Un peu de bonheur. Paix Sur Terre et autres pensées.

Six heures. Snooze. Six heures neuf. Continuation de mon rêve alors que je titube vers le cadran. Mon rêve qui m’explique sur quels boutons appuyer pour dormir encore une autre heure.

Réalisation soudaine que je viens juste de désactiver mon alarme et que je dois me lever pour vrai. (Remettre une alarme? Pas une possibilité, apparemment.)

J’ai bien rit ce matin dans repensant à tout ça, mais sur le coup, j’étais comme engluée, déjà, dans une frustration sévère, à peine trente secondes après mon (deuxième) réveil. Poche façon de commencer la journée.

Toilettes, puis divan. L’écran du cellulaire faible luminosité. Y a un adapteur automatique à la lumière ambiante, dans ce truc. Application. Choisir une méditation guidée. Depuis quelques jours, je fais des méditations de gratitude tous les matins, ça me rend positive.

Je médite. Douze minutes. J’ouvre les yeux. Il fait encore noir, le chat est rendu couché à côté de moi, il est peut-être six heures vingt-cinq. Encore une heure pour commencer ma journée en solitaire, dans le silence.

Toasts, banane, je lis un livre en mâchant. Verre d’eau. Douche. Quand je sors, voilà, le ciel est orange, rose, pourpre. Le soleil se lève, aucun nuage à l’horizon. Il va faire froid, aujourd’hui. C’est beau.

Je prends quelques minutes pour observer la ligne d’horizon, les silhouettes du centre-ville, la lumière changeante. Les piétons matinaux avec leurs chiens. Les maisons endormies, la rue recouverte de neige croustillante. Il fait vingt et un degrés dans le salon, j’ai monté le chauffage il y a deux jours. Je suis bien.

Miroir. Je me trouve belle. J’applique mon cache-cernes en dernier, histoire de voir de quoi mes yeux ont l’air sans. Boucles d’oreilles, brosse à dent. Un sourire.

Je choisis une playlist et je pars, carte d’autobus en main, l’air est vif, cristallin. Double capuchon sur la tête. Mes pauvres oreilles. Je vais devoir troquer mes gants pour mes mitaines bientôt. Le crissement de la neige. La soudaine surprise du soleil qui se pointe au loin, entre deux maisons, grosse boule orangée, jamais chaud en décembre, certes, mais toujours le bienvenu.

Je souris toujours.

J’attends l’autobus avec les mêmes visages, je m’assois, je regarde par la vitre avant qu’elle ne s’embue complètement. L’autobus se remplit au fil des arrêts, ma musique est bonne, l’homme qui partage mon siège ne prend pas trop de place, ne fait pas de manspreading, j’apprécie cette petite attention, trop rare. J’ai mal au dent, il y a beaucoup de traffic et le soleil m’aveugle quand on roule plein est, mais je me sens tellement bien.

En paix. Je suis en paix.

Paix Sur Terre, clament les chants de Noël. Gloire à Dieu. Il n’y a que les Douze Jours de Noël qui parle de matérialisme. Le reste parle d’amour. J’aime bien la musique de Noël. Ça aide que je ne fréquente pas les centres d’achats. Spotify a sorti ses playlists samedi dernier. Je ne décore plus depuis quelques années, mais j’aime bien les gros flocons qui tombent parfois.

Décembre a pourtant toujours été un mois stressant pour moi. Au travail et dans ma vie personnelle, avec la fin d’année, Noël, les visites, les cadeaux, le froid, les derniers miles avant des vacances pas tellement reposantes. Mais là… ben, ça va bien.

Les bienfaits de la gratitude

Je trouvais ça dont quétaine, la gratitude, avant. (Avant d’avoir compris c’était quoi?) Ben oui, je suis contente d’avoir un toit sur la tête pis des bébelles pis une job, mais j’ai pas besoin de me le rappeler chaque jour, non?

En fait, un peu, oui.

C’est facile de tomber dans le tourbillon du tout-va-mal. Tout va tout le temps mal pour tout le monde, c’est ça, l’affaire. Alors j’ai décidé que tout irait bien. Sans tomber dans le positivisme flafla poche qui ignore ses problèmes.

Les méditations de gratitude amènent souvent notre attention sur différents aspects de nos vies. Il y a les plus évidents, mon espace de vie, mon emploi, mes amis, ma famille. Après tout, je suis une jeune banlieusarde blanche de classe moyenne ( 🙂 ). Mais il y a les moins évidents, ceux auxquels on ne pense pas vraiment.

Ce matin, j’ai réfléchi sur mes qualités et mes traits de personnalités naturels. Mon ouverture, mon humour, ma compassion, mes talents. J’ai réfléchi sur tout ce qui était bien allé dans ma journée d’hier. Chaque petite chose. J’ai pensé à mon chat, mon lit, mon pays. À tout ce que mon corps me permet de faire. J’ai médité sur la méditation. Je me trouve chanceuse d’avoir tout ça. Je me trouve chanceuse de m’avoir, moi. Et tout ce qui vient avec. Même mes sautes d’humeur, mon insatisfaction chronique, mon impulsivité. Ma dépendance à la poutine. Parce que ça vient avec la poutine, et avec des leçons de vie, et avec la possibilité de s’améliorer.

Je pourrais faire une liste longue comme quinze bras de tout ce pour quoi je suis reconnaissante, juste aujourd’hui, de mon réveil à six heures neuf jusqu’à mon sommeil vers vingt-deux heures trente ce soir. Mes plantes, mon cours de danse, mon lunch. Les gens, en général. Des gens, en particulier. La vie.

Ce matin, je me sens en paix, je suis en paix, c’est agréable, c’est doux comme Noël. Paix Sur Terre.

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L’acceptation de sa propre faiblesse

Je ne médite pas tous les soirs, mais j’essaie de le faire une fois par jour et quand je vais me coucher sans avoir médité, j’en écoute une pour m’endormir. C’était le cas hier soir. J’en essaie toujours des nouvelles, histoire d’essayer plusieurs styles, guides et durées.

Lumières éteintes, je me suis installée confortablement dans mon lit, j’ai appuyé sur Play et j’ai mis mon cellulaire sur la table de chevet. J’ai écouté.

Le gars qui parlait sonnait exactement comme mon ex. Même voix, même accent néerlandais, mêmes intonations. Mon coeur s’est emballé, après quatre secondes mon cerveau s’est mis en mode survie et j’ai résisté à l’envie de lancer mon téléphone au bout de mes bras et de pleurer.

