Exercices d’écriture 2

J’écris des affaires pour le fun.


Je ne t’avais pas remarqué, pas vraiment, pas encore. Vu, sûrement, mais remarqué, non. Tu avais toujours la pire posture assise, étendu sur ta chaise comme sur un lit, tes jambes allongées sur des kilomètres, pensif ou rieur. Ta satanée casquette cachait toujours ton regard. Un autre morceau de ton armure.

Ce jour-là, comble du bonheur, tu es présent à la cuisine collective, stratégiquement placé, tu embrasses la salle du regard. Est-ce voulu, est-ce moi que tu cherches? Je feins le désintérêt en lisant le journal, je lâche quelques commentaires, j’espère que tu aimeras mon humour. Quels efforts je mets à paraître le plus naturelle possible, alors que je ne l’ai jamais aussi peu été. Mon coeur s’emballe quand tu me réponds, mais je ne te regarde pas, pas encore, il est trop tôt.

Je parle politique, je ne sais plus, y a-t-il des élections bientôt? J’ai oublié. Mais tu ris et ça me réchauffe le coeur. Ton rire franc, fort, honnête, ton rire vrai, ton rire que j’adore. Et j’ose te regarder.

Je remarque d’abord la forme de ton visage, le creux sous tes pommettes, les angles de ta mâchoire, sculpturale, définie. Puis, ce sont tes yeux. D’un bleu si doux, un bleu de fleuve. Des yeux d’enfant. Et ce regard. J’ai envie de dire que j’y ai lu l’espoir. L’espérance d’une attention soutenue. Une certaine soif d’amour et de présence. Mon coeur n’a fait qu’un bond. Quels yeux! Quel homme.

Le reste, c’est de l’histoire. Mais je n’oublierai jamais ce moment.


Nous sommes les derniers à quitter la Terre.

Rien n’est plus. Ou est le bleu, le vert, ou est cette image si familière, cette photo de livre d’école? On disait qu’on pouvait voir la Muraille de Chine à partir de l’espace, mais il ne reste plus que le désert brûlant. Planète brune et sèche, brûlée, morte.

Ce vaisseau est le trois cent sixième d’une flotte qu’ils ont appelé les Arches, j’imagine que c’est une référence biblique. Un peu stupide, étant donné notre situation. Gardons espoir, disaient-ils. L’Homme vaincra dans l’adversité.

Mais rien de tout ça ne s’applique à nous, parce que nous avons créé notre propre adversité. Nous avons tout détruit. Toute ma famille est responsable, autant que celles avec qui je partage ce vaisseau. Notre seul point commun est d’avoir survécu. Ni trop vieux, ni trop jeunes, ni trop malades. Les derniers vestiges d’une espèce folle. Nous avons tout balayé sous le tapis et nous nous sauvons avant la punition.

Je pense à ceux qui ont décidé de rester, les obstinés, les fous. Ceux qui croient encore à l’avenir. Mon rôle sera de repeupler, je suis jeune et fort, mes gènes sont enviables. Mais je n’ai pas envie de procréer, je ne veux pas d’enfant, pas dans cette situation ni jamais. Je ne pourrai pas être parent, pas en sachant ce que j’ai fait, comment expliquer à un enfant la Terre, la mort, le saccage et la destruction qui est notre faute et celle des trente dernières générations? Nous sommes maudits et tout ceci est vain.

J’aurais dû rester derrière.


Comme un voleur, tu m’as dérobé mon rêve tout en me trahissant, tu m’as tuée.

Je ne ferai plus jamais confiance à qui que ce soit. Surtout pas à un homme, surtout pas à un homme en chaleur, cochon, indomptable. Un porc.

Tu me dégoûtes. Vous me dégoûtez tous les deux.


Grotesque. C’est le premier mot qui me vient en tête lorsque tu cours, ou lorsque tu te laves, tordu dans une position impossible, inconscient de ton apparence. Ce mot a une connotation négative mais, pour moi, il représente ce que tu es: drôle. Tu as l’air drôle.

Nous cohabitons et je t’aime. Ton caractère est si atypique que c’est l’un de tes traits les plus attachants, outre ton adorable visage, ton absence de queue, tes crises de folie. J’adore ton affabilité, ton adaptation sans reproche, ta flexibilité. Tu m’inspires. Tu as peu et tu es satisfait; quelques caresses et tu deviens béat.

Quand je pleure de façon incontrôlable, après quelques minutes, j’entends le bruit caractéristique de tes pattes sur le plancher, poum-poum-poum, le bruit que tu produis en grimpant sur le lit, mreow, et tu viens tout près, pas trop, tu ne me touches pas, mais juste là, une présence rassurante, que se passe-t-il? semble demander ton regard. Je perds mes mains dans la douceur de ta fourrure, ta chaleur me réconforte. Tu es vivant. Je suis donc vivante aussi.

J’écrirais un ode à ton ventre, que dis-je, ton bedon, ta bedaine, qui pend, élastique, à mi-chemin entre ton corps et le sol. J’écrirais des sonates pour ce supplément de chair qui ont fait ta réputation, que j’essaie de supprimer, mais rien n’y fait. Cette masse qui s’effraie comme un pendulum effréné quand tu cours, gauche, droite, gauche, droite, blanche et duveteuse, c’est la partie la plus douce de ton corps; je veux la détester, mais j’en suis incapable.

Je suis maniaque de tes propres manies, je note chaque changement de comportement, chaque incongruité et je m’adapte. Prendre soin de toi me ramène à la réalité, m’enracine dans ma propre vie. Je suis folle de tout ce que tu es, tes oreilles-satellite, tes ronflements nasillards, ton petit nez rose et froid, ta maladresse, tu es là, calme, indomptable, mon petit criss adoré, ma grosse bête, l’amour de ma vie.


C’est une drôle de chose, l’amitié. Plus on vieillit, moins c’est facile. À quatre ans, on partage un jouet ou un rire et c’est un réglé, confirmé. A l’école et à la garderie, tous nos camarades s’appellent amis. On passe nos récréations à jouer et les fins de semaine au parc de la rue.

Le temps passe et les amitiés s’effritent. On perd nos points communs, ou on réalise qu’ils n’avaient jamais existé. Nos intérêts explosent, nos chemins s’éloignent. Nous déménageons. Nous faisons des enfants, ou pas, et ça nous sépare. Nous sommes trop loins, trop occupés, trop fatigués. Et l’amitié ne se résume plus qu’à un concept de médias sociaux. Nous pouvons en avoir trois mille si ça nous chante. Mais nous ne nous sommes jamais sentis aussi seuls.

Pourtant, avoir une poignée de bons amis, c’est primordial. On soupe ensemble, même si ce n’est qu’une fois par année. On sort prendre un verre pour se plaindre que la musique est trop forte. On se visite. On change d’air. On échange. Même les trucs anodins deviennent importants. Que deviens-tu? Chaque bribe d’information est classée, réutilisée plus tard, enveloppe le coeur et le réchauffe. L’amitié, c’est une autre forme d’amour.

Je ne sais pas comment on se fait des amis. Je ne l’ai jamais su. De fait, je n’ose jamais apposer l’étiquette d’ami sur quiconque. Nous nous connaissons, nous faisons des blagues, nous sortons parfois, nous échangeons sur des sujets graves ou délicats ou légers ou anodins, mais sommes-nous amis? Je ne le sais jamais. Qu’est-ce qui confirme une amitié? Une mesure de temps, de rires, de confidences, de valeurs partagées, d’activités? Qui sont mes amis et qui sont des connaissances? Et si j’avais le malheur de considérer quelqu’un qui ne me considère pas, qu’adviendra-t-il de mon pauvre coeur?

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Exercices d’écriture 1

Un de mes focus pour 2019 était de créer davantage et l’écriture est une de mes formes préférées. Mais… chaque fois que je m’asseyais pour écrire, rien ne venait. Aucune idée, aucune inspiration. Je n’était pas capable de simplement commencer. Une seule phrase. Même pas un mot.

J’ai fait quelques recherches sur internet et j’ai trouvé une liste de 365 thèmes très variés. Depuis, j’écris chaque matin de courts textes. Je vais les publier ici à coup de cinq. Ils ne sont pas vraiment révisés, je ne me suis pas relue, sinon, j’arrête d’écrire (les joies du perfectionnisme).


Le monde dort. Je suis le seul être humain éveillé.

La neige croustille sous mes grosses bottes; le bruit m’agace, gâte tout. Surtout, ne rien réveiller. Que la lune guide mes pas. Seule au monde, pas un souffle de vent, pas un son. Le bord du lac, les traces de notre passage cicatrisent sa surface. L’Homme brise toujours tout.

Les étoiles scintillent violemment, avec rage. Dans ces montagnes, l’air est plus que pur; le respirer fait toujours mal pendant les premières minutes. Surtout la nuit, quand le froid glace la gorge, pétrifie les poils de mon nez et enveloppe doucement chaque cil d’une fine engelure, mascara d’hiver.

Pas un souffle, pas un son. Il n’y a que moi et le monde. Ici, je suis tout, je ne suis rien. Je pourrais disparaître à l’instant que rien ne changerait dans cette nature patiente, insensible et bornée. Ce lac n’a pas besoin de moi. Cette montagne non plus. Mais j’ai affreusement besoin d’eux.


