c’est poli; je bois parce que ça me fait danser, parce que ça me fait dire « les vrais affaires ». Je bois parce que tout le monde bois, je bois parce que je vis dans une société occidentale consommatrice qui valorise l’utilisation de certaines drogues et en prohibe d’autres. Je bois parce que je peux. Je bois parce que j’oublie.

Est-ce que j’aime ça?

Le goût, oui. Tout le reste, non.

Sur le coup, c’est sûr, j’aime l’effet. Je suis dégourdie, je suis drôle, j’ai de la répartie, je brille quasiment en société. Je drague, je m’amuse, je me sens vivante. Pendant une demi-heure, tout au plus deux heures, je vais flotter dans cette bulle merveilleuse, puis la bulle va m’éclater au visage et ça va mal finir. Ça va finir en Joannie qui titube-court dans les rues mal éclairées de Saint-Roch pour s’en aller chez eux, en Joannie qui pleure et/ou crie, fait des menaces, exagère et brise le coeur de tout le monde. En Joannie qui regrette et Joannie qui a tout oublié.

J’haïs tellement ça, me réveiller un lendemain de brosse et mettre toutes les pièces du casse-tête ensemble pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et à qui j’ai fait du mal (outre à moi-même).

C’est sûr que je ne perds pas la carte chaque fois que je bois. Pas comme avant. Je suis capable de me retenir. Je suis capable d’arrêter à deux ou trois bières. J’aurais envie de dire que j’ai cette capacité naturelle de m’arrêter et de ne pas franchir mes limites, mais je ne l’ai pas. D’habitude, si j’arrête, c’est soit que quelqu’un me suggère d’arrêter (sauf quand je suis trop avancée et que je les envoie paître), soit que je dois commencer à payer pour mon alcool (sauf quand je suis trop avancée et que je fous une tournée sur ma carte de crédit) ou bien parce qu’il n’y en a plus. Ce n’est pas l’envie de continuer qui manque. C’est juste une possibilité qui demande trop d’efforts.

Tous mes amis boivent. Mon chum boit. Ma famille boit. Je ne connais personne de sobre. À ma job, tous mes collègues boivent et il y a toujours plein de caisses de bonnes bières un jeudi sur deux, à la disponibilité de tout le monde dans la cafétéria pour nos réputés cinq à sept. J’habite à St-Roch où tout le monde boit tout le temps. En quinze minutes de marche je suis capable d’aller à un nombre incalculable de débits de boissons, que ce soit des bars, des microbrasseries, des pubs ou des restaurants avec une bonne carte d’alcool. Et je suis entourée de dépanneurs. On peut même s’organiser avec la petite épicerie sur St-Joseph. Seigneur, même dans nos dîners de département, on boit du vin avant de retourner travailler.

Quand j’ai fait mon novembre sans alcool en 2014, le monde s’était mis à m’haïr. J’étais sortie au resto avec deux amis et ils étaient fâchés de ne pas pouvoir sortir dans un bar après parce que je ne buvais pas. Ils voulaient aller à la P’tite Grenouille et ils avaient bien le droit, mais moi, je n’en avais pas envie. Être dans un bar de même, j’aimais déjà pas trop ça, mais à jeun, ça serait un calvaire. Je ne les ai jamais empêchés. Mais ils étaient fâchés. Et ils avaient dont, dont hâte au premier décembre.

Le premier décembre 2014 j’ai recommencé à boire. Me semble que j’avais hâte, moi aussi. Me semble que je le faisais pas pour les bonnes raisons. Peut-être juste pour me prouver que je le pouvais. Après tout, je ne suis pas alcoolique, je n’ai pas une forte dépendance à l’alcool. Je m’en passe régulièrement. Le problème, ce n’est pas de m’en passer; c’est de ne pas dépasser mes maudites limites.

Après tout, je suis borderline, j’ai de graves problèmes de limites.

Donc, le 16 avril dernier, j’ai bu quelque chose avec mon souper, je pense, une coupe de vin. Le 17 avril, j’ai décidé de ne plus boire pendant quatre semaines. La première semaine, j’ai été hyper malade, je n’avais pas du tout d’énergie. Facile de ne pas boire dans ce temps-là. À partir de la deuxième semaine j’étais à peu près remise. J’ai soupé chez ma soeur et j’ai poliment refusé la bière offerte. (Ils sont le fun, eux. Ils n’insistent jamais. C’est agréable. C’est différent.)

Je ne suis pas allée aux deux cinq à sept de ma job, le premier parce que j’étais plutôt malade, le deuxième parce que j’avais des commissions. Pas pour éviter de boire – mais mes collègues ont tendance à me mettre une bière débouchée dans les mains sans préavis. J’ai cette réputation de grande consommatrice d’alcool et elle me colle au cul depuis des années. C’est certain que je ne l’ai jamais vraiment découragée. Je l’avais même en Saskatchewan.

On est sortis au restaurant et j’ai bu de l’eau. On s’est fait des bons gros soupers du vendredi soir et j’ai bu de l’eau. On est même allés jouer aux quilles et je n’ai rien bu du tout, même si ils avaient de la Labatt 50.