J’ai appuyé sur Pause. J’ai respiré profondément, une ou deux fois. Je me suis sentie frustrée et flouée. Ça fait deux ans et demi qu’il m’a laissée et notre dernier contact remontait à février ou mars 2017 – un très bref courriel pour lui demander s’il n’aurait pas reçu un de mes T4 par la poste, un non tout court, et puis plus rien, sauf dans ma tête.

Comme tout le monde, je n’aime pas me sentir faible. Quelque part cette année, je ne me rappelle plus quand, j’ai rêvé que je revenais avec lui, que je laissais tout derrière moi pour retourner vivre en Saskatchewan sur sa ferme et que nous recommencions notre vie heureuse ensemble. Je me suis réveillée encore frustrée, en colère contre moi-même, avec le sentiment que la vie est injuste, et pourquoi je pense encore à lui, pourquoi je fais un rêve aussi con? Je ne retournerais en arrière pour rien au monde. Alors pourquoi mon inconscient me faisait-il miroiter une niaiserie pareille?

Hier soir, mon réflexe fut encore une fois la colère. Pourquoi est-ce que je me laisse encore atteindre? Pourquoi est-ce que je ne peux pas passer à autre chose? Est-ce que je vais paniquer chaque fois que j’entends un homme néerlandais parler en anglais? Cette méditation avait touché une corde sensible, le ton de voix doux, rassurant et calme, me rappelait trop tout ce qu’il avait pu me chuchoter au creux de l’oreille, les promesses et les mots d’amour, sa présence comme un chêne solide et inébranlable, son assurance. Ça m’a fait mal.

J’ai décidé de finir la méditation quand même. Ça été difficile, parce que je devais me répéter que cet homme-là, ce n’était pas mon ex, c’était quelqu’un d’autre qui avait une voix similaire. Que j’étais là pour méditer et m’endormir paisiblement, pas pour paniquer et m’en vouloir de ne pas être capable de me concentrer. J’ai fini par y arriver. Je n’ai pas proprement médité dix minutes. Peut-être deux ou trois. Mais je me suis endormie rapidement, sans tourner en rond mentalement. Avec une petite fierté de rien du tout, la fierté d’avoir réussi quand même.

J’y réfléchis depuis que je suis levée, à tout ça, à ma frustration avec moi-même. À l’acceptation de ma propre faiblesse. Au fait que, dans le fond, je ne peux rien changer à la situation, que je ne contrôle ni mon inconscient, ni mon passé. Mais que je peux continuer à passer au travers, à gérer chaque situation quand elle arrive, à ne pas projeter. À méditer. Même deux minutes.

Je me considère quand même chanceuse que l’événement que je considère le plus traumatisant dans ma vie soit une simple rupture. Brutale et soudaine, mais une rupture quand même. La relation était encore jeune, nous n’avons pas eu d’enfant, rien de conjoint, ni argent ni maison, juste un petit bail d’appartement de rien du tout, et tout s’est passé rapidement, la distance physique a beaucoup aidé, je suis partie vite et voilà, c’était fait et fini. J’ai passé à autre chose, même si parfois c’est encore fâchant d’y repenser, d’y réfléchir, contre mon gré et mon bon vouloir. Même si je voudrais tout oublier, agiter une baguette magique et que tout revienne à la normale pour toujours.

Je me concentre sur ce que cette rupture a eu de positif. Elle m’a ramené au Québec, près de ma famille et de mes amis. Elle m’a permis de définir très clairement ce que je voulais et ne voulais pas dans une relation. Elle m’a fait réaliser que je devais arrêter de m’effacer et de faire le caméléon dans toutes mes relations, c’est-à-dire me fondre dans mon chum jusqu’à m’oublier. Mais plus que tout, le meilleur souvenir de cette rupture, la meilleure chose qui en est découlée, c’est que j’ai découvert à quel point je suis forte, parce qu’en à peine quarante-huit heures, j’ai paqueté ma vie dans mon auto et je suis partie rouler trois mille kilomètres avec pour seul compagnon mon chat sur le banc passager, en me disant: fuck that, je retourne à la maison. Et si j’ai été capable de vivre au travers cette histoire abracadabrante, je peux faire à peu près n’importe quoi.

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La route est longue. Tant mieux.

C’est le Vendredi de la Consommation Irresponsable et je subis la pluie de courriels, même les blogues plutôt inoffensifs auxquels je suis abonnée ont des spéciaux (qu’est-ce qu’ils vendent?). Les Américains ne cessent de me souhaiter Happy Thanksgiving! alors que le mien était v’là 6-7 semaines, mais ce qui vaut pour eux, vaut pour tout le monde, right? C’est Trump qui l’a dit.

Plus qu’une semaine à novembre puis un mois à l’année, wow. Températures de janvier, moins vingt-cinq depuis trois jours mais je ne chiale pas, j’attends février pour ça, c’est encore trop tôt. Pendant ce temps, les Immortels crient publiquement au scandale, puisque nous avons inventé les changements climatiques pour écoeurer la populace. Si il fait moins vingt-cinq en novembre, c’est qu’il n’y a pas de réchauffement climatique.

J’ai à la fois trop et pas assez de choses à dire, alors j’y vais un peu au hasard, au fil de mes souvenirs et de ce qui passe par là.

Je crois que 2018 a été l’année où j’ai compris, pour de-vrai-de-vrai, que le temps n’est qu’une construction et que ça ne veut pas dire grand-chose, tout ça. J’aime bien donner un thème à l’année qui vient de se passer. Cette année, j’ai appris le sens réel du mot flexibilité. J’ai appris à être plus fluide. À ne pas m’en vouloir pour tout, tout le temps. Bien d’autres choses. Je ferai un bilan un peu plus tard, mais j’y pense pas mal ces temps-ci, à tout ce que j’ai avancé dans ma vie.

Récemment j’ai relu mon journal. Ça fait un peu plus d’un an que je le tiens, avant je me forçais pour y écrire tous les jours, matin et soir, et depuis la fin de l’été, j’écris quand j’en ai besoin. C’était drôle de relire certains trucs, triste aussi, parce qu’il y a un an, il y a des choses tellement triviales qui me faisaient noircir des pages… c’est fou comme mes priorités ont changé. Comme j’ai changé. Ou plutôt, comme j’ai décidé de vivre davantage selon mes valeurs.

Cette année, j’ai pas mal réfléchi à mes valeurs, aussi. Mon « core ». Mon moi. Et aux incohérences entre mes comportements et mes valeurs. Pas que je faisais par exprès, mais parfois ce sont des habitudes ou du conditionnement, ou de la peur, la peur de changer. Peur de l’instabilité, de reculer, de me tromper. Peur de ne plus avoir d’argent, peur de rater quelque chose, peur de l’inconnu. C’est normal. Alors on y va un malaise à la fois.