Je t’avais pourtant tout promis, tout donné, y compris moi-même, mon passé, mon présent et mon futur, j’étais à toi et tu as dit, simplement: non.

En regardant mon coeur battre au creux de tes paumes tu m’as dit: non.

Au détour d’un voyage et comme une tâche devenue urgente tu m’as dit: non.

Je suis pourtant persuasive, je possédais chaque argument, chaque détail, chaque oui comme une fée qui passait mes lèvres et n’ai-je pas piétiné mon amour-propre pour regarder dans tes yeux et t’entendre dire je t’aime? N’ai-je pas écrasé chaque signal, n’ai-je pas fondu ma vie dans la tienne? N’ai-je pas ignoré tout ce en quoi je croyais, oublié mon essence pour te faire plaisir? Pourquoi ai-je tort?

Je n’ai plus d’appétit, plus soif, plus envie de rien. Mon corps, vaisseau abandonné, dérive doucement dans une eau trouble, un marécage nauséabond. Rien ne vit plus que la pourriture. Et parmi les rares percées qu’offrent les branches infestées de ses arbres, je n’aperçois que ton visage qui me dit: non.


Mon vélo, ce n’est pas grand-chose. Usagé, en ligne, cinquante piaces, une transaction de quelques minutes. Peut-être que je me suis faite avoir, mais je ne crois pas.

C’est une bonne monture. Docile, calme, il impose le respect. Mais surtout, je peux aller partout sans émettre de pollution.

Quand je descends une pente à toute allure, je me sens invincible, rien ne pourrait m’arrêter. Le vent qui siffle autour de ma tête, les semelles qui se décollent légèrement des pédales, les passants qui se tassent les uns sur les autres, certains me crient des insultes, je ne les entends pas. Je descends, je passe. Puis je recommence à pédaler, un bout de piste cyclable dans la forêt, j’entrevois les blocs appartements entre les feuilles, les gens sur leurs balcons qui ne font rien.

J’aime particulièrement avoir la route pour moi, pédaler tard le soir, en plein milieu de la rue, pour n’aller nulle part, ou au port, regarder les lumières, autour de chez moi, regarder les maisons et parfois le reflet d’une télévision au travers d’un rideau.

Ma bicyclette, ce n’est pas grand-chose, la peinture s’écaille et je dois souvent changer la chambre à air avant, mais c’est le plus beau véhicule au monde.


Le temps s’est arrêté, puis il a régressé doucement jusqu’à une période plus douce. Pour un trente et un décembre, pour un sous-sol, pour cette place reculée du nord-est, il fait chaud, une chaleur moite, humaine.

Les enfants, alignés sur un vieux banc d’église ou rôdant autour de la table à cartes convertie en buffet, se frottent les yeux, fatigués. Le plus jeune dort, la tête sur les cuisses de sa soeur.

D’abord timides, le lot d’adultes, de dix-neuf à quatre-vingt-neuf ans, ont commencé par admirer les cordes du violon, entrecoupant leurs “oh!” et leurs “ah!” de commentaires sur les cadeaux échangés plus tôt, les restants de Noël, les offrandes de ceux qui habitent trop loin, qui ne viennent presque plus.

Le violoniste, jeune vingtaine, les joues rouges après son troisième verre de vin, rouge aussi, s’éclaircit la gorge et fait lentement glisser l’archet sur son instrument. Faaaaaaaaaaaaaaa. Les conversations s’évanouissent, il garde le regard baissé, cache son visage en feu. C’est sa première prestation familiale, sa première veillée du jour de l’an, la première fois qu’il joue dans un sous-sol. Beaucoup de nouveautés, ce soir. Beaucoup de pression.

Il commence enfin, les femmes balancent doucement leurs hanches, on hésite. Peut-on danser? Le grand-père court à l’étage et revient avec une cuillère de bois, une relique du passé transmise de père en fils. Ses enfants sourient et, sans faire de bruit, installent une chaise confortable près du violoniste.

La chanson terminée, il attend, il a compris. Le vieux s’installe, toussote, s’excuse – il est rouillé. Il secoue ses épaules comme dans un grand frisson et le jeune homme recommence. Une note, deux notes. Une gigue.

C’est le signal. Deux lignes se forment, les femmes, les hommes, et la danse commence. Quelqu’un se met à chanter et les pas depuis longtemps oubliés reviennent à la mémoire, revivent enfin. On rit, on s’accroche, on entraîne les plus jeunes, les plus gênés qui se laissent enfin tenter et on danse, on danse jusqu’à minuit.


J’adore manger, cuisiner, visiter le marché. Faire l’épicerie, un peu moins. Les produits emballés dans du métal, du plastique, transformés, modifiés jusqu’à être méconnaissables, j’aime moins.

Je suis végétalienne, si ça provient d’un animal, je n’en mange pas. Oui, même le fromage. Oui, je considère le miel comme étant hors-limites. Non, tout va bien, je me sens en pleine forme.

Être végétalienne depuis maintenant huit ans m’a poussée à redécouvrir la nourriture. Terminé, les croquettes de poulet congelées qu’on met au four pour un repas rapide, les lasagnes préparées, les sorties au steakhouse. Il m’a fallu découvrir une variété d’aliments qui m’étaient complètement inconnus, même si on les fait pousser ici, au Canada, comme les légumineuses et certains légumes.

Les légumineuses sont incomprises. Elles sont versatiles, j’en consomme quotidiennement, à toutes les sauces, littéralement. Les lentilles se marient bien aux pâtes, mais attention, il faut bien choisir sa variété. Comme un arc-en-ciel, elles se déclinent en jaune, vert, rouge, deviennent crémeuses ou gardent une certaine consistance. Elles sont les reines de la cuisine indienne. Avez-vous déjà goûté un burger de haricots noirs? C’est un de mes repas favoris. Ils confèrent à ce classique américain une texture inégalée. Ajoutez-y des rubans de carottes, de l’avoine et des épices relevées, vous avez devant vous un chef-d’oeuvre du vendredi soir. Accompagnez le tout, évidemment, d’une bière froide.

Que dire du tofu? Il a mauvaise réputation; il ne goûterait rien, serait plein de pesticides et d’organismes inconnus. Achetez-le bio, et la question est réglée. Mais couper du tofu comme une poitrine de poulet et faire revenir dans un poêlon, c’est effectivement une erreur. Marinez-le! Enrobez-le de fécule de mais! Mijotez-le! Broyez-le! Coupez-le en cubes, en lanières, en steaks. Il n’y a aucune limite avec le tofu. Il fait ce que vous lui demandez. C’est l’esclave du végétalisme, plein de bon vouloir, bon marché, bonne pâte.

Avez-vous visité un marché dernièrement? Avez-vous touché des légumes? On se donne souvent une image sensuelle, voire érotique de quelqu’un qui taponnerait des légumes en public. Non, essayez-le. Entrer en contact avec sa nourriture, c’est prendre le goût de la cuisine, des textures, des couleurs, c’est se donner de l’inspiration facilement et gratuitement. Oubliez les emballages. Choisissez avec soin, du frais, du vrai, du bon. Choisissez l’arc-en-ciel et tous ses bienfaits. Touchez-le, surtout.

J’adore manipuler les aliments avec mes mains lorsque je cuisine. Façonner des falafels, retirer doucement la pelure d’un oignon, plonger mes deux mains dans le mélange de haricots hautement texturé pour l’homogénéiser. J’aime manger avec les mains, j’aime me salir. J’aime foutre le bordel dans la cuisine quand je prépare le repas, j’adore que les comptoirs soient tachés, qu’il y ait de la nourriture partout. Un coup de chiffon, et ça disparaît. Mais pendant quelques minutes, j’ai eu la preuve de mon dur labeur.

Avez-vous essayé quelque chose de nouveau, dernièrement? Dans la cuisine, je veux dire. Un aliment, une technique. Qu’est-ce que vous attendez? Vous avez votre propre laboratoire, des ingrédients faciles à trouver, peu dispendieux, amusez-vous! Trouvez une nouvelle recette. Modifiez les quantités. Mettez plus d’ail – c’est toujours gagnant. Ajoutez du jus de lime. Du cumin ou de l’origan. Connaissez-vous les épices et les herbes? Prenez le temps de les sentir. Laissez-vous guider par vos sens. Faites des biscuits, ou des crêpes, ou une tarte. Faites un gâteau pour fêter la vie. Achetez une conserve de pois chiches. Pour quatre-vingt-dix-neuf sous, vous avez un hummus maison (ajoutez un peu d’huile d’olive, de l’ail, un peu d’eau pour aider, mélangez jusqu’à obtenir une texture lisse). Dévorez sur des craquelins, trempez-y du céleri bien croquant, tartinez-en votre toast.

Mangez, bordel de merde!

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Récap 2018: Zéro Déchet

L’un de mes focus pour janvier était de m’écrire un petit récapitulatif des efforts Zéro Déchet que j’ai déployés en 2018. Deux raisons: c’est motivant de voir tout ce que j’ai accompli; et ça me permet de me lancer pour 2019.

