Renracinements

À ma mort, enterrez-moi les pieds orientés vers le Nord,

Je m’y renracinerai enfin.

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Pensées de la Journée de la Femme

Je célèbre la Journée de la Femme parce que (sans ordre particulier):

  • Je veux sourire seulement quand ça me tente.
  • Je veux me sentir bien dans ma peau.
  • Je veux parler de menstruations sans susciter le dégoût.
  • Je veux voyager seule sans avoir peur.
  • Je veux pouvoir décider de ce que je fais avec mon corps.
  • Je veux avoir accès aux mêmes opportunités que les hommes.
  • Je veux qu’on me prenne au sérieux.
  • Je veux porter des vêtements qui me plaisent.
  • Je veux me faire juger pour mes actions, pas pour mon apparence.
  • Je veux pouvoir choisir la famille ET la carrière.
  • Je veux qu’on arrête de blâmer mon SPM pour mes humeurs.
  • Je veux être plus qu’une paire de boules et un gros cul.
  • Je veux être la seule à avoir une opinion sur mon corps.
  • Je veux être confortable au gym.
  • Je veux décider de me maquiller, ou pas.
  • Je veux décider de porter des talons hauts, ou pas.
  • Je veux qu’on arrête de sexualiser mon corps.
  • Je veux que les produits de consommation ne soient pas genrés.
  • Je veux que toutes les femmes soient les égales des hommes, partout, tout le temps.
  • Je veux transmettre mon nom à mes futurs enfants.
  • Je veux que ceux-ci fassent leurs propres choix, qu’on ne leur impose rien.
  • Je veux apprendre à conduire une auto manuelle.
  • Je veux combattre les clichés.
  • Je veux m’exprimer.
  • Je veux que ce genre de choses n’arrive plus.
  • Je veux que la langue française devienne équitable.
  • Je veux être plus qu’une Femme. Je veux être Moi.
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J’ai réduit ma consommation d’alcool et je n’en souffre pas

Un des chapitres de Lean Habits traite des « gâteries » alimentaires, soit les aliments frits, sucrés et l’alcool.

En règle général, à l’exception de mes deux-trois jours de SPM, je n’ai pas de problème avec les aliments frits ou sucrés. J’en mange très rarement à la maison, et je ne les choisis pas systématiquement au restaurant. L’alcool, par contre…

Je tombe dans une espèce de catégorie hybride bizarre d’alcoolique pas alcoolique. Quand je ne bois pas, je n’ai pas vraiment envie de boire. Ça m’arrive parfois quand je vais moins bien ou que je veux décompresser, mais en règle générale, je gère très bien. Par contre, quand je commence à boire, ça devient exponentiellement plus difficile d’arrêter. Surtout quand c’est gratuit et disponible en grande quantité. Avoir trois bouteilles de vin à la maison, ou des tickets-boisson illimités au party de job.

Parlant de ces partys, ils sont fréquents et bien arrosés par tradition; je me suis donc rapidement bâti, comme d’habitude, une solide réputation de fêtarde. Réputation qui me faisait honte. Mais je faisais honneur à mes origines. Tout le monde sait que les nord-côtières savent boire comme cinq (j’étais rendue à six, je ne savais plus boire, mais c’est un détail).

Pendant longtemps j’ai repoussé l’idée de réduire ma consommation. J’ai bien fait quelques défis du genre trente jours sans alcool, et j’avais effectivement réduit, consciemment ou pas, la fréquence de ma consommation; mais les quantités demeuraient les mêmes, soit trop. Toujours trop.

Lorsque je me suis remise de ma chirurgie de janvier dernier, j’ai décidé de faire quelques recherches et de trouver un système qui fonctionnerait pour moi. Je n’avais pas envie de rendre mon chum/amis/collègues responsables de ma consommation en leur demandant de me watcher à tout bout de champ. Je voulais me responsabiliser.

Alors je me suis imposé une limite de deux consommations par semaine.

Et… c’est ça. Ça fonctionne. Je pensais que j’allais me rebeller contre la « règle », que ce serait invivable dans les partys. Mais je l’ai commencé en plein milieu de la Revengeance des duchesses, dont la majorité des activités se déroulent dans des débits de boisson, et je n’ai pas eu moins de plaisir.

Le truc, c’est que je planifie d’avance. Comme je suis une personne très peu sociable, je prévois généralement mes sorties à l’avance. Donc, quand l’occasion de boire se présente, je passe par deux réflexions:

1- Arrêter l’automatisme de disponibilité: est-ce que ça me tente de boire? Si oui, passer au deux:

2- Planifier: est-ce que j’ai prévu de boire une autre fois cette semaine? Si oui, je décide de soit ne pas boire du tout, soit seulement une consommation et d’en garder une « en réserve » pour l’autre événement.

Par exemple, je sortais prendre un verre avec un ami vendredi dernier (ce qui a fini en repas au resto à la place). Ça été prévu une semaine à l’avance. Le mercredi d’avant, je soupais au 47e Parallèle avec une amie pour son anniversaire, avant d’aller au théâtre. Ça, c’était prévu depuis genre novembre. Résultat, mercredi soir, une seule coupe de vin en soupant, et vendredi soir, une autre seule coupe de vin en soupant.

Est-ce que j’ai eu moins de plaisir? Non. Est-ce que je me suis sentie privée? Non. Est-ce que je vous ordonne de faire la même affaire? Si c’est ce que tu penses, tu me comprends mal en tabarouette depuis plusieurs années.