Quand mon chum m’a dit qu’on allait chez son frère, en Beauce, pour la fête des mères et que j’ai regardé mon calendrier, j’ai compris que ce serait mon test final. Ça tombait pile avant la fin de mon quatre semaines. J’y suis allée seulement une fois, en mars, en revenant de mon voyage dans le sud. On m’a offert l’apéro à peu près dix minutes après mon arrivée. J’avais refusé, parce que j’étais hyper fatiguée et je savais que si je commençais à boire là, je n’allais pas rester jusqu’à la fin de la soirée.

J’ai créé une commotion. Ils faisaient des blagues, évidemment, ce n’était pas sérieux – « es-tu enceinte? » « Tu ne bois pas? » mais je me suis senti mal, impolie, marginale. J’ai pris une coupe de vin juste avant le souper et finalement j’ai un peu trop bu. J’ai rit fort, j’ai parlé fort et j’ai probablement été déplacée. Mais comme tout le monde avait bu, ça n’a pas paru.

J’anticipais, samedi en fin d’après-midi, dans l’auto avec le gros gâteau hyper chocolaté que j’avais cuisiné pour la fête de mon chum. Je n’avais pas envie de donner d’excuses, d’explications. En fait, je n’avais dit à personne, sauf à mon chum, que j’avais décidé de ne pas boire pendant quatre semaines. Ça faisait partie de l’expérience, je voulais voir comment les gens réagiraient à mes refus. Jusqu’à présent ça s’était bien passé (quelques questions insistantes de mes collègues, sans plus), mais ça pouvait déraper à tout moment. J’endure mal la pression. Et en plus je SPMais solide.

J’ai demandé de l’eau à la première ronde. J’ai eu quelques questions, mais rien d’extraordinaire. Au souper, je suis restée sur l’eau. Le beau-frère m’a taquinée, mais sans plus. Ça s’est bien passé. J’ai fini par relaxer et j’ai bien profité de ma soirée. Sans boire.

Le lendemain, mon beau-frère m’a encore demandé si j’étais enceinte parce que j’ai refusé un autre verre. Mon chum a fini par lâcher que je faisais un quatre semaines sans alcool. « Ah, tu aurais dû nous le dire! »

Non, j’aurais pas dû le dire.

Je n’ai pas à me justifier. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que j’aille une excuse pour ne pas boire? Ah, je suis fatiguée, ah, je travaille demain, ah, ça ne me tente juste pas? Si je refuse de fumer du pot, j’ai tu besoin d’une excuse? Si je refuse de la caféine après quinze heures? Si j’ai pas envie de ci ou de ça? Pourquoi est-ce que ne pas boire est tellement mal vu? Pourquoi est-ce que c’est considéré impoli de ne pas amener une bouteille de vin à un souper? J’aime ben mieux amener du dessert. J’aime ben mieux amener un gros sourire pis un beau gros merci-d’me-faire-à-souper-c’était-l’fun-on-refait-ça. Amener un board game pour la soirée ou rien du tout. J’ai envie de pouvoir sortir dans un pub sans me sentir obligée de boire, j’ai envie d’étouffer les gens qui me disent « tu viens pas de la Côte-Nord?! » quand je refuse une bière.

J’ai envie d’être libre.

Peut-être que je vais continuer à ne pas boire. Peut-être pas. C’est pas de vos maudites affaires.

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Récit d’un pot de pickles

Longue journée hier. Pluvieuse, grise et longue. Sur le chemin du retour, je fais un arrêt à l’épicerie, mon frigo est vide et mon estomac crie famine. J’ai envie d’une salade de pois chiches.

J’arrive chez moi les bras chargés et j’ouvre la porte au son des habituels miaulements affamés d’Azraël. Je poursuis avec ma routine habituelle – nourrir le chat, vider mes sacs, vider ma tête. Et je commence une salade de pois chiches.

Dans ma salade de pois chiches, il faut mettre un pickle coupé en petits morceaux. Le problème, c’est que la jarre dans le fond de mon frigo, que j’ai achetée il y a quelques mois de ça – janvier je pense – est impossible à ouvrir. J’ai essayé avec acharnement, mois après mois, chaque fois que j’avais envie d’un foutu cornichon, mais rien à faire. Elle restait obstinément scellée, me privant d’un délice polonais à l’ail.

J’avais tout essayé. Eau chaude. Eau froide. Élastique. Carré anti-dérapant. Varger sur le couvercle avec un couteau. Nope. Le monde des pickles m’a toujours été fermé.

Hier, je me sentais obstinée, encore plus obstinée que ma cruche de cornichons. Hier, je voulais vraiment mettre un pickle dans ma salade. C’en est la clé de voûte, l’umami, l’agent de liaison. Pas de cornichon, pas de salade de pois chiches. Pas de salade de pois chiches, pas de bonne humeur.

J’ai sorti le pot, je l’ai posé sur le comptoir. Je l’ai regardé. C’est à soir que ça se passe, ai-je pensé en me redressant mentalement les manches (j’étais en t-shirt). Le pot m’a dévisagé en retour. Try me, bitch, semblait-il me dire (il était apparemment anglophone malgré sa tête ronde). Just try and cry. You’ll never get to eat one o’ mines. Just fucking try.

Une main sur le couvercle, une main sur le pot plein de condensation. Ça glisse. Je force. Rien à faire. Je force un peu plus. Il ne bouge pas d’un millième de milimètre. Je l’entends rire, ce foutu contenant se moque de moi, il me nargue. Les cornichons à l’intérieur dansent doucement dans le vinaigre, s’entrechoquent, un ballet à l’aneth et à l’ail dont tous les mouvements ne dégagent qu’une chose: l’impossible.