Cuisine

La cuisine est la pièce qui génère généralement le plus de déchets, j’ai donc placé la majorité de ma concentration là. Le plus gros volume étant les rebuts de nourriture, j’ai instauré le vermicompostage en juin, après des mois de procrastination (allô, peur de l’échec!). On sort la poubelle pas mal moins souvent depuis ce temps-là et je trippe vraiment à voir à quel point ça me donne un beau compost riche sans trop d’efforts! Je les aime, mes petits vers (et quand je vois des bébés dans le bac, j’ai envie de pleurer de joie).

J’ai également fait quelques achats pour arrêter la consommation d’objets à usage unique, dont une capsule en métal réutilisable pour notre Keurig et des sacs en filet pour les fruits et légumes à l’épicerie. Je fais ma liste d’épicerie sur du papier recyclé, au lieu d’acheter un carnet exprès pour.

J’ai également cousu des serviettes à main pour la salle à manger et j’ai arrêté d’acheter des boîtes de sacs de popcorn. J’achète les grains que je fais éclater dans un gros chaudron, avec un peu d’huile de coco et du Herbamare. Je m’amuse avec les saveurs (lime-poivre, yum). C’est tellement mieux comme ça!

Au niveau de la nourriture, j’essaie de privilégier le vrac, quoique je ne fasse pas encore mon épicerie exclusivement en vrac. La majorité de mes fruits et légumes ne sont pas emballés. J’ai reçu des paniers de produits de la Ferme Poulin-Turcotte de juin à octobre, et quand j’achète des aliments emballés, autant que possible je privilégie le carton, le verre et le métal (cannages) au lieu du plastique ou styromousse. J’achète également mes grains de café aux Brûleries (à Saint-Roch ou à Vanier) en réutilisant toujours le même sac et mon thé chez Camellia Sinensis, toujours avec le même sac.

Salle de bain

Deux problèmes principaux dans ma salle de bain: les produits à usage unique et les emballages plastique.

En 2018, j’ai commencé par me coudre des tampons démaquillant réutilisables que je lave quand il ne m’en reste presque plus. Coudre deux carrés de flanelle ensemble, il n’y avait rien de plus facile! J’ai aussi suivi une formation sur la fabrication de déodorant et de crème solaire. Pas fan de la dernière, mais j’adore mon déodorant maison, et il me reste encore de mon échantillon qui date de l’été dernier. Par le fait même, je me suis rendue compte que je n’avais absolument pas à porter du déodorant tous les jours, surtout l’hiver. J’en mets seulement quand je sais que je vais vivre un stress dans la journée (c’est la sueur de stress qui pue!) ou que je vais être très active physiquement.

J’utilisais déjà une Diva Cup depuis 2014, mais j’ai fait l’achat de sous-vêtements menstruels Madame L’Ovary en 2018. Une paire de jour et une paire de nuit, que j’adore et que j’utilise maintenant au début de mon cycle, au moment où j’ai normalement le plus de crampes (car la Diva Cup les intensifie). Comme elles sont onéreuses, je compte en racheter au courant de l’année pour éventuellement n’utiliser que ça pour les trois premiers jours de mes menstruations. En attendant, j’écoule ma dernière boîte de protège-dessous (j’ai donné les autres, neuves et non ouvertes, à un organisme de charité pour femmes).

Finalement, un autre gros changement dans ma routine a été de passer au shampoing solide. J’étais très perplexe, surtout que j’ai commencé à l’utiliser pendant mon voyage en Irlande en mai, mais je l’ai complètement adopté et je n’utilise plus de shampoing liquide depuis ce temps. Autre bénéfice inattendu: je peux maintenant me laver les cheveux seulement aux quatre jours, au lieu de trois jours avant!

Autres

Une des premières abherrations à laquelle je me suis attaquée était le courrier. J’ai commencé par commander un autocollant anti-Publisac. J’ai été surprise de leur réponse très rapide et en moins d’une semaine je n’en recevais plus – ils ont même fait un suivi pour s’en assurer! J’ai aussi fait la demande à Postes Canada pour ne plus recevoir de publicité dans notre boîte aux lettres. On reçoit dix fois moins de courrier depuis ce temps-là et, chaque fois que j’en reçois, je fais la demande pour recevoir des documents électroniques dans le futur.

Un autre changement notable est que je porte beaucoup plus attention au recyclage. J’étais tombée dans l’habitude de recycler ci et pas ça, par exemple, je jetais les bacs à champignons au lieu de les recycler. Peut-être une vieille habitude du temps où j’habitais à Baie-Comeau et qu’ils n’étaient pas recyclables. J’utilise souvent l’application de Recyc-Québec quand je suis incertaine d’un produit ou d’un code. Je fais aussi davantage d’efforts pour rincer mon plastique et le recycler au lieu de le jeter à la poubelle.

Pour mon utilisation d’eau, je prends des douches très courtes. Elles étaient déjà courtes avant, mais je fais des efforts pour que l’eau coule le moins longtemps possible; je l’arrête pour me savonner et je ne niaise jamais sous le jet! J’essaie d’être efficace avec l’eau quand j’ai de la vaisselle à laver à la main, et j’optimise mes brassées de lavage. D’ailleurs, je peux porter un vêtement plusieurs fois avant de le laver – je vérifie toujours pour des taches et une odeur désagréable quand j’enlève mes vêtements et la majorité du temps, je les raccroche sur un cintre. (Sauf mes bobettes, vous aurez compris ça…)

Je n’achète pas beaucoup de choses en général, je suis extrêmement minimaliste sur ce point, mais quand j’ai quelque chose à acheter, j’essaie d’encourager les commerces locaux et surtout, la fabrication locale. Je peux même essayer de le faire moi-même! J’ai cousu plusieurs morceaux de costumes de baladi en 2018, au lieu de les commander sur internet et les faire venir de Chine. 2018 a aussi été l’année où je ne suis jamais allée flâner au centre d’achats. Je déteste ça, et j’y vais le moins possible, quand c’est absolument nécessaire.

Et maintenant?

Ça ne s’arrête pas là!

Ça m’encourage de voir tout ce que j’ai accompli de ce côté en 2018 et je suis encore plus motivée pour l’année à venir.

J’ai déjà une liste de prochaines actions que j’implante graduellement, mais le truc, c’est d’y aller lentement, une chose à la fois. C’est difficile de vaincre ma propre résistance au changement et il faut aussi choisir ses batailles. Certains changements ne valent pas la peine tout de suite. Je n’ai pas du tout envie de fabriquer mon propre savon à lessive, par exemple.

J’écoule tranquillement mes stocks de produits à usage unique et je les remplace quand je n’en ai presque plus: protège-dessous, pellicule plastique, papier parchemin, Q-tips. Je réfléchis à l’impact de chaque achat; je vote avec mon argent. C’est certain que je suis loin d’être parfaite, et je ne le serai jamais, mais il y a toujours quelque chose qui peut être amélioré. Je dois souvent me rappeler à moi-même de prendre du recul et de ne pas paniquer devant la « tâche à accomplir ». J’ai aussi arrêté de participer au groupe Zéro Déchet que j’avais rejoint sur Facebook, parce que les conversations me frustraient et que je m’y sentais aliénée, « pas assez ».

J’utilise l’expression Zéro Déchet parce que c’est le nom qui a lancé le mouvement, mais c’est beaucoup plus que le contenu de nos poubelles. Le Zéro Déchet, c’est de jeter un regard critique sur notre impact environnemental global en tant qu’individus. Oui, les entreprises et le gouvernement pourraient faire mieux; mais mon pouvoir réside principalement dans l’action personnelle. Alors c’est ce que je fais. Je garde un oeil sur mon gaspillage, ma consommation, mon utilisation de l’eau, mes émissions de CO2. Je fais un peu mieux chaque mois, avec mes focus mensuels.

Je compte donc, en 2019, écrire un article par mois sur le sujet, avec mes progrès du mois précédent et mes buts pour le mois courant. À suivre!

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Insérer ici un bon titre pour commencer 2019

En suite logique à cet article d’il y a 365 jours.

Bonjour mes amis, et bonne année à tous. J’arrive pas à croire que 2018 est terminée.

Je reviens d’abord sur mes non-résolutions de l’année.

1- Rando de deux jours durant l’été

Eh shit. Je l’ai fait. Ai-je apprécié l’expérience? Sur le coup, non. (C’était mauvaise décision par-dessus mauvaise décision, notre truc.) Mais ça m’a donné une pelletée de souvenirs mémorables (quoique douloureux) et surtout une meilleure connaissance de moi-même, de mes limites et, surtout, de ma résilience. Je me suis impressionnée.

2- Commencer un hobby créatif

J’ai commencé la couture en 2018 et j’ai beaucoup aimé: tampons démaquillants, costumes de baladi, serviettes de table ont composé mes trois petits projets. J’en ai d’autres sur la table pour 2019 et je suis contente d’avoir fait le plongeon. J’ai un grave problème de résistance à l’échec potentiel, ce qui fait que j’ai de la misère à essayer de nouvelles choses.