C’est comme une réalisation trop tardive que plus d’alcool ne signifie pas nécessairement plus de plaisir. Et même si l’alcool m’aide en situation sociale, je ne veux pas non plus qu’il devienne une béquille sans laquelle je suis incapable de parler aux gens ou d’être drôle. Je ne veux pas associer impérativement l’alcool avec la détente ou le plaisir. J’ai trouvé d’autres moyens de relaxer le vendredi soir, et j’ai décidé que je n’étais pas obligée de boire du vin avec mes sushi, ou de prendre deux pintes quand je sors à la micro.

Peut-être que cette ligne de conduite ne tiendra pas. Pour le moment, elle me convient… et je suis bien contente de me débarasser de l’étiquette de grande buveuse qui finit toujours ses soirées malades et/ou à brailler toute seule dans les rues sombres de Saint-Roch.

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Zéro Déchet: le début de l’aventure

Depuis quelques années, le premier janvier, au lieu de faire des résolutions que je ne suivrai pas de toute manière, je réfléchis à quelques buts que j’aimerais atteindre dans l’année et aux moyens d’y arriver. Cette année, un de mes buts était de produire moins de déchets.

En 2014, j’ai acheté le livre Zéro Déchet de Bea Johnson, dans une virée Costco, sur un coup de tête. Dans le temps où j’achetais beaucoup de livres (et beaucoup de tout). C’est la lecture de ce petit guide pratique qui a complètement changé ma vision de la consommation, de l’écologie et de mes habitudes en général. À l’époque, j’ai un peu réduit ma production de déchets, mais j’ai surtout mis le focus sur la simplification et le minimalisme.

Aujourd’hui, je consomme beaucoup moins et je ne possède pas grand-chose. C’est devenu mon mode de vie et j’en suis assez fière. Grâce à ces changements, j’ai pu complètement éliminer ma dette, réduire mon stress et même mettre de l’argent de côté pour me payer un voyage en Irlande, la construction d’un chalet dans le nord et enfin gâter mes proches (j’amène ma mère et ma soeur au spa bientôt!). Mes REER et CÉLI sont également contents du changement 🙂

L’été dernier, je suis déménagée dans le condo à mon chum et je trouvais que je sortais les poubelles vraiment souvent. Il me semblait que, pour un foyer de deux humains et un chat, on remplissait des sacs trop vite. En plus, il y a une poubelle dans chaque pièce du condo, moi qui avait l’habitude d’une seule poubelle pour tout l’appartement… et le bac à recyclage est tout le temps plein!

C’est de là que vient mon désir de réduire ma production cette année. Non seulement pour l’aspect pratique de ne plus avoir à sortir des foutues poubelles au container chaque semaine, mais également pour des raisons éthiques, écologiques, minimalistes… et pour relever le défi.

Ça fonctionne comment?

En suivant le principe des 5 R, et ce, dans cet ordre de priorité: refuser (ce dont on n’a pas besoin), réduire (ce dont on a besoin), réutiliser (ce que l’on a déjà), recycler et composter (« rot » en anglais).

Les deux premiers R sont devenus une seconde nature pour moi, grâce au minimalisme. Je consomme très peu de biens matériels, j’ai mis au courant famille et amis de mon désir de ne pas recevoir de biens matériels en cadeaux, etc. Pour ce qui est de réutiliser, cette pratique implique un nouveau changement d’habitudes, ainsi que le recyclage (prioriser les matériaux recyclables à l’infini comme le verre et l’aluminium) et le compostage (oui, même en condo c’est possible – et vraiment facile au final).

Une seule personne (ou deux en l’occurence) ne va pas changer grand-chose. À quoi ça sert?

Okay, c’est ton opinion. 🙂 c’est certain que si je m’asseois sur mes lauriers en ne changeant absolument rien… forcément, rien ne changera jamais.

Quand je suis devenue végétarienne, tout le monde me disait que ça ne durerait pas; pourtant, ça fait bientôt sept ans et demi et, bizarre! Je le suis encore. Même chose pour le minimalisme: on disait que c’était une passe, une mode. Mais depuis deux ans et demi, c’est devenu mon mode de vie et je n’ai vraiment pas l’intention d’en changer.

Même petite, j’étais inconfortable quand je pensais aux décharges municipales. Un immense terrain plein de déchets qu’on enterre et qui… restent là, à prendre de la place, immuables et éternels. Même les déchets organiques ne peuvent se composter en décharge, parce qu’ils n’ont pas l’apport en oxygène nécessaire pour le faire, étant enterrés sous des tonnes de déchets non-compostables. Au lieu de ça, ils se décomposent et produisent du méthane, un gaz beaucoup plus nocif que le dioxyde de carbone.

C’est évident que le changement est inconfortable. C’est beaucoup plus facile pour moi d’aller chez Maxi comme d’habitude et d’acheter des aliments suremballés, de commander sur Amazon et de jeter l’emballage plastique à la poubelle, de ne pas réfléchir et de continuer comme je l’ai toujours fait. Comme ça été difficile de changer mon alimentation au début, et mes habitudes de consommation. J’ai dû trouver des alternatives à la viande, sans sacrifier le goût ni l’apport nutritionnel; j’ai dû trouver d’autres moyens de me faire plaisir que de magasiner sans compter. J’ai réussi, et le résultat final est beaucoup plus satisfaisant que la situation initiale.

Je vois le Zéro Déchet comme un défi vraiment motivant à relever, pas une contrainte.