Mais cette jarre me connait mal. Je suis Morissette-Dupuis. Je suis tête de cochon. Je suis feu. Je suis rage. Je suis féministe et il est hors de question que je demande à mon chum (absent de toute façon) d’ouvrir le pot. Je ne suis pas une princesse en détresse. Je suis une foutue déesse et je veux un foutu cornichon Ogórki. Maintenant.

Je ne lâche pas le pot du regard tout en réfléchissant à mes années de gym, à ma force acquise et développée, à mes biceps. À cette victoire d’un mardi soir qui m’attend. Au goût croustillant et doux du cornichon, haché finement, mélangé au reste de ma salade. Je salive. Je convoque tout ce qu’il me reste d’énergie. J’en appelle à mon couteau et je martèle le couvercle de coups secs, ça fonctionne toujours (sauf les trois fois précédentes avec cette jarre maudite), c’est un marteau, que dis-je, c’est une masse, c’est un don, un symbole. J’imagine mes voisins du dessus se demander combien de clous exactement je suis en train de planter dans mes murs. Ou si je suis en train de tuer mon chat.

Le couvercle bien martelé, je m’arme d’un carré anti-dérapant, j’en drape doucement le pot, d’un geste maternel. Tout va bien aller. lui murmurai-je tout en anticipant le goût de mon triomphe. Et je force.

Je serre, je bande mes muscles, et je force. Et le pot s’ouvre, répandant un flot de vinaigre sur le comptoir, sur mes vêtements, le plancher. L’alléchante odeur d’aneth flotte jusqu’à mes narines, je la hume et je ris de voir mon appartement ainsi inondé, de voir le pot ouvert. Je vais me changer et je retire avec délicatesse un cornichon du contenant, savourant mes succès, cette réussite de toutes les têtes de cochon de la Terre.

Ma salade de pois chiches était crissment bonne.

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Qu’est-ce qui est important pour toi?

Récemment j’ai pris une décision qui va entraîner des changements dans ma vie au cours de l’été. C’était il y a une semaine. Et la semaine passée, je suis devenue complètement folle.

Quand je deviens complètement folle, je fais des listes, je bâtis des fichiers Google Sheets, je calcule, je réfléchis, je me projette à 110%. Puis je retombe et ça fait toujours un peu mal. Ça, c’était vendredi. Grosse crise d’angoisse qui s’étire sur des heures.

Hier j’ai lu cet article qui m’a fait du bien. Qu’est-ce qui est important pour toi?

Le plus difficile avec cette question, c’est qu’il faut constamment se la poser. Genre, presque quotidiennement. Parce que chaque choix devrait être régi par cette question-là. Et chaque choix reflète en quelque sorte une réponse, parfois erronée.

Si je fais le choix de manger un sac de chips au complet, c’est parce que le plaisir sensoriel des chips est plus important pour moi, que l’éventuel impact sur ma santé. Etc.

Ça s’applique très bien au mouvement minimaliste dont je suis une fervente adepte depuis presque deux ans maintenant. J’ai trébuché quelques fois. On trébuche toujours. Mais je me relève. Et je vis encore la vie que je veux vivre.

Mais de me débarrasser d’une immense dette la semaine dernière m’a comme donné envie de dépenser. Soudainement, je me retrouve avec plein d’argent en surplus. Je n’ai toujours pas réussi à contacter ma conseillère financière pour appliquer cet argent-là sur mon prêt, alors il dort dans mon compte. (Je les rappelle demain, je promets.) Il est là et il m’énerve. Et depuis la semaine dernière j’ai plein d’idées sur la façon de dépenser ce surplus-là. Équipements de camping. Un nouveau tattoo. Des vêtements de gym. Et des choses que je dois acheter depuis longtemps – des lunettes et des broches (ainsi qu’un long et coûteux traitement dentaire pour arrêter d’avoir mal aux dents).

Alors j’ai fait une liste. Je l’ai ordonnée. Et je me suis assise. Je l’ai regardée. Et j’ai réfléchi.

Depuis que ma situation s’est stabilisée l’automne dernier, je suis très loin de vivre mal. J’ai un toit et amplement de nourriture. En fait, je sors trop au restaurant. J’ai des loisirs. Je lis des livres (vive la bibliothèque gratuite!). Je prends des marches (du moins quand il fait beau, ce qu’il ne fait pas depuis, quoi, mille ans?), je vais au gym, j’ai une vie sociale active. Et je n’achète pas de bébelles.

Je n’ai même pas l’impression de me priver. Je suis heureuse. Alors pourquoi vouloir plus?

Peut-être parce que soudainement c’est devenu important pour moi. Okay, j’ai vraiment envie de faire du camping cet été. Pas juste une fin de semaine. Plus cinq-six fins de semaine. Je n’en ai pas fait depuis 2014 et ça me tue. Mais je n’ai pas non plus envie d’emprunter une tente pour cinq-six fins de semaine en été. Donc j’ai pesé la dépense, j’y ai réfléchi, j’ai magasiné en ligne, voir les prix approximatifs. J’ai évité les pièges marketing. Et j’ai décidé de m’acheter une tente.

