La grande histoire de mon retour au bercail: grande finale

On peut dire que mon « retour » est complété. Je suis revenue et je commence à m’installer, me problèmes se règlent. J’ai signé un bail dimanche et mon contrat d’embauche lundi. Il reste à faire ajuster les valves de la Fit et ensuite, je la vends. Tout se place.

Aujourd’hui, ça fait six semaines que mon automobile a eu ses premiers problèmes, cinq semaines que je me suis fait laisser par mon ex au téléphone, quatre semaines que j’ai quitté la Saskatchewan. Je suis un peu déçue de ne pas vraiment avoir eu d’été 2016, qui a commencé avec un long processus de déménagement et qui a été suivi par des problèmes, une rupture, un autre processus de déménagement encore plus compliqué. Lorsque je serai finalement installée, on sera en septembre. Et la vie poursuivra son cours, parce qu’elle le fait toujours. Elle ne s’arrête pas. Dans le fond, c’est un peu ce qui fait que nous sommes tous égaux: nos vingt-quatre heures quotidiennes communes.

La Saskatchewan, une erreur?

J’ai raconté mon histoire abracadabrante à beaucoup de gens, parfois d’une traite, parfois en les tenant au courant tout au long des étapes de mon retour. Et beaucoup de gens faisaient allusion à mon périple d’un an et demi dans une autre province comme à une erreur. Franchement ou par mots cachés.

C’est plutôt insultant de se faire dire que dix-sept mois de sa vie étaient une erreur, d’autant plus que ce n’en était absolument pas une.

J’y ai longtemps réfléchi. J’ai commencé ce blogue en arrivant là-bas, en février 2015, même pas deux mois après avoir décidé d’y déménager. Tout le monde prenait un malin plaisir à me faire savoir à quel point j’allais apparemment le regretter; et d’autres cherchent encore à me faire dire que je le regrette. Au point où je me suis posé la question. La Saskatchewan était-elle une erreur? Est-e que j’ai vraiment jeté dix-sept mois de ma vie par la fenêtre?

Et je suis arrivée à cette conclusion: tout est une question de perspective (comme Absolument Tout, en fait).

Il serait facile de mettre l’emphase sur les côtés négatifs. Je ne suis pas naïve; tout n’était pas rose. Je m’ennuyais de mes amis et de ma famille. Je ne me suis à peu près pas fait d’amis là-bas. Il était difficile de parler anglais jour après jour, de passer des semaines sans prononcer un mot de français, au point où je commençais à le perdre, au point où je rêvais et pensais en anglais. J’ai vécu deux ruptures, difficiles comme elles le sont toutes, des déménagements, des rêves brisés. Et j’ai fini par revenir la queue un peu entre les jambes.

Mais j’ai changé. J’ai plus changé en un an et demi là-bas que je ne l’aurais fait en cinq ans ici, j’en suis persuadée. J’ai découvert une autre facette de notre pays. J’ai rencontré des gens merveilleux. Je me suis ouverte. Je suis devenue plus sociale, moins gênée. J’ai découvert que j’étais capable de beaucoup et que je valais beaucoup. J’ai compris qui étaient mes amis véritables et ceux qui ne l’étaient pas vraiment. Je me suis débarrassé de la majorité de mon système de valeur. Je suis devenue positive et proactive. J’ai pu trouver ce que je recherchais réellement chez un partenaire de vie. J’ai aussi compris ce qui m’importait vraiment et j’ai commencé à mettre toute mon énergie sur ce qui en vaut la peine.

Ce n’est pas nécessairement la Saskatchewan qui a fait ça. Après tout, ce n’est qu’une province. Peut-être que ça serait arrivé en restant à Québec. Ou pas. Tout ce que je peux dire, c’est que le contexte étonnamment différent des Plaines m’ont aidée. J’ai honnêtement cru pouvoir faire ma vie là-bas. Puis cette croyance m’a été arrachée. Mais la vie continue. Elle continue toujours.

Des nouvelles plus concrètes

J’ai signé un bail pour un minuscule deux et demi dans Saint-Roch. C’est marrant, moi qui avait peur de la basse-ville avant, c’est devenu mon quartier préféré de Québec, et j’adore particulièrement Saint-Sauveur et Saint-Roch. Quand je me promène dans leurs one way, je me sens chez moi. Ça m’a manqué.

J’ai déniché un emploi génial et je commence le 22 août. En attendant, je dois déménager et m’installer dans mon nouveau chez-moi. Pour une fois, je ne suis pas trop stressée ni pressée. Tout va bien. Après ce que je viens de vivre, je suis maintenant au paradis: j’ai ma famille et mes amis tout près, un logement, une job. De quoi ai-je besoin de plus?

Mon appartement est si petit que je vais devoir être ingénieuse et… revisiter mon minimalisme, qui avait pris une petite claque dans mon dernier déménagement à Estevan. Je revisite l’essentiel, le nécessaire, le confort. Je me sens d’attaque pour bâtir un meuble adapté à la litière de mon chat, pour trouver un moyen d’accrocher des plantes quelque part. J’adore mes grandes fenêtres. Je suis à quinze minutes à pied de ma microbrasserie préférée, huit de ma job, quinze d’un gym potable. Il y a tout plein d’épiceries de quartier, indépendantes, étrangères. La maison d’à côté est peuplée de chats qui s’assoient sur le toit de la voiture stationnée dans leur cours et j’ai vu sur tout ça depuis ma petite cuisine. Ma douche est dans ma chambre. Et ça sent bon Québec. Québec, mon rebound.

Et maintenant?

Depuis que je suis revenue et que j’ai dû faire preuve de patience pour régler mes problèmes un à la fois, je me suis retrouvé avec beaucoup de temps libre sur les bras.

Je devais donner une nouvelle direction à ma vie. Je me suis réveillé le six juillet, dans une chambre d’hôtel de Regina, stressée par mon auto, mais avec ce plan de vie en tête: habiter la Saskatchewan, travailler sur la ferme, apprendre le métier, bâtir une vie avec mon copain néerlandais.  À peu près sept heures après mon réveil, ce plan a disparu soudainement. Je ne l’ai jamais vu venir. Et je l’avais bâti avec soin, patience et beaucoup de temps.

D’où la question que je n’ai pas arrêté de me poser pendant les deux semaines suivantes: je fais quoi, là?

Inconsciemment, je me suis mise à revisiter mes valeurs. Je me suis demandé ce que je voulais réellement. Qui suis-je? Que fais-je? Qu’est-ce qui me rend heureuse? Qu’est-ce que je veux contribuer au monde? Bref, le genre de questions qu’on se pose doucement au cours de la vie, mais auxquelles il peut être difficile de répondre là, rapidement, quand le monde vient de s’écrouler encore une fois.

Mais voici ce que je veux.

Je veux me concentrer sur ma famille et mes amis. Je veux voir mes parents davantage et leur parler plus souvent. Je veux passer du temps avec ma sœur et mon frère, avec mon neveu qui va naître en novembre. Je veux vivre davantage d’expériences avec le clan Morissette-Dupuis et avec eux qui me sont chers.

Je veux être près de la nature. En Saskatchewan, il y a très peu d’arbres, pas de forêt du tout. C’est une des choses qui m’a le plus manqué, ça et les grands cours d’eau. Je veux profiter de cette proximité retrouvée, marcher dans les parcs, sur le bord du fleuve, aller dans le bois, au chalet.

Je veux développer de nouveaux talents et explorer l’inconnu. M’inscrire à des cours, des groupes, des clubs, sans trop d’engagement, juste avec ma curiosité naturelle, sans stress ni pression.

Je veux apprendre. Je veux comprendre comment les choses fonctionnent, acquérir plus de connaissances. Je veux arrêter de m’abrutir avec des activités qui ne m’amènent rien. Je veux lire sur la mécanique, être capable d’identifier les arbres et les plantes, visiter des galeries d’art. Je veux étancher cette curiosité intense qui m’a toujours habitée, et que j’étouffais à coups de tu n’es pas capable, tu te prends pour qui, ce n’est pas toi.

Je veux créer et utiliser mes mains. Je veux essayer des choses manuelles, pratiquer un art sans me décourager, gosser du bois, apprendre à tricoter.

Je veux me créer une nouvelle vie équilibrée, routinière mais pas trop. Je veux m’amuser, voir mes amis, prendre une bière. Cuisiner, rire, faire la grasse matinée avec mon chat. Faire du bénévolat et donner du temps à eux que j’aime. Méditer, marcher, prendre le bus et écouter les conversations, regarder la neige tomber avec une tasse de thé, offrir aux touristes du Vieux-Québec de les prendre en photo, converser avec des étrangers. Je veux vivre.

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La grande histoire de mon retour au bercail, partie 3

C’est loin d’être fini, en fait.

Partie 3 – jours 18 à aujourd’hui: le grand bourbier qu’est la vie

Le 16 juillet 2016, à quatre heures du matin, dans une « chambre travailleur » d’un motel de bord d’autoroute à Lachute, je me réveille au son d’une chanson de rock classique. J’ose espérer que, depuis hier, ma malchance est terminée; que j’arriverai à Baie-Comeau sans anicroche, sans problème mécanique, sans que mon chat ne s’échappe, sans que je meurs.

Tim Hortons, lever de soleil, et des heures de conduite. Tout le monde parle français et ça me fait un peu bizarre; l’ajustement est lourd, la fatigue n’aide pas.

À deux heures et demi l’après-midi, je stationne la Fit turquoise plaquée Saskatchewan dans la cours de mes parents, à Pointe-Lebel, Côte-Nord, Québec. Je lâche un gros soupir. Pour le moment, tout va bien.

On part ce soir-là pour trois jours au chalet, dans le nord, pas de réseau. Le lendemain soir, je vire une brosse, vide le vinier et mon cœur. Et je dors, dors, dors. La vue du lac me fait du bien, l’odeur des conifères m’enchante, et surtout, la sainte foutue paix, du genre très bien méritée, ma Grande Paix du Nord, dont je m’ennuyais tant sans le réaliser.

On revient le mardi 19 juillet, je passe quelques jours de vacances (forcées) à essayer de me reposer, à ne pas faire grand-chose, je mange une pizza presque-soleil avec ma meilleure amie chez Mikes lors de son passage à Baie-Comeau, puis je vais passer la fin de semaine chez une autre amie, à Matane, me changer les idées, oublier la Fit, oublier la Saskatchewan, oublier aussi le futur, juste vivre un tout petit peu sans stress.

Lundi le 25 juillet, je pars pour Québec. Mission: me trouver une job. Et voir quelques personnes supplémentaires. Je pars tôt, la route est belle. Les cinq heures et demi qui, autrefois, me paraissaient un enfer, deviennent une petite balade tranquille (c’est quand même environ 7 fois moins long que de revenir de Saskatchewan). La traverse de Tadoussac à Baie-Sainte-Catherine est pleine de charme. Le fleuve me sourit, disparaît, revient. Les montagnes se succèdent, les courbes de la 138 me séduisent, bref, je suis revenue chez moi, je suis revenue à la maison.