C’est vraiment trop, je ne serais pas capable.

Okay… c’est ton opinion! (Je me répète.) Pour ma part, j’ai décidé d’être proactive dans le processus, de chercher des solutions au lieu de me concentrer sur les problèmes, et d’y aller à mon rythme. Pour le moment c’est assez difficile de trouver l’équilibre entre « en faire trop à la fois » et « ne rien faire parce que c’est difficile ».

J’ai identifié trois étapes pour mon processus: premièrement, composter, parce que la majorité des déchets que nous produisons sont alimentaires. Deuxièmement, trouver des alternatives zéro déchet aux emballages alimentaires (épiceries en vrac, par exemple, et magasiner avec des sacs et bocaux réutilisables). Troisièmement, m’attaquer à tous les autres déchets de la maison, comme les emballages des produits non-alimentaires (produits de beauté, étiquettes de vêtements, factures…).

Je recycle déjà, c’est bien assez.

J’aimerais vous dire que oui mais, malheureusement, non.

Seulement le verre et certains métaux sont recyclables à l’infini; les autres produits ont une durée de vie limitée. Dans la majorité des cas, le plastique sera décyclé, c’est-à-dire transformé en un produit non-recyclable. Le papier peut être recyclé entre cinq et sept fois seulement. De plus, le recyclage nécessite beaucoup d’énergie, pour le transport des matériaux et la transformation. C’est une bonne alternative au gaspillage pur et simple, mais ce n’est pas l’unique solution au problème. D’où sa quatrième position dans les 5 R.

C’est déprimant; je ne sais pas par où commencer; c’est trop compliqué.

J’ai eu la même réaction, quand j’ai lu Zéro Déchet pour la première fois en 2014. Quand Bea Johnson parlait d’aller à la boulangerie avec sa taie d’oreiller pour transporter le pain, j’ai eu une espèce de convulsion de rage intérieure. Je me disais qu’elle était folle, que c’était trop intense, que si j’essayais ça, j’allais me faire regarder de travers. Trois ans et demi plus tard, je veux la copier.

Les quatre changements les plus faciles à faire sont: utiliser une bouteille d’eau réutilisable (de préférence en inox, le plastique peut être nocif) au lieu de bouteilles en plastique à usage unique; amener son thermos pour le café au lieu de verres en carton; traîner vos sacs réutilisables à l’épicerie; et arrêter d’utiliser des pailles pour boire (ou acheter une paille en inox réutilisable). Des changements super faciles qui font déjà une grosse différence.

J’ai déjà implanté d’autres changements depuis plusieurs années. J’utilise une coupe menstruelle au lieu des serviettes et tampons, par exemple. (Pour les non-fans, il existe aussi des sous-vêtements qui remplacent carrément la serviette sanitaire – testé et approuvé!) J’achète des vêtements d’occasion lorsque c’est possible. Je favorise les aliments locaux.

D’autres petits gestes faciles sont d’utiliser un filtre réutilisable pour la Keurig au lieu de capsules qui finissent à la poubelle. Garder des ustensiles dans l’auto et refuser ceux de plastique avec sa commande à l’auto. Préférer le tissu au papier pour les mouchoirs, serviettes de table et essuie-tout. Acheter du papier de toilette fait de papier 100% recyclé et non blanchi.

Composter est également une autre belle solution et j’écrirai davantage sur le sujet lorsque je serai lancée. (J’attends de recevoir une formation sur le vermicompostage en mars.)

En résumé…

Quand je consomme, je vote.

Donc, quand j’achète de la laitue lavée, coupée et doublement emballée dans du plastique, je dis: produisez plus de laitue lavée, coupée et doublement emballée dans du plastique.

De même, si je choisir de visiter les épiceries de vrac avec mes contenants et sacs réutilisables, je dis: continuez à fournir des aliments en vrac et à accepter mes contenants et sacs réutilisables.

C’est tellement facile de se sentir impuissant. Mais, au final, ce sont les consommateurs qui ont le gros bout du bâton. C’est facile de ne pas réfléchir, de ne pas changer, de fermer les yeux. Avez-vous déjà vu une décharge, une vraie dans la vraie vie? Moi, oui. Très décourageant, comme expérience. Ce qui est encourageant, c’est que je suis encore maître de mes décisions.

Le mouvement Zéro Déchet gagne en popularité et c’est tant mieux. Il existe plusieurs groupes de soutien sur Facebook, de nombreux blogues et une tonne de livres sur le sujet: je vous invite à plonger!

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Ma vie, post-Revengeance

Au cas où vous n’étiez pas au courant, je participais à la Revengeance des Duchesses cette année en tant que duchesse de Neufchâtel. Le couronnement était vendredi dernier, Anouchka (Aéroport) a gagné, et là, c’est fini.

En théorie, en fait. Parce que ça ne finit pas vraiment. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en m’embarquant dans ce projet-là – quelque chose que je ne fais jamais, un coup de tête irréfléchi, qui a changé ma vie.

Maintenant, il y a Joannie pré-Revengeance et Joannie post-Revengeance, et je l’adore, celle-là. Elle s’exprime, elle créé, elle explore. Elle participe et s’implique. Elle est enfin sortie de sa léthargie.