Cette année j’ai réalisé que c’était normal de changer d’idée, que c’était normal d’avoir tort et que c’était normal que je ne veuille plus les mêmes choses qu’il y a dix, cinq, un an.

J’ai réalisé que j’avais le contrôle complet sur moi-même, mes réactions, mes choix. Mais que c’était correct de me tromper. Même que c’est mieux de se tromper, parce que chaque fois que je me trompe, j’apprends.

Ça l’air niaiseux, dit de même, tout ça, mais quand on prend le temps d’y réfléchir, on se rend compte que ça change tout.

Y fait froid, mais c’est chaud-chaud dans mon coeur, depuis que j’ai ma nouvelle app de méditation, je médite tous les matins, et souvent avant d’aller me coucher, je suis rendue accro, mais je fais toujours des rêves bizarres, et j’ai chaud comme jamais. Sûrement aucun lien, mais la corrélation est là. J’ai échoué à NaNoWriMo cette année, parce que mon roman me faisait chier, pas juste de temps en temps, mais chaque jour depuis une semaine, alors j’ai abandonné. Mais c’est correct, parce que j’ai le droit de me tromper. Et puis ça m’a redonné le goût d’écrire et ça, c’était le but. Alors dans le fond, je n’ai pas échoué.

Je vais encore au gym. Hey, ça fait deux ans que j’y vais nonstop. Pis ça va faire bientôt sept ans que je me suis inscrite dans mon premier gym. Y s’en est passé, des affaires, depuis que j’ai braillé dans la face de mon entraîneur parce que peu importe ce que je faisais, je me trouvais toujours grosse et moche et pathétique.

Ah là, ça va bien, je fais mon petit train-train et je me tiens occupée avec mes petits projets, mais ce n’est jamais assez, on sait bien. Noël arrive. Ça, ça me fait plaisir, parce que je vais au chalet, et que je vois pas ma famille souvent. Mais plus les années passent et plus j’ai envie de faire Noël hyper simple, parce que ça me stresse de me séparer en dix. (Qui est-ce que ça ne stresserait pas?)

J’avais arrêté de lire pour écrire mon roman, mais je suis retournée à la bibliothèque cette semaine, une orgie de livres, j’en ai sept, je les dévore, j’étais sevrée. Je lis dans le bain et je lis sur mon divan, enveloppée dans ma couverture hyper-douce en polyester. Je lis et je relis The Subtle Art Of Not Giving A Fuck, c’est intéressant, le timing de cette lecture ne pourrait pas être mieux (d’ailleurs j’étais sur la liste d’attente de la bibliothèque depuis cet été pour l’avoir, je le vois comme un signe).

Parlant de lectures, je vais  bientôt finir la liste Radio-Canada 2016 des 100 livres à lire, et je vais écrire un petit article là-dessus. Ça m’a pris pas mal plus qu’un an et je lis vraiment énormément, alors pourquoi ils sortent une liste par année à part pour stresser du monde comme moi, je sais pas 🙂

Je suis rendue pas pire pour gérer mon stress, aussi. Ça, c’est cool. La méditation a beaucoup aidé, c’est certain, ça l’air de rien, un petit dix-quinze minutes par matin, mais ça vraiment changé beaucoup de choses dans ma vie d’être aussi constante dans ma pratique.

Je l’ai-tu dit qu’il fait froid? Ah, oui.

Je vais essayer d’écrire plus régulièrement. J’ai encore ce problème de trouver que je n’ai rien à dire, ou que ce n’est pas intéressant, ou que je ne l’écris pas assez bien. Mais sachant qu’au moins une personne me lit (en l’occurence, moi-même), ça va, ça passe.

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Mode d’emploi positif

Quand j’y réfléchis, je reviens de très, très loin sur plusieurs plans de ma vie. Certaines choses sont visibles et évidentes, d’autres, pas mal moins.

C’est difficile de juger de sa propre attitude sur un espace de dix ans. Pourtant, quand j’y réfléchis intensément, quand je relis de vieux trucs de ce temps-là, quand je me rappelle comment je passais mes soirées et comment je réagissais aux difficultés avant, je réalise que j’ai fait un gros cent quatre-vingt degrés assez intense.

Est-ce que ça veut dire que j’ai fini de m’améliorer? Évidemment pas, vu que c’est humainement impossible (d’être parfait). Mais j’ai un gros bout de chemin de fait.

Hier, je me suis fait poser des broches. À vingt-huit ans. Ça a de quoi être déprimant.

J’attendais ce moment avec angoisse depuis très longtemps, parce qu’il marque le début d’une longue période d’ajustements et d’attente. Depuis janvier, tout était allé très vite – l’installation de mon premier appareil, ma chirurgie, les ajustements… et là, c’est des broches et de l’attente pendant deux ans.

Ça fait mal.

Depuis que j’ai fait enlever mon appareil, j’ai constamment mal aux dents. Deux en particulier sont tellement sensibles que je ne peux plus rien laisser de froid ou de chaud les toucher. Prendre les empreintes pour mes broches a fait mal; l’installation des broches a été une véritable torture. Je me tortillais sur la chaise en pleurant sans pouvoir me contrôler. C’était frustrant, embarrassant, humiliant même. Quand je suis partie, tout mon corps tremblait. J’avais la tête dans le coton. J’avais le moral à terre. Et j’étais frue. J’étais en vrai tabarnak.

Si je m’imagine avoir vécu cette situation il y a dix ans, pourtant, je sais que ça aurait été pire.

Ça aurait été pire, parce que j’aurais laissé mon angoisse et mon anticipation prendre le dessus; pendant un mois j’aurais été stressée de ce rendez-vous, je me serais attendue au pire, j’aurais imaginé la douleur, je l’aurais ressassée sans l’avoir même vécue.

Je serais rentrée chez mon orthodontiste à reculon, j’aurais été bête avec les employés et j’aurais été crispée avant même d’ouvrir la bouche.

J’aurais évidemment eu mal. Il n’y avait rien pour me prémunir de cette douleur, j’ai les dents extrêmement sensibles depuis ma chirurgie et c’est comme ça. Par contre, je m’imagine le genre de pensées que j’aurais eues, pendant que je me tortillais sur la chaise, et je sais que ça aurait été dix fois pire il y a dix ans.

Parce que hier, j’ai vraiment essayé d’être positive malgré tout. J’ai essayé de compter le temps et de me dire que chaque minute qui passait me rapprochait de la fin du calvaire. J’ai essayé de m’évader ailleurs. J’ai pensé à mon voyage en Irlande, j’ai pensé à mon chat, j’ai pensé à mon chalet. J’ai même envoyé des pensées positives à la pauvre technicienne qui, après tout, faisait son travail (et qui faisait de son mieux pour améliorer ma situation). Je me suis dit qu’elle devait détester son travail, en ce moment. Qu’elle n’avait évidemment aucun plaisir à me faire subir ça. Elle était gentille et douce. Elle m’expliquait tout ce qu’elle faisait pour me changer les idées.