3- Établir un plan financier

Avec mon augmentation du début de l’année et un changement de conseiller financier, ce côté-là a super bien été cette année. J’économise maintenant 36% de mon revenu annuel (brut) dans divers CELI, REER et comptes épargne, sans compter la contribution de mon employeur. En comparaison du maigre 7% de moyenne nationale, je me trouve pas pire. Mes finances ont été gérées en maîtresse en 2018 et il n’y a que vers la fin de l’automne que je me suis retrouvée avec trop de dépenses imprévues qui ont un peu grugé mon budget.

Qu’ai-je fait en 2018?

  • J’ai eu ma première de deux chirurgies dentaires (communément appelée « se faire casser la mâchoire »)
  • J’ai participé à la Revengeance des Duchesses en tant que Duchesse de Neufchâtel
  • J’ai voyagé deux semaines en Irlande au mois de mai, à visiter la moitié sud du pays; un voyage auquel je rêvais depuis une dizaine d’années
  • J’ai commencé le processus pour construire mon chalet dans le nord, ma Cabane
  • J’ai dansé mon premier solo de baladi depuis quatre ans
  • J’ai commencé à m’impliquer davantage dans ma communauté en faisant du bénévolat et en organisant des collectes au travail pour divers organismes
  • Je suis devenue trésorière de Diadème, l’organisme qui gère la Revengeance
  • Je me suis fait poser des broches (l’horreur)
  • J’ai fait plusieurs petits voyages au Québec, outre Baie-Comeau et la Beauce: Alma, Coaticook, La Malbaie, Parc des Grands-Jardins, Matane, Sherbrooke, Montréal…
  • J’ai approfondi ma pratique de méditation et j’ai enfin réussi à créer une habitude quotidienne très ancrée (je médite enfin les weekends!)
  • J’ai grandement amélioré mes performances au gym et j’adore y aller plus que jamais!
  • J’ai commencé à implanter le Zéro Déchet, entre autres avec le vermicompostage et l’utilisation de réutilisables (serviettes de table, contenants, tampons démaquillant…)
  • Pendant toute l’année, j’ai réfléchi à mes valeurs, à la direction de ma vie, à ce que je veux et ce dont j’ai besoin. Je me connais beaucoup mieux aujourd’hui qu’il y a un an (et à relire mon journal, ça paraît en criss)
  • Et la réponse que tout le monde attend… oui, j’ai acheté un Rubik Cube. Non, je n’ai pas appris à le résoudre. C’est mon chum qui est devenu obsédé et maintenant, il le résoud assez facilement, sauf quand c’est le cube spécial du chalet 🙂

Mes focus mensuels de 2018

Toute l’année, j’ai donné un thème à chaque mois, qui s’inscrivaient dans mes buts et mes objectifs. Voici un récapitulatif.

Janvier: focus sur l’exercice; mieux planifier mes journées pour bouger 30 minutes. Ça a donné de bons résultats puisque je passe très rarement une journée sans au moins aller prendre une marche. Résultat, mon humeur s’est amélioré et je me sens mieux de façon globale.

Février: implantation des 5 R dans ma vie. Ça aussi marqué l’implantation officielle du Zéro Déchet dans mon foyer. Résultat, je gaspille beaucoup moins, j’économise de l’argent et je réduis mon impact environnemental.

Mars: plutôt qu’un focus, j’avais plusieurs petits buts pour ce mois. J’étais enfin remise de ma chirurgie et je sortais de la Revengeance. J’avais quelques projets de couture à débuter, des tâches financières et du ménage de printemps.

Avril: encore de petits buts en avril, principalement de courir une fois par semaine et des travaux de peinture.

Mai: focus sur mon voyage en Irlande, principalement avoir du plaisir et en profiter au maximum, tout en restant dans mon budget. Ce fut un succès fracassant. Avec ce simple rappel, j’ai été capable de me calmer rapidement en périodes de stress (et il y en a eu beaucoup), de relativiser, de regarder les paysages.

Juin: j’ai recommencé la course en juin, en plus d’implanter le vermicompostage (un projet qui me faisait excessivement peur). J’ai aussi révisé mes habitudes alimentaires.

Juillet: après une moitié d’année assez intense, mon focus pour juillet était le repos, la quiétude et la réflexion. J’ai enfin implanté une pratique de méditation quotidienne que j’ai gardé depuis ce temps-là. Je m’étais aussi mis comme but de garder un weekend complètement libre – quelque chose qui ne m’arrive jamais, mais que je trouve souvent nécessaire.

Août: au courant du mois de juillet il m’a repris l’envie de redevenir végétalienne, et j’ai décidé d’y retourner en août. Ce fut donc un mois d’adaptation alimentaire, de recherches et de préparation de menus.

Septembre: ce mois m’inspirait du vocabulaire: cocon, confort, douceur, nurturing. J’avais grandement besoin d’une pause de la vie.

Octobre: avoir une attitude plus positive. Au travail, nous avons participé au défi OcSobre, et c’était le mien. Est-ce que ça a fonctionné? Après quelques mois, je crois que oui, mais ça dépend des jours.

Novembre: mon focus de novembre était l’écriture. J’ai essayé de faire NaNoWriMo en 2018, soit 50,000 mots en un mois. Je n’ai pas réussi, mais j’en ai fait la moitié.

2019, que me réserves-tu?

Le 2 janvier, j’ai fait un retour introspectif sur mon année en dix questions, comme j’avais fait pour 2017. Puis, hier soir, je me suis installée confortablement dans mon lit et j’ai réfléchi à mes buts et mes projets pour 2019. J’aime avoir une liste claire, mais flexible, pour orienter mon année, particulièrement quand je me sens prise dans la vase. Je m’y réfère régulièrement quand je trouve que je regarde trop souvent la télé, ou que je m’emmerde un peu trop souvent. Ça donne une direction à mes temps libres, à mes pensées, à mes méditations et à mes vacances, bref…

J’ai commencé par faire voeu de joie en 2019. Qu’est-ce que ça implique? J’ai unfollowé plusieurs pages Facebook pour ne garder que celles qui m’amènent de la joie. Je me suis promis de ne plus lire les commentaires sur quoi que ce soit sur internet. Je mets l’emphase sur des méditations et de la musique qui me font me sentir bien.

Cette année, je me suis encore donné quelques buts, mais j’ai aussi fait une liste de projets que j’aimerais poursuivre ou commencer en 2019.

Premièrement, je veux trouver un sens à ma vie, ou lui en redonner un.

Fut un temps où je savais où j’allais. Okay, ça fait des années de ça. Ou pas? Je ne me rappelle plus trop. Toujours est-il qu’en 2018 j’ai vécu une espèce de perte de sens. Comme si tout ce que je faisais ne servait à rien. Le climat politique global n’a pas aidé, mais c’était avant tout très personnel, profond. Alors j’ai commencé une démarche avec une professionnelle pour trouver un sens à ma vie ou lui en redonner un. Je veux aussi recommencer à utiliser mon journal davantage. Depuis l’automne, je n’écris presque plus.

Deuxièmement, je veux passer davantage de temps dans la nature.

Ce n’est pas parce qu’on vit en ville que l’on perd la proximité de la nature. J’habite à trois pas du parc Chauveau, un de mes endroits préférés de Québec. Cette année, je veux prioriser le temps passé à l’extérieur et surtout dans les environnements naturels comme les parcs. Évidemment, la construction de mon chalet (qui mobilisera toutes mes vacances en 2019) participe à ce but.

Troisièmement, je veux développer ma créativité et créer davantage.

J’ai fait quelques projets de couture en 2018, mais rien de régulier; mon plus gros projet, ma jupe de baladi, est ma plus grande fierté, après une dizaine d’heures de travail. Je veux créer davantage en 2019 et oser avec mes créations. D’ici la fin de l’année, j’aimerais que l’une de mes créations fasse partie de ma garde-robe. Je veux aussi écrire davantage, que ce soit sur le blogue ou pour mes projets personnels.

Quatrièmement, je veux diminuer mon empreinte écologique.

J’ai amorcé le Zéro Déchet en 2018 et même si le projet est très excitant, il est aussi plutôt stressant de par son énormité. Je veux poursuivre ma démarche en 2019 et changer encore quelques habitudes de consommation que j’ai. Je veux aussi revisiter mon empreinte écologique et voir les façons de m’améliorer au cours de l’année.

Pour arriver à mes fins, j’ai décidé de poursuivre mes focus mensuels, mais en en choisissant un pour chaque but, par mois.

Le truc, pour changer ses habitudes, c’est d’y aller le plus graduellement possible. En me donnant de petits objectifs chaque mois, la montagne paraît moins haute et j’accomplis plus, plus facilement.

J’ai commencé l’année de façon très positive. Mon anniversaire arrive et marquera ma dernière année de vingtaine. Très honnêtement, et après y avoir beaucoup réfléchi, ça ne me fait pas grand-chose. En fait, je me sens mieux que jamais.

2019, je l’espère, sera l’année ou je me donnerai enfin des droits. Le droit de ne pas être constamment informée de tout. Le droit de dire non. Le droit de choisir. Le droit d’avancer, d’avoir des préférences, des désirs, des projets. D’une certaine façon, je dois me donner le droit d’être moi.