Je vais chercher un ami dans le quartier Saint-Sauveur et on va manger un morceau. En revenant…

Bon, là, vous me voyez venir.

Arrêtés à une lumière rouge, la Fit se met à shaker comme une dingue. « Uh oh », je pense, tout en sentant mon cœur se fissurer de nouveau, mon cerveau abandonner la partie, you’re on your own now, bitch, mon estomac fondre et couler jusque dans mes talons, puis, évidemment, parce que tout allait trop bien, parce qu’il faisait trop beau, parce que j’avais trop profité de cette randonnée trop paisible et trop agréable jusqu’à Québec, mon check engine se mit à clignoter, le moteur cala, la Fit refusa d’aller plus rapidement que 50 kilomètres à l’heure, bref, pour une troisième fois depuis le 29 juin 2016, elle me lâchait de la même manière trop exacte, maintenant trop familière.

Il est difficile de décrire le sentiment profond d’aversion que j’ai ressenti envers mon automobile à cet instant. Je me suis sentie trahie. Trahie par la Fit, trahie par Honda, trahie par le concessionnaire de Sudbury, trahie par Québec, trahie par les promesses que la vie semblait avoir enfin envie de me faire. Je tremblais autant que mon osti de Fit à marde, j’avais envie de la câlicer en feu, de la voir fondre, de lui donner des coups de machette, de la défigurer, de la garrocher en bas d’un ravin.

Au lieu de tout ça, j’ai appelé l’assistance routière Honda (avec l’envie de leur dire: c’est encore moi! Vous vous rappelez, la perdue en Ontario avec son chat, d’il y a deux semaines?), ils ont envoyé une remorqueuse qui, évidemment, est arrivée avec une demi-heure de retard (ça semble être leur tradition, aux remorqueurs), pour qu’ensuite il me dise d’embarquer moi-même la Fit sur sa remorqueuse, alors qu’elle calait et refusait de monter, ensuite moi sous la pluie drue, en shorts et camisole, le regardant travailler, pas d’abri, ni même d’offre pour attendre dans la remorqueuse, qui me fait finalement demander si je veux un lift avec mon ami jusqu’au Honda, oui, s’il vous plaît, wow, c’est gentil de demander.

Le tableau, mes amis, le tableau que j’intitulerais avec raison Retour au Bercail, de moi, dégoulinante de pluie, épaules affaissées, plantée sur le bord de la rue Bagot, bloquant son sens unique avec ma Fit en panne qui se fait embarquer de peine et de misère sur une remorqueuse, et mon visage qui dit: encore. Le tableau à un million.

À Lallier Honda Sainte-Foy, on me répond comme à un tas de merde qui aurait appris à parler, on refuse catégoriquement de me prêter une voiture pour le reste de mon périple à Québec (48 heures), on a l’arrogance de me suggérer de prendre une location moi-même car « sûrement que Honda va vous rembourser » (malheureusement, je ne base pas mes finances sur des « sûrement », surtout pendant des vacances forcées qui me coûtent trop cher à cause de mon criss de char). Départ sous la pluie, angoisse intense au ventre et, surtout, une grande lassitude, une lassitude comme un trou noir qui me donne envie de m’enfermer dans la Fit lorsque je vais l’immoler.

Le lendemain, on m’apprend que c’est maintenant l’injecteur #3 qui doit être changé (79$), que ce n’est pas sous garantie, que je dois donc également payer le diagnostic qui a été fait (122$), ainsi que la main-d’oeuvre de deux heures et demi (prix inconnu, mais probablement substantiel). Heu… okay. Avec un fort sentiment de me faire totalement crosser, j’accepte à contre-cœur les réparations. On répond vaguement à mes questions, on ne veut rien m’expliquer, de toute évidence je ne connais rien et ça ne sert à rien de me rassurer, j’imagine qu’ils savent que j’étais tout près de finir de payer ma carte de crédit et que j’avais plein de place dessus pour des osti de réparations probablement inutiles sur le tas de merde qui me sert d’automobile.

Le surlendemain, en route vers Baie-Comeau avec ma soeur et son chum, faute d’avoir un véhicule fonctionnel à moi, Lallier Honda me rappelle. C’est réparé… mais, il y a un mais. Encore évasivement, on m’indique que les réparations ont créé d’autres codes, qu’il faut ajuster mes valves, mais que c’est juste cinq cent vingt-deux piaces. Je lui répond sèchement d’attendre et de ne plus toucher à la voiture.

Arrivée à Baie-Comeau, je m’empresse de rappeler. J’obtiens la boîte vocale et je leur indique de fermer l’auto et de la mettre dans le parking, que je viendrai la chercher la semaine prochaine, et que je m’attend à ce qu’il n’y ait pas une cenne de plus sur ma facture que ce qui m’a été indiqué il y a deux jours.

Puis c’est l’attente.

Visite à ma grand-mère et à un semblant de marché, épicerie, vendredi matin on part pour le chalet tous les cinq et je m’en vais déconnecter complètement, me donner une dernière pause (je n’ai jamais eu besoin d’autant de pauses dans ma vie, de façon si régulière) avant de revenir à la charge contre Honda, contre Québec, contre tous et chacun, contre vents et marées, à contre-cœur contre tout.

Je mange. Je bois. Je marche. Je me baigne quatre fois dans trois lacs différents, je m’enfonce dans le fond en décomposition jusqu’aux genoux, je me pète le petit orteil sur une roche. Je m’essouffle dans la côte rocheuse sur ma bicyclette, je l’abandonne dans la mousse, à l’ombre d’un sapin. Je regarde et j’écoute. Je conduis un quatre-roues, puis un autre, trop lentement ou trop vite. Je me fais piquer, puis dévorer, je saigne. Je lis, je m’inspire, je pleure et je me fâche, je boude, je pense, je rage, j’abandonne.

Nous sommes revenus cet après-midi. Après une bonne douche très nécessaire, j’ai refait mes boîtes, j’ai réuni mes choses dans le sous-sol de mes parents, histoire de ne pas trop encombrer et de rendre l’opération plus facile lorsque, un jour, je reviendrai tout chercher, j’ai rempli ma valise, je me suis préparé pour Québec. Départ demain. Opérations: me trouver une job; me trouver un logement; et m’organiser pour régler une fois pour toutes ce gâchis Honda, au plus câlice.

Ainsi se conclut plus ou moins la grande histoire de mon retour au bercail. Dans un sens, le retour est terminé, je suis là. C’est un nouveau début, comme d’habitude, je recommence. Je continue à pédaler. Parce que comme un bon ami m’a dit, si j’abandonne et que j’arrête de pédaler, perdue comme je suis dans le milieu de l’océan, je ne verrai jamais la côte. Mais la côte est là, quelque part. Mon bateau a été réduit en un bout de bois flotté, mais criss, au moins, il flotte, et j’ai deux jambes pour me propulser.

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La grande histoire de mon retour au bercail, partie 2

La grande aventure rocambolesque se poursuit et fait de moins en moins de sens…

Partie 2 – jours 14-17: une histoire de malchance quotidienne…

12 juillet 2016 (jour 14)

Je suis partie vers sept heures trente le matin, le mardi 12 juillet 2016, les larmes un peu aux yeux, le char plein, le chat sur le banc passager et mon itinéraire tout beau dans les têtes. Évidemment, la Vie allait se charger de démolir mes plans à coups de pelle dans face, jour après jour.

Ce qui était prévu: Estevan, Saskatchewan jusqu’à Thunder Bay, Ontario le premier jour et nuitée à l’hôtel; Thunder Bay jusqu’à Sudbury, Ontario le deuxième jour et nuitée chez de la famille; Sudbury jusqu’à Québec, Québec le troisième jour et nuitée chez de la famille; et Québec jusqu’à Baie-Comeau (ledit Bercail) le quatrième jour.

Le résultat fut presque tout autre.

Première mésaventure: je suis dans la lune et je me ramasse à la frontière canado-américaine après, genre, une heure de route. Mon cerveau a mis un beau gros quatre secondes à comprendre ce que la pancarte You are now leaving Canada disait. Heu… je suis où, là? J’ai oublié de faire mon virage, je reviens donc sur mes pas et je perds en tout une demi-heure. Bon. Ce que je ne savais pas, c’était que c’était juste le commencement d’un périple en enfer. (J’exagère à peine, sérieusement, j’en braillerais.)

Je passe la frontière saskato-manitobaine sans autre anicroche et je m’arrête à un Subway quelconque pour m’étirer, m’acheter un sandwich (même si je ne mange à peu près plus depuis une semaine, je me dis que de l’avoir dans la face va peut-être m’ouvrir l’appétit) et je repars de plus belle. Autre arrêt près de Portage-la-Prairie, Manitoba pour faire le plein; j’en profite pour appeler mon grand-père, qui n’est pas au courant que j’arrive et qui est sur la route pour Sudbury. Je lui demande si il peut me trouver une place où dormir le lendemain avec mon chat. J’en profite également pour annuler mes réservations d’hôtel (que j’avais faites en prévision d’un voyage deux semaines plus tard, avant que je me fasse à moitié crisser dehors de ma job) et trouver un nouvel hôtel à Thunder Bay. Un seul accepte les animaux, un autre trou miteux, mais bon, je réserve pour ce soir-là.

Je passe Winnipeg et j’arrive enfin en Ontario, c’est le début de la forêt et des montagnes, le paysage sent le chez-nous et ça ne me dérange presque pas de ne pas avoir de service cellulaire. Mon auto ne me stresse plus, elle va bien depuis le départ, la vie semble vouloir m’épargner.

À Vermilion Bay, Ontario, je m’arrête pour refaire le plein, manger un morceau et m’étirer. Je me fais surprendre par une tempête du type « visibilité absolument nulle » qui me retarde un peu, puis je repars de plus belle. Le soleil se couche, je traverse un autre fuseau horaire et j’arrive à Thunder Bay, Ontario à onze heures trente le soir (heure locale). Mon GPS me guide jusqu’à mon hôtel.

Et là je vois que mon hôtel est entouré de trois autos de police et de nombreux policiers qui empêchent tout le monde de s’approcher.

Je vais me stationner tout près et je marche jusqu’à eux, craintive de me faire tirer, crevée par ma journée de quatorze heures de route (seize si on compte le décalage). Non, on peut pas te laisser entrer. Non, on ne sait pas si ça va être long. Non, on ne peut pas te dire ce qui se passe. Il ose même me suggérer d’aller prendre un café et de revenir plus tard. Heu…

Je tourne un peu en rond, je vais faire le plein, histoire de m’occuper, je demande au commis s’il sait ce qui se passe – un autre non – et, après une heure sans changement, je décide de poursuivre ma route et de trouver un motel en chemin.