Depuis mon retour à Québec en juillet 2016, j’ai l’impression d’hiberner. En fait, pas les premiers mois. Je rédécouvrais une ville que j’avais abandonnée pendant un an et demi, un quartier en constante ébullition, une vie renouvelée. Mais j’ai recommencé à travailler, puis je suis tombée dans une routine boulot-dodo, ponctuée de virages de brosse malsains et de fins de semaine dépressives. J’avais encore une certaine envie sous-jacente de changer le monde, de participer à ma communauté et de partager avec tout le monde, mais c’était enterré, loin, sous dix pieds de gravier. Déménager à Neufchâtel n’a pas aidé, pas parce que c’est Neufchâtel, mais parce que c’est loin, parce que je vivais maintenant à distance du bouillonnement de Saint-Roch, qui était la seule chose qui me gardait vraiment groundée à la vraie vie.

La Revengeance a été un gros coup de pied au cul bizarrement agréable, et j’en ressors changée.

Premièrement, je viens tout juste de m’acheter un ordinateur portable (merci bonus de fin d’année), parce que je veux écrire davantage, que ce soit sur mon blogue ou pour moi-même. (Oui-oui, ça fait un an et demi que je suis sans ordinateur à la maison!)

Deuxièmement, je vais modifier Wumpa.Net et enfin oser explorer des sujets sur lesquels je me retenais d’écrire, entre autres le Zéro Déchet, le féminisme et l’implication citoyenne.

Troisièmement, parlant de Zéro Déchet, suivant une de mes résolutions 2018 (cachée – je l’avoue – je n’en ai pas parlé ici, seulement dans mon journal personnel, parce que je ne voulais pas de commentaires), je prends le virage cette année et j’en parlerai davantage dans un prochain article.

Quatrièmement, j’ai reçu ma machine à coudre, il me reste juste à… coudre. Je réfléchis au premier projet que je veux faire, et comme je n’ai pas fait de couture depuis genre dix ans, ça doit être simple. (Probablement des serviettes de table, aka napkins en tissu). Mon but d’ici à la fin de l’année est de porter une de mes créations. Donc, techniquement, je n’achète plus de vêtements. 😉 *insert intense pressure*

Cinquièmement, je sens que j’ai franchi une espèce de frontière invisible auto-imposée, et j’ai arrêté de m’excuser, ce qui m’a aussi donné le goût de lancer des discussions/débats/causeries sur toutes sortes de choses, d’y participer, et de faire évoluer les mentalités sans baisser les bras. C’est bien vague tout ça, mais bon, vous verrez bien.

Il fait beau aujourd’hui, un gros trois degrés, c’est bizarre, et je suis toute excitée à l’idée que ma vie prend un sens… qui a du sens. Ça fait-tu du sens?

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Récit de la journée où je suis tombée en amour avec Montréal contre toutes attentes

Lundi, le 15 janvier 2018.

C’est la journée où je devais me rendre à Montréal pour suivre une formation sur les fonctions VBA dans Excel. C’était réservé et payé depuis octobre, les billets de train, depuis un mois. L’horaire était serré, mais j’étais prête. J’avais hâte.

Comme d’habitude, j’étais hyper stressée la veille. Quand je dois respecter un horaire hors de l’ordinaire, comme de prendre un vol tôt le matin, je ne dors pas. Je me tourne et retourne dans mon lit en suant comme une truie en imaginant les pires scénarios, et je vérifie deux-trois-quatre-neuf fois que mon cadran a bien été réglé, à la bonne heure.

Je devais me lever à l’heure impie de quatre heures quarante-cinq. Un seul mot: arke. (Même si c’est pas un mot.) Et donc hier, à dix heures, je suis couchée dans mon lit, à me tourner et me retourner en imaginant les pires horreurs. Et si je mourrais dans mon sommeil? Etc.

J’ai trouvé une bonne technique, par contre: imaginer le pire scénario possible, et la solution au problème. Dans mon cas, c’était de ne pas me lever à temps et de rater mon train ultramatinal. Solution: les taxis offrent un prix fixe pour l’aller Québec-Montréal, ça aurait été ça.

Comme d’habitude, je me suis levée à l’heure. En quinze minutes j’étais douchée, habillée et à peu près présentable, hormis les cernes de six pouces qui soulignaient mes yeux avec pas vraiment de grâce. Le taxi est arrivé à l’heure prévue de cinq heures quinze. Sympathique chauffeur, qui était fasciné par les volutes de brume blanche qui flottaient sur le fleuve.

Minuscule gare de Sainte-Foy, passagers pressés, à l’air pas du tout endormis. On embarque, on part. C’est la première fois de ma vie que je prends le train. J’essaie de dormir, sans résultat. Je lis un peu, je travaille, je mange mon bagel en foutant du yogourt partout. Je regarde le beau lever de soleil sur les champs enneigés. Je m’impatiente du retard.

Parce que les trains, ça va de soit, c’est toujours en retard. On arrive à Montréal quinze minutes plus tard que prévu. Fuck. Je sors, aucun taxi en vue. Je me gèle les mains à essayer de comprendre où m’en aller, Google Maps toujours aussi lent sur mon cellulaire fossilisé de trois ans et demi. Je vais dans la mauvaise direction, je finis par trouver la station de métro, enfin. Je me perds dedans, comme toujours. Quand il est question des autobus de la ville de Québec, je suis une championne. Mais ne me parlez pas de métro. Je perds cent points de quotient intellectuel quand je passe les portes bizarres des stations qui sentent l’urine et la tristesse.

Je m’achète un billet, je l’insère, ça débloque. Non, en fait, ça me dit oui, okay, vas-y, mais la petite barrière en métal ne débloque pas. Ça y est, pensai-je, j’essaie d’entrer par une sortie, tout le monde se moque de moi, j’ai vraiment l’air touriste. Mais pourquoi est-ce que ça dirait « ok accepté go go go » alors que c’est une sortie?