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Un peu de bonheur. Paix Sur Terre et autres pensées.

Six heures. Snooze. Six heures neuf. Continuation de mon rêve alors que je titube vers le cadran. Mon rêve qui m’explique sur quels boutons appuyer pour dormir encore une autre heure.

Réalisation soudaine que je viens juste de désactiver mon alarme et que je dois me lever pour vrai. (Remettre une alarme? Pas une possibilité, apparemment.)

J’ai bien rit ce matin dans repensant à tout ça, mais sur le coup, j’étais comme engluée, déjà, dans une frustration sévère, à peine trente secondes après mon (deuxième) réveil. Poche façon de commencer la journée.

Toilettes, puis divan. L’écran du cellulaire faible luminosité. Y a un adapteur automatique à la lumière ambiante, dans ce truc. Application. Choisir une méditation guidée. Depuis quelques jours, je fais des méditations de gratitude tous les matins, ça me rend positive.

Je médite. Douze minutes. J’ouvre les yeux. Il fait encore noir, le chat est rendu couché à côté de moi, il est peut-être six heures vingt-cinq. Encore une heure pour commencer ma journée en solitaire, dans le silence.

Toasts, banane, je lis un livre en mâchant. Verre d’eau. Douche. Quand je sors, voilà, le ciel est orange, rose, pourpre. Le soleil se lève, aucun nuage à l’horizon. Il va faire froid, aujourd’hui. C’est beau.

Je prends quelques minutes pour observer la ligne d’horizon, les silhouettes du centre-ville, la lumière changeante. Les piétons matinaux avec leurs chiens. Les maisons endormies, la rue recouverte de neige croustillante. Il fait vingt et un degrés dans le salon, j’ai monté le chauffage il y a deux jours. Je suis bien.

Miroir. Je me trouve belle. J’applique mon cache-cernes en dernier, histoire de voir de quoi mes yeux ont l’air sans. Boucles d’oreilles, brosse à dent. Un sourire.

Je choisis une playlist et je pars, carte d’autobus en main, l’air est vif, cristallin. Double capuchon sur la tête. Mes pauvres oreilles. Je vais devoir troquer mes gants pour mes mitaines bientôt. Le crissement de la neige. La soudaine surprise du soleil qui se pointe au loin, entre deux maisons, grosse boule orangée, jamais chaud en décembre, certes, mais toujours le bienvenu.

Je souris toujours.

J’attends l’autobus avec les mêmes visages, je m’assois, je regarde par la vitre avant qu’elle ne s’embue complètement. L’autobus se remplit au fil des arrêts, ma musique est bonne, l’homme qui partage mon siège ne prend pas trop de place, ne fait pas de manspreading, j’apprécie cette petite attention, trop rare. J’ai mal au dent, il y a beaucoup de traffic et le soleil m’aveugle quand on roule plein est, mais je me sens tellement bien.

En paix. Je suis en paix.

Paix Sur Terre, clament les chants de Noël. Gloire à Dieu. Il n’y a que les Douze Jours de Noël qui parle de matérialisme. Le reste parle d’amour. J’aime bien la musique de Noël. Ça aide que je ne fréquente pas les centres d’achats. Spotify a sorti ses playlists samedi dernier. Je ne décore plus depuis quelques années, mais j’aime bien les gros flocons qui tombent parfois.

Décembre a pourtant toujours été un mois stressant pour moi. Au travail et dans ma vie personnelle, avec la fin d’année, Noël, les visites, les cadeaux, le froid, les derniers miles avant des vacances pas tellement reposantes. Mais là… ben, ça va bien.

Les bienfaits de la gratitude

Je trouvais ça dont quétaine, la gratitude, avant. (Avant d’avoir compris c’était quoi?) Ben oui, je suis contente d’avoir un toit sur la tête pis des bébelles pis une job, mais j’ai pas besoin de me le rappeler chaque jour, non?

En fait, un peu, oui.

C’est facile de tomber dans le tourbillon du tout-va-mal. Tout va tout le temps mal pour tout le monde, c’est ça, l’affaire. Alors j’ai décidé que tout irait bien. Sans tomber dans le positivisme flafla poche qui ignore ses problèmes.

Les méditations de gratitude amènent souvent notre attention sur différents aspects de nos vies. Il y a les plus évidents, mon espace de vie, mon emploi, mes amis, ma famille. Après tout, je suis une jeune banlieusarde blanche de classe moyenne ( 🙂 ). Mais il y a les moins évidents, ceux auxquels on ne pense pas vraiment.

Ce matin, j’ai réfléchi sur mes qualités et mes traits de personnalités naturels. Mon ouverture, mon humour, ma compassion, mes talents. J’ai réfléchi sur tout ce qui était bien allé dans ma journée d’hier. Chaque petite chose. J’ai pensé à mon chat, mon lit, mon pays. À tout ce que mon corps me permet de faire. J’ai médité sur la méditation. Je me trouve chanceuse d’avoir tout ça. Je me trouve chanceuse de m’avoir, moi. Et tout ce qui vient avec. Même mes sautes d’humeur, mon insatisfaction chronique, mon impulsivité. Ma dépendance à la poutine. Parce que ça vient avec la poutine, et avec des leçons de vie, et avec la possibilité de s’améliorer.

Je pourrais faire une liste longue comme quinze bras de tout ce pour quoi je suis reconnaissante, juste aujourd’hui, de mon réveil à six heures neuf jusqu’à mon sommeil vers vingt-deux heures trente ce soir. Mes plantes, mon cours de danse, mon lunch. Les gens, en général. Des gens, en particulier. La vie.

Ce matin, je me sens en paix, je suis en paix, c’est agréable, c’est doux comme Noël. Paix Sur Terre.

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L’acceptation de sa propre faiblesse

Je ne médite pas tous les soirs, mais j’essaie de le faire une fois par jour et quand je vais me coucher sans avoir médité, j’en écoute une pour m’endormir. C’était le cas hier soir. J’en essaie toujours des nouvelles, histoire d’essayer plusieurs styles, guides et durées.

Lumières éteintes, je me suis installée confortablement dans mon lit, j’ai appuyé sur Play et j’ai mis mon cellulaire sur la table de chevet. J’ai écouté.

Le gars qui parlait sonnait exactement comme mon ex. Même voix, même accent néerlandais, mêmes intonations. Mon coeur s’est emballé, après quatre secondes mon cerveau s’est mis en mode survie et j’ai résisté à l’envie de lancer mon téléphone au bout de mes bras et de pleurer.

J’ai appuyé sur Pause. J’ai respiré profondément, une ou deux fois. Je me suis sentie frustrée et flouée. Ça fait deux ans et demi qu’il m’a laissée et notre dernier contact remontait à février ou mars 2017 – un très bref courriel pour lui demander s’il n’aurait pas reçu un de mes T4 par la poste, un non tout court, et puis plus rien, sauf dans ma tête.

Comme tout le monde, je n’aime pas me sentir faible. Quelque part cette année, je ne me rappelle plus quand, j’ai rêvé que je revenais avec lui, que je laissais tout derrière moi pour retourner vivre en Saskatchewan sur sa ferme et que nous recommencions notre vie heureuse ensemble. Je me suis réveillée encore frustrée, en colère contre moi-même, avec le sentiment que la vie est injuste, et pourquoi je pense encore à lui, pourquoi je fais un rêve aussi con? Je ne retournerais en arrière pour rien au monde. Alors pourquoi mon inconscient me faisait-il miroiter une niaiserie pareille?

Hier soir, mon réflexe fut encore une fois la colère. Pourquoi est-ce que je me laisse encore atteindre? Pourquoi est-ce que je ne peux pas passer à autre chose? Est-ce que je vais paniquer chaque fois que j’entends un homme néerlandais parler en anglais? Cette méditation avait touché une corde sensible, le ton de voix doux, rassurant et calme, me rappelait trop tout ce qu’il avait pu me chuchoter au creux de l’oreille, les promesses et les mots d’amour, sa présence comme un chêne solide et inébranlable, son assurance. Ça m’a fait mal.

J’ai décidé de finir la méditation quand même. Ça été difficile, parce que je devais me répéter que cet homme-là, ce n’était pas mon ex, c’était quelqu’un d’autre qui avait une voix similaire. Que j’étais là pour méditer et m’endormir paisiblement, pas pour paniquer et m’en vouloir de ne pas être capable de me concentrer. J’ai fini par y arriver. Je n’ai pas proprement médité dix minutes. Peut-être deux ou trois. Mais je me suis endormie rapidement, sans tourner en rond mentalement. Avec une petite fierté de rien du tout, la fierté d’avoir réussi quand même.

J’y réfléchis depuis que je suis levée, à tout ça, à ma frustration avec moi-même. À l’acceptation de ma propre faiblesse. Au fait que, dans le fond, je ne peux rien changer à la situation, que je ne contrôle ni mon inconscient, ni mon passé. Mais que je peux continuer à passer au travers, à gérer chaque situation quand elle arrive, à ne pas projeter. À méditer. Même deux minutes.