La Fit commence à faire un peu de bruit, ça sent le chauffé quand je m’arrête, et mon chat en profite pour se sauver et moi de le rattraper à grand-peine. Je me retiens de pleurer, je me dis: c’est pas grave, on se calme, on va y arriver. Mais je perds espoir. Je suis perdue en Ontario, mon cellulaire ne pogne pas vraiment, il est passé minuit, je suis crevée et probablement dangereuse au volant, mon char sent le chauffé et la litière, et tous les osti de motels que je passe sont complets, ceux de Thunder Bay sont tous complets, il n’y a de place pour moi nulle part.

Hors de question que je dorme dans mon auto. Je veux une douche et un lit. Ah, je veux aussi une prise de courant – mon fil pour brancher mon cellulaire semble avoir lâché, il me reste 20% de batterie. Je m’arrête dans un dépanneur perdu, j’achète un nouveau fil. Non, il ne fonctionne pas plus. Bon… c’est peut-être la plug de l’auto qui ne fonctionne pas; on l’avait déjà fait sauter avec un moteur pour gonfler un matelas de camping, en 2013.

À trois heures et demi du matin, je trouve un motel à Shreiber, Ontario, juste au nord du Lac Supérieur, qui n’affiche pas complet. Mais pas « pas complet » non plus. Je sonne à l’intercom. Il a une chambre. Miracle.

Je paie, je déménage mon stock à l’intérieur, incluant mon chat caché (aucune idée si c’est permis ou pas; je n’ai pas osé demander) et je branche avec frénésie mon cellulaire (maintenant réduit à 10% de batterie) à la prise murale.

Il ne charge pas.

Je me dis: c’est peut-être mon fil. Je branche donc ma caméra. Non, ça fonctionne.

Donc… si ce n’est ni le fil, ni les prises… c’est le cellulaire. Bon, je fais quoi, là, perdue en Ontario sans cellulaire? Heureusement, je persiste, j’enlève mon case chinois à cinq piaces, j’enfonce le fil plus profondément, comme si je voulais le passer au travers du criss de téléphone, rien à faire, je rage, j’envoie quelques messages texte pour avertir ma famille (vous imaginez-vous sans nouvelle de votre fille de 26 ans, après qu’elle vous ait dit, à minuit, perdue en Ontario, que la police l’empêchait d’aller se coucher?) et je ferme le téléphone.

Et là il commence à charger. Et moi je commence à pleurer. (Encore.) Je vais me coucher, mais je suis à peu près incapable de dormir. Je sens l’adrénaline qui me coule par le nez, j’ai mal partout, j’ai peur que mon chat ne scrappe quelque chose ou qu’il réveille quelqu’un, je gèle et j’ai chaud, bref, je me tourne et retourne et après peut-être trois heures de sommeil je me lève à neuf heures trente le matin.

13 juillet 2016 (jour 15)

Douche rapide, ramener le chat incognito dans ma voiture (dans le stationnement bondé où le dude qui m’avait loué la chambre voulait vraiment faire la conversation pendant que je priais mon Azzie de fermer sa gueule, sorry, I gotta go, long day ahead, driving to Quebec) et je m’en vais pour ma deuxième journée sur la route.

Il fait beau, trop beau; on crève, mon chat est fâché, je lui fais une tente avec une couverture pour qu’il soit à l’ombre. Le vent des grands lacs me bardasse, la Fit continue parfois avec ses bruits bizarres mais je mets ça sur le compte de n’importe quoi – le vent, la chaleur, la route maganée, n’importe quoi mais pas de problèmes de mécanique, pas là, non.

Entre-temps, j’apprends ce qui s’est appris à mon hôtel de Thunder Bay. Un gars s’est enfermé, armé, dans une chambre d’hôtel, et il a fini par se suicider le matin, les policiers ont quitté les lieux à sept heures trente. Je suis triste pour ledit gars, mais je suis contente de ne pas avoir attendu (et surtout contente de mon délai d’une demi-heure de ce matin-là; arrivée une demi-heure plus tôt, je me ramassais dans tout ce bordel-là, j’aurais déjà été dans ma chambre et je me serais fait sacrer dehors, ou, j’imagine, tirer).

Je fais des pauses de temps en temps près des grands lacs, je m’extasie, enfin de l’eau, enfin une étendue qui ne se prend pas pour autre chose. Des vrais lacs, pas des étangs qu’on appelle lacs parce que sinon il n’y aurait aucun lac. Un beau gros soleil. Tout va bien. Mon appétit revient tranquillement, pas trop vite. Je peux presque sentir le sirop d’érable et la poutine. J’arrive.

Sur l’heure du souper, j’arrête faire le plein à Sault-Ste-Marie, très énervée de voir un Couche-Tard où je peux utiliser les cartes-cadeaux que je traîne depuis un an et demi. Il fait trente degrés, on crève, je me dépêche de manger mon sandwich et ma barre de chocolat et je repars. La route va bien; ce soir, je devrais être à Sudbury, chez mon grand-oncle, à jouer aux cartes.

Ben, évidemment, non, parce qu’il me fallait au moins un problème ce jour-là et que la chaleur, ça ne compte pas, c’est presque agréable.

Juste avant Thessalon, je suis au téléphone avec une amie (sur le mains libres, je ne suis pas conne), j’arrive pour dépasser quelqu’un dans une côte… mais… voyons? Le moteur cale… ma vitesse descend… et là, sur mon tableau de bord, le check engine clignote, comme il l’avait fait le Jour 1, vous vous rappelez, quand je suis partie de la job, il y a environ mille ans de ça.

Un autre câlice de misfire.

Je me range sur le bord de la route, j’appelle mon grand-père pour l’avertir, puis j’attends dix minutes, je laisse refroidir le moteur comme c’est recommandé dans le manuel de ma foutue Fit de merde, puis je redémarre, non, c’est encore là, non, ton char n’ira pas plus vite que cinquante, il fait un bruit bizarre, il fait chaud, moi et mon chat on est tannés, j’ai envie d’aller me jeter dans le Lac Huron, ou de foutre le feu à mon char et de réclamer les assurances. Mais à la place, j’appelle l’assistance routière Honda, qui venait avec ma garantie prolongée, je leur explique le problème.

Ne conduisez plus, vous allez briser votre transmission, on vous envoie une dépanneuse. On vous remorque jusqu’à Sault-Ste-Marie.

Heu, non. Je ne retourne pas en arrière. Bon okay, alors on vous remorque à Sudbury, ça va faire quatre cent balles s’il vous plaît, on sait que vous n’avez nullement quatre cent dollars vu que vous venez de vous faire semi-sacrer dehors de votre job, mais bon, il faut payer, c’est ça la vie, c’est payer.

Je paye, j’attends. J’attends et j’attends et la foutue remorqueuse n’arrive pas, pendant ce temps-là j’ai le choix entre cuire dans mon auto en plein soleil à trente degrés, ou aller me faire bouffer par les maringouins et les mouches à chevreuil enragées dehors à l’ombre. Le remorqueur m’appelle, il s’excuse, il a eu deux calls de la police entre-temps et ils sont, évidemment, prioritaires, il arrive. Une policière s’arrête et m’informe qu’il est tout près. Une heure et demi après avoir appelé Honda, il vient enfin me ramasser, trimballe le chat dans sa remorqueuse climatisée, décharge son load dans sa cours (un cas d’alcool au volant) et revient chercher ma pauvre Fit cuite, scrap, pleine à craquer.

Deux heures et demi de route jusqu’à Sudbury, on trouve le Honda et débarque le tout. Au moins, le voyage est agréable; c’est un gentil monsieur de soixante ans qui s’avère au final vraiment hilarant; on blague et on parle de sa famille, de philosophie, de morale, de lois sur les armes à feu. Il me donne sa carte d’affaires et je le remercie à peu près quarante fois. Mon grand-père me ramasse au Honda, je les appelle et laisse un message vocal à leur service, puis je vais me coucher chez mon grand-oncle, complètement et absolument crevée.

14 juillet 2016 (jour 16)

Je me lève tôt pour appeler le concessionnaire. On m’assure qu’un diagnostic sera fait dès que possible.

Entre-temps, j’appelle mes parents, et mon gentil papa propose de venir me chercher à Sudbury si la réparation est trop longue, et de revenir plus tard chercher l’auto. Donc, en bonne stressée, je me mets mentalement un temps limite pour le diagnostic. Je rappelle à onze heures et quart (« l’auto est dans le garage, on travaille dessus »), puis à midi moins cinq (« ça va aller après midi et demi »), et enfin à une heure quarante-cinq ils m’appellent.

On doit changer l’ordinateur. Encore. Mais apparemment, c’est un problème de filage, ou ci ou ça, je ne sais plus trop. On m’indique aussi que la pièce dont j’ai besoin n’existe plus nulle part dans le monde (pour une auto qui a quatre ans d’âge), mais qu’ils vont essayer de la réparer au lieu de la remplacer.  L’ordinateur va arriver la semaine prochaine. À ma question « que se passe-t-il si vous ne pouvez pas la réparer? », pas de réponse.

Mon père part de Baie-Comeau (un beau quatorze heures de route devant lui) et je vais me coucher sur le gros nerf après des parties de cartes et des larmes.

15 juillet 2016 (jour 17)

Vers sept heures le matin, mon père arrive. Il prend le temps de déjeuner, puis on se rend au concessionnaire pour ramasser mes affaires, qui encombrent toujours la Fit. Elle est grande ouverte au fond du garage, on doit donc se foutre dans les jambes de tout le monde pour la vider.

À mi-chemin du Grand Ménage, une technicienne vient me voir. « Mauvaise nouvelle, les pièces ne seront pas là avant la mi-août… » J’encaisse le choc, toute engourdie, la définition même du mot blasée. Mais, il y a un mais. Le gérant des pièces vient me voir. Ils ont une Fit dans la cours qu’ils ne peuvent pas vendre à cause du rappel sur les coussins gonflables; ils vont prendre les pièces nécessaires dedans, puis les changer lorsqu’ils vont les recevoir, à la mi-août, et tout passer sur la garantie prolongée. Et essayer de faire tout ça là, parce que c’est vendredi et qu’ils ferment la fin de semaine.

On repart attendre, mon père dort une heure, j’attends l’appel, toujours engourdie. À une heure et quart, le téléphone sonne. L’auto est prête. On part avec Azzie (qui profite d’un moment d’inattention pour s’enfuir brièvement), je ramasse mes clés et on part, rien à signer, rien à ramasser… hum.