C’est plutôt quand je suis sortie de la bâtisse que les choses se sont corsé. Soudainement, je me suis sentie prête à m’écrouler. Et tout est devenu une horreur. Deux autobus me passent dans la face avant que j’arrive à l’arrêt. Il vente et je suis mal habillée, j’ai froid. Un monsieur ramasse les feuilles sur le trottoir (?) et ne se tasse pas pour me laisser passer. Le chauffeur de l’autobus qui finit par arriver ne répond pas à mon pénible bonjour en métal.

C’est facile, trop facile, de devenir négative quand je me mets à ressasser, à mettre toute mon attention sur les inconvénients de la vie. Je ne pensais pas au fait que j’avais un siège pour moi toute seule dans l’autobus, qu’enfin j’avais mes broches et que je n’avais plus de rendez-vous avant décembre, que j’allais manger du spaghetti avec la sauce de ma mère (la meilleure) pour mon lunch, en arrivant. Qu’il y avait un adorable bébé dans une poussette qui faisait des bruits mignons. Qu’il y avait à côté de moi une bande d’adolescents espagnols qui avaient l’air super excités de s’en aller vers le Vieux-Québec.

Heureusement, j’ai rapidement repris le dessus. La journée a tout de même été difficile. Manger faisait mal. Boire faisait mal et ça me coulait partout dessus. Parler faisait mal. J’avais mille tâches à reprendre et tout urgeait. Ça m’a pris dix minutes me passer la soie dentaire et j’ai fini la face au complet pleine de salive et de morceaux de nourriture. J’ai eu de la misère à dormir à cause de la douleur. Le chat était tannant (unrelated).

Mais c’est la vie et même si je chiâle, même si je me défoule, ça ne change absolument rien. Ça fait juste me garder dans la spirale du négativisme. Des pensées de rien-ne-va-bien. Je ne suis pas morte, pourtant. Loin de là. J’ai eu des broches. Ça arrive à plein de monde. Peut-être pas à vingt-huit ans, mais c’est mieux qu’à cinquante. C’est mieux que de perdre mes dents.

Alors j’en suis là. À avoir mal et à endurer la douleur. À espérer que demain ça aille mieux, peut-être, si je suis chanceuse. À faire le deuil de certains aliments pour les deux prochaines années. À essayer de me faire à l’idée que je ne pourrai plus manger mes lunch en quinze minutes et me brosser les dents en trois.

Flexibilité. Patience. Adaptation. Relativisation. Douceur.

Même si j’ai des broches à vingt-huit ans.

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Je me force à écrire

Avec l’automne vient souvent ces pénibles pressentiments que

  • je n’ai rien à dire
  • je ne fais rien de ma vie
  • je ne vais nulle part

Alors aujourd’hui, après des semaines à écrire une ou deux phrases avant de supprimer le brouillon, je me force à écrire. Même si je n’ai rien à dire. Même si je ne fais rien de ma vie. Même si je ne vais nulle part.

Car c’est faux. J’ai toujours des idées d’articles qui surgissent dans mon esprit à tout moment et comme je ne les note jamais, je finis par les oublier. Je devrais constamment avoir un crayon et un calepin dans les mains pour écrire des brouillons. Je devrais avoir un enregistreur dans ma sacoche pour faire comme dans les films et me prendre au sérieux avec mes idées.

Ces temps-ci j’ai plutôt tendance à laisser les mots s’écraser dans mon journal personnel. Depuis cet été je n’écris plus tous les jours – je n’y trouvais plus de joie – mais plutôt quand j’en ressens le besoin et l’envie. Une ou deux fois par semaine, je vide mon trop-plein dedans. Je réfléchis sur papier. Ça fait du bien.

Mes dernières réflexions portent sur la simplicité. Un récent article de Leo Babauta m’a fait réfléchir à la « vie idéale ». Quand je l’imagine, je mène une vie d’ermite dans les bois du Nord. (Que voulez-vous, je suis une éternelle romantique.) Évidemment, ça n’arrivera pas.

Alors, pour moi-même, je me suis décrit cette vie simple, idéale, dans le bois, et je me suis demandé qu’est-ce que ça voulait dire, au fond, tout ça.

La vie dans les bois nous force à remettre en question la façon dont nous utilisons la technologie et l’électricité (parce qu’il n’y en a pas/peu); la façon dont nous passons le temps; ce que nos choisissons de faire. Il fait noir de bonne heure. Il est plus difficile de se déplacer. Les ressources sont moins aisément disponibles. Je ne peux pas aller au Thaïzone quand je n’ai pas envie de cuisiner.

Alors j’en suis venue à ces conclusions: ma vie idéale est simple, évidemment.

  • Je mange des repas très simples, faciles à faire, nourrissants, qui recquièrent peu d’outils et de précision. De la cuisine de poêle à bois et de barbecue.
  • Je passe beaucoup de temps à l’extérieur. Je m’adapte aux conditions extérieures au lieu de me battre contre elles. Je profite de ce que la nature offre. Randonnées, kayak, nage, marche, raquette ou même simple observation depuis la galerie ou le bord du lac.
  • Je consomme et je produis de la littérature. S’il y a bien une constante dans ma vie, c’est celle-là. Je lis énormément. Pas dans le seul but de lire, mais parce que ça apporte quelque chose d’extraordinairement grand à ma vie. Ça me donne envie d’écrire et de partager, aussi. D’où le blogue, entre autres. J’essaie de faire des efforts pour écrire davantage, hors-blogue et hors-journal.
  • Je me repose. Je m’écoute. Quand je vais au chalet, je me couche relativement tôt et je me lève relativement tôt aussi, pour profiter de la lumière du jour au maximum. Mais, parfois, j’ai besoin de dormir douze heures, et je le fais. Parfois, j’ai besoin de rester assise une demi-heure de plus, et je le fais.
  • Je médite, je réfléchis, je philosophe. Avec la lecture, c’est de cette façon que je préfère faire travailler mon cerveau. Étudier la nature, intégrer des connaissances, tout remettre en question; ça me garde alerte et vivante.

Après avoir sorti cette liste, j’ai réalisé que je pouvais facilement l’appliquer à la vie urbaine, que je n’avais pas besoin de m’exiler pour vivre de cette façon. Il suffit de changer ses habitudes. Faire l’épicerie différemment. Faire du sport différemment. Penser différemment.