J’ai vraiment envie d’un nouveau tattoo. Depuis des années. Et chaque fois je me disais que je me le payerais quand je le pourrais. Devine quoi? Je peux! Mais le timing est hyper nul, parce qu’un nouveau tattoo ne doit pas être exposé au soleil et devinez quoi, c’est le printemps et ensuite l’été. Donc ça ira à l’automne. Qui sait? Peut-être que l’envie me passera d’ici là. (Elle ne m’a pas passé en cinq ans, donc je pense pas.)

Ça me prend des nouvelles lunettes. J’ai un rendez-vous chez l’optométriste dans deux semaines parce que ça fait trois ans que je n’y suis pas allée. Oops. Mes lunettes me donnent mal à la tête. Mais je ne tomberai pas dans le piège des montures designer à quatre cent piaces. J’ai magasiné les lunetteries et ça va me coûter une centaine de dollars pour une nouvelle paire bien ajustée.

Et ça me prend absolument des broches. J’ai un rendez-vous chez le dentiste en septembre et je vais commencer à magasiner un chirurgien après. Là, on parle de plusieurs milliers de dollars, couverts à 0% vu que je n’ai pas d’assurance dentaire. Mais je suis écoeurée d’avoir mal aux dents. Je vais me faire casser la mâchoire. Ugh. Et payer pour en plus. Re-UGH. Ça sonne tellement con. Avoir des broches à 27 ans. Peut-être que ça va faire disparaître mes cheveux blancs?

Qui sait. On fait des choix. J’ai décidé de ce qui était important pour moi. Est-ce que ça tombe nécessairement dans la définition classique du minimalisme? Sûrement pas. Est-ce que je m’en fous? Je devrais, non? Facile à dire. Mais je suis championne dans le mettage de pression sur soi-même. C’est facile de me dire que je dois couper plus, que je dépense trop, que je ne suis pas assez ci et ça. Que j’aime trop la couleur, pas assez le noir et blanc, que je vais trop au restaurant, que je ne mange pas assez végétalien. Et bla, et bla, et bla.

Mais au final si je suis passablement heureuse depuis l’automne, c’est que j’en fais assez, non?

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J’ai (encore) fini de payer ma carte de crédit

J’ai eu ma première carte de crédit à dix-huit ans. Une carte Desjardins pour étudiant, avec 300 dollars de marge.

Depuis, ça a dégénéré un peu. À mesure que j’augmentais ma limite de crédit, j’augmentais mon solde dû. Je ne sais pas trop à quoi je pensais – en fait, je ne pensais pas du tout. Dans ma petite tête, c’était de l’argent, c’était pareil que d’utiliser ma carte de débit. Oops.

Je me suis endettée d’abord pour décorer mon nouvel appartement (et le premier qui était vraiment à moi), et pour les habituelles sorties étudiantes: bars, restaurants. Rendue à l’université, je payais le minimum dû chaque mois et je profitais presque immédiatement du comble pour atteindre ma limite à nouveau. J’ai reçu deux ou trois lettres parce que j’avais dépassé ma limite. Mais quand je descendais un peu mon solde, ils me l’augmentaient. Non, en fait, ils me proposaient de l’augmenter, ce que je faisais avec joie. Deux clics et j’avais accès à mille piaces de plus! Woohoo!

En 2014, après un coûteux voyage à Hawaii, chargé à 100% sur mon crédit, j’ai atteint un fond. J’ai fini par rencontrer un conseiller financier et j’ai concilié mes dettes. Exit le solde; ma carte de crédit est revenue à zéro, bam, comme ça.

Heu… pour quelques mois du moins.

Deux mois plus tard je suis déménagée en Saskatchewan et pendant quatre mois je n’ai pas eu d’emploi. J’ai travaillé à mon compte, faisant de la comptabilité pour quelques entreprises, mais ça me donnait à peine de quoi manger. Mon ex payait presque toutes nos dépenses mais j’étais en charge de l’épicerie et de mes dépenses personnelles, comme mon essence et mon cellulaire. Évidemment… tout s’en allait sur la carte de crédit.

En six mois j’avais de nouveau atteint ma limite, en plus de mon prêt pour conciliation de dettes. Oops.

À l’été 2015 j’ai commencé (enfin?!) à prendre mes finances en mains et à arrêter de dépenser. Dépenser était une sortie de secours. Quand j’avais le moral à terre, je me permettais une journée magasinage. Quand je voyais quelque chose en ligne dont j’avais envie, je l’achetais immédiatement, sans trop réfléchir. Des vêtements, des livres. Je me payais des sorties au restaurant, du vin, de la bière, des spectacles. Et rien de tout ça ne valait les intérêts de 10.95%.

J’ai découvert le mouvement minimaliste et j’ai commencé à revoir mes habitudes de consommation. Depuis, c’est un travail constant de questionnement, de réflexion, de ménage. Je ne vais pas vous surprendre en affirmant que nous vivons dans une société qui prône la (sur)consommation. Il faut tout faire et tout avoir pour être heureux, en 2017. Ça fait presque deux ans que je ne fais plus tout et que je n’ai plus rien, et j’en suis infiniment plus heureuse.

Ce matin, j’ai reçu ma paye. Ce matin, j’ai versé le solde complet dû sur ma carte de crédit pour la première fois depuis janvier 2015. Pour me faire plaisir, j’ai même coché l’option « solde dû ». J’ai confirmé d’un clic. Et j’ai sourit.