Trop tard. Mon temps est écoulé, mon billet est utilisé et je suis encore du mauvais côté de la barrière.

Re-achat de billet. Re-essai de franchir la barrière. Je pousse comme une déchainée. Puis je comprends, je dois retirer mon billet de la petite fente. Ensuite ça débloque. Je me sens tellement stupide que j’en pleurerais.

Je déboule, j’attends le métro pendant qu’un monsieur aux quatre cheveux enduits de gel hurle à mes côtés (je ne saurai jamais pourquoi il beuglait). Le métro arrive, j’entre. Je compte les stations. Une-deux-trois. Quatrième, je sors. Je débouche sur Sainte-Catherine. Je pars encore dans la mauvaise direction. Montréal, pour moi, c’est partir constamment dans la mauvaise direction. Je finis par me rattraper. J’arrive enfin à l’édifice Pierre-whatever, rue Panet, à côté d’une vieille église. J’entre. Je demande la salle deux cent quatre.

Ah mais madame, cette salle n’est pas louée.

Comment, pas louée? je m’insurge en lui glissant ma feuille pliée en quatre sur le comptoir. J’ai une formation là à neuf heures ce matin, je suis juste un peu en retard.

Ah, [nom de la compagnie]? Pas mal sûrs qu’ils ont annulé…

Il prend son téléphone, confirme. Me regarde avec un sourire tout penaud. Les larmes me montent aux yeux.

Mais je suis montée de Québec pour ça, que je lui dis, comme si ça pouvait changer quelque chose. Comme si c’était de sa faute que je me sois levée à quatre heures quarante-cinq ce matin.

Il est désolé, je pars, j’appelle ma boss, je cours au Second Cup, my salvation. Commande un espresso double-court, m’installe dans le coin fauteuils, bois le liquide des dieux à petites gorgées, pas le meilleur moyen d’arrêter de trembler. Je suis, comme qui dirait, en tabarnak. Je change mon billet de train, pas question que je reste à Montréal jusqu’à six heures cinquante ce soir-là, mon ordi portable encombrant en tow, pour magasiner ou perdre neuf heures de ma vie. Non monsieur.

Heureusement, je me calme rapidement. Je travaille, je commence à rire de la situation. Je me tag dans un statut Facebook. Je reçois un courriel d’excuses de la compagnie, problème informatique ou whatever. Je people-watch les clients typiques de ce café du quartier gai, hommes soixantenaires bavards qui se font des accolades bourrues et jeunes étudiantes en communication avec Mac et cahiers de notes trendy.

J’ai toujours détesté Montréal. Je ne sais pas pourquoi mais, quand j’entre dans cette ville-là, je deviens agressive. Hors de question d’aller y vivre, où d’y passer plus de deux jours. Mais là, dans le Second Cup coin Sainte-Catherine et Panet, pendant les deux heures que j’y ai passées, je me suis mise à m’adoucir et à vouloir que Québec possède également un Second Cup dans un quartier gai et la clientèle cool qui va avec.

Je suis partie vers onze heures et quart. J’ai eu l’excellente idée de marcher jusqu’à la gare centrale. L’exercice me fera du bien, je me suis dit. Sauf qu’il faisait moins huit mille et que mon cellulaire, complètement gelé, m’a lâché à mi-chemin. Pas grave, j’avais juste à suivre De La Gauchetière à travers le quartier chinois, jusqu’aux gros bâtiments de briques brunes laittes du début de centre-ville. Heureusement, j’allais dans la bonne direction.

Gare Centrale. Je ne me sens plus les cuisses. Je finis par trouver le comptoir ViaRail, je paye mon nouveau billet, je vais chez McDo parce que fuck. Je commande à la borne parce que fuck. L’imprimante ne fonctionne pas et je dois retenir mon numéro de commande par coeur. Fuck. Vingt treize. Vingt treize. Quand le gars call treize-vingt, et que je vois la bouteille d’eau dans le plateau (y a juste moi qui boit de l’eau chez McDo), je m’élance. (Ben oui, j’ai des tendances dyslexiques en cas de gros stress.) Un gros filet-o-fish double tout poisseux de gras, yes. Juste ce qu’il me fallait pour me remettre de mes émotions. Je suis dég. J’enfourne les frites comme si je n’avais pas mangé depuis quatre jours.

Je me dépêche en vain de rejoindre les quatorze mille personnes en ligne pour l’embarcadère, puisque le train prend quinze minutes de retard (lire plus haut, re: habitudes de retard des trains). Je finis par m’écraser dans un siège. Je constate avec joie que je suis équipée d’une plogue. Je vais pouvoir utiliser mon portable sans angoisser de tuer ma batterie. Et y a personne assis à côté de moi. Et le soleil me tape dessus. Bon.

Je me demande ce qui m’attend à mon arrivée à Québec. Ou peut-être que le train va dérailler entre-temps. Ou que la Gare du Palais est en feu. Ou que les chauffeurs d’autobus font la grève. Je m’attends à tout.

Dans le fond, j’aurais dû rater mon cadran et ne pas me pointer, ça m’aurait sauvé une journée de sueurs.

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Oh, comme 2017 a deuxmilledixsepté

En suite logique à cet article d’il y a 365 jours.

Bonjour mes amis.