Depuis quelques mois donc, j’amène beaucoup de petits changements dans ma vie. J’ai laissé tomber le gym le matin. C’était de plus en plus difficile pour moi de me lever et de m’habiller immédiatement pour partir au gym, avec à peine une demi-heure pour me préparer, faire mon déjeuner et aller à l’arrêt d’autobus. Alors au lieu de me battre chaque matin pour finir par me recoucher et me trouver vraiment poche, j’ai changé mon habitude. Je vais au gym après le travail, vers 16h30. Je suis des programmes condensés en efficacité (trois ou quatre exercices différents qui utilisent les grands groupes musculaires) alors j’y suis environ une demi-heure incluant mes étirements. À dix-sept heures quinze, je suis prête à partir chez moi. J’organise mon horaire en conséquence. Et depuis, je me lève plus régulièrement à six heures du matin, sans trop de difficulté, pour prendre le temps de méditer, lire un peu, déjeuner tranquillement. Et je suis de meilleure humeur toute la journée.

Ce n’est qu’un exemple. Je trouve relativement important de régulièrement repenser nos valeurs, nos habitudes, nos façons de faire, notre routine. De ne pas s’en vouloir. De se pardonner. Ou de réaliser qu’il n’y a rien à pardonner. Ce n’est pas grave, si je ne me lève pas pour aller au gym. J’irai plus tard, ou je n’irai pas. Je n’en mourrai pas. Je devais juste remanier mes journées. Et je me suis évidemment demandé si j’aimais encore ça, aller au gym. J’aurais pu décider de ne plus y aller. Mais les bénéfices sont trop grands pour que j’arrête. Ce n’est pas toujours facile. Mais une fois que j’y suis, que je suis en train de soulever, pousser ou tirer des poids, je suis bien contente d’y être.

Pour l’écriture, j’ai décidé cette année de reparticiper à NaNoWriMo, soit écrire 50,000 mots du 1er au 30 novembre. Je n’ai aucune idée de ce que je vais écrire, et je vais probablement décider sur le tas, le 1er novembre au matin. On verra où ça me mène. J’ai bien hâte, pour être honnête. Pour recommencer à réellement écrire, on dirait que j’avais besoin d’un cadre officiel, d’une raison valable, plus que « j’en ai un peu envie ». Je fais tellement de choses que c’est facile de repousser l’écriture comme étant secondaire, étant donné qu’elle ne fait pas partie de ma routine régulière.

Le froid arrive, et les toits étaient recouverts de neige ce matin. C’est un peu tôt dans l’année pour ça, j’essaie de ne pas anticiper ni projeter. Ce n’est que de la neige. Au pire, j’irai faire de la raquette plus tôt dans l’année. Un dicton norvégien dit qu’il n’y a pas de mauvaise température, juste de mauvais vêtements. Je vais garder ça en tête cette année.

Fait que je me force à écrire. J’ai pas grand-chose à dire et ma vie va très mollo, mais j’écris, j’écris.

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Histoires de(s) poil(s)

L’histoire générale

Ça l’air que le poil a toujours été un mal-aimé, ou presque.

On a retrouvé des outils épilatoires dans des sépultures préhistoriques; plus récemment, au deuxième millénaire avant notre ère, en Mésopotamie et en Phénicie, les hommes s’épilaient la barbe. Considéré comme impur et sale, le poil est épilé intégralement dans certaines civilisations anciennes, quitte à les remplacer par des perruques et de fausses barbes… qu’on l’associe trop à la masculinité (Grèce antique) ou à l’animal (certaines tribues amérindiennes de l’Amérique latine), le poil n’est pas le bienvenu.

Depuis 500 AV, les femmes s’épilent les aisselles, le pubis et les jambes. Les barbiers offrent également ce service. Apparemment que les hommes sont encore plus obsédés que leurs homologues féminins: l’épilation intégrale est de mise.

La chute de l’empire romain et l’avancée massive du catholicisme inverse la donne: le poil redevient bien vu, car il est créé par Dieu. En plus, il sert à cacher nos parties honteuses, c’est un deux pour un. Puis, c’est les croisades. Les chevaliers reviennent avec de nouvelles idées: dans les contrées lointaines où ils ont massacré à qui mieux-mieux, ils aimaient bien la peau hyper lisse des femmes païennes (qu’ils violaient, j’imagine?). On recommence.

Au fil du temps, les modes épilatoires vont suivre les modes vestimentaires. Plus on montre de peau, plus on s’épile. Il n’y a que les jambes qui attendent au vingtième siècle pour s’y remettre quand le port du maillot de bain qui ne ressemble pas à une combinaison de plongée devient socialement acceptable.

C’est surtout depuis les années quatre-vingt que la norme sociale de l’épilation intégrale (ou presque) des femmes fait rage et s’impose: multiplication des salons d’esthétique d’abord, puis nouvelles technologies (rasoir électrique, épilation laser…).

Une étude Américaine très intéressante fait état de l’association, de plus en plus indissociable, de la féminité à un « idéal glabre », forcément non naturel et qui, de toute évidence, contribue à l’ostracisation des femmes en leur donnant encore une autre raison de croire que leur corps naturel n’est ni normal ni beau.

L’histoire de Jo

J’ai commencé à me raser les jambes et les aisselles vers l’âge de douze ou treize ans, si ma mémoire est bonne. À la puberté, bref. J’utilisais des rasoirs roses jetables Bic et je me coupais toujours au moins une fois. Je me rappelle de la grosse bonbonne de crème à raser qui sentait bon. Assise sur le comptoir de la salle de bain, la jambe au-dessus du lavabo avec une débarbouillette humide pour enlever les poils rasés. Good ol’ days.

Au secondaire, quand on avait des cours de piscines en éduc’, je traînais avec moi mon rasoir (un Vénus acquis en 2003… que j’utilise encore! Eh oui!) afin de me re-raser minutieusement les aisselles avant de sortir du vestiaire. Pour ne pas voir un seul poil, une seule minuscule racine. J’avais tellement peur d’être une velue remarquée (je me faisais déjà assez écoeurer de même, pas besoin de leur donner des raisons). Je me rappelle m’être aperçue, pendant un cours, que j’avais des poils pubiens qui dépassaient sur le côté de mon maillot. J’ai tellement eu honte. C’est poche quand j’y repense.

Je me rappelle une amie qui a dit que d’avoir des poils pubiens, c’était dégueulasse à cause des menstruations.

Je me rappelle mon chum de l’époque qui avait exigé que je me rase ci-bas, parce qu’il aimait mieux ça.

Je me rappelle ma gêne quand à un cours de danse j’ai réalisé que je portais une camisole et que j’avais oublié de me raser les aisselles. Je l’avais fait deux jours avant, mais ils repoussent vite et ils sont assez foncés. Quand on fait de la danse orientale, on lève les bras pas mal tout le temps.