Je me considère quand même chanceuse que l’événement que je considère le plus traumatisant dans ma vie soit une simple rupture. Brutale et soudaine, mais une rupture quand même. La relation était encore jeune, nous n’avons pas eu d’enfant, rien de conjoint, ni argent ni maison, juste un petit bail d’appartement de rien du tout, et tout s’est passé rapidement, la distance physique a beaucoup aidé, je suis partie vite et voilà, c’était fait et fini. J’ai passé à autre chose, même si parfois c’est encore fâchant d’y repenser, d’y réfléchir, contre mon gré et mon bon vouloir. Même si je voudrais tout oublier, agiter une baguette magique et que tout revienne à la normale pour toujours.

Je me concentre sur ce que cette rupture a eu de positif. Elle m’a ramené au Québec, près de ma famille et de mes amis. Elle m’a permis de définir très clairement ce que je voulais et ne voulais pas dans une relation. Elle m’a fait réaliser que je devais arrêter de m’effacer et de faire le caméléon dans toutes mes relations, c’est-à-dire me fondre dans mon chum jusqu’à m’oublier. Mais plus que tout, le meilleur souvenir de cette rupture, la meilleure chose qui en est découlée, c’est que j’ai découvert à quel point je suis forte, parce qu’en à peine quarante-huit heures, j’ai paqueté ma vie dans mon auto et je suis partie rouler trois mille kilomètres avec pour seul compagnon mon chat sur le banc passager, en me disant: fuck that, je retourne à la maison. Et si j’ai été capable de vivre au travers cette histoire abracadabrante, je peux faire à peu près n’importe quoi.

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La route est longue. Tant mieux.

C’est le Vendredi de la Consommation Irresponsable et je subis la pluie de courriels, même les blogues plutôt inoffensifs auxquels je suis abonnée ont des spéciaux (qu’est-ce qu’ils vendent?). Les Américains ne cessent de me souhaiter Happy Thanksgiving! alors que le mien était v’là 6-7 semaines, mais ce qui vaut pour eux, vaut pour tout le monde, right? C’est Trump qui l’a dit.

Plus qu’une semaine à novembre puis un mois à l’année, wow. Températures de janvier, moins vingt-cinq depuis trois jours mais je ne chiale pas, j’attends février pour ça, c’est encore trop tôt. Pendant ce temps, les Immortels crient publiquement au scandale, puisque nous avons inventé les changements climatiques pour écoeurer la populace. Si il fait moins vingt-cinq en novembre, c’est qu’il n’y a pas de réchauffement climatique.

J’ai à la fois trop et pas assez de choses à dire, alors j’y vais un peu au hasard, au fil de mes souvenirs et de ce qui passe par là.

Je crois que 2018 a été l’année où j’ai compris, pour de-vrai-de-vrai, que le temps n’est qu’une construction et que ça ne veut pas dire grand-chose, tout ça. J’aime bien donner un thème à l’année qui vient de se passer. Cette année, j’ai appris le sens réel du mot flexibilité. J’ai appris à être plus fluide. À ne pas m’en vouloir pour tout, tout le temps. Bien d’autres choses. Je ferai un bilan un peu plus tard, mais j’y pense pas mal ces temps-ci, à tout ce que j’ai avancé dans ma vie.

Récemment j’ai relu mon journal. Ça fait un peu plus d’un an que je le tiens, avant je me forçais pour y écrire tous les jours, matin et soir, et depuis la fin de l’été, j’écris quand j’en ai besoin. C’était drôle de relire certains trucs, triste aussi, parce qu’il y a un an, il y a des choses tellement triviales qui me faisaient noircir des pages… c’est fou comme mes priorités ont changé. Comme j’ai changé. Ou plutôt, comme j’ai décidé de vivre davantage selon mes valeurs.

Cette année, j’ai pas mal réfléchi à mes valeurs, aussi. Mon « core ». Mon moi. Et aux incohérences entre mes comportements et mes valeurs. Pas que je faisais par exprès, mais parfois ce sont des habitudes ou du conditionnement, ou de la peur, la peur de changer. Peur de l’instabilité, de reculer, de me tromper. Peur de ne plus avoir d’argent, peur de rater quelque chose, peur de l’inconnu. C’est normal. Alors on y va un malaise à la fois.

Cette année j’ai réalisé que c’était normal de changer d’idée, que c’était normal d’avoir tort et que c’était normal que je ne veuille plus les mêmes choses qu’il y a dix, cinq, un an.

J’ai réalisé que j’avais le contrôle complet sur moi-même, mes réactions, mes choix. Mais que c’était correct de me tromper. Même que c’est mieux de se tromper, parce que chaque fois que je me trompe, j’apprends.

Ça l’air niaiseux, dit de même, tout ça, mais quand on prend le temps d’y réfléchir, on se rend compte que ça change tout.

Y fait froid, mais c’est chaud-chaud dans mon coeur, depuis que j’ai ma nouvelle app de méditation, je médite tous les matins, et souvent avant d’aller me coucher, je suis rendue accro, mais je fais toujours des rêves bizarres, et j’ai chaud comme jamais. Sûrement aucun lien, mais la corrélation est là. J’ai échoué à NaNoWriMo cette année, parce que mon roman me faisait chier, pas juste de temps en temps, mais chaque jour depuis une semaine, alors j’ai abandonné. Mais c’est correct, parce que j’ai le droit de me tromper. Et puis ça m’a redonné le goût d’écrire et ça, c’était le but. Alors dans le fond, je n’ai pas échoué.

Je vais encore au gym. Hey, ça fait deux ans que j’y vais nonstop. Pis ça va faire bientôt sept ans que je me suis inscrite dans mon premier gym. Y s’en est passé, des affaires, depuis que j’ai braillé dans la face de mon entraîneur parce que peu importe ce que je faisais, je me trouvais toujours grosse et moche et pathétique.

Ah là, ça va bien, je fais mon petit train-train et je me tiens occupée avec mes petits projets, mais ce n’est jamais assez, on sait bien. Noël arrive. Ça, ça me fait plaisir, parce que je vais au chalet, et que je vois pas ma famille souvent. Mais plus les années passent et plus j’ai envie de faire Noël hyper simple, parce que ça me stresse de me séparer en dix. (Qui est-ce que ça ne stresserait pas?)

J’avais arrêté de lire pour écrire mon roman, mais je suis retournée à la bibliothèque cette semaine, une orgie de livres, j’en ai sept, je les dévore, j’étais sevrée. Je lis dans le bain et je lis sur mon divan, enveloppée dans ma couverture hyper-douce en polyester. Je lis et je relis The Subtle Art Of Not Giving A Fuck, c’est intéressant, le timing de cette lecture ne pourrait pas être mieux (d’ailleurs j’étais sur la liste d’attente de la bibliothèque depuis cet été pour l’avoir, je le vois comme un signe).

Parlant de lectures, je vais  bientôt finir la liste Radio-Canada 2016 des 100 livres à lire, et je vais écrire un petit article là-dessus. Ça m’a pris pas mal plus qu’un an et je lis vraiment énormément, alors pourquoi ils sortent une liste par année à part pour stresser du monde comme moi, je sais pas 🙂

Je suis rendue pas pire pour gérer mon stress, aussi. Ça, c’est cool. La méditation a beaucoup aidé, c’est certain, ça l’air de rien, un petit dix-quinze minutes par matin, mais ça vraiment changé beaucoup de choses dans ma vie d’être aussi constante dans ma pratique.

Je l’ai-tu dit qu’il fait froid? Ah, oui.

Je vais essayer d’écrire plus régulièrement. J’ai encore ce problème de trouver que je n’ai rien à dire, ou que ce n’est pas intéressant, ou que je ne l’écris pas assez bien. Mais sachant qu’au moins une personne me lit (en l’occurence, moi-même), ça va, ça passe.

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Mode d’emploi positif

Quand j’y réfléchis, je reviens de très, très loin sur plusieurs plans de ma vie. Certaines choses sont visibles et évidentes, d’autres, pas mal moins.

C’est difficile de juger de sa propre attitude sur un espace de dix ans. Pourtant, quand j’y réfléchis intensément, quand je relis de vieux trucs de ce temps-là, quand je me rappelle comment je passais mes soirées et comment je réagissais aux difficultés avant, je réalise que j’ai fait un gros cent quatre-vingt degrés assez intense.

Est-ce que ça veut dire que j’ai fini de m’améliorer? Évidemment pas, vu que c’est humainement impossible (d’être parfait). Mais j’ai un gros bout de chemin de fait.

Hier, je me suis fait poser des broches. À vingt-huit ans. Ça a de quoi être déprimant.

J’attendais ce moment avec angoisse depuis très longtemps, parce qu’il marque le début d’une longue période d’ajustements et d’attente. Depuis janvier, tout était allé très vite – l’installation de mon premier appareil, ma chirurgie, les ajustements… et là, c’est des broches et de l’attente pendant deux ans.

Ça fait mal.

Depuis que j’ai fait enlever mon appareil, j’ai constamment mal aux dents. Deux en particulier sont tellement sensibles que je ne peux plus rien laisser de froid ou de chaud les toucher. Prendre les empreintes pour mes broches a fait mal; l’installation des broches a été une véritable torture. Je me tortillais sur la chaise en pleurant sans pouvoir me contrôler. C’était frustrant, embarrassant, humiliant même. Quand je suis partie, tout mon corps tremblait. J’avais la tête dans le coton. J’avais le moral à terre. Et j’étais frue. J’étais en vrai tabarnak.