2017 s’est terminé dans les jeux et l’amitié, 2018 a commencé, tardivement, avec un gros déjeuner oeufs-patates-toasts. Quel bonheur.

Je fais aujourd’hui un petit recap de mes non-résolutions du 9 janvier 2017.

Premier but: éliminer complètement ma dette

Check. J’ai terminé de payer mon prêt personnel le 26 décembre 2017. Am now debt free. Am now really fucking happy and satisfied with myself.

Deuxième but: continuer à être active

Check. Je DÉTRUIS le gym trois fois par semaine, je marche souvent, je fais un peu de vélo stationnaire même s’il est hyper inconfortable. Raquettes, randonnées, je suis même allée jogger genre trois fois en 2017 même si j’haïs ça (j’ai pogné des bulles TROP-D’ÉNERGIE-DOIT-COURIR). Je suis active au moins une demi-heure par jour à 76% de taux de réussite selon mon Habit Tracker.

Troisième but: développer mon bien-être mental

Okay, j’ai pas vu de psychologue/psychiâtre en 2017. Mais j’ai vraiment progressé sur le plan mental. C’est surtout d’instaurer des rituels matin/soir qui a aidé. Le matin, j’écris dans mon journal. Je me donne des buts pour la journée, je note comment je me sens au réveil, comment j’ai dormi. Je planifie ce que je vais faire comme exercice. Le soir, en buvant ma tisane à la menthe, je fais un petit recap de ma journée. Comment ça été, comment je me sens, et je fais le point sur ce qui aurait pu être mieux, sur mes réactions, mes pensées. J’ai aussi acheté le Tiny Buddha’s Gratitude Journal l’automne dernier et même si je prends des pauses de temps en temps (les questions finissent par se ressembler à la longue), il m’aide à réaliser tout ce dont je peux être reconnaissante dans ma vie. Pour faire cliché, #blessed.

Et 2018? On fait quoi?

Ah, nouvelle année, nouvelles promesses.

Cette année, je me suis donné des buts plus concrets.

Premièrement, je veux faire une rando de deux jours l’été prochain. Aka rando-dodo-rando. Pas trop loin, et louer l’équipement parce que pourquoi j’achèterais de l’équipement pour quelque chose que je vais peut-être détester. M’entraîner avec ce but-là en tête (qui me motive pas mal plus qu’un demi-marathon), et faire quelques recherches. Je ne suis pas novice en rando, mais ma plus longue était de huit heures. Non, pardon – onze heures dans le Maine, en juin dernier, parce qu’on s’est perdus. On va dire huit heures de rando PRÉVUES.

Deuxièmement, je veux commencer un hobby créatif. J’y pense depuis plusieurs mois (années), mais on dirait que rien ne m’accroche. Le problème avec Joannie et La Créativité, c’est que je viens vraiment impatiente. Si ma peinture est poche, je m’écoeure et j’arrête de peinturer. Si je ne maîtrise pas la technique de tricotage en trois heures, je m’écoeure et j’arrête de tricoter. Récemment, j’ai visité Fabricville pour du tissu pour un costume de baladi et je suis comme retombée en amour avec l’univers du textile, ce qui m’a donné envie de me lancer dans la couture. J’y songe sérieusement. (Ou peut-être que ça sera autre chose, je me donne encore quelques semaines pour me fixer.) Le bon côté de la couture, c’est que ça allie créativité et utilité, ça me plait.

Troisièmement, je veux devenir Encore Plus Une Adulte™ en établissant un plan financier de fin vingtaine. Maintenant que ma dette est disparue (pour de vrai de bon de final), je veux commencer à placer davantage d’argent. J’ai déjà des REER, un CELI et un compte-épargnes pour mon voyage en Irlande/construction de mon chalet, mais je veux établir des buts financiers et revisiter mon budget. Tout ça quand je vais rencontrer ma conseillère financière au printemps prochain. Mais je prépare déjà le terrain parce que pourquoi attendre cinq mois?

Sinon, j’ai plein d’autres petits trucs en vue. Je vais en Irlande deux semaines en mai, les billets sont achetés et il reste juste à planifier le voyage. Je veux m’acheter un Rubik Cube (facile) et devenir bonne (beaucoup moins facile). La Revegeance des Duchesses 2018 commence bientôt, et j’y participe en tant que Duchesse de Neufchâtel. J’attends une réponse pour la location de mon terrain au nord de Baie-Comeau afin d’y bâtir un chalet sommaire (et commencer par déboiser ledit terrain). Et je détruis encore le gym trois fois par semaine, je suis féroce.

C’était le fun de dire bye-bye à 2017 parce que je ne l’ai pas fait avec acidité et déception comme les quelques années précédentes. 2017 était belle, malgré les montagnes russes habituelles. J’ai vécu tout plein de belles choses. J’ai couronné mon année avec une promotion au travail et du beau temps passé en famille. Et l’envie non pas que 2017 se termine au plus cri-, mais que 2018 poursuive sur la courbe ascendante de sa prédécesseur.

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Récit du jour où je me suis planté sur le culdans la sloche boueuse devant une dizaine de personnes

Ce jour étant aujourd’hui. Ce moment était ce matin vers 8h40, au croisement des rues Sainte-Hélène et De La Couronne, dans Saint-Roch.

Je me suis levé du mauvais pied ce matin. J’ai mes règles et elles sont intenses. J’ai sauté le gym parce que je suis complètement crevée et que ce matin, le gym me tentait autant qu’un coup de pelle dans face. J’ai clanché ma douce routine matinale pour ne pas rater le dernier bus Express pour aller travailler. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner. La madame assise à côté de moi prenait vraiment beaucoup de place, et le sac messager du gars debout dans l’allée m’arrivait dans la face à chaque tournant.