Je me rappelle mon inconfort, et ma totale incompréhension face à cet inconfort, quand j’ai vu une photo de Madonna, puis une de sa fille, avec les aisselles poilues. C’est pourtant récent. Je suis pourtant féministe. Pourquoi le malaise?

Je me rappelle avoir écrit cet article et avoir eu peur que les gens me jugent, ou qu’ils vérifient si je me rasais ou pas, histoire de me traiter de soumise, d’hypocrite ou de dégueu.

Depuis le printemps, et surtout depuis que j’ai participé à La Revengeance des Duchesses et donc côtoyé beaucoup plus de féministes que ce dont j’ai l’habitude, je me rase moins souvent. Je me rase encore, mais moins souvent. Parfois, je décidais de ne pas le faire, d’autres jours que je le faisais. Mais je faisais le choix consciemment, pas parce que je me sentais forcée. C’est sûr que quand je portais une camisole, j’avais plus tendance à décider de le faire. Mais cette semaine (dernier rasage remonte à presque une semaine) j’ai porté au bureau un t-shirt dont les manches très courtes laissent voir mes aisselles et ça ne m’a pas dérangé. Presque pas. J’y arrive.

J’avais depuis longtemps l’envie de me faire épiler au laser, mais les coûts m’empêchaient. Depuis que je peux me le permettre financièrement, j’ai envie de mettre mon argent ailleurs.

Donc, est-ce que l’épilation est mal? Non.* Mais chacun ses choix. Quand on décide de s’épiler, de façon permanente ou pas, ça devrait être parce qu’on le veut, pas à cause d’une norme sociale quelconque, ou d’une pression extérieure, concrète ou pas. À part ledit ex, personne ne m’a jamais dit de me raser. Ma mère ne m’a jamais obligée. On n’en parlait pas vraiment, en fait. C’était mon libre choix. Ce l’est encore.

Et j’essaie de ne plus avoir honte de mes poils, c’est tout. Peut-être que j’essaie de véhiculer un message. Qui sait? Je pourrais en inspirer quelques-unes. Malgré mes hésitations, mon inconfort (mental, pas physique) et ma peur d’être jugée, regardée de travers, voire de me faire insulter pour ce choix pourtant si banal…

La vérité, c’est que je n’aime pas vraiment me raser. Ça assèche ma peau, ça pique quand ça repousse, ça demande trop d’entretien. Ce n’est définitivement pas zéro déchet. Et ça me stresse. Parce que je dois toujours me demander si la quantité de poils que j’ai est socialement convenable ou pas.

J’ai traîné mon rasoir au gym ce matin. Je suis en robe. Rendue dans la douche, je n’avais pas envie de me raser.

Alors je ne me suis pas rasée.

J’ai les jambes poilues, en robe, j’ai marché au centre-ville ce midi, et je me sentais étrangerement fière de ce petit accomplissement, totalement anodin certes pour certains, mais assez courageux merci dans mon esprit de femme non imberbe ostracisée.

*à noter que l’épilation, peu importe la méthode, temporaire ou permanente, peut avoir plusieurs effets physiques négatifs tels que l’assèchement ou l’irritation de la peau, la cicatrisation, les ecchymoses, l’enflure, les brûlures et l’augmentation des risques d’infections et de mycoses (dans le cas de la zone génitale). Je parlais ici du côté « éthique » du choix de s’épiler ou pas, non pas du côté physique.

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Êtes-vous tannés des élections?

Parce que moi pas, ou peut-être que j’essaye de m’en convaincre.

Toujours est-il que j’ai assisté à mon premier débat électoral à vie hier soir, organisé par Voix Citoyenne, un regroupement contre la conversion des terres agricoles de la ville en projets immobiliers (ils ont évidemment mon appui).

Dimanche, j’ai appris que le PLQ et la CAQ ont décidé de ne pas se pointer. Même si le débat est organisé depuis mai. Même s’ils avaient le choix d’envoyer n’importe quel candidat du territoire de la ville pour représenter leur parti. Bref, on n’était pas assez importants pour eux, j’imagine. Même si on a fait salle comble à l’ENAP.

Le débat en tant que tel était vraiment intéressant. Après l’introduction des cinq candidats, représentant (de gauche à droite à la table) le Parti Québécois, le Parti Vert du Québec, Québec Solidaire, le Nouveau Parti Démocratique du Québec et le Parti Conservateur du Québec, la première partie comportait six questions composées par le comité, sur les thèmes de l’économie, de la santé et de l’éducation, sous un angle plutôt environnemental. Cette partie s’est bien déroulé. De manière générale, les candidats étaient courtois, clairs et concis malgré le léger empiètement des trente secondes allouées par réponse. (Ils en avaient, des choses à dire!)

C’est à la deuxième partie que ça s’est corsé, non pas pour eux, mais avec un public ma foi très émotif… le fonctionnement était le suivant: une question était pigée au hasard dans celles soumises par le public avant le début; un candidat au hasard était sélectionné pour répondre en trente secondes; il avait l’option de relancer un seul des autres candidats pour répondre à la question. Assez clair merci, non? On nous l’a même expliqué deux fois. Avez-vous compris la consigne?

Eh bien, quand le candidat du PCQ a répondu à une question et a ensuite lancé à la blague, comme d’autres l’ont fait avant lui, qu’il hésitait entre relancer la CAQ ou le PLQ (absents, je vous le rappelle), une des spectatrices a juste complètement pété les plombs, alléguant d’un ton outragé qu’il ne « jouait pas le jeu » et qu’il devait absolument relancer un des partis présents! (Not?) S’ensuit un brouhaha désagréable et incompréhensible avant qu’un homme à parapluie quitte la salle en bougonnant. Huh?

De plus, chaque fois que le candidat (et chef) du PCQ prenait la parole, les gens dans la salle avaient tendance à émettre des petits sons désabusés et moqueurs, des rires gratuits. Perso, je ne suis d’accord avec à peu près aucune des idées et des principes des conservateurs, mais de là à manquer de respect pendant un débat, c’est une autre histoire. Tout à son honneur, monsieur Pouliot est resté calme et posé et a bien défendu ses idées devant un public de toute évidence très peu ouvert d’esprit.

Le Parti Vert s’est bien défendu malgré un manque flagrant d’expérience. J’ai été surprise que le candidat, de ma circonscription, soit natif de Baie-Comeau. Represent! Il fallait pas mal de courage pour participer à un tel débat avec de tels candidats, mais il s’en est bien sorti malgré un manque de profondeurs et de concret dans les propos.