Si je m’imagine avoir vécu cette situation il y a dix ans, pourtant, je sais que ça aurait été pire.

Ça aurait été pire, parce que j’aurais laissé mon angoisse et mon anticipation prendre le dessus; pendant un mois j’aurais été stressée de ce rendez-vous, je me serais attendue au pire, j’aurais imaginé la douleur, je l’aurais ressassée sans l’avoir même vécue.

Je serais rentrée chez mon orthodontiste à reculon, j’aurais été bête avec les employés et j’aurais été crispée avant même d’ouvrir la bouche.

J’aurais évidemment eu mal. Il n’y avait rien pour me prémunir de cette douleur, j’ai les dents extrêmement sensibles depuis ma chirurgie et c’est comme ça. Par contre, je m’imagine le genre de pensées que j’aurais eues, pendant que je me tortillais sur la chaise, et je sais que ça aurait été dix fois pire il y a dix ans.

Parce que hier, j’ai vraiment essayé d’être positive malgré tout. J’ai essayé de compter le temps et de me dire que chaque minute qui passait me rapprochait de la fin du calvaire. J’ai essayé de m’évader ailleurs. J’ai pensé à mon voyage en Irlande, j’ai pensé à mon chat, j’ai pensé à mon chalet. J’ai même envoyé des pensées positives à la pauvre technicienne qui, après tout, faisait son travail (et qui faisait de son mieux pour améliorer ma situation). Je me suis dit qu’elle devait détester son travail, en ce moment. Qu’elle n’avait évidemment aucun plaisir à me faire subir ça. Elle était gentille et douce. Elle m’expliquait tout ce qu’elle faisait pour me changer les idées.

C’est plutôt quand je suis sortie de la bâtisse que les choses se sont corsé. Soudainement, je me suis sentie prête à m’écrouler. Et tout est devenu une horreur. Deux autobus me passent dans la face avant que j’arrive à l’arrêt. Il vente et je suis mal habillée, j’ai froid. Un monsieur ramasse les feuilles sur le trottoir (?) et ne se tasse pas pour me laisser passer. Le chauffeur de l’autobus qui finit par arriver ne répond pas à mon pénible bonjour en métal.

C’est facile, trop facile, de devenir négative quand je me mets à ressasser, à mettre toute mon attention sur les inconvénients de la vie. Je ne pensais pas au fait que j’avais un siège pour moi toute seule dans l’autobus, qu’enfin j’avais mes broches et que je n’avais plus de rendez-vous avant décembre, que j’allais manger du spaghetti avec la sauce de ma mère (la meilleure) pour mon lunch, en arrivant. Qu’il y avait un adorable bébé dans une poussette qui faisait des bruits mignons. Qu’il y avait à côté de moi une bande d’adolescents espagnols qui avaient l’air super excités de s’en aller vers le Vieux-Québec.

Heureusement, j’ai rapidement repris le dessus. La journée a tout de même été difficile. Manger faisait mal. Boire faisait mal et ça me coulait partout dessus. Parler faisait mal. J’avais mille tâches à reprendre et tout urgeait. Ça m’a pris dix minutes me passer la soie dentaire et j’ai fini la face au complet pleine de salive et de morceaux de nourriture. J’ai eu de la misère à dormir à cause de la douleur. Le chat était tannant (unrelated).

Mais c’est la vie et même si je chiâle, même si je me défoule, ça ne change absolument rien. Ça fait juste me garder dans la spirale du négativisme. Des pensées de rien-ne-va-bien. Je ne suis pas morte, pourtant. Loin de là. J’ai eu des broches. Ça arrive à plein de monde. Peut-être pas à vingt-huit ans, mais c’est mieux qu’à cinquante. C’est mieux que de perdre mes dents.

Alors j’en suis là. À avoir mal et à endurer la douleur. À espérer que demain ça aille mieux, peut-être, si je suis chanceuse. À faire le deuil de certains aliments pour les deux prochaines années. À essayer de me faire à l’idée que je ne pourrai plus manger mes lunch en quinze minutes et me brosser les dents en trois.

Flexibilité. Patience. Adaptation. Relativisation. Douceur.

Même si j’ai des broches à vingt-huit ans.

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Je me force à écrire

Avec l’automne vient souvent ces pénibles pressentiments que

  • je n’ai rien à dire
  • je ne fais rien de ma vie
  • je ne vais nulle part

Alors aujourd’hui, après des semaines à écrire une ou deux phrases avant de supprimer le brouillon, je me force à écrire. Même si je n’ai rien à dire. Même si je ne fais rien de ma vie. Même si je ne vais nulle part.

Car c’est faux. J’ai toujours des idées d’articles qui surgissent dans mon esprit à tout moment et comme je ne les note jamais, je finis par les oublier. Je devrais constamment avoir un crayon et un calepin dans les mains pour écrire des brouillons. Je devrais avoir un enregistreur dans ma sacoche pour faire comme dans les films et me prendre au sérieux avec mes idées.

Ces temps-ci j’ai plutôt tendance à laisser les mots s’écraser dans mon journal personnel. Depuis cet été je n’écris plus tous les jours – je n’y trouvais plus de joie – mais plutôt quand j’en ressens le besoin et l’envie. Une ou deux fois par semaine, je vide mon trop-plein dedans. Je réfléchis sur papier. Ça fait du bien.

Mes dernières réflexions portent sur la simplicité. Un récent article de Leo Babauta m’a fait réfléchir à la « vie idéale ». Quand je l’imagine, je mène une vie d’ermite dans les bois du Nord. (Que voulez-vous, je suis une éternelle romantique.) Évidemment, ça n’arrivera pas.

Alors, pour moi-même, je me suis décrit cette vie simple, idéale, dans le bois, et je me suis demandé qu’est-ce que ça voulait dire, au fond, tout ça.

La vie dans les bois nous force à remettre en question la façon dont nous utilisons la technologie et l’électricité (parce qu’il n’y en a pas/peu); la façon dont nous passons le temps; ce que nos choisissons de faire. Il fait noir de bonne heure. Il est plus difficile de se déplacer. Les ressources sont moins aisément disponibles. Je ne peux pas aller au Thaïzone quand je n’ai pas envie de cuisiner.

Alors j’en suis venue à ces conclusions: ma vie idéale est simple, évidemment.

  • Je mange des repas très simples, faciles à faire, nourrissants, qui recquièrent peu d’outils et de précision. De la cuisine de poêle à bois et de barbecue.
  • Je passe beaucoup de temps à l’extérieur. Je m’adapte aux conditions extérieures au lieu de me battre contre elles. Je profite de ce que la nature offre. Randonnées, kayak, nage, marche, raquette ou même simple observation depuis la galerie ou le bord du lac.
  • Je consomme et je produis de la littérature. S’il y a bien une constante dans ma vie, c’est celle-là. Je lis énormément. Pas dans le seul but de lire, mais parce que ça apporte quelque chose d’extraordinairement grand à ma vie. Ça me donne envie d’écrire et de partager, aussi. D’où le blogue, entre autres. J’essaie de faire des efforts pour écrire davantage, hors-blogue et hors-journal.
  • Je me repose. Je m’écoute. Quand je vais au chalet, je me couche relativement tôt et je me lève relativement tôt aussi, pour profiter de la lumière du jour au maximum. Mais, parfois, j’ai besoin de dormir douze heures, et je le fais. Parfois, j’ai besoin de rester assise une demi-heure de plus, et je le fais.
  • Je médite, je réfléchis, je philosophe. Avec la lecture, c’est de cette façon que je préfère faire travailler mon cerveau. Étudier la nature, intégrer des connaissances, tout remettre en question; ça me garde alerte et vivante.

Après avoir sorti cette liste, j’ai réalisé que je pouvais facilement l’appliquer à la vie urbaine, que je n’avais pas besoin de m’exiler pour vivre de cette façon. Il suffit de changer ses habitudes. Faire l’épicerie différemment. Faire du sport différemment. Penser différemment.

Depuis quelques mois donc, j’amène beaucoup de petits changements dans ma vie. J’ai laissé tomber le gym le matin. C’était de plus en plus difficile pour moi de me lever et de m’habiller immédiatement pour partir au gym, avec à peine une demi-heure pour me préparer, faire mon déjeuner et aller à l’arrêt d’autobus. Alors au lieu de me battre chaque matin pour finir par me recoucher et me trouver vraiment poche, j’ai changé mon habitude. Je vais au gym après le travail, vers 16h30. Je suis des programmes condensés en efficacité (trois ou quatre exercices différents qui utilisent les grands groupes musculaires) alors j’y suis environ une demi-heure incluant mes étirements. À dix-sept heures quinze, je suis prête à partir chez moi. J’organise mon horaire en conséquence. Et depuis, je me lève plus régulièrement à six heures du matin, sans trop de difficulté, pour prendre le temps de méditer, lire un peu, déjeuner tranquillement. Et je suis de meilleure humeur toute la journée.