On roule et roule jusqu’à Lachute, dans le traffic autour d’Ottawa, à chercher en vain un restaurant (ne faites pas confiance aux pancartes sur le bord de la route, elles mentent). Je mets la radio francophone; j’écoute les tounes pas-tant-bonnes en chantant à tue-tête, je m’extasie devant la pancarte Québec sur le pont de la 344, qui traverse la Rivière des Outaouais. Je suis revenue.

On se trouve un motel sur le bord de la 50, humide, limite mouillé, et on se couche, épuisés. Le stress m’empêche de dormir alors que j’hallucine des punaises de lit. Je rêve d’une auto qui fonctionne, qui est enfin réparée. C’était presque le cas. Presque.

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La grande histoire de mon retour au bercail, partie 1

Je vous écris du patio de mes parents, à Pointe-Lebel, Côte-Nord, Québec, Canada.

Oui. Québec. La province de Québec. Pis je suis pas en vacances (en fait oui, mais pas vraiment). Je suis revenue. Laissez-moi vous raconter, en trois parties, cette histoire rocambolesque et, on pourrait être tentés de le dire, triste, voire pathétique. Ou peut-être juste vraiment étrange.

Partie 1 – jours 1-14: la Fit a des problèmes

J’ai acheté ma Honda Fit en juillet 2012, donc il y a à peu près exactement quatre ans aujourd’hui, neuve, belle, rutilante, turquoise, parfaite. Dans le temps (et on dirait plus mille ans que quatre), j’étais en couple avec mon premier (de quatre…) chum et notre Cavalier nous avait pété dans les mains.

Ma Fit a vécu trois autres chums, huit déménagements et deux chats depuis ce temps-là. Et beaucoup de kilométrage. Mais maudit qu’elle allait bien. Elle n’avais jamais eu de problème.

Jusqu’au mercredi 29 juin.

Je pars de la job à cinq heures. J’appelle mon chum, qui est aux Pays-Bas depuis quelques jours et ce, pour deux semaines, au mariage de son ami. Je démarre, mon auto fait un bruit bizarre, le check engine se met à clignoter et le moteur cale un peu, descend à cinquante, ne va pas plus vite… je m’en vais à la maison, un peu paniquée (heureusement, c’est proche), et je mets la machine Google en marche. Résultat: ça pourrait être littéralement n’importe quoi.

Le lendemain, je l’amène au garage. Diagnostic: misfire, mais ils enlèvent le code et vérifient ci et ça, tout semble être beau. Okay. Je la ramasse, et le problème revient quand je repars de la job. Problème: c’est férié le lendemain, et je dois aller passer la fin de semaine à Langenburg chez une amie. Tant pis, je prends le pickup truck de mon chum et je pars, stressée après ma facture de quatre-vingt piaces et mes problèmes soudains de Honda Fit turquoise que j’aimais dont mais que je commence à haïr.

Lundi le 4 juillet, je la ramène au garage. Nouveau résultat: je dois l’amener à un garage Honda. Évidemment, parce que je suis perdue au fin-fond du câl, le plus près est à Régina, à deux cent kilomètres de là, et mon auto, en limp home mode, ne va pas plus vite que cinquante kilomètres-heure. Donc un beau quatre heures de route.

Je pars le lendemain soir, pour un 270 minutes à chauffer semi-manuel en essayant de trouver juste le bon degré de pédale qui va pas trop scrapper ma transmission, j’arrive à mon hôtel et je m’évache. Le lendemain, petite virée au gym, puis j’amène la Fit au Honda et j’attends le diagnostic sur place.

Une heure… deux heures… après plus de trois heures, j’ai le diagnostic. On doit changer l’ordinateur. Il ne sera pas là avant le lendemain. On me donne une location. Bonne nouvelle – c’est couvert par ma garantie prolongée (tout le monde m’obstinait que c’était inutile quand j’ai acheté le char: BOOM, c’est une pièce de 1600 piaces). Mauvaise nouvelle: ma location, c’est une Grand Caravan blanche (tout ce que je déteste: Dodge, minivan, blanche). Bon, on chiâlera pas (trop).

Stressée, mais vraiment, vraiment stressée, je pars dans ma minivan poche, je vais me stationner à mon parc préféré de Regina, le sanctuaire des bernaches, et je donne des updates à mon chum. Je le trouve bizarre. Mais bon. Il est fatigué, il est parti depuis deux semaines, etc. Je marche jusqu’à un Subway pour dîner, un quinze minutes de conversations bizarres par messages texte puis, assise à ma table avec mon sous-marin, il m’envoie le dernier message qui me fait dire: okay, là, appelles-moi.

Et là, au téléphone à Regina, je me fais, pardonnez mon français, crisser là.

J’essaye de comprendre, mais je suis un peu perdue. Ça sort d’où, ça? Je suis célibataire, là? Bon, je fais quoi? On vient d’emménager ensemble il y a un mois… j’ai tout laissé derrière (encore) pour partir à Estevan, je me suis trouvé une job, et on vient de meubler l’appartement au complet ensemble, à Winnipeg, il y a deux semaines. Bon…

J’étais supposée le ramasser le soir à Regina, il arrivait de son transit à Toronto (d’où il m’a sacré là), mais je lui ai dit d’aller se faire foutre, de s’arranger, et je suis retournée à Estevan dans ma minivan encore plus poche qu’avant après avoir appelé mon entourage en leur informant des dernières nouvelles.

Il vient me voir, le soir, mais je suis encore trop en colère pour réfléchir. Le lendemain, je me pointe à la job, je finis par écrire un email à mon boss (toujours absent) pour l’informer de la situation et lui dire que je sacre mon camp. C’est ben beau, la Saskatchewan, la job, les champs pis les fermes, mais là, j’en ai plein le C, je déborde de partout, je suis tannée, je retourne au Québec faire n’importe quoi d’autre. Fuck le canola.

Vendredi, toujours pas de boss, samedi, je retourne à Regina chercher ma Fit réparée, mais sur le deux heures de retour, elle commence à faire du bruit, elle shake, elle me ressort un check engine, elle me fait brailler encore, la criss, que je l’haïs dont. Je vais me faire faire un changement d’huile et je leur demande de me donner le code. Un débalancement dans le ratio air-gaz, ou quelque chose du genre. Ils l’enlèvent et je m’en vais chez nous, je m’en vais m’écraser et ne pas penser. Dimanche passe.

Lundi, retour à la job. Mon boss est là, enfin, il m’amène dans son bureau immédiatement.

Ça n’a pas trop de sens que tu fasses deux semaines avant de partir, on aimerait mieux que tu partes tout de suite, tu vas être trop distraite, ça ne sert à rien, si tu es pour partir, pars là, avoir su que ton chum était tout ce qui te rattachait à la Saskatchewan, je ne t’aurais pas engagé, bref, il me déteste, je le comprends un peu, mais je le trouve chiant quand même, et je pars avec mes affaires, j’appelle mon ex, je lui dis: là, faut je décâlice tout de suite, parce que je n’ai plus de job.

On amène mon auto au garage, c’était juste les roues qui étaient pleines de bouette, ils les nettoient et la vibration disparaît, tout semble bien aller. On passe l’après-midi et la soirée à faire mes boîtes ensemble, à décider ce que je laisse derrière, il m’achète mes rebuts pour financer mon voyage, mon retour au bercail, on essaie de tout rentrer dans mon auto mais, évidemment, je manque de place, je laisse des trucs derrière avec promesse de me les faire envoyer par Purolator, et je dors ma dernière nuit en Saskatchewan.

Lever à six heures trente, départ à sept heures trente le mardi 12 juillet.

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Je (sur)vis

  • 25 jours après mon déménagement, tout va bien… depuis lundi dernier. Ça a été difficile de m’adapter, et j’ai essayé de digérer trop de changements en même temps. Mais depuis lundi j’ai retrouvé une certaine routine.
  • Le déménagement a bien été. J’avais hâte, pour dire vrai, j’avais hâte que ça soit fait. Fidèle a mon habitude, les boîtes étaient déballées en vingt-quatre heures.
  • J’ai mangé moins bien que d’habitude depuis et j’ai fait moins d’exercice, mais je blâme le stress et l’adaptation. Ça arrive, et je suis revenue a mes bonnes habitudes.
  • Le canola commence a fleurir, le blé s’en vient haut, tout pousse. On a eu orage par-dessus orage en juin, mais les journées sont généralement belles et ensoleillées.
  • Je me suis acheté une bicyclette! Rouge et brillante, le rêve d’un enfant de cinq ans. Bel achat rentabilisé puisque je l’ai utilisé deux jours sur trois depuis deux semaines. J’aime marcher pour aller partout mais j’aime encore plus pédaler! J’ai même fait une épicerie a vélo.
  • J’aime bien ma nouvelle job. C’est vraiment très relaxe et j’apprends tranquillement, j’aime beaucoup l’équipe (moi qui ai toujours préféré travailler avec des hommes, je suis servie; sur quatorze, nous sommes deux femmes). J’ai ramassé mes bottes de travail (des grosses Dakota beiges a cap d’acier) et j’ai reçu mon casque et ma veste de sécurité hier. Je me sens comme une vraie. Ou comme un enfant qui joue avec un costume.
  • J’ai enfin commencé à lire les Game of Thrones, merci à Marie qui m’a fait cadeau du premier et mon chum qui m’a envoyé le deuxième incognito. Quand j’aurai terminé les romans je veux écouter la série. (Au rythme ou je vais, ça va arriver dans un mois…)
  • J’adore mon nouvel appartement et j’ai hâte de le partager ici. On a encore quelques trucs à faire – entre autres, trois meubles a bâtir – mais ça devrait être terminé d’ici six semaines.
  • Je me suis abonnée au gym local et j’ai recommencé une routine régulière cette semaine après l’adaptation normale des premières semaines. Je vais parler de mon expérience en détails dans un prochain article. Je suis retombée en amour avec les goblet squats ce matin.
  • Mon chat aime l’appartement autant que moi. C’est super ensoleillé donc il fait de grosses siestes dans les plaques de soleil. Il a beaucoup plus d’espace pour courir (ce qu’il fait de plus en plus) et il mange moins qu’avant. On lui a fait pousser de l’herbe a chats (pas du cataire (catnip), juste une sorte d’herbe que les chats aiment manger) et il le déguste tranquillement. Demain je lui achète une laisse et un harnais pour pouvoir le promener dehors cet été. (Oui, je vais promener mon chat. Si il veut. Il est spécial, je pense qu’il va aimer.)
  • J’ai un été bien rempli qui s’annonce. Mon chum revient des Pays-Bas dans une semaine et quelques jours plus tard, son amie et sa mère viennent visiter pendant deux semaines. Ensuite c’est happening par-dessus happening, des plans de camping et de petits voyages de fins de semaine, puis la moisson commence.
  • En résumé, ouiouioui, je suis très heureuse!
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Face aux jugements

Je ne crois pas trop au true calling. Enfin, pas pour moi-même. Quand j’étais très jeune, je voulais être ballerine. Ensuite, vétérinaire. Je pense que pendant presque dix ans, c’était mon idée: vétérinaire, parce que j’adore les animaux, ça semblait juste logique. Ma mère me parlait de l’école de Saint-Hyacinthe. Un jour, elle m’a expliqué que d’euthanasier des animaux de compagnie malades, vieux ou souffrants ferait partie de ma job. Et j’ai décidé de ne pas être vétérinaire.