Le Parti Québécois m’a traumatisée avec ses longues phrases vides de sens – une parfaite langue de bois – je me sentais revenue à mes cours universitaires en littérature. De beaux grands mots, oui, mais plusieurs nuages ont été pelletés. Je n’ai pas apprécié leur argument selon lequel l’incinérateur était là parce qu’il y avait une demande des citoyens (qui produisent des déchets) et que c’est à eux de changer leur demande pour instaurer le changement. Moui… je vous rappelle cet article et le test par lequel j’ai découvert que les impacts sociétaux (donc les choses sur lesquelles j’ai le « moins » de contrôle) est l’une de mes deux catégories poches d’impact environnemental.

Ça, ça veut dire le gouvernement, la municipalité, les choses qui ne découlent pas de ma seule et unique décision.

Attendre que les citoyens changent leur demande, ça revient à s’asseoir sur ses lauriers, les bras croisés, en regardant le monde grouiller autour sans rien faire. Ils m’ont vraiment déçu sur ce point.

J’ai beaucoup apprécié le NPD et les réponses très efficaces du candidat: précises, to the point, compréhensibles. Par contre, c’est évidemment Québec Solidaire (en bonne gogauchiste 🙂 ) qui a, selon moi, le mieux répondu aux questions et qui a la meilleure plateforme, autant au niveau provincial qu’au niveau de la Ville de Québec. Et ce, malgré leur séparatisme (ce que je ne suis pas du tout) et leurs réponses parfois un peu populistes-simplistes, par exemple sur la question de la hausse du salaire minimum (pour que les gens puissent acheter des cadeaux de Noël, vraiment?).

Une belle participation citoyenne et une salle très mixte en âges, peut-être pas autant en termes de milieux de vie (majoritairement des gens de la classe moyenne-inférieure qui habitent au centre-ville, selon ma brève analyse) mais tout de même un débat extrêmement intéressant qui a permis de consolider le dernier 5% de doute qu’il me restait quant à mon choix du premier octobre.

Knowledge is power. Et si ça aura pris deux heures d’un lundi soir de septembre pour m’informer comme il faut et finaliser ma décision, je pense que c’est peu cher donné pour faire un choix éclairé et participer à ce que la vie démocratique a de meilleur: le choix.

On est chanceux de vivre en démocratie. Et si tout le monde prenait le temps, juste un peu, si tout le monde se posait des questions, assistait à un débat et oubliait le carcan du « faux choix », on aurait un si beau gouvernement équitable et vraiment démocratique. Mais je vis sûrement en Utopia…

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Arrête de chercher: voici le Paradis sur Terre

Le silence.

Au plus creux de mes souvenirs, ici, c’est le silence qui domine. Malgré l’abondance de vie, on n’entend rien. Que ses propres pensées, que le sang qui bat doucement dans nos veines.

Ici, j’ai la Sainte Paix.

photo (c) Anne-Marie Morissette-Dupuis

L’Homme y fait figure d’insecte. Quelques chemins, quelques chalets, quelques véhicules. Des tas de matériaux ici et là. Tout autour, la nature sauvage reprend tranquillement ses droits, année après année. En silence.

Au petit matin, une brume éthérée recouvre les eaux du lac. Des oiseaux piaillent. Un écureuil passe en courant. La brise agite doucement les feuilles des ormes; leur bruissement me rappelle un agréable frisson, celui qu’on ressent après en recevant une caresse du bout des doigts.

Parfait miroir, les eaux dédoublent le ciel, les nuages, les montagnes. La dense végétation, est un tapis étroitement tissé de conifères et de quelques bouleaux; chaque année, le rocher qu’on appelle dérisoirement l’Ours semble rapetisser, caché par la forêt environnante.

Une année, on ne le voit plus. Mais le silence demeure.

photo (c) Anne-Marie Morissette-Dupuis

C’est ici que je suis venue chercher le silence, quand j’ai définitivement perdu le goût de vivre, en septembre 2007.

C’est ici que je suis venue chercher le silence, à mon retour de Saskatchewan, en juillet 2016.

C’est ici que je suis venue chercher le silence, pour la longue fin de semaine du Travail.

C’est ici, ou presque, que je reviendrai chercher le silence année après année, parce qu’il n’y a qu’ici que le silence m’apporte ce que je ne peux trouver nulle part ailleurs.

L’épinette domine. Du moins dans ma tête. Chaque arbre est un esprit, et chaque épinette qui étire ses doigts rachitiques vers le ciel me tire un peu aussi sur le coeur. Je suis attirée par ces petites géantes comme une mouche par le feu; je pleure un peu leur perte. Je bénis la sève sacrée qui tache mes vêtements. Si je devais choisir une seule essence d’arbre pour bâtir mon abris, ce serait l’épinette. L’arbre le plus croche, le plus noueux, le plus magnifique qui soit.

Au portes du bonheur, il y a deux épinettes.

Que l’on en plante une sur ma tombe, que mon esprit se mêle au sien.

Chaque repas prend des allures de tradition. Chaque lièvre aperçu à la brunante est une bénédiction. Chaque heure de sommeil répare et guérit. En silence.

photo (c) Anne-Marie Morissette-Dupuis

Arrête ta folle frénésie. Arrête de courir. Arrête de chercher. Voici le Paradis sur Terre.

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Politique de cours de récré

Quand j’étais jeune ado, je suis tombée dans le même piège que la majorité des jeunes ados: la politique m’emmerdait, je l’ignorais royalement et je répétais à qui mieux-mieux que « anyway, c’est toute des crosseurs », ce grand classique québécois.

Heureusement j’avais quatorze ans et pas encore le droit de vote.

J’ai voté pour la première fois aux provinciales de 2008. Pendant plusieurs années, j’ai systématiquement voté PQ et BQ, en indépendantiste passionnée mais mal pas du tout informée. J’ai voté aux fédérales en Saskatchewan en 2015. À vingt-cinq ans, c’était la première année où je prenais vraiment la peine de faire mes recherches. Parce que je ne pouvais pas voter BQ. Non seulement ils n’avaient plus vraiment rapport, mais j’avais trois choix de candidats: libéraux, conservateurs et NPD. (Comme toujours, les conservateurs sont entrés en force à Langenburg, ma petite commune fermière de mille âmes.)

Avec le temps, mes priorités et mes valeurs ont changé. Je ne peux pas me vanter de lire l’entièreté des programmes électoraux de chaque parti, alors je mise sur ce qui m’interpelle le plus: l’environnement, les enjeux sociaux et l’art. Je suis une irréductible gauchiste, j’ai la foi.