La seule dette qu’il me reste est ce prêt pour conciliation de dettes. Techniquement, je pourrais seulement continuer mes versements bihebdomadaires et en finir en 2019. Mais 2019 c’est trop loin, et le total des intérêts me fait grincer des dents, alors je vais continuer à vivre comme je le fais – en mettant tout mon argent supplémentaire sur le prêt, maintenant que la carte de crédit est terminée.

Et j’ai tout un plan pour la suite. Augmenter mon CELI (futur cashdown pour une maison), augmenter mes REER (parce que c’est pas très payant le RRQ). Cette semaine j’ai aussi commencé à mettre de côté de l’argent pour mon voyage en Irlande l’an prochain, par versements automatiques dans un compte épargne. Et ensuite? On verra.

Je n’ai même plus l’impression de me priver. Je vais encore au restaurant de temps en temps, je me paye des vêtements. Mais je le fais parce que j’en ai vraiment envie, parce que c’est réfléchi. Jamais impulsivement. Et jamais sur ma carte de crédit.

Ça va m’avoir pris presque sept ans à le comprendre, mais bon. Je ne reviendrais pas en arrière. Parce que j’ai appris une maudite bonne leçon. Je n’ai pas envie d’être endettée. Ça me pue au nez.

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L’exclusion des femmes

J’ai eu une conversation (argumentation) déroutante avec un membre (masculin) de ma famille récemment. Il concernait le code vestimentaire de l’école secondaire.

Quand j’ai commencé mon secondaire en 2002, il n’y en avait pas en place. Je pense que c’est un an ou deux plus tard qu’il fut instauré. Et j’étais souvent la cible des surveillantes qui me demandaient de zipper mon chandail à capuchon pour cacher ma généreuse craque de seins parce que c’était contre le règlement.

Vendredi dernier, je ne me rappelle pas comment c’est venu sur le sujet, mais c’est arrivé et je me suis plains, parce que j’ai toujours trouvé les codes vestimentaires 1- injustes, 2- réducteurs, 3- sexistes. Ça n’a pas passé au conseil. Et l’argument final de mon adversaire a été ceci:

Les femmes doivent s’adapter à la société ou bien la quitter.

Donc, moi, élève de seize ans persécutée parce que j’avais des grosses boules, je devais m’adapter à ce que la société avait décidé pour moi ou m’en aller (où? Comment? J’ai seize ans!).

Appliquons ce principe dans la vie en général. Une femme fille indienne mariée à un étranger à onze ans devra donc s’adapter aux principes de sa société (le mariage infantile) ou s’en aller (du haut de ses jambes de onze ans) dans une autre société de son choix qui, je présume, ne la forcera pas à se marier avec un étranger de quatre fois son âge.

Une femme qui (espérons-le!) n’est pas d’accord avec le principe des meurtres d’honneur n’a qu’à quitter cette société, pour une qui n’accepte pas les meurtres d’honneur. (Au risque d’être victime du meurtre d’honneur dans le processus.) (Ça n’a pourtant pas sauvé les femmes Shafia.)

J’exagère. Je compare un code vestimentaire à des cas beaucoup plus graves. Je sais. Mais où tracer la ligne? Qu’est-ce qui est acceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas?

La réponse facile serait qu’on devrait accepter ce qui ne brime pas les droits et libertés des personnes, incluant les femmes. Pourtant, m’imposer un code vestimentaire, parce que la société a décidé qu’une craque de seins de plus qu’un tiers de pouce est inacceptable, n’est-ce pas brimer ma liberté? Est-ce que ça ne constitue pas du profilage? Pourquoi mes camarades Bonnets B n’avaient pas à subir ce que nous Bonnets DD subissions? Est-ce qu’une épaule ou un demi-pouce de peau visible entre les pantalons et le chandail va… heu… c’est quoi au juste, le pourquoi des codes vestimentaires? Je ne l’ai jamais vraiment su.

Ah oui, c’est vrai – parce que la société est de même.

J’ai essayé de trouver une copie du code vestimentaire de mon école secondaire en ligne, malheureusement non disponible. De mémoire, le seul règlement concernant les hommes était qu’ils ne pouvaient pas porter de vêtements avec des messages haineux, sexuels ou violents, que ce soit en texte ou en image. Pour les filles… il y avait des mesures à respecter, genre en centimètres et/ou en pouces, des parties du corps qui étaient jugées acceptables ou pas, des longueurs de jupe, des largeurss. Je suis étonnée qu’ils n’exigeaient pas qu’on se rase les aisselles. Du poil féminin, j’imagine que c’est aussi distrayant qu’une craque de cul.

Est-ce que je prône l’anarchie? Non. Un certain savoir-vivre est toujours nécessaire en société. C’est ce qu’on appelle la civilisation. Mais l’éradication des libertés d’une jeune femme de seize ans qui ne veut pas porter des cols roulés à l’année longue (ou subir une réduction mammaire), c’est

1- Injuste,

2- Réducteur,

3- Sexiste.

CQFD.

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Vivre ses rêves ou rêver sa vie

Non mais quel tas de merde de taureau que cette maxime. Il vaut mieux vivre ses rêves que de rêver sa vie! Si on veut on peut! $$$$$$!