Bref, je sors finalement du bus à l’arrêt Sainte-Hélène, il fait beau, genre moins quatre. Les trottoirs sont, comme d’habitude, recouverts d’une grosse sloche brune dégueulasse. Mais je porte mes belles-et-bonnes Sorel achetées l’an dernier que j’adore et qui ne m’ont jamais trahi.

Jamais avant ce matin, jamais avant huit heures quarante, heure de l’Est, le mercredi vingt décembre deux mille dix-sept.

J’étais à cet endroit précis:

(Mais en décembre et un pied de sloche, je le répète)

QUAND SOUDAINEMENT… je glisse. Tout bêtement. Le pied me part dans quatre pouces de marde et je me plante sur le cul, ma sacoche et mon sac à lunch dans la bouette.

La vulgarité prend le dessus et je me mets à sacrer comme une impie.

Osti de câlice de tabarnak!

-Joannie Morissette-Dupuis, 2017

La vérité, c’est qu’un automobiliste attendait pour traverser et que je voulais me dépêcher à traverser moi-même pour ne pas le faire attendre. Me dépêchant, je me suis planté. Cause à effet. Une simple équation.

Et pendant que je suis là, telle une truie complaisante, à me vautrer dans la gadoue, le conducteur attend encore. Je me relève, je me secoue le cul un peu (heureusement que mon manteau est long), il attend encore. J’ai envie de l’envoyer chier. Je suis méga insultée. Legit dix personnes m’ont vu me péter la gueule. Le malaise est palpable. La bouette qui me recouvre matérialise leur embarras. Une vraie oeuvre d’art. Ma sacoche est recouverte, il y en a à l’intérieur, mon sac à lunch est méconnaissable, mes pantalons sont tachés et je suis en beau criss.

Glisser sur de la glace et se péter le coccyx, c’est gênant, ça m’arrive souvent, mais ça va. Glisser dans de la fucking sloche, c’est juste cave, c’est plus que gênant, c’est outrageux. Enrageant. Crissant.

Je monte la côte en enlevant tant bien que mal tous les détritus des rues de Saint-Roch de sur mon manteau, en me disant que chaque foutu conducteur qui me croise doit le savoir, que je me suis planté dans la bouette, parce que plus j’en enlève, plus il semble en apparaître. Je partage l’ascenceur avec une fille qui me regarde de travers. Je me rends aux toilettes. Je commence à me nettoyer avec du papier brun qui, même mouillé, garde sa désagréable texture de papier sablé.

Et là, je croise une collègue, je lui raconte ma mésaventure, et je ris. Je suis tellement crampée que je me pisse presque dessus.

Je me revois me bêcher au ralentis, je m’entends vois sacrer comme un bûcheron, je m’imagine le malaise des pauvres petites personnes qui attendaient sagement le bus et j’espère qu’elles auront eu autant de plaisir que moi à repenser à ce malheureux incident d’un mercredi matin.

La morale de cette histoire, c’est qu’il faut savoir rire de soi-même, mais qu’il est permis d’être fâché dix minutes. J’aurais aimé raconter ça à Joannie ado qui perd sa jupe en plein oral d’espagnol devant vingt-cinq élèves en exposant ses bobettes « punk » roses et noires à tout le monde. Okay, c’était un petit peu pire. Mais quand même.

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Briser le silence

C’est tellement facile de s’exprimer sur un blogue. C’est tellement facile pour moi de décrier la dépression, de m’arracher le coeur pour l’exposer à la vue de tous. Sur internet.

Dans la vraie-vraie vie, je ne parle jamais de ça. Je n’en parle pas vraiment à mes amis, je n’en parle pas du tout à ma famille ni à mes collègues. Ni à mon chum. J’en parlerais bien à mon psychologue, mais il n’existe pas.

Malheureusement, et bien malgré moi, j’ai honte de souffrir de dépression.

C’est difficile d’expliquer à quelqu’un de « normal » ce que c’est que d’avoir régulièrement envie de mourir. Je dis mourir, mais c’est parce que la mort est la seule forme de disparition possible. Ce que ma dépression me fait désirer plus que tout, c’est de disparaître. De n’avoir jamais existé. De juste m’évanouir en millions de particules microscopiques, partir dans le vent comme des cendres, devenir invisible. Et de ne pas faire souffrir qui que ce soit par cet évanouissement dans la nature.

Samedi, j’ai passé une super journée. On fêtait l’anniversaire de mon neveu, il a eu un an. Ensuite nous avons reçu mes parents à souper, on a mangé de la raclette, un dessert au chocolat, on a bu trois bouteilles de vin. Une soirée magnifique à parler de toutes sortes de sujets, à rire, à aimer.

Ils sont partis, nous avons ramassé, je me suis brossé les dents. Et en me brossant les dents, soudainement, comme un coup de masse dans l’estomac, mon cerveau m’a dit:

Va dont dans cuisine te rentrer un couteau dans le ventre pour mourir au bout de ton sang.

Ma dépression se manifeste de deux manières: soudainement et pas soudainement. Quand c’est insidieux, quand l’envie de disparaître grandit petit à petit, c’est plus difficile de m’en débarrasser. Mais quand ça sort de nulle part comme cette pensée-là, après avoir passé une super journée avec ma famille, avoir profité des plaisirs de la vie et avoir aimé, je reprends le dessus facilement. Mon côté rationnel s’insurge contre cette auto-attaque vicieuse. C’est ce que j’ai fait.