Au secondaire je ne savais vraiment pas quoi faire de ma vie et je changeais d’idée aux deux mois. Je suis passée de designer graphique à médecin. J’ai consulté les conseillers en orientation du secondaire et du cégep. Les résultats de mes tests donnaient toujours des résultats de personnalité minables – le genre de combinaison avec seulement quelques chemins de carrière possibles, combinant mes fortes habiletés de logique et d’organisation à une créativité débordante. Enseignante ou cartographe, genre. Je ne fittais nulle part, comme d’habitude.

J’ai fini en comptabilité un peu par hasard, choisissant le programme technique après un mois en sciences humaines à détester les cours de (pop)psychologie. Je trouvais mes stages plates, j’ai donc commencé une aventure littéraire un peu hasardeuse à l’université avant d’abandonner après une session et demi, découragée par la grève étudiante et les prospects d’emploi peu reluisants.

Je me suis toujours débrouillé dans des jobs de bureau génériques, toujours trop efficaces et en manque de travail parce que je vais trop vite. J’ai fait une tentative en travail autonome où j’ai été capable de me faire une base de seulement trois clients (dans un village de mille habitants, il fallait s’en douter, mais j’ai essayé, au moins). Puis je me suis ramassé dans un bureau d’avocats à découvrir que les lois provinciales sont vraiment différentes entre la Saskatchewan, le Manitoba et le Québec. Et dans trois semaines, je vais commencer une nouvelle job dans un grain elevator, Richardson Pioneer, à faire quarante tâches différentes avec absolument aucune base en agriculture, en marketing du grain et en santé-sécurité avec une crew de trente gars sur un train. Je suis excitée.

Certains de mes amis du secondaire savaient ce qu’ils voulaient faire à quinze ans et ils font exactement cela aujourd’hui, onze ans plus tard, et ils sont heureux. Je les ai souvent enviés, de savoir où ils s’en allaient. Mais je réalise aujourd’hui qu’ils représentent une minorité de ma génération (et, probablement, de celles avant et de celle d’après- mais je ne sais pas, je n’en fais pas partie). La vérité, c’est qu’à vingt-six ans je ne sais toujours pas ce que je fais, et je suis pas mal sûre que dans quarante ans je ne le saurai pas plus. La différence c’est que ça ne me dérange plus.

Depuis que je date un fermier, c’est un peu différent. J’ai longtemps hésité à me lancer dans cette relation à cause de ça. Quand je suis déménagée en Saskatchewan en février 2015, je ne savais absolument rien sur l’agriculture. Comme la plupart des gens qui ne viennent pas de ce milieu-là, j’avais une idée un peu romantique et outdated de la chose, je m’imaginais la machinerie utilisée il y a cent ans, le pain fait maison trois fois par semaine par une femme en tablier, les neuf enfants pondus à un rythme régulier. Bon, c’est un peu con à admettre aujourd’hui, mais c’est vraiment l’idée abstraite que je me faisais quand je voyais les fermiers dans leurs gros tracteurs John Deer, ces monsieurs en chemises carreautées qui me faisaient toujours un signe de la main quand je les croisais sur le chemin de gravel.

Quand j’ai commencé à fréquenter mon fermier, il a rapidement démenti les idées romanesques et passées que j’avais sur la vie agricole. Mais je me suis découvert une espèce de fascination enfantines pour cette vie-là et, même si j’étais encore très incertaine l’hiver dernier, je me suis rapidement abandonnée à l’idée de, peut-être, faire ma vie sur une ferme. Puis cette idée s’est transformé; au lieu de subir l’horaire et les contraintes en retrait, en observatrice et presque-victime, j’avais envie d’y participer.

Je n’ai aucun background là-dedans. Avant l’été dernier, je tuais involontairement chaque plante verte qui atterissait dans un de mes appartements. Je n’avais jamais fait pousser un légume de ma vie et ma seule expérience à ce sujet avait été la serre de mes grands-parents, pleine de laitues et qui sentait bon le printemps et la vie. L’idée de devenir fermière sonnait ridicule à mes oreilles, donc je n’en ai parlé à personne à l’exception de mon chum. D’abord réticent (difficile de renvoyer sa propre femme de l’entreprise si elle casse un tracteur), il a fini par s’ouvrir à l’idée et, maintenant, on en parle ensemble avec entrain, sans faire de plan précis parce que je ne sais pas vraiment dans quoi je m’embarque, mais j’ai envie d’apprendre.

Il y a une semaine, je suis allée passer la fin de semaine à la ferme, à Estevan. L’ensemencement battait son plein et, de retour de Régina samedi, avec de la pluie annoncée pour les prochains jours, le plan était de finir de planter le blé avant la douche. J’ai donc passé le reste de la fin de semaine à bord de différents véhicules – tracteur, camion-remorque, pick-up de mon chum, pick-up de son père, et le flatbed de la ferme aux gros sièges mous, à ramasser ci et ça, donner un lift à un tel jusqu’au champ, puis de onze heures le soir à une heure du matin, nous avons planté le blé, descendant et remontant dans le John Deer chaque fois que quelque chose bloquait, un thermos de café et du pain aux bananes dans le sac à provisions, combattant la fatigue et s’extasiant devant la gigantesque aurore boréale qui illuminait le ciel aux petites heures.

Il y a quelque chose d’extrêmement attirant, pour moi, dans la vie de ferme. Particulièrement le busyness – il y a toujours quelque chose à faire, c’est difficile de s’emmerder comme c’est ma tradition depuis six ans. Si on n’est pas dans le champ à ensemencer, arroser ou récolter, il y a toujours des machines à entretenir ou à réparer, des plans à faire, des roches à ramasser, des relations à entretenir. Le système agricole, à première vue plutôt solitaire – les fermes sont loin, les journées sont longues et parfois frustrantes – est formé d’un réseau tissé très serré de professionnels et fait rouler l’économie aussi loin que l’on peut imaginer. C’est presque réconfortant d’être au centre de tout ça, d’être la personne qui plante le canola et qui s’en occupe jusqu’à la moisson, canola qui sera utilisé pour l’huile que vous avez dans votre garde-manger. C’est un immense système de vente et d’achat – machines, grains, fertilisant, récoltes – de production et de transformation, d’entretien et de réparation. Il y a plus de cent personnes qui ont travaillé sur votre huile de canola, depuis le représentant agricole qui a vendu le grain au fermier jusqu’à l’employé de l’usine qui a extrait l’huile de la plante.

Donc, ça m’intéresse. Mais quand j’en parle, et particulièrement aux gens de Saskatchewan, il y a une immense réticence. Je suis une travailleuse de bureau, je me maquille, j’ai de beaux ongles, je suis assise à longueur de journée: je pense que personne ne m’imagine conduire un tracteur, et encore moins le réparer. Le fait que je suis une femme n’aide probablement pas – ici, les femmes sont des farmwives, pas des farmers; elles aident dans les grosses périodes, mais sinon, elles sont occupées à nourrir tout le monde et à faire du ménage. Donc, quand j’en parle, tout le monde m’avertit. « Tu fais une erreur. N’embarque pas là-dedans. Tu n’aimerais pas ça. » Ou bien « si tu commences à aider avec les travaux, ça ne s’arrêtera jamais. Plus tu en fais, plus ils vont en exiger de toi. »

C’est assez insultant de se faire parler comme ça, et je pense que ma légendaire tête de cochon canadienne-française me pousse encore plus vers l’agriculture, juste parce que tout le monde me dit que je ne devrais pas.

Je suis restée debout jusqu’à deux heures et demi du matin pour planter du blé, mais j’ai vraiment aimé ça. J’ai dormi comme je n’avais pas dormi depuis longtemps, le sommeil du juste, comme on dit. Et le lendemain matin, je me sentais énormément d’énergie, j’étais prête à recommencer.

C’est peut-être juste une phase, comme ma phase vétérinaire. Peut-être que mon chum va m’expliquer la version agricole de l’euthanasie qui va me faire changer d’idée. Ou peut-être pas. Pour le moment, j’ai vraiment beaucoup de plaisir à apprendre, parce que je ne sais absolument rien, et j’adore les journées passées à l’extérieur, même dans le mauvais temps, à travailler, à être utile, à utiliser mon cerveau autant que mon corps, à écouter les explications, à apprendre des termes et à faire juste mon gros, gros possible. J’ai hâte de voir les plantes pointer dans la terre fertile, pousser, pousser jusqu’à la récolte en août, de m’émerveiller devant les kilomètres de blé, de canola, de lin, de lentilles et de pois. J’ai hâte d’apprendre à conduire toute cette machinerie immense, de surpasser ma peur et de relever chaque petit défi. J’ai hâte de me réveiller dans quarante ans, un matin de juillet, et de regarder le champ devant ma maison en buvant mon café. C’est encore romantique, mais c’est aussi réel. J’ai envie de me salir les mains, j’ai envie de faire partie de votre huile de canola.

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Le livre qui a changé ma vie

Quand j’ai (re)commencé le Cégep en 2008, j’étais obèse.

Je pesais, à mon souvenir, 205 livres (je fais 5’6). Je travaillais à temps plein dans un fast-food où je mangeais la moitié de mes repas, je combattais ma maudite dépression et j’avais beaucoup d’argent à dépenser facilement dans mes brosses hebdomadaires, mes sacs de chips et mes deux litres de crème soda. Je détestais le sport parce que, pour moi, le sport, c’était les cours d’éducation physique où j’étais toujours choisie en dernier pour former les équipes, où je n’avais jamais le ballon, où j’avais mes seules notes en bas de 85% sur mon bulletin.

J’habitais proche du Cégep et, pour économiser de l’essence (et parce qu’il n’y avait jamais de stationnements libres), en 2009 j’ai décidé de marcher pour y aller le matin et pour revenir après mes cours. Je viens de vérifier sur Google Maps et c’est une distance de un kilomètre. Aujourd’hui ça me prend treize minutes à marcher et c’est carrément rien. Mais dans le temps, j’arrivais à l’école avec des douleurs incroyables aux mollets et j’étais essoufflée de la côte très douce à monter jusqu’aux portes.