Je me suis récemment abonné au blogue de Mark Manson, parce que je suis tombée sur un de ses articles et que je l’ai trouvé vraiment intéressant. Jusqu’à présent, pas de déception – il est régulier et toujours aussi intéressant qu’il y a deux semaines. Celui que j’ai lu aujourd’hui s’intitule Why Some Dreams Should Not Be Pursued, et il tombe à point dans ma vie.

Ne vous méprenez pas – je ne pense pas que de poursuivre ses rêves ne sert à rien, que c’est de la merde inutile. Je pense plutôt qu’il faut arrêter de mettre tout son focus, son énergie et ses pensées sur ces rêves – ou sur certains d’entre eux – parce qu’ils ne doivent pas être réalisés, comme l’explique l’article de Mark Manson.

J’ai eu beaucoup de rêves. J’en ai encore beaucoup. Et j’en ai laissé tomber – en actions – justement parce que je voulais le but, mais pas le travail. J’ai toujours voulu écrire et publier un livre (et ça fait encore partie de mes fantasmes), mais je n’ai pas envie de m’asseoir chaque jour et d’écrire, de passer au travers de toutes les étapes du processus créatif et, ensuite, par les étapes encore plus chiantes du processus de publication. Quand j’ai plus ou moins arrêté d’écrire, après l’université, pendant des années je me suis senti mal, parce que je pensais que j’étais obligée d’écrire. Parce que j’avais commencé des études en littérature, parce que tout le monde me disait à quel point j’avais du talent. Parce que c’est ce que j’aimais faire. Heu… vraiment? Non, en fait, écrire (traditionnellement, je ne parle pas de mon blogue) me faisait chier. Je n’y retrouvais plus ce que j’y avais retrouvé avant et pendant l’université.

Même chose pour la course à pied. J’ai commencé à courir en 2010 pour me mettre en forme et perdre du poids. Courir un seul kilomètre était un enfer. Mais j’ai persévéré. J’aimais ça. Heu… vraiment? Non, en fait, j’aimais le résultat final. Et quand ça a arrêté de donner des résultats et que j’ai réalisé devoir fournir plus d’efforts pour poursuivre les résultats, j’ai arrêté de courir. Ça ne me tentait plus. J’aimais mieux d’autres activités physiques. Et encore une fois, je me suis sentie mal pendant longtemps, parce que j’étais supposée courir. J’aimais ça, non? Et je voulais être en forme! (Je ne cours plus depuis deux ans et je m’en porte beaucoup mieux. Et je suis présentement au sommet de ma forme.)

MM: The reason not every fantasy should be pursued is because fantasies never have negative repercussions. Reality does.

Et ainsi de suite. Vivre à l’étranger. Partir à l’aventure faire du packsack en Europe. Ouvrir un café. Des choses qui me font rêver… mais qui ne se réaliseront jamais, parce que je n’ai pas envie d’y mettre le temps et l’argent nécessaire. Parce que, au final, ça n’en vaut pas la peine. Parce que je veux seulement le résultat, pas les mille étapes préalables.

D’un autre côté, ça fait dix ans que je rêve d’aller en Irlande et, guess what, j’y vais l’an prochain. Ça se réalise enfin… parce que j’ai enfin décidé d’arrêter de niaiser et de commencer à mettre de l’argent de côté pour le voyage. J’ai fait des calculs et des recherches. J’ai fait les étapes préalables. Parce que je jugeais qu’elles en valaient la peine pour réaliser ce rêve-là.

Mark Manson parle de son propre rêve de jeunesse de devenir une star du rock, qu’il a fini par abandonner concrètement.

I’ve since discovered that the rock star fantasy has less to do with actually rocking out on stage than simply feeling acknowledged and appreciated. It’s no coincidence that as my personal relationships improve dramatically, the fantasy slowly fades into the background. It’s a periodic mental indulgence now, not a driving need.

Réaliser un rêve ne règle pas tous nos problèmes. En fait, je pense sincèrement que les rêves représentent souvent, comme il le dit pour le sien, une façon concrète de pallier à des problèmes sous-jacents. Je rêvais de courir un demi-marathon, pas pour l’avoir fait, mais en sachant que la préparation pour une telle épreuve me mettrait en forme et me ferait perdre du poids. Et que je pourrais me vanter d’avoir couru un demi-marathon. Je rêvais d’écrire un livre parce que j’aime que les gens me lisent et me complimentent sur mon style, sur mon talent et sur mon intelligence. Ce n’est probablement pas une coïncidence que j’ai plus ou moins arrêté d’écrire quand j’ai commencé mon blogue et que j’ai drastiquement augmenté ma confiance en moi-même.

Mais je rêvais d’aller en Irlande juste parce que je voulais aller en Irlande. Parce que j’ai toujours voulu voir ce pays-là. Que si j’avais à choisir et n’en voir qu’un seul de toute ma vie, ce serait celui-là. Ce n’est pas pour montrer que moi aussi je voyage, pour mettre des photos sur Facebook ou pour prouver quelque chose à quelqu’un. C’est juste parce que je veux aller en Irlande.

Alors il devient plus facile de mettre de l’argent de côté, de prendre des vacances et de réaliser le rêve. Parce que je sais qu’une fois que ce sera fait, je vais être vraiment, vraiment contente.

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Deux années

Vite de même deux années ça pas l’air de grand-chose. Vingt-quatre mois. On vieillit un peu. Et même si il se passe quinze mille affaires plus ou moins importantes, quand on prend du recul, c’est juste deux ans.