Voyons, câlice. Pourquoi je ferais ça?

Trois bouteilles de vin aidant, je me suis mise à pleurer, je suis allée me coucher, et j’ai fini par m’ouvrir la trappe. Après un an de relation, j’ai enfin essayé d’expliquer à mon chum ce que je vivais, ce qui venait de se passer, pourquoi je pleurais (encore). Ce que je n’avais honnêtement jamais fait avec qui que ce soit. C’était bizarre. C’était effrayant.

Je lui ai avoué que j’avais honte. Que, quand une crise surgissait, je me sentais énormément seule. Et que je n’étais pas capable d’en parler, de l’avouer, de dire « chéri, j’ai envie de mourir, là ». Que mon mécanisme automatique était de m’enfermer dans ma tête et de délirer. (Pire réflexe de survie du monde.)

Même écrire ça ici, c’est difficile. C’est avouer que je suis faible. Que je suis anormale. Que j’ai une maladie. Que je ne consulte même pas pour ladite maladie. Que j’ai l’air de me crisser de moi-même. Même si le processus est compliqué, que je n’y comprends rien, que personne ne peut m’aider, que je ne sais pas qui appeler, où aller, qui voir. Urgences? Sans rendez-vous? À qui je demande une référence? Et comme je n’ai pas un sou pour aller au privé, peut-être que les listes d’attente sont hyper longues. Peut-être que je ne suis pas du tout un cas urgent. Après tout, je n’ai rien fait de concret. Je fais juste pleurer en voulant mourir.

Mais au moins j’ai fini par en parler à quelqu’un d’autre qu’à moi-même. C’est peut-être un pas dans la bonne direction.

Je n’y comprends quand même rien. Je me sens brisée. Non fonctionnelle. Bizarre.

Perdue et seule. Parfois.

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Exactement où je dois être

Ce matin, vers 6h50, j’étais dans l’autobus 281, sur l’autoroute Laurentienne direction sud, à trois arrêts de ma destination. Le siège à ma droite était occupé par mon sac de sport, ma sacoche et ma boîte à lunch. Je venais de terminer la lecture d’une chronique d’Arthur Buies, j’ai refermé le livre et je l’ai posé sur mes genoux.

À ma gauche, un splendide lever de soleil sur la ville de Québec, rose, orange, strié de nuages indigo. Je ne m’attendais pas à ça, j’ai été prise par surprise par la beauté de cet événement pourtant banal, journalier, quelconque aux yeux de probablement la moitié des passagers du trajet.

Puis j’ai eu cette pensée: « je suis exactement où je dois être en ce moment. Ce moment est parfait. »

Pourtant, normalement, je ne vais pas au gym le mardi. Mais dimanche, j’ai eu une bulle au cerveau et j’ai réglé mon réveille-matin pour six heures trente au lieu de six heures. Donc, gym reporté à ce matin. C’est difficile depuis mon retour de vacances il y a une semaine, alors ça été difficile ce matin de me lever. Le chat semblait avoir eu un problème avec son bol d’eau ou je ne sais quoi, parce qu’il y avait de la litière gluante partout dans le couloir du condo, dans la chambre et, évidemment, sur mon lit, où il était venu se coucher. Je prend normalement entre dix et quinze minutes pour déguster un café en silence avant de partir, je n’ai même pas pu le finir ce matin. Un début de journée un peu désagréable.

Puis ce lever de soleil, ce BONJOUR retentissant. Ce matin, j’étais la femme la plus chanceuse du monde.

Vous aussi, vous étiez exactement là où vous deviez être, à 6h50 ce matin. Du moins, je le pense. La vie nous offre tellement. C’est bon de penser que ce tout petit moment, ce dix secondes de parfait bonheur, m’a été donné aujourd’hui, dans un autobus plein de gens à moitié endormis, après avoir lu une chronique pessimiste de 1877.

Je trouve agréable de pratiquer ainsi ma gratitude. Il y a environ deux mois, je me suis acheté le journal de gratitude Tiny Buddha et je réponds à une question par jour, ou presque, avant de me coucher le soir. Depuis, et même si ça fait seulement deux mois, je sens que mon attitude a beaucoup changé. Je suis plus calme et positive. Plus patiente également. Je profite mieux de la vie. Et sans avoir des lunettes roses ni la tête dans le sable, je fais face à mes problèmes avec plus de discernement, moins de panique. (Pour poursuivre dans la lignée de mon dernier article…)

C’est pourquoi, ce matin, je ne pensais pas à

  • l’heure qu’il était – trop tôt – trop fatiguée;
  • les taches de litière sur le plancher, et de devoir laver mon couvre-lit ce soir;
  • la possibilité que mon chat est vieux, qu’il ait eu un « accident », qu’il me coûte de le faire soigner;
  • pire, qu’il ne puisse pas être soigné;
  • ma position inconfortable dans l’autobus dur comme de la roche, mes nombreux sacs lourds;
  • le fait que le monde ne semble pas avoir évolué depuis le Québec de 1877;
  • la longue journée de travail devant moi, à travailler sur un budget qui me rend folle.

Je pensais juste au fait que j’étais exactement là où je devais être, et que ce moment-là était parfait, comme tous les autres moments qu’il m’a été donné de vivre, parce que la vie est tellement, tellement intrinsèquement belle.

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