Ça a commencé comme ça, et ça s’est poursuivi en jogging. En mai 2010 j’ai commencé à marcher-courir des petites distances, le matin avant d’aller travailler, à peu près deux kilomètres si ma mémoire est bonne. Ça me tuait et j’avais la face rouge pendant une demi-heure mais, peu à peu, j’ai commencé à voir des résultats. Puis je suis partie vivre dans la maison de mes parents tout l’été, pendant qu’ils étaient partis dans l’Ouest, et j’ai continué mon jogging, mes marches, j’ai changé mon alimentation, j’ai arrêté d’acheter des sacs de chips trois fois par semaine. J’ai acheté une Wii avec le jeu Wii Fit et je m’amusais avec les jours de mauvais temps.

Depuis ce temps-là, donc depuis presque six ans, je prends mieux soin de moi, je ne me laisse pas trop aller, bref, j’essaye d’être en santé, et c’est bien. En janvier 2012 je me suis inscrite au gym en face de mon appartement, à Québec, et c’est là, je pense, que mes intentions ont tourné un peu au négatif.

Je voulais perdre du poids, soit. Une grosse partie de la population a ce désir. On est sédentaires, on est assis à nos bureaux ou sur nos divans tout le temps, on boit beaucoup de bière et de vin, forcément ça se termine en petite bedaine si on ne compense pas ailleurs. Mais je voulais aussi être plus belle, plus mince, plus présentable. J’étais écoeurée d’être “la grosse” du groupe, celle qui avait encore de la misère à suivre si on allait prendre une longue marche, celle qui finissait en sueur. Je me suis payé les services d’un entraîneur personnel pendant un an et ça a donné des résultats un peu plus poussés que ce que j’avais obtenu jusque-là. J’ai même consulté une nutritionniste cinq-six fois et à un certain moment j’ai commencé à essayer toutes les stratégies qu’on trouve en ligne – compter mes calories et mes macronutrients, tenir un journal alimentaire (très serré), programme par-dessus programme d’entraînement. J’en faisais toujours plus mais on dirait que je ne perdais jamais de poids. Je devenais malheureuse.

Un jour, j’étais épuisée, j’avais un rendez-vous avec mon entraîneur et je me suis mise à lui brailler dans la face. J’étais plus capable.

Cette période-là a duré vraiment longtemps. Rien ne fonctionnait. J’avais l’impression que c’était facile pour tout le monde sauf moi, et j’ai commencé à me dire que je ne perdrais plus de poids, que mon corps avait stagné à ce stade-là, que j’étais faite pour être un peu ronde, pour avoir un léger surpoids. Plusieurs personnes me complimentaient sur mon apparence et me disaient que si j’en perdais plus, ça ne serait pas joli. (Pourquoi les gens pensent que c’est de leurs criss d’affaires?)

J’ai eu des hauts et des bas mais, depuis 2014, mon poids est à peu près stable, avec des variations de cinq livres ou moins. Toujours pas ce que je voulais, mais j’ai fini par m’y faire. J’étais écoeurée de mettre autant d’énergie et d’essayer toutes sortes de choses qui, au final, ne fonctionnaient pas. Tannée de me dépenser au gym comme une dingue pour perdre deux livres qui revenaient rapidement. Tannée d’avoir à mesurer et peser tout ce que je mangeais, estimer les calories, les rentrer dans une maudite machine et me faire dire selon des calculs mathématiques probablement erronnés que j’avais trop mangé ou pas assez. Tannée de m’empêcher de souper parce que j’avais déjà dépassé ma limite quotidienne et d’aller me coucher avec la faim au ventre et le malheur au coeur. Personne ne devrait vivre comme ça.

Quand je suis déménagée en Saskatchewan, en février 2015, j’ai à peu près arrêté de m’entraîner. Je prenais encore des marches, j’ai fait un peu de jogging le printemps venu, puis je faisais quelques exercices à la maison, mais rien d’intense. Je ne regardais pas trop-trop ce que je mangeais et, l’été venu, la crème glacée était toujours en spécial à l’épicerie et j’en étais à un bol quotidien. Évidemment j’ai repris un peu de poids, mais finalement je me suis abonnée au gym en juillet et j’ai repris le contrôle un peu. Mais je pensais encore à une chose – mon apparence, mon poids. Ma petite bedaine, mes bras mous, mes cuisses qui gigotent.

En juillet j’ai acheté un livre: Lean Habits for Lifelong Weight Loss, écrit par la diététiste Georgie Fear. Et depuis que j’ai ce livre-là, toute ma vie a changé.

Bon, c’est hyper cliché, je sais. Mais dans mon cas, c’est vrai, je ne peux pas sous-estimer l’impact que ce livre-là a eu sur ma vie. Pour résumer, LH est un assemblage de seize habitudes de vie, toutes ayant trait à l’alimentation (sauf la dernière, qui parle du sommeil), qui aident à perdre du poids, et à le garder off toute notre vie. Au début, je me disais: okay, c’est trop simple, c’est une crosse. J’étais habituée à compter mes calories, à manger six fois par jour (trois repas, trois collations), à ne jamais avoir faim, et là, elle me disait de faire tout le contraire.

Ben câlice, ça a fonctionné.

Les quatre premières habitudes sont appelées “habitudes essentielles” (core habits), et les autres viennent “supporter” ces quatre-là, les plus importantes. On commence par la première, on l’essaie deux semaines, et le seul tracking qu’on a à faire, c’est d’écrire si oui ou non on l’a réussi pour la journée, à la fin de celle-ci. Je consigne mes progrès dans une application sur mon téléphone et ça me prend dix secondes avant d’aller me coucher. C’est tout. Si la première habitude a un taux de réussite adéquat après deux semaines (elle suggère 80%), on passe à la prochaine, et ainsi de suite.

J’ai commencé en juillet et j’en suis à la cinquième habitude. Ce qui est vraiment cool, avec LH, c’est qu’on prend notre temps, et qu’on ne peut pas aller trop vite, sinon ça échoue forcément. Comme on prend les choses une par une, en ignorant ce qui s’en vient, il n’y a pas trop de changements intenses en même temps, c’est difficile d’abandonner. Quand j’ai commencé en juillet j’ai pris quelques livres, puis je les ai perdu, puis j’ai perdu plus de poids et j’ai atteint mon poids minimum record. À vie. Et c’était facile.

Chaque chapitre correspond à une habitude, qui est d’abord expliquée (pourquoi cette habitude?), recherches à l’appui. Georgie Fear est diplômée en sciences nutritionnelles (Rutgers University et Cornell Universities), a publié maintes recherches (elle a travaillé dans le secteur de la recherche plusieurs années, avec focus sur les fonctions d’appétit et de satiété) et travaille maintenant pour sa propre compagnie de nutrition, One by One Nutrition, qui aide les gens à perdre du poids et à ne pas le reprendre. Donc, forcément, c’est pas une conne, et les habitudes proposées sont non seulement simples, elles sont expliquées scienfitiquement (un pré-requis extrêmement important pour moi) et font du sens. Comme j’adore la science nutritionnelle, j’aime beaucoup les explications qu’elle donne sur l’effet des hormones sur notre appétit et nos signaux de satiété, et sa façon très approchable de traduire les recherches sur le sujet en termes simples.

Les quatre premières habitudes (essentielles) sont les suivantes: manger trois ou quatre repas par jour sans collationner entre; “construire” sa faim trente à soixante minutes avant un repas; manger juste assez; et manger majoritairement des aliments entiers (non transformés).

La seule que je faisais déjà est la dernière. Comme j’ai dit, je mangeais six fois par jour, je n’avais jamais faim (et j’avais peur d’avoir faim; la seconde que j’en ressentais, c’était une urgence, j’avais l’impression de crever), et je mangeais toujours trop, justement par peur d’avoir faim trop vite.

Un autre côté hyper cool est le groupe Facebook Lean Habits Community. Même pas besoin d’avoir le livre pour rejoindre. Il y a plus de 1,500 membres en ce moment et c’est une communauté incroyable. Même que Georgie y fait des tours régulièrement, répond à nos questions, commente sur nos victoires et nous supporte. Gratuitement. (Je suis fan.)

Donc, depuis juillet, j’ai perdu un peu plus de poids. Sauf que j’ai gagné tellement plus qu’un corps plus mince. En fait, perdre du poids est devenu un à-côté, un effet secondaire apprécié, mais pas nécessaire. J’ai appris à apprécier mon corps et à lui faire confiance. J’ai appris à m’écouter. J’ai appris à manger parce que j’ai faim, pas parce que je n’ai rien à faire, ou que je suis triste, ou fâchée, ou heureuse, ou qu’il y a du dessert sur la table. J’ai acquis un bien-être immense face à la nourriture. Je me suis départi de mon obsession des calories, j’ai acquis une balance formidable avec les aliments. J’apprécie mieux mes repas, j’apprécie mieux mes gâteries, ma bière occasionnelle. Je me pèse une fois par mois (par curiosité de mesure; le chiffre me passe vraiment quarante pieds par-dessus la tête) au lieu de trois fois par semaine. Je n’ai pas compté une seule calorie depuis juillet, je n’ai pas tenu de journal alimentaire, et j’ai libéré mon espace mental pour consacrer mon énergie à autre chose que ce que je mange et ce que je pèse et ce dont j’ai l’air. Je me sens libre. Je mange librement et je prends mon temps pour apprécier chaque bouchée. Et je suis tellement heureuse.

Malheureusement, le livre est seulement en anglais, il n’y a pas encore de traduction disponible (c’est un projet pas encore en cours, mais dans le futur, je pense). Mais je le conseille vivement. C’est tellement difficile d’avoir une relation saine avec la nourriture en 2016. On se fait garrocher plein d’information de tous bords tous côtés, parfois bonne, parfois erronnée; on se fait dire de manger ci mais pas ça. En tant que consommateurs, nous sommes pris dans les guerres de l’industrie, OGM, biologique, pesticides, quinoa, graines de chia, viande rouge, bla bla bla… il y a toujours une nouvelle diète à suivre, un nouveau régime, un nouvel aliment à bannir de nos vies. On ne fait jamais rien de correct et on doit toujours payer et payer plus.

Bah, j’ai dépensé vingt piaces pour un livre qui m’a débarrassé de toutes ces conneries-là. Maudit que ça en valait la peine.

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On a toujours le choix

Le choix, ce grand sujet de discussion philosophique.

Certains définissent la vie comme une suite de choix. Je suis d’accord avec cette définition sommaire. Puisque l’Homme est le seul animal doté de la raison – techniquement parlant – il est également le seul qui puisse, théoriquement, comprendre la notion de choix.

Je me rappelle avoir étudié la question dans un cours de philo au Cégep. Il serait tentant de trouver certaines situations où l’Homme n’a, en fait, pas de choix, où il a les mains liées, en quelque sorte. Les situations extrêmes sont un bon exemple: on pourrait facilement assumer que les soldats Nazis recevant l’ordre de fusiller des Juifs n’avaient pas le choix de le faire, où ils se feraient à leur tour fusiller. Mais, justement, cette notion de X ou Y implique le choix; ou je fusille ces Juifs, ou je me fais fusiller moi-même. Je ne veux pas mourir, donc je fais le choix de tuer.