Pourtant il y a deux ans, hier, le 13 février, je déménageais en Saskatchewan.

Je ne sais pas si c’est normal, mais j’ai la manie de toujours séparer ma vie en deux périodes selon quelque événement important/traumatisant. Le pré- et le post-. Décès de ma grand-mère, diagnostic de mon trouble mental, déménagement à Québec, lâché l’université… ex un, deux, trois, quatre, déménagement un, deux, […] onze (oui, j’ai déménagé onze fois en neuf ans). Et là encore à regarder la date venir depuis une semaine j’avais envie de voir ma vie comme scindée en trois, pré-Saskatchewan, Saskastchewan, post-Saskatchewan.

Pourtant ce n’est pas un si big deal. Pour être honnête, tout ça me semble un peu flou. Je me rappelle les préparatifs, la panique, le trop-plein de stock qui ne rentrait pas dans (et sur) ma voiture. Je me rappelle avoir laissé derrière moi un appartement sale et congelé et avoir roulé trois mille kilomètres jusqu’à Russel, Manitoba. Avoir passé la St-Valentin en Ontario, perdue entre ici et là-bas, à manger mes repas dans des truck stops bizarres avec des noms louches.

Quelqu’un m’a expliqué récemment que si on a l’impression que le temps file de plus en plus vite, c’est que chaque jour (semaine, mois, année) écoulé représente une portion toujours amoindrie de notre vie. Si j’ai cinq ans, une année représente 20% de ma vie; si j’en ai vingt-cinq, ça chûte à 4%.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, ce périple de vie représente 5.23% de ma vie. L’an prochain, ce sera 5.04%. Et ainsi de suite, et ainsi va la vie.

Mais une proportion de temps ne représente pas forcément une proportion de vie. On dirait que j’attends encore la clôture officielle de mon épisode Ouest. En ce moment je capote sur mon rapport d’impôts. La moitié de mes revenus étaient en Saskatchewan. (Et imposée sur place. Ça va faire mal, Québec.) Après ça? Je sais pas, peut-être que je vais me trouver une autre raison de ne pas décrocher. Même si je n’y pense presque plus. Mais parfois des visages reviennent me hanter quand je ferme les yeux, je sais, c’est hyper cliché, mais c’est ça. Et je repense avec une certaine nostalgie à cette aventure qui a marqué ma jeune vie, m’empêchant par le fait même de passer à la prochaine.

Sinon ça va. Je pédale encore. Un jour j’atteindrai la rive.

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Ces cancers

J’ai vraiment hésité avant d’écrire ça. Je l’ai dans la tête depuis lundi. Je ne voyais pas trop ce que je pourrais ajouter à la conversation qui n’a pas déjà été dit, redit, répété, mâché, analysé, imprimé, crié.

J’ai le coeur brisé depuis dimanche soir. Quand un ami m’a écrit sur Facebook pour me dire ce qui se passait. Quand j’ai lu les nouvelles. Quand je me suis assise sur mon lit, le regard perdu, à me demander what’s next.

Quand les commentaires racistes ont commencé à exploser de toute part. Dans mon entourage proche.

Quand les rumeurs ont circulé. Quand on s’est fait dire que c’était normal. Que les islamistes tuent les islamistes.

Quand les ignorants se sont tus parce que le suspect n’est pas un islamiste.

Quand les débats ont éclaté.

Quand les théories se sont multiplié.

Quand les blâmes ont été jetés et rejetés.

Le coeur brisé pour l’humanité. Pour la communauté musulmane de Québec et du monde. Pour tout le monde, en fait. De devoir vivre entouré de haine.

Socrate ne savait qu’une chose, c’est qu’il ne savait rien; je ne hais qu’une chose, et c’est la haine elle-même.

Et tout revient toujours à la haine. Et à l’ignorance, dont la haine fait partie. Ces cancers qui gangrènent les Hommes. Six morts. Pour rien. Six parmi les milliers de victimes. La haine engendre la haine et personne n’en sortira jamais gagnant, malgré les promesses politiques, malgré le semblant de sécurité.

Je rêve d’un monde sans haine, et même si je ne serai pas là pour en profiter, je n’abandonne pas et j’oeuvre pour le bon, l’altruisme, la tolérance, l’ouverture. J’en ai assez d’être passive, de marcher sur des oeufs, de me taire.

Depuis dimanche, j’ai le coeur brisé, le coeur en beau câlice, le coeur frigorifié. Quand les gens réaliseront-ils qu’il n’y a que l’amour qui peut nous sauver?

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Mode d’emploi: magasinage

En fin de semaine dernière j’ai fait deux choses – magasiner et paniquer.

Magasiner parce que j’avais besoin de vêtements (oui, même une minimaliste a besoin de renouveler sa garde-robe) et paniquer parce que je me suis rendu compte que mon horaire était jammé jusqu’en mars, dans le style automne 2014 quand je n’avais pas une foutue soirée à moi. (Je pensais que ça me rendait heureuse. Wrong.)