Ce n’est qu’un exemple. Je trouve relativement important de régulièrement repenser nos valeurs, nos habitudes, nos façons de faire, notre routine. De ne pas s’en vouloir. De se pardonner. Ou de réaliser qu’il n’y a rien à pardonner. Ce n’est pas grave, si je ne me lève pas pour aller au gym. J’irai plus tard, ou je n’irai pas. Je n’en mourrai pas. Je devais juste remanier mes journées. Et je me suis évidemment demandé si j’aimais encore ça, aller au gym. J’aurais pu décider de ne plus y aller. Mais les bénéfices sont trop grands pour que j’arrête. Ce n’est pas toujours facile. Mais une fois que j’y suis, que je suis en train de soulever, pousser ou tirer des poids, je suis bien contente d’y être.

Pour l’écriture, j’ai décidé cette année de reparticiper à NaNoWriMo, soit écrire 50,000 mots du 1er au 30 novembre. Je n’ai aucune idée de ce que je vais écrire, et je vais probablement décider sur le tas, le 1er novembre au matin. On verra où ça me mène. J’ai bien hâte, pour être honnête. Pour recommencer à réellement écrire, on dirait que j’avais besoin d’un cadre officiel, d’une raison valable, plus que « j’en ai un peu envie ». Je fais tellement de choses que c’est facile de repousser l’écriture comme étant secondaire, étant donné qu’elle ne fait pas partie de ma routine régulière.

Le froid arrive, et les toits étaient recouverts de neige ce matin. C’est un peu tôt dans l’année pour ça, j’essaie de ne pas anticiper ni projeter. Ce n’est que de la neige. Au pire, j’irai faire de la raquette plus tôt dans l’année. Un dicton norvégien dit qu’il n’y a pas de mauvaise température, juste de mauvais vêtements. Je vais garder ça en tête cette année.

Fait que je me force à écrire. J’ai pas grand-chose à dire et ma vie va très mollo, mais j’écris, j’écris.

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Histoires de(s) poil(s)

L’histoire générale

Ça l’air que le poil a toujours été un mal-aimé, ou presque.

On a retrouvé des outils épilatoires dans des sépultures préhistoriques; plus récemment, au deuxième millénaire avant notre ère, en Mésopotamie et en Phénicie, les hommes s’épilaient la barbe. Considéré comme impur et sale, le poil est épilé intégralement dans certaines civilisations anciennes, quitte à les remplacer par des perruques et de fausses barbes… qu’on l’associe trop à la masculinité (Grèce antique) ou à l’animal (certaines tribues amérindiennes de l’Amérique latine), le poil n’est pas le bienvenu.

Depuis 500 AV, les femmes s’épilent les aisselles, le pubis et les jambes. Les barbiers offrent également ce service. Apparemment que les hommes sont encore plus obsédés que leurs homologues féminins: l’épilation intégrale est de mise.

La chute de l’empire romain et l’avancée massive du catholicisme inverse la donne: le poil redevient bien vu, car il est créé par Dieu. En plus, il sert à cacher nos parties honteuses, c’est un deux pour un. Puis, c’est les croisades. Les chevaliers reviennent avec de nouvelles idées: dans les contrées lointaines où ils ont massacré à qui mieux-mieux, ils aimaient bien la peau hyper lisse des femmes païennes (qu’ils violaient, j’imagine?). On recommence.

Au fil du temps, les modes épilatoires vont suivre les modes vestimentaires. Plus on montre de peau, plus on s’épile. Il n’y a que les jambes qui attendent au vingtième siècle pour s’y remettre quand le port du maillot de bain qui ne ressemble pas à une combinaison de plongée devient socialement acceptable.

C’est surtout depuis les années quatre-vingt que la norme sociale de l’épilation intégrale (ou presque) des femmes fait rage et s’impose: multiplication des salons d’esthétique d’abord, puis nouvelles technologies (rasoir électrique, épilation laser…).

Une étude Américaine très intéressante fait état de l’association, de plus en plus indissociable, de la féminité à un « idéal glabre », forcément non naturel et qui, de toute évidence, contribue à l’ostracisation des femmes en leur donnant encore une autre raison de croire que leur corps naturel n’est ni normal ni beau.

L’histoire de Jo

J’ai commencé à me raser les jambes et les aisselles vers l’âge de douze ou treize ans, si ma mémoire est bonne. À la puberté, bref. J’utilisais des rasoirs roses jetables Bic et je me coupais toujours au moins une fois. Je me rappelle de la grosse bonbonne de crème à raser qui sentait bon. Assise sur le comptoir de la salle de bain, la jambe au-dessus du lavabo avec une débarbouillette humide pour enlever les poils rasés. Good ol’ days.

Au secondaire, quand on avait des cours de piscines en éduc’, je traînais avec moi mon rasoir (un Vénus acquis en 2003… que j’utilise encore! Eh oui!) afin de me re-raser minutieusement les aisselles avant de sortir du vestiaire. Pour ne pas voir un seul poil, une seule minuscule racine. J’avais tellement peur d’être une velue remarquée (je me faisais déjà assez écoeurer de même, pas besoin de leur donner des raisons). Je me rappelle m’être aperçue, pendant un cours, que j’avais des poils pubiens qui dépassaient sur le côté de mon maillot. J’ai tellement eu honte. C’est poche quand j’y repense.

Je me rappelle une amie qui a dit que d’avoir des poils pubiens, c’était dégueulasse à cause des menstruations.

Je me rappelle mon chum de l’époque qui avait exigé que je me rase ci-bas, parce qu’il aimait mieux ça.

Je me rappelle ma gêne quand à un cours de danse j’ai réalisé que je portais une camisole et que j’avais oublié de me raser les aisselles. Je l’avais fait deux jours avant, mais ils repoussent vite et ils sont assez foncés. Quand on fait de la danse orientale, on lève les bras pas mal tout le temps.

Je me rappelle mon inconfort, et ma totale incompréhension face à cet inconfort, quand j’ai vu une photo de Madonna, puis une de sa fille, avec les aisselles poilues. C’est pourtant récent. Je suis pourtant féministe. Pourquoi le malaise?

Je me rappelle avoir écrit cet article et avoir eu peur que les gens me jugent, ou qu’ils vérifient si je me rasais ou pas, histoire de me traiter de soumise, d’hypocrite ou de dégueu.

Depuis le printemps, et surtout depuis que j’ai participé à La Revengeance des Duchesses et donc côtoyé beaucoup plus de féministes que ce dont j’ai l’habitude, je me rase moins souvent. Je me rase encore, mais moins souvent. Parfois, je décidais de ne pas le faire, d’autres jours que je le faisais. Mais je faisais le choix consciemment, pas parce que je me sentais forcée. C’est sûr que quand je portais une camisole, j’avais plus tendance à décider de le faire. Mais cette semaine (dernier rasage remonte à presque une semaine) j’ai porté au bureau un t-shirt dont les manches très courtes laissent voir mes aisselles et ça ne m’a pas dérangé. Presque pas. J’y arrive.

J’avais depuis longtemps l’envie de me faire épiler au laser, mais les coûts m’empêchaient. Depuis que je peux me le permettre financièrement, j’ai envie de mettre mon argent ailleurs.

Donc, est-ce que l’épilation est mal? Non.* Mais chacun ses choix. Quand on décide de s’épiler, de façon permanente ou pas, ça devrait être parce qu’on le veut, pas à cause d’une norme sociale quelconque, ou d’une pression extérieure, concrète ou pas. À part ledit ex, personne ne m’a jamais dit de me raser. Ma mère ne m’a jamais obligée. On n’en parlait pas vraiment, en fait. C’était mon libre choix. Ce l’est encore.

Et j’essaie de ne plus avoir honte de mes poils, c’est tout. Peut-être que j’essaie de véhiculer un message. Qui sait? Je pourrais en inspirer quelques-unes. Malgré mes hésitations, mon inconfort (mental, pas physique) et ma peur d’être jugée, regardée de travers, voire de me faire insulter pour ce choix pourtant si banal…

La vérité, c’est que je n’aime pas vraiment me raser. Ça assèche ma peau, ça pique quand ça repousse, ça demande trop d’entretien. Ce n’est définitivement pas zéro déchet. Et ça me stresse. Parce que je dois toujours me demander si la quantité de poils que j’ai est socialement convenable ou pas.

J’ai traîné mon rasoir au gym ce matin. Je suis en robe. Rendue dans la douche, je n’avais pas envie de me raser.

Alors je ne me suis pas rasée.

J’ai les jambes poilues, en robe, j’ai marché au centre-ville ce midi, et je me sentais étrangerement fière de ce petit accomplissement, totalement anodin certes pour certains, mais assez courageux merci dans mon esprit de femme non imberbe ostracisée.

*à noter que l’épilation, peu importe la méthode, temporaire ou permanente, peut avoir plusieurs effets physiques négatifs tels que l’assèchement ou l’irritation de la peau, la cicatrisation, les ecchymoses, l’enflure, les brûlures et l’augmentation des risques d’infections et de mycoses (dans le cas de la zone génitale). Je parlais ici du côté « éthique » du choix de s’épiler ou pas, non pas du côté physique.

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