Ce n’est pas faire un choix qui est difficile, mais plutôt assumer les conséquences qui en découlent, car elles peuvent être difficiles à mesurer, imprévisibles, dangereuses… et elles entraînent une panoplie d’autres choix à faire.

C’est pourquoi j’essaie de ne jamais blâmer les situations extérieures pour les choix que je fais quotidiennement. Si un imprévu survient dans mon horaire et que je n’ai pas le temps de faire à manger, et que je mange un sac de chips pour souper à neuf heures le soir parce que j’ai trop faim, je ne blâme par l’imprévu; je tourne la situation en une « leçon de vie » pour faire un meilleur choix dans un cas similaire, dans le futur. De même pour ma situation financière précaire, les cinq livres que j’ai pris à Cuba, les difficultés que j’ai au travail, mes peines et mes frustrations.

Serait-il donc préférable de s’auto-blâmer pour tout? Non. Je préfère ne rien blâmer du tout. Je pense que ça prend une bonne dose de caractère pour être capable d’assumer ses choix et les conséquences qui en ont découlé, et de continuer à avancer dans la vie. Les bénéfices de cette attitude sont nombreux: entre autres, je me suis débarrassé des « si » de mon passé, et j’utilise les « si » seulement pour faire un choix. Mais une fois qu’il est fait, je me défait des autres possibilités, qui sont maintenant choses du passé et inutiles. Et si je n’étais pas déménagée en Saskatchewan? Et si j’étais allée à l’université? Et si je n’avais pas abusé du crédit? sont tous des « si » hypothétiques, trop-tardesques et inutiles. Je les ai mis à la poubelle, afin de placer toute mon attention sur les nouveaux choix que j’ai à faire afin de régler les conséquences de mes choix passés.

Ça, j’y travaille. J’y travaille depuis des mois, et c’est le travail de toute une vie, dans le fond. Ces temps-ci, c’est difficile. Ça me travaille. Parce que j’aurais envie de blâmer le reste du monde pour les conséquences fâcheuses de mes choix récents.

Le 4 juin prochain, je déménage à Estevan. J’emménage avec mon chum. J’ai averti mon employeur deux mois à l’avance, par respect pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Cette semaine, la recherche d’appartement s’est conclue, et j’ai confirmé officiellement ma date de départ. Vient la prochaine étape: trouver un emploi.

Dans un ordre idéal, j’aurais trouvé une job avant de partir, avant même de chercher un appartement ou de donner ma démission. De ce fait, je regarde le marché et les offres depuis janvier. Sans rire. Elles vont et elles viennent, mais il n’y avait jamais grand-chose. Serveuse, caissière chez Wal-Mart, quelques jobs de bureau à tâches plates, petit salaire et… temps partiel. Mais je me disais toujours: bon, ça va venir, tu n’as jamais eu de problème à te trouver une job n’importe où. C’est le côté très positif d’un diplôme en comptabilité et administration: ça en prend partout.

Sauf que là, là, depuis cette semaine, ce n’est plus une recherche d’emploi potentielle, mais bien réelle. C’est devenu un besoin plutôt qu’une idée. Et il n’y a toujours rien. Estevan est une ville morte, ça, je le savais déjà. Quand le marché du pétrole a dégringolé, tout le monde a déserté et c’est devenu fantôme. Tout est en train de fermer, tout le monde a perdu sa job, il n’y a plus personne dans les rues, l’économie est en chute libre. Mais de la job en administration, y en a toujours partout, non?

Je sais que ça fait juste quatre jours que je me cherche une job. Sauf que j’ai l’habitude de la facilité, de la simplicité, de la ligne droite. Pas nécessairement du tout-cuit-dans-le-bec, mais proche. Je suis une excellente employée, j’ai beaucoup d’expérience et des références extraordinaires. D’habitude, quand j’applique sur une job, je l’ai. Genre là, tout de suite. Je passe une entrevue et deux jours plus tard je l’ai. Ça a littéralement toujours été le cas. Mais je n’ai jamais déménagé dans une ville-fantôme plus-de-pétrole économiquement-dévastée. Je n’étais jamais déménagée à Estevan.

J’avais trouvé la job idéale, ce matin. J’ai appliqué tout de suite. Ça fait deux offres d’emploi qui me disparaissent dans la face sans que j’aie le temps de poser ma candidature, avant même d’atteindre leur soi-disant date limite. Donc j’ai appliqué. Et ça n’a pas pris quatre heures pour recevoir un courriel de refus pas d’explication, un genre de refus généralisé et froid. Merci, mais non merci, tu fais pas l’affaire.

Depuis que j’ai reçu le courriel, j’essaye de me persuader que c’est à cause de mes disponibilités. J’ai mis le 13 juin, pour me donner une semaine après le déménagement. Mais, apparemment, à Estevan, les offres d’emploi sont postées quand ça fait deux semaines qu’ils sont dans la merde à avoir besoin de quelqu’un. J’essaye de me persuader que c’était dans trop longtemps, qu’ils ne peuvent pas attendre, donc qu’ils n’ont même pas pris la peine de regarder le reste. Parce que les autres options – que je ne suis pas assez bonne, que mon CV est trop diversifié, que je suis franco-canadienne, que sais-je, foutu bordel – me font trop peur.

Et depuis ce matin j’ai envie de tout blâmer sauf moi-même. J’ai envie de blâmer mon chum. Une ferme à Estevan, vraiment?! Ça m’enrage. Sauf qu’on avait deux choix. Ou il abandonnait la ferme de ses parents, ferme qu’il projetait d’acheter dans X ans pour y faire sa carrière et sa vie, ferme où il est déjà employé, pour venir habiter ici. Soit je partais là-bas, comme je fais toujours, en laissant tout derrière moi, comme je fais toujours. Le choix était clair, ça ne veut pas dire qu’il était facile.

J’ai envie de blâmer le pétrole, l’industrie instable et ses employés stupides qui vont dans les banques stupides retirer des sommes immenses pour construire des châteaux hideux et qui les abandonnent deux ans plus tard, hypothèque de 25 ans à peine remboursée, parce qu’ils ont perdu leur job. J’ai envie de blâmer mon ex, j’ai envie de blâmer l’économie et le gouvernement, bref, tout et n’importe qui sauf moi-même, alors que dans le fond, il n’y a rien à blâmer, même pas moi-même.

Ce n’est pas comme si j’étais dans la merde. Mon chum a une job. On en a parlé souvent, et il va nous supporter financièrement jusqu’à-ce que j’en aie une. Ce n’est pas comme si je n’essayais pas. Je rafraîchis les offres d’emploi à peu près quarante fois par jour, comme une torture auto-infligée. Je lis et relis mon CV en me demandant où est l’erreur. Je lis les Pages Jaunes comme une bible pour l’envoyer à chaque foutu bureau encore ouvert. Et si jamais le Wal-Mart est désespéré et veut engager du monde surqualifié pour être caissière, ben câlice, j’irai là.

J’ai eu le choix, j’ai fait un choix, et le truc, maintenant, c’est de ne pas regarder en arrière. Ma démission est donnée, j’ai averti mon proprio que je partais, je ne peux plus reculer. J’assume. Et j’avais juste besoin, je pense, de chiâler un petit peu avant de retourner lire les offres encore une fois.

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Special K Nourish, ou le marketing nutritionnel puissance 15

Disclaimer: je ne suis pas nutritionniste et je ne suis aucunement qualifiée pour donner des conseils en nutrition. Ce que je sais, je l’ai appris par le biais de ma nutritionniste, en lisant des résultats de recherche et des articles sur la science de la nutrition, mais pas en l’étudiant moi-même dans un établissement qualifié. C’est juste mon opinion, chill.

Tout le monde mange. C’est littéralement requis pour rester en vie. Et les compagnies qui produisent de la bouffe l’ont bien compris.

Autre chose que tout le monde veut: perdre du poids et être en santé. Surtout les femmes. Et ça, Kellogg’s l’a bien compris.

Vous savez sur Facebook parfois des publicités apparaissent sur votre fil d’actualité? Récemment il y en a une de Special K qui m’a vraiment fait grincer des dents:

Capture

Outre leur nouvelle campagne marketing fatigante #ownit, deux choses m’énervent dans ce qu’ils ont écrit. Premièrement, « des ingrédients réels » (nous allons y venir). Deuxièmement, « que vous pouvez vraiment manger ». News flash, Special K: je peux aussi manger des « ingrédients faux », peu importe ce que ça veut dire. Je ne vais pas en crever ni prendre dix livres si je consomme du colorant alimentaire jaune 5 sur un cupcake de l’épicerie. J’aime mieux miser sur la modération que sur le tout-ou-rien (et cela est pour un article prochain).

Real ingredients. Des vrais aliments. Vraiment? Je ne m’attarderai pas sur la définition de ce que ça pourrait être, parce que ce n’est pas vraiment clair. Dans un but de simplicité, disons que des aliments « réels », ce sont des aliments minimalement transformés. Par exemple, une pomme, c’est réel, et une tarte aux pommes, un peu moins.

Sur le site web de Kellogg’s on trouve la liste des ingrédients:

Blé entier, grappes de céréales granola (avoine entière, sucre, sirop de maïs, son d’avoine, riz, miel, amidon de maïs modifié, semoule de soya, mélasse, dextrine de blé, arôme naturel, farine de maïs, gomme d’acacia, sel, protéines de soya, fibres de bale d’avoine, sirop de canne à sucre séché, extrait de maïs et d’orge maltée, monoglycérides, colorant, farine de sésame, BHT, vitamines et minéraux [fer, niacinamide, oxyde de zinc, d-pantothénate de calcium, chlorhydrate de thiamine, chlorhydrate de pyridoxine, acide folique]), riz, sucre, pommes déshydratées (pommes, sulfites), amandes, farine de quinoa, farine de blé entier, framboises lyophilisées, farine de riz, dextrine de blé, son de blé, sirop de cassonade, sel, farine d’avoine entière, extrait de maïs et d’orge maltée, farine de maïs, amidon de maïs, arôme naturel, phosphate tricalcique, amidon de maïs modifié, purée de pommes concentrée, fraises, bleuets, carbonate de calcium, gomme de guar, acide citrique, vitamines et minéraux: fer, niacinamide, chlorhydrate de thiamine, d-pantothénate de calcium, chlorhydrate de pyridoxine, acide folique.

Une règle générale de ma nutritionniste est qu’un aliment sera considéré comme « transformé » à partir de cinq ingrédients. Comptant la liste ci-haut, il y en a 51. Et qu’on s’obstine à savoir si on compte « grappes de céréales granola » comme un ou 23 ingrédients, bon, il y en a quand même pas mal.