Première Partie – Magasinage

Je me considère comme minimaliste garde-robienne (cherchez pas dans le Larousse, le mot n’existe pas) depuis juin 2015. J’en avais d’ailleurs parlé ici. Ça fait un an et demi et, depuis, j’ai fait évoluer ma méthode un peu. Notamment, je ne change pas ma capsule aux trois mois; en fait, je ne la change pas vraiment. Vers la fin septembre j’ai rangé mes vêtements légers (genre deux chandails, une robe et des shorts) et j’ai sorti mes vêtements lourds (trois-quatre chandails) et c’était pas mal ça. Pourquoi? Parce que je voulais garder une garde-robe plus consistante de saison en saison et miser sur des morceaux plus polyvalents sur le point de vue température. Des vêtements que je peux porter trois saisons sur quatre, au lieu d’une seule. (Sauf les shorts, évidemment. Je me vois mal porter des shorts à l’automne ou au printemps. Mais je ne veux pas non plus m’en passer l’été. Il faut choisir ses combats!)

Je ne compte plus non plus mes morceaux. J’en ai peut-être plus que trente-trois, je ne sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que ça rentre très bien dans mon (petit) garde-robe sans être tout taponné et que c’est encore facile de choisir ce que je mets chaque matin, alors ça me va. Je fais encore régulièrement du ménage en retirant des pièces que je n’aime plus ou qui ne me font plus.

J’ai également fait évoluer ma manière de magasiner. Premièrement, ce n’est plus une thérapie (non efficace) ni un passe-temps (plate). En fait, je n’aime pas vraiment magasiner. Il faut vraiment que je sois dans une humeur particulière pour vouloir y aller, et jamais longtemps. Je n’aime pas essayer des vêtements, choisir, fouiller, me faire achaler, avoir chaud, sentir la pression de consommer. C’est désagréable. Alors je le fais seulement quand c’est nécessaire et, en janvier, ce l’était.

Je suis rendue vraiment difficile niveau vêtements. Genre, au lieu d’avoir trois critères, j’en ai cinquante. Avant, je ramassais tous les vêtements que je trouvais beaux (peu importe le style ou la coupe – je ne savais pas ce qui m’allait bien ou pas), je les essayais. Ensuite je faisais le tri entre ceux qui me faisaient et ceux qui ne faisaient pas… mais seulement en termes de taille. (Être en surpoids n’aidait pas, c’était déjà de trouver des vêtements pas trop laids qui me faisaient.) Ensuite je faisais un choix, mais la plupart du temps j’achetais la plupart des morceaux qui me faisaient sans trop me poser de questions. Ils finissaient par croupir dans le fond du garde-robe et je les portais par obligation et sans aucun plaisir, parce que je ne les aimais pas.

Maintenant, je magasine sur un mode de tri constant. Évidemment, le premier critère est toujours de trouver que le vêtement est beau. Mais, avant d’aller me perdre dans un centre d’achats, je fais une liste de ce dont j’ai besoin, que je complète avec des critères spécifiques.

Par exemple, en fin de semaine, voilà ce que je voulais:

  • Une paire de pantalons:
    • Jambe droite ou skinny, pas boot cut ni évasé;
    • Couleur mauve, bleu, turquoise, noir ou gris (les cinq couleurs que je porte, comme ça tout va ensemble);
    • Avec des poches à l’avant assez profondes pour mon cellulaire et des cartes;
    • Assez confortables pour passer de longues périodes assises avec (pour le travail).
  • Un chandail en coton ouaté:
    • Pas trop chaud – pour pouvoir porter en été aussi;
    • Avec zipper à l’avant;
    • Une ou deux couleurs (mêmes couleurs qu’en haut), sans motif;
    • Longueur hanches;
    • Avec capuchon.
  • Un haut:
    • Manches courtes – j’ai assez de manches longues;
    • Pouvant être porté avec trois de mes quatre « bas » (une jupe grise, une paire de jeans, pantalons propres noirs et mes nouveaux pantalons en haut), tant par la couleur que par le style;
    • Moulant, confortable, dans une coupe qui me va bien (pas de col rond ni col bateau, pas trop court ni trop long…);
    • Pouvant être porté seul ou avec un de mes vestons;
    • Dans un tissu respirant qui ne montre pas trop la sueur (ouaip, je sue beaucoup et j’haïs les cernes de tsou d’bras, c’est juste pas chic hors-chalet).

J’aurais pu me dire que je voulais juste deux chandails et une paire de pantalons, mais ce n’était pas suffisant. Je sais que pour beaucoup de gens ma méthode va sembler extrême, mais elle a plusieurs avantages, notamment au niveau de mon efficacité. Je vais seulement vers les sections qui m’intéressent, et ensuite je sélectionne seulement des morceaux qui correspondent à ma liste. C’est facile d’éliminer les neuf dixième du stock d’un magasin dans mon premier tri! En plus, je n’achète rien que je ne porterai pas et que je n’aimerai pas. Je fais tous mes tests débiles dans la cabine – m’asseoir, sauter, marcher en rond avec le morceau sur le dos. Et si ce n’est pas assez confortable, si ça tire, si ça écrase ou si j’ai déjà chaud, il est out.

Résultat, je magasine une fois, je trouve mes trucs (parfois), et j’en ai terminé pour un bon bout. À moins de les briser ou de les tacher, les vêtements que j’ai en ce moment vont pouvoir me servir jusqu’au mois de mai, et ensuite je verrai si ma rotation léger-lourd me suffit. C’est quand même cool de savoir que jusque là je n’aurai pas besoin d’aller me faire suer au magasin. Je me sens comme toute légère. Et j’aime vraiment les trois morceaux que j’ai trouvés.

Dans le fond, je magasine comme un homme, c’est hot.

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