Par contre, avec chaque élection qui passe, avec chaque année, chaque Tweet, chaque article dans Le Soleil, je me sens m’enliser doucement dans une spirale de négativisme et de défaitisme. Dans le « anyway, c’est toute des crosseurs ». Ça me fait de la peine.

Cette année ne fait pas différence. Les candidats s’insultent les uns les autres sur Facebook et Twitter. Je n’ai presque pas entendu parler des mesures de chaque parti – juste de qui a tenu les propos les plus racistes et qui s’est à moitié excusé. C’est désolant, parce que c’est comme l’huile sur l’eau: ça flotte sur le dessus et c’est juste ça qu’on voit. Je n’y échappe pas, peu importe à quel point je Unfollow tout sur Facebook, peu importe à quel point j’ignore le journal dans la cafétéria du bureau, peu importe à quel fréquence je change le poste de radio dans l’auto.

Le vote est un devoir citoyen, mais les gens n’aiment pas faire leurs devoirs. Je ne peux pas vraiment les blâmer. On me considère comme assez crinquée de prendre de mon temps personnel pour faire des recherches et décider pour qui voter au lieu de toujours aller vers le même parti sans trop me demander pourquoi. Même si au final, ça doit prendre peut-être trois ou quatre heures de mon temps, sur quoi, deux mois? Mettons que j’écoute un peu moins la télé et que je lis quelques articles de blogue en moins, c’est pas cher payé pour ce que ça donne.

Imaginez si tout le monde faisait ça. On n’aurait sûrement pas les gouvernements qu’on a présentement.

C’est dommage que ce qui soit couvert, lancé à tous vents et étendu sur la corde à linge ne soit presque jamais pertinent. C’est sûr que j’aime ça être informée quand un candidat potentiel, qui pourrait se ramasser à nous représenter officiellement, tient des propos racistes contre les autochtones. Mais ça ne devrait pas être juste ça, une campagne électorale. Okay, je ne voterai pas pour celui qui est raciste. Mais qu’en est-il des trois ou quatre autres choix? Vous me promettez quoi, à moi?

Pour le savoir, faut que j’aille creuser loin. C’est pas en lisant le Soleil ou mon fil Facebook que je vais le savoir, cette année.

Qu’en pensez-vous?

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Altruisme hypocrite

En tant que bouddhiste (et pas obligée d’être bouddhiste pour ça, évidemment), l’altruisme fait partie intégrante de ma vie. C’est l’une de mes principales valeurs et je m’efforce de l’appliquer dans tous mes gestes, toutes mes paroles. J’y médite, j’y réfléchis et j’en discute. Je m’intéresse particulièrement à la psychologie de l’altruisme.

Pendant longtemps, j’ai cru que j’étais une altruiste hypocrite parce que, quand je faisais du bien aux autres, j’en ressentais moi-même. Non pas que je voulais nécessairement souffrir pour que les autres ne souffrent pas, mais parce qu’il me semblait que pour qu’un acte soit véritablement altruiste, ses effets ne devaient être positifs que pour autrui. Tout au plus je devais demeurer neutre dans mes sentiments.

J’ai lu un nouvel article de Matthieu Ricard ce matin dans lequel il explique que ce que je ressentais est normal, commun, mais erronné; que de ressentir du bien-être après un acte altruiste était positif, voire souhaitable.

Dans le fond, comme on dit quand on reçoit un cadeau poche, c’est l’intention qui compte.

Si je nourris des sans-abris parce que je veux que mon nom circule sur les réseaux sociaux, le résultat peut être sympathique, mais l’acte en tant que tel n’est pas vraiment altruiste. Devrait-on alors s’empêcher de nourrir des sans-abris?

Je n’ai pas tendance à partager à grande échelle mes actions qu’on pourrait dire « de charité ». Je les partage seulement quand le bénéficiaire me tient à coeur; et jamais à grand public, mais plutôt à mes amis et à ma famille. Pas pour augmenter ma quote sociale, mais plutôt pour donner de la visibilité à un organisme que je trouve intéressant. Même écrire ça, ça me fait bizarre, parce que je m’affiche publiquement comme étant quelqu’un qui donne.

Pourtant, je ne me considère pas comme étant très généreuse. Monétairement, je ne contribue que très rarement à quoi que ce soit; je ne fais aucun don récurrent, et je donne quand je suis sollicitée et que la cause me paraît juste (récemment, à Back on my Feet, Humans of New York et Ô Village). Matériellement, je fais régulièrement des purges à la maison (mon petit côté minimaliste fatigant) et je préfère donner que vendre (récemment, à la bouquinerie de Limoilou, aux Anges du Bal, à la Friperie de St-Roch et à Vide ta Sacoche). C’est surtout du temps que je donne, parce que je n’ai pas de vie (récemment, à l’Espace Éphémère de la Marina St-Roch et à la Foire Écosphère).

Dans le passé, parce que je me sentais bien quand je faisais du bien, je me suis empêchée d’agir. Quelque chose clochait. Et c’est vrai qu’il y a plusieurs années, je faisais tout pour les mauvaises raisons. J’avais absolument envie de me faire raser la tête pour le cancer parce que je voulais être sur la première page du journal. Oui, l’argent pour la recherche sur le cancer, c’était cool, mais ce n’était pas mon but principal. Heureusement?, je ne suis jamais arrivée à bon port. La vérité c’est que de faire tous ces efforts pour amasser des fonds ne me tentait pas du tout. J’imagine que ma motivation super égoïste a eu raison de mes moyens.

Alors, collectivement, qu’est-ce qui nous empêche d’agir? La paresse, le manque de ressources, l’aveuglement social, le nihilisme? Le Ice Bucket Challenge était sensé amasser des fonds pour la sclérose latérale amyotrophique, mais les gens se sont mis à se faire des Ice Bucket Challenge sans amasser d’argent. Même chose pour les barbes de novembre, les « donner au suivant » filmés et partagés sur Facebook… est-ce qu’on a absolument besoin d’une récompense, d’une carotte au bout du fil pour faire acte d’altruisme? Ou est-ce que j’ai cette impression parce que les véritables altruistes ne disent rien?

Gagnerait-on à ce qu’ils s’expriment, à ce qu’ils partagent leurs actions, ou est-ce qu’on tomberait forcément dans le même cercle de visibilité sociale?

C’est difficile de trouver l’équilibre entre « je veux inspirer les gens à faire le bien » et « je lance un discours moralisateur qui me place au-dessus du commun des mortels », comme j’ai l’impression de le faire dans cet article. Est-ce que je me vante? Est-ce que je pousse mon altruisme dans le fond de la gorge des gens? Est-ce que je n’aurais pas dû nommer mes dons récents, est-ce que j’ai l’air de m’acheter le chemin du paradis?

Bref, j’essaie juste de démarrer une discussion.

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