Pourtant, ça commence bien. Blé entier. Nutritionnellement parlant (et à mes goûts aussi), le blé entier est préférable au blé transformé. Plus de fibres, plus de nutriments, etc. Mais à partir du deuxième ingrédient ça se dégrade déjà. Grappes de céréales granola, dont le deuxième ingrédient est du sucre. Saviez-vous que les listes d’ingrédients sont en ordre de pourcentage du volume? Donc plus on avance dans la liste, moins il y en a. Du sucre en troisième ingrédient, ça fait beaucoup plus dessert que déjeuner à mon humble opinion.

Sirop de maïs: haute teneur en fructose. Et puis on rajoute du miel parce que pourquoi pas encore plus de sucre. Mélasse… sirop de canne à sucre séché… ça commence à sonner gâteau!

Avançons un peu plus dans la liste. Ah, tiens, encore du sucre. Enfin, les fruits arrivent! Suivis par du sirop de cassonade, pour la belle touche finale.

Bon. Tout ça, ça sonne vraiment critique. C’est certain que, si on compare cette liste-là avec d’autres types de céréales (par exemple, je ne sais pas, des Fruit Loops), Special K Nourish est la meilleure option. Mais voici l’autre option: pas de céréales pentoute!

Le matin, je mange du gruau. Pendant huit mois à peu près, du gruau chaud, et pendant les quatre mois plus chauds, du gruau froid. Oui, ça sonne dégueu, mais en fait, c’est plutôt bon. J’achète des flocons d’avoine de blé entier, et je cuisine tout ça avec ce que j’ai sous la main – habituellement, des fruits congelés, des graines de chia (calcium, acides gras oméga-3), du lait de soya, du beurre d’arachides ou d’autres noix, de la cannelle. Quand c’est prêt, j’ajoute des coeurs de chanvre (acides gras oméga-3 et oméga-6, protéines complètes) et parfois un peu de sirop d’érable. Yum.

Probablement que les céréales Special K Nourish goûtent bon. Mais, pour moi, à lire cette liste d’ingrédients, c’est un dessert, pas un petit-déjeuner. Quand je mangeais des céréales pour déjeuner, j’avais tout le temps faim pas longtemps après, j’avais de la misère à attendre jusqu’au dîner. Et manger une plus grosse portion ne règle pas le problème – la portion recommandée est de une tasse. Une petite tasse de céréales!  Pour 210 calories et 44 grammes de glucide – dont 10 grammes de sucre. Ouch… En décembre, j’ai fini ma dernière boîte et j’ai décidé de ne plus en racheter. Même si j’achetais ce qu’il y avait de « mieux » (des flocons d’avoine entière, super plates), il y avait quand même d’autres options qui goûtent aussi bon (sinon mieux), qui me nourrissent mieux et qui me donnent plus d’énergie.

Donc, ce qu’il y a à retenir de mon article, ce n’est pas que ces aliments-là sont mauvais. Ni que les aliments « réels », peu importe ce que ça veut dire, sont en tout temps supérieurs aux aliments « faux » ou transformés, comme ces céréales-là. Il faut juste utiliser une bonne balance. Oui, je mange du gruau pour déjeuner et je cuisine la majorité de mes plats à la maison avec une majorité d’ingrédients minimalement transformés, mais ça m’arrive encore de manger une pointe de tarte et de vraiment en profiter.

C’est vraiment difficile, en 2016, de savoir quoi faire pour « bien manger ». On se fait bombarder à tout bout de champ par des publicités comme celle de Kellogg’s, qui nous incite à croire qu’on va se sentir mieux, bien manger, et être plus badass si on mange leurs foutues céréales trop chères. Tout le monde mange des barres protéinées, des smoothies et des shakes, on achète les chips 50% moins de sel, du yogourt glacé à la place de la crème glacée et des petits sacs de biscuits à 100 calories par paquet en pensant que c’est là que réside la solution à nos problèmes de poids et de santé. Bah, non. Je ne suis pas nutritionniste, comme j’ai mentionné en début d’article, mais je connais les bases. Pourtant, ces bases-là sonnent trop simples aux oreilles de la majorité des gens, et ils préfèrent ce qui est compliqué. La prochaine diète miracle, le prochain régime en vogue, le prochain « super aliment » (je rajoute des graines de chia dans mon gruau pour leurs propriétés nutritionnelles, mais je suis bien consciente qu’elles ne vont pas me guérir potentiellement du cancer, me faire perdre du poids ou sauver le monde demain)…

Donc, quand vous êtes confrontés à une publicité tentante de ce genre-là, posez-vous des questions. Vérifiez les sources des études et des articles que vous lisez. Quand une étude « prouve » que les boissons gazeuses ne sont pas si pires que ça pour la santé, mais que Coca-Cola sponsorise l’étude en question, c’est douteux. Favorisez des aliments peu ou pas transformés, achetez dans le périmètre de l’épicerie (fruits et légumes, produits laitiers, viande) plus souvent que dans les allées. Allez-y graduellement, et n’associez pas d’étiquette « bon » ou « mauvais » aux aliments. Faites vos choix selon vos buts. Moi, j’ai choisi d’être en bonne santé, alors je me nourris en conséquence.

Par exemple, hier, je me suis fait un plat de pâtes. À la base, les pâtes, c’est un aliment transformé. Est-ce que ça veut dire que je vais les bannir? Non. Mais je les choisis, si possible, faites de blé entier. Honnêtement, celles que j’ai utilisé hier ne l’étaient même pas. C’est pas trop-trop populaire, le blé entier, dans mon petit village. Est-ce que j’allais me passer de mon plat de pâtes pour autant? Non. Mais j’ai ajouté des légumes frais sautés dans l’huile d’olive (champignons, oignon, poivrons vert et jaune), et j’ai fait un pesto à partir d’épinards frais, de tomates séchées au soleil et d’ail. J’ai rôti des pois chiches au four. Et c’était délicieux, ça m’a pris vingt minutes et j’ai eu des restants pour mon dîner aujourd’hui.

Alors, arrêtons de compliquer les choses et de tomber dans le piège des campagnes marketing trop bien pensées pour nos pauvres esprits confus de consommateurs qui n’ont pas le temps d’étudier la nutrition. Si vous voulez des céréales, mangez-en. Ce n’est pas moi qui vais vous en empêcher. Mais il faudrait que le monde arrête de se plaindre de prendre du poids et d’être en mauvaise forme si ils continuent à manger des foutus Special K Nourish tous les matins, avec un shake à poudre pour dîner et une lasagne congelée pour souper.

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Lundi dernier je me suis dit « je t’aime »

Lundi matin, mon chum est parti. La veille (oui, un dimanche soir), on était allés à un party à Wroxton, à quarante-cinq minutes de Langenburg, l’anniversaire de mariage d’un couple d’amis Néerlandais. On s’était couchés vers onze heures le soir, j’ai décidé de dormir une heure de plus au lieu d’aller au gym, ma routine habituelle du lundi matin. J’ai passé huit heures au bureau à ouvrir des dossiers, à remplir des formulaires juridiques pour courir après des gens qui ne payent pas leurs prêts bancaires, à répondre au téléphone. Puis j’ai travaillé une autre heure chez un client, à faire sa comptabilité pour mars et son rapport de taxes trimestriel. Je me suis lavé les cheveux. Puis j’ai ouvert Do Yoga With Me, j’ai installé mon tapis de yoga dans le salon et j’ai choisi un nouveau vidéo à essayer pendant que Azzie s’installait à son aise au centre du tapis.

Le vidéo que j’ai fait ce soir-là était très doux, très lent: du yoga pour se restaurer, avec en bruit de fond, la délicieuse monotonie des vagues. À la fin du vidéo, en Savasana (ou « pose du cadavre »), concentrée sur ma respiration, mon esprit en symbiose avec mon corps, connectée à mes sens, je me sentais bien. Pas en extase, juste bien.

J’ai réveillé mon corps, je me suis assise, toujours guidée par le vidéo, j’ai joint les mains en prières et je me suis remercié d’avoir pris le temps de pratiquer. Une pratique de yoga se finit toujours ainsi. Mes cours de groupe aussi. La norme, c’est évidemment de se remercier en silence, dans sa tête. Mais lundi dernier, ça a sorti tout seul, j’ai dit tout haut:

Merci, je t’aime.

C’est le genre de trucs qu’on ne répète pas à personne. Personne ne m’a jamais dit « oui, hier soir j’ai fait du yoga et à la fin, je me suis dit que je m’aimais, tout haut, naturellement ». Se dire qu’on s’aime soi-même, c’est vu un peu bizarrement. Vous devez vous dire: elle est excentrique, elle fait des Joannieries™, elle est égocentrique, même, narcissique. Mais il n’y a pas juste moi que j’aime. C’est ça, le truc. J’aime tout le monde. Et ça m’inclut moi-même.

C’est tellement bizarre, l’amour. C’est quelque chose auquel tout le monde aspire, mais c’est aussi un peu tabou. Les gens sont gênés de se dire qu’ils s’aiment, ils sont gênés de se le faire dire. On se moque de l’amour, on trouve qu’un amour jeune est ridicule, trop passionnel, plein de cliché, on pense qu’il va s’éteindre, parce que ça finit toujours par s’éteindre. On trouve le mariage inutile ou, pire, on utilise le mariage juste pour montrer à quel point on est prêts à dépenser beaucoup d’argent en une journée. On est inconfortables avec l’amour, on le montre tout croche, on se donne des bébelles au lieu de se donner du temps, on l’écrit sur Facebook au lieu de se le dire de vive voix, on a peur du contact, peur d’un câlin ou juste d’une main sur l’épaule, peur de parler, de s’exprimer, du ridicule, des émotions, des conséquences, des responsabilités, de nos choix. Des étiquettes et des jugements, surtout.

Pourtant l’amour c’est tellement beau. Quand je me lève le matin, je me sens débordante d’amour. Je pense à ma famille au Québec et je les aime. Je pense à mes amis dispersés dans le monde et je les aime. Mon chat qui se roule sur le dos chaque matin pour notre séance matinale de flattage. Tous les gens avec qui j’ai pu avoir un contact direct ou indirect dans ma vie, tous ceux avec qui j’en aurai, et tous ceux que je ne rencontrerai jamais. J’aime les clients qui m’appellent au bureau, j’aime le commis d’épicerie, le piéton que je croise en revenant de la job, l’automobiliste qui me dépasse pour mieux me ralentir par la suite. J’aime les gens qui me critiquent, les gens qui me détestent et qui me jugent, j’aime les gens qui m’ignorent, les gens qui payent ma commande au service au volant. J’aime tout le monde, j’aime tellement tout le monde que je ne sais même plus comment l’exprimer, alors je souris et j’écris un blogue.

Cher lecteur, je t’aime.

Ou plutôt…

JE T’AIME!